Saint Augustin se convertit
en lisant la Bible
Nous avons vu dans le précédant article que le protestantisme comporte de sérieux problèmes qui entrent en conflit avec le christianisme orthodoxe, en particulier le culte de la Bible, qui nie l'une des réalités de l'Incarnation du Christ comme une personne humaine et non comme un livre.

Malgré les problèmes du protestantisme, nous pouvons constater que de nombreux protestants font de leur mieux pour suivre le Christ, ayant vécu ce que l'on pourrait appeler une conversion. Cela n'a rien d'étonnant, car les Saintes Écritures sont tellement profitables pour le chrétien qu'elles sont capables de l'éclairer même lorsqu'elles ne sont pas nécessairement comprises correctement. Rappelez-vous que c'est en lisant la Bible que Saint Augustin s'est converti.

Nous avons également vu dans l'article précédant que le protestantisme exerce des influences négatives sur l'Église catholique. La fausse doctrine de sola scriptura permet à des catholiques dissidents de remettre en question l'enseignement de l'Église en invoquant tel ou tel passage biblique. Les dérapages doctrinaux des protestants exercent leur influence sur les théologiens catholiques, en particulier sur les questions entourant la présence réelle dans l'Eucharistie.

Toutefois, on entend peu parler des influences positives que le protestantisme a eues sur l'Église à commencer par le concile de Trente. À cette époque, l'Église luttait avec de sérieux problèmes de corruption. La vente des indulgences, par exemple, avait été l'élément déterminant qui a déclenché la réforme protestante. Sur ce point et sur d'autres, le concile de Trente a donné raison au protestantisme.

Le concile Vatican II a continué dans cette tradition de réforme. Certains catholiques ont décrié l'influence du protestantisme au concile Vatican II, estimant à tort que toute influence du protestantisme est forcément mauvaise. Ils considèrent que toute différence entre le catholicisme et le protestantisme est une question d'orthodoxie.

Le problème avec cette approche est qu'elle repose sur une fausse prémisse, car certaines influences protestantes peuvent être positives. La vérité demeure la vérité peu importe où elle se trouve. De plus, l'Église militante n'est pas parfaite et elle peut toujours profiter de réformes. La plupart des catholiques reconnaissent l'autorité du concile Vatican II et accueillent ses réformes avec une soumission filiale. Lorsque le concile recommande une réforme de la liturgie pour donner plus de place aux langues vernaculaires, lorsqu'il encourage les fidèles à lire la Bible, lorsqu'il fait une plus grande place aux laïcs, le concile donne suite à une influence protestante positive. Avant le concile, on en était même arrivé au point où l'on décourageait les fidèles catholiques de lire les Saintes Écritures. Cette situation tragique était une réaction excessive aux dangers de sola scriptura, qui a eu pour effet de rendre la plupart des catholiques ignorants de la Bible. Heureusement la réforme conciliaire a redonné la Bible aux fidèles, car l'ignorance des Saintes Écritures est l'ignorance du Christ (Saint Jérôme).

D'autres influences positives ont été la responsabilisation de l'individu et l'importance placée sur la conscience individuelle. Évidemment ces réformes sont une arme à double tranchant, car de nombreuses personnes de mauvaise volonté ont invoqué leur conscience personnelle pour contrevenir à la loi de l'Église et pour justifier le péché. Lorsqu'on parle par exemple d'observer l'esprit de la loi plutôt que la lettre, c'est une invitation à examiner ses motivations personnelles afin d'observer la loi par amour et non par contrainte, et non une autorisation à commettre des péchés et à désobéir aux autorités légitimes.

À l'inverse, si on compare ces idées avec le catholicisme pré-conciliaire, on remarque qu'il existait un légalisme évident dans l'Église. La vie du catholique était régie par une série de lois qu'il suffisait d'observer pour aller au Paradis: garder le jeûne prescrit, faire ses Pâques, donner la dîme, faire des bonnes œuvres pour «gagner son ciel», etc. Cette vision avait besoin d'être réformée, car les bonnes œuvres ne valent rien si le cœur n'y est pas.

Le catholicisme a fait du chemin depuis l'époque où l'on se croyait chrétien pour la seule raison que l'on naissait catholique. Toutefois, malgré les progrès, il reste encore beaucoup de chemin à faire. Encore aujourd'hui, de nombreux catholiques croient qu'ils seront sauvés simplement parce qu'ils ont été baptisés et parce qu'ils pensent être de bonnes personnes en général. Cette vision est en contradiction flagrante avec l'évangile.

L'évangile est un appel à la conversion, ce moment où l'individu prend la décision de suivre le Christ. Le Christ ne demande rien de moins qu'une dévotion totale et sans réserve:
Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi; et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi. Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas, n'est pas digne de moi. Celui qui cherche à conserver sa vie, la perdra; et celui qui perd sa vie à cause de moi, la retrouvera (Mt 10.37-39).
Selon Saint Paul, on devient une «nouvelle créature» (2 Cor 5.17, Gal 6.15), ce qui explique que l'on doive perdre sa vie pour la retrouver.

