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Devrais-je croire aux miracles? La question ici n'est pas si je dois croire à ce miracle-ci ou ce miracle-là en particulier. Cet article veut plutôt discuter le fait de savoir si on est rationnellement justifié de croire aux miracles en tant que tels.

Le conseil de David Hume aux sages

David Hume, un philosophe écossait et sceptique du dix-huitième siècle, a soutenu que le sage ne devrait pas croire aux miracles. La base de son affirmation était ce que l'on pourrait appeler le « principe de reproductibilité », qui affirme que les preuves reposant sur ce qui se produit couramment (le général) l’emporte toujours sur les preuves qui ne le font pas (le rare). Comme les miracles sont rares et qu’ils contredisent notre expérience courante, Hume soutient donc que le sage ne devrait jamais croire aux miracles.

Bien qu’il soit vrai que le sage doit fonder ses convictions sur des preuves, il est faux de dire que la preuve d'une expérience uniforme l’emporte toujours contre les preuves pour ce qui est singulier et rare.

Nous savons cela pour plusieurs raisons, mais je vais vous en donner quatre.

Pourquoi l'expérience uniforme ne rend pas irrationnel la croyance aux miracles

Premièrement, si le principe de Hume sur l'expérience d'uniforme était exact, alors nous devrions refuser plusieurs choses que nous tenons pour vrai. Par exemple, le Big Bang était un événement singulier qui n’est pas reproductible. Avez-vous expérimenté des Big Bangs récemment? Je me risquerais  également à dire que vous n’avez probablement pas vu personne atterrir sur la lune récemment.

Si nous nous en tenions au principe de Hume, il serait irrationnel de croire à la théorie scientifique du Big Bang et au fait historique que Neil Armstrong a marché sur la lune, puisque ces événements contredisent notre expérience uniforme. Mais cela est absurde. Le Big Bang est l'une des théories les plus rigoureusement établies dans l'ensemble de la science et tous ceux qui ne sont pas obsédé par les théories du complot croient que la marche de Neil Armstrong sur la lune est un fait historique.

Deuxièmement, le principe de Hume annule la science elle-même. En tant que discipline inductive, la science suppose nécessairement la possibilité de découvrir de nouvelles choses qui peuvent contredire notre expérience uniforme. Les lois scientifiques sont révisées continuellement sur la base de nouveaux éléments de preuve. Mais si le principe de Hume était exact, les scientifiques n’auraient jamais de motifs raisonnables pour réviser ces lois, et ainsi le remplacement de la conception newtonienne de l'univers par la conception d'Einstein aurait été irrationnel. Aucun sceptique ne peut accepter cela et être encore considérée comme étant intellectuellement crédible.

Une troisième raison pour laquelle l'argument de Hume de l'expérience uniforme échoue est qu’il met la  barre trop haut pour l'authentification d'un miracle. Il considère la rareté comme quelque chose qui disqualifie la croyance rationnelle, mais la rareté est l'essence du miracle. Un miracle, par définition, est un événement inhabituel, quelque chose de contraire au cours ordinaire des choses. Ainsi, selon l'opinion de Hume, tout miracle est disqualifié dès le départ, parce que chaque miracle est un événement rare.

Ceci est analogue à placer la barre à cinquante pieds de hauteur lors des qualifications pour le saut en hauteur, alors qu’aucun sauteur ne peut sauter plus de huit pieds. Il est tout à fait déraisonnable de fixer une norme si élevé que personne ne pourra jamais l’atteindre. Si les sceptiques veulent que les croyances chrétiennes soient soumises à la falsification, alors ils ne devraient pas fixer des normes que les croyances chrétiennes ne pourront jamais atteindre.

Une quatrième critique de l'argument de Hume est qu’il commet le sophisme du plaidoyer spécial. Une erreur de raisonnement dans laquelle on ignore délibérément les aspects défavorables à son point de vue. Hume fonde son argumentation sur son expérience ou peut-être sur l'expérience de ceux qu'il connaît. Peut-être y avait-il des gens à l'époque de Hume, ou même dans les gens du passé, dont l'expérience commune avait été témoins de miracles. Cela est précisément l’affirmation des premiers chrétiens. Alors que Hume est dans son droit de parler avec autorité de sa propre expérience, il ne peut pas le faire à l'égard des autres. Sa propre expérience uniforme ne peut pas être utilisée pour exclure le témoignage de l'expérience d'une autre personne.

L'improbable est un obstacle trop grand à franchir

Un sceptique pourrait ne pas articuler son scepticisme au sujet des miracles de la même façon que Hume, mais il pourrait simplement exprimer son incapacité à surmonter l'obstacle d'accepter une chose aussi improbable. Un sceptique pourrait dire: « Les miracles de la Bible sont tout simplement trop tirés par les cheveux pour que j’y crois : Un homme qui ressuscite des morts? Des aveugles qui voient? Vous voulez me faire croire cela? »

Alors que je peux sympathiser avec quelqu'un qui a un esprit sceptique en ce qui concerne les événements improbables, nous ne pouvons pas rejeter quelque chose purement et uniquement parce que cela semble improbable.

Tout d'abord, un événement pourrait être considérer comme étant improbable lorsqu'on le considère en rapport à notre connaissance générale, mais par rapport à d'autres connaissances ou à d’autres preuves spécifiques, l’invraisemblance peut diminuer.

Par exemple, il est hautement improbable que le numéro gagnant de la loterie en Californie soit 6345789. Cependant, si le journal dit que c'est le numéro gagnant, alors les probabilités changent, ce qui rend les chances pour qu'il soit le numéro gagnant de beaucoup supérieur. En outre, si le présentateur de nouvelles diffuse aussi ce numéro comme le numéro gagnant aux nouvelles du soir, alors les chances pour qu'il soit vraiment le numéro gagnant deviennent encore plus élevées.

De même, les miracles, comme Jésus ressuscitant des morts, sont improbables par rapport à nos connaissances générales, car les hommes ne se relèvent habituellement pas d'entre les morts. Mais l'improbabilité diminue quand cela est considéré par rapport aux autres éléments de preuve spécifiques, comme les témoignages de témoins oculaires. Si les témoignages sont solides, alors la croyance devient alors rationnelle malgré l'improbabilité de l'événement.

Une deuxième réponse pour aider un sceptique surmonter l'obstacle de la haute improbabilité d'un miracle est le principe de Hume:

Aucun témoignage n'est suffisant pour établir un miracle à moins que le témoignage soit d'un genre tel que sa fausseté serait plus miraculeuse que le fait qu'il veut établir (David Hume, des miracles).

Beaucoup de sceptiques considèrent seulement l’improbabilité du miracle, mais ils ne considèrent presque jamais l'improbabilité que le miracle ne se soit pas produit, malgré les témoignages en sa faveur.

Prenons l'exemple de la résurrection de Jésus, pour laquelle les premiers chrétiens ont témoigné. Les sceptiques considèrent à juste titre que cet événement est improbable et ils sont tout-à-fait rationnels quand ils font preuve de prudence en ce qui concerne les témoignages de la résurrection. Mais très rarement les sceptiques considèrent l’improbabilité des explications alternatives.


Par exemple, il est beaucoup plus improbable que les premiers chrétiens aient volé le corps de Jésus et qu’ils auraient menti à propos de la résurrection, ne gagnant ainsi que leur mort. Les gens ne meurent pas pour ce qu'ils savent être un mensonge. En outre, il serait très improbable que les apôtres nous auraient forgés des récits simples et non dramatiques (pour ne pas mentionner le fait qu’ils donnent aux femmes le rôle de premiers témoins), s'ils mentaient au sujet de la résurrection.

Une autre alternative improbable à la résurrection de Jésus est que les chrétiens aient halluciné. C’est improbable parce que saint Paul raconte que Jésus a apparu à beaucoup de gens différents à plusieurs reprises, ainsi qu’à plus de 500 disciples en même temps (voir 1 Corinthiens 15, 6). Des occurrences qui ne sont pas typiques des hallucinations.

Ainsi, face à l'obstacle de l’improbabilité, la question ne devrait pas être « Dois-je croire aux miracles en tant que tels? », mais plutôt « Y a-t-il suffisamment de preuves pour croire en ce miracle? » Si la preuve d'un miracle particulier est digne de confiance, comme pour la résurrection de Jésus, alors la croyance en ce miracle est raisonnable, même si elle est un événement improbable.