Je suis d'avis que le protestantisme a encore beaucoup à nous apprendre sur le catholicisme. Je parle surtout sur l'accent qu'il met sur la conversion personnelle. Il n'y a rien de plus catholique et rien dont l'Église a plus besoin aujourd'hui. La conversion personnelle est l'essence du christianisme.

Paradoxalement, ce sont des protestants libéraux qui, par leurs dérives doctrinales, ont rendu la conversion facultative et ont favorisé l'apostasie. Il existe en effet un clivage dans le monde protestant entre les protestants libéraux qui sont en minorité et les protestants évangéliques qui sont en majorité. D'une part, chez les évangéliques vous avez des chrétiens pieux et sincères dans leur désir de suivre le Christ, malgré leurs erreurs doctrinales. D'autre part, chez les libéraux, vous avez des incroyants qui vont jusqu'à remettre en cause l'historicité du personnage de Jésus, l'existence de l'Enfer et même l'existence de Dieu.

Nous avons le même problème dans l'Église catholique. Nous le voyons, la vraie lutte n'est plus entre catholiques et protestants, mais entre entre croyants et incroyants. La nouvelle lutte laisse en suspens les problèmes propres au protestantisme qui paraissent négligeables en comparaison avec les enjeux auxquels nous faisons face aujourd'hui. Le principal enjeu est le salut des âmes. Le libéralisme dit aux catholiques que tout le monde sera sauvé et que l'Enfer n'existe pas. Ce mensonge leur permet de croire qu'ils n'ont pas besoin de se convertir.

Pour le 21e siècle, le principal défi de l'Église sera de comprendre ce qu'est la conversion personnelle et de faire des véritables disciples. Jusqu'à présent, nos églises ont été remplies de chrétiens «nominaux», des gens qui s'appellent croyants mais dont le style de vie n'a rien de différent du monde. Ces personnes se disent «pratiquantes» parce qu'elles assistent à la messe. Le clergé les encourage dans cette voie en négligeant de leur dire qu'ils vont périr s'ils ne se convertissent pas. Les paroisses sont davantage des clubs sociaux que des sociétés de martyrs. L'évangile reçoit une interprétation gauchiste qui fait la promotion de la «justice sociale» plutôt que le salut des âmes. Ce genre de christianisme de complaisance n'a rien de chrétien et doit disparaître.

De plus, on retrouve encore des éléments du christianisme culturel de l'époque pré-conciliaire, où il suffisait d'être baptisé et d'aller à la messe pour être chrétien. Le catholicisme pré-conciliaire, en dessous de toutes les dorures et les ornements grandioses, cachait une pourriture, c'est-à-dire des cœurs inconvertis. Encore aujourd'hui, beaucoup de paroisses sont maintenues sur le respirateur artificiel par des catholiques de culture qui vont à la messe pour avoir quelque chose à faire le dimanche, mais qui n'ont pas de réelle vie intérieure. Même le clergé est composé en partie d'hommes qui n'ont jamais vécu une conversion.

L'accent qu'il faut mettre sur la conversion personnelle est non seulement ce qui sauvera l'Église du libéralisme et de l'apostasie, mais c'est aussi ce qui permettra à l'Église de triompher du protestantisme et mettra fin à la saignée de fidèles qui quittent l'Église pour se joindre aux sectes protestantes. En effet, le plus grand reproche des protestants évangéliques à l'endroit du catholicisme est le manque de sérieux des soi-disant catholiques. Ils voient bien que la plupart des catholiques ne sont pas vraiment des disciples de Jésus et ils prétendent que c'est la preuve que le catholicisme est faux.

En résumé, ce qu'il y a de bon dans le protestantisme n'est pas proprement protestant, mais surtout catholique. Si les protestants sont plus efficaces dans leur prosélytisme, nous devons nous demander pourquoi. À mon avis, nous avons besoin d'une réforme pour retrouver l'élément central du catholicisme que constitue la conversion personnelle. Se convertir, donner sa vie au Christ, devenir une créature nouvelle, vivre selon l'Esprit, voilà l'essence du christianisme et l'objet de la nouvelle évangélisation.

Pour terminer, peut-être vous demandez-vous concrètement comment on s'y prend pour se convertir. Il n'y a pas de formule magique, mais on peut prier la prière de repentance que voici:
Seigneur Jésus, je me reconnais pécheur et je crois que tu es mort pour mes péchés. Je veux me donner à toi et je veux que tu viennes habiter dans mon cœur. Dès ce moment, je veux délaisser ma vie passée et m'engager à te suivre coûte que coûte. Tu es mon sauveur et mon maître, je t'aime plus que les plaisirs de cette vie, je me consacre à toi corps et âme. Amen.