Le sage doit certainement faire preuve de prudence lorsqu'il est confronté à des récits miraculeux. Mais le sage devrait également être ouvert à suivre la preuve où elle le mène, peu importe si ce récit est extraordinaire ou improbable.


Cet article est une traduction personnelle de l’article « Should I believe in Miracles » de Karlo Broussard.

Récemment, un informaticien américain, Tom Anderson, aurait démontré "scientifiquement" que la Bible est plus violente que le Coran, grâce à son logiciel OdinText.

Comment a-t-il procédé et que vaut son analyse ? Voici la réaction du  philosophe Alexis Masson 

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Premier interrogatoire du Christ par Pilate, Duccio (1311)
Comme les lecteurs de longue date le savent, j’ai été [Joe Heschmeyer] avocat avant d'entrer au séminaire pour me préparer à la prêtrise catholique. Alors, il n’est peut-être pas surprenant que je sois fasciné par des questions au sujet du « fardeau de la preuve » dans les questions religieuses. Par exemple, est-ce que le fardeau de la preuve revient aux croyants ou aux athées? Quel genre de preuves sont permises pour rencontrer ce fardeau de la preuve? Les affirmations « extraordinaires » ne nécessitent-elles pas de preuves extraordinaires? Devraient-elles rencontrer un fardeau de la preuve extraordinaire, au-dessus du fardeau nécessaire pour d'autres sortes d’affirmations? Voici quatre mauvaises façons de traiter de ces questions:

Erreur # 1: Le fardeau de la preuve revient aux théistes et non pas avec aux athées

Souvent, les athées prétendent que « l'athéisme n’est pas une croyance », qu’il ne nécessite pas de preuves et donc que le fardeau de la preuve revient uniquement au croyant. Ceci est faux. Comme Luc Muehlhauser de « Common Sense Atheism » l’explique : « Je pense que le fardeau de la preuve revient à celui qui fait une affirmation positive ». Il est vrai que cela signifie que les croyants devraient être en mesure de fournir des raisons de croire, mais cela signifie aussi que si vous ne croyez pas en Dieu, vous devez également être en mesure de soutenir cette croyance:

Si vous prétendez que l'Éternel existe, il n’est pas de mon devoir de réfuter l'Éternel. [....] Mais la plupart des athées intellectuellement inclinées que je connais n’ont pas seulement un « manque » de croyance en Dieu,  comme à mon chien à qui il « manque » la croyance en Dieu. Les athées veulent éviter le fardeau de la preuve dans les débats, en disant simplement qu’ils leur « manque » la croyance en Dieu. Mais ce ne sont pas ce que leurs écrits suggèrent habituellement. Non, la plupart des athées intellectuels croient positivement que Dieu n'existe pas. En fait, la plupart d'entre eux vont dire, du moins à d'autres athées, qu'il est « évident » qu’il n'y a pas de Dieu ou qu'ils « savent », comme nous pouvons « savoir » quelque chose, que Dieu n'existe pas. 
Ainsi, si l'athée veut défendre ce qu'il croit vraiment, alors, lui aussi a un fardeau de la preuve. Il doit donner les raisons pour lesquelles il pense que Dieu n’existe certainement pas.

Ceci est la distinction cruciale. Passer de « je ne suis pas convaincu de la preuve que le christianisme / théisme est vrai » à « donc, le christianisme / théisme est faux » est un saut logique qui n’est pas supporté par la preuve. Alvin Plantinga a une bonne illustration de cela :

[L]'absence d'éléments de preuve, si tant est que les preuves manquent, n’est pas un fondement solide pour l'athéisme. Personne ne pense qu'il y a de bonnes preuves d’affirmer qu'il y a un nombre pair d'étoiles; mais aussi, personne ne pense que la bonne conclusion à en tirer est qu'il y a un nombre impair d'étoiles. La bonne conclusion serait alors plutôt l'agnosticisme.

Je ne crois pas qu'il y ait un nombre pair d'étoiles, mais je ne doute pas qu'il y ait un nombre pair d'étoiles. Un manque de preuves pour X ne constitue pas une preuve de son contraire et dans ce cas, le fardeau de la preuve est parfaitement 50-50.

Cela ne signifie pas qu'il n'y a aucun cas dans lequel l'absence de preuves peut être probante: si je prétends qu'il a plu tout l'après-midi, le manque d'eau sur le terrain serait une preuve contre mon affirmation. Il n'y a donc aucune raison pour laquelle les athées ne pourraient pas prétendre que, si Dieu existait, nous verrions X et Y, mais que comme nous ne voyons pas ces choses, alors il n'existe pas. Cela serait une preuve logique, mais cela prendrait une réelle démarche intellectuelle. L'alternative de faire semblant d'être agnostique (un phénomène que Muehlhauser traite à juste titre comme étant généralisé) est beaucoup plus facile. Il est cependant intellectuellement malhonnête.

Erreur # 2: Les croyances chrétiennes sont soit scientifiquement évaluables ou non prouvable / non-falsifiable

Lorsqu’une des deux positions fait une affirmation positive (que Dieu existe ou qu'il n’existe pas) et qu’il a le fardeau de la preuve, qu’est-ce qui doit compter comme une preuve? Souvent, il y a une fausse dichotomie qui dit que la véracité de toutes les affirmations (comme les affirmations religieuses) doivent être analysable de la même façon dont les questions scientifiques le sont, ou bien alors elles sont un non-sens. Apparemment, Muehlhauser semble être tombé dans ce piège:

Les chrétiens ont fait un bon travail afin de rendre impossible de réfuter leur Dieu. Yahweh se cachait avant juste au-dessus des nuages, d'où il jetait des pierres sur les Amorrites (Josué 10, 10-11) et faisait d'autres choses amusantes. Maintenant, il est une sorte d’être d'invisible, transcendant, que nous ne pouvons pas réfuter. Mais nous n’avons pas à le faire. Il est du devoir des chrétiens de nous montrer des raisons de penser que Yahweh existe. Les chrétiens ont le fardeau de la preuve, parce qu'ils font une affirmation positive. L'athée dit simplement: « Je ne vois aucune raison d'accepter votre affirmation, tout comme je ne vois aucune raison d'accepter les affirmations de la scientologie. »

Avec cela, on peut comprendre que la compréhension de Muehlhauser du christianisme et de l'histoire est une grande partie du problème. Il suppose que nous avions l'habitude de penser que Dieu était « caché juste au-dessus des nuages», parce qu'il interprète Josué 10, 10-11 littéralement, comme si cela signifiait que Dieu était sur un nuage à jeter des pierres. En outre, il affirme que les chrétiens ont fait « un bon travail qui rend impossible de réfuter leur Dieu », comme si la transcendance de Dieu est quelque chose que nous aurions inventée pour parer les réfutations de brillants athées (où Dieu siège les jours sans nuages? Zut! ).

En réalité, la théologie chrétienne a été claire au sujet de la transcendance de Dieu pendant la totalité de l'histoire chrétienne.  La transcendance de Dieu peut aussi être démontrée comme étant métaphysiquement nécessaire depuis les travaux de philosophes préchrétiens comme Aristote. En outre, vous pouvez voir la transcendance de Dieu depuis le tout début de la Bible en Genèse 1, 1, qui dit: « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre » et non « Au commencement, Dieu est assis sur un nuage dans le ciel et a créé la terre. » Il est vrai que, par nécessité, la Bible utilise souvent le langage anthropomorphique pour décrire Dieu et ses actions, mais quel autre langue pourrait-on utiliser? Il est également clair, dès le début, qu'une grande partie de ce langage est compris, par l'auteur et les lecteurs raisonnablement intelligents, comme étant métaphorique et analogique. Quand Dieu dit dans Exode 19, 4: «Vous avez vu ce que j'ai fait à l'Égypte, et comment je vous ai portés sur des ailes d'aigle et amenés vers moi. », aucune personne raisonnable ne prend cela comme signifiant que Landroval (du seigneur des anneaux) descendit et apporta les Juifs hors d'Égypte. Après tout, les 18 chapitres précédents venaient tout juste de finir d'expliquer comment les Israélites se sont échappés d’Égypte.

Si vous lisez la Bible en supposant qu'elle a été écrite par et pour des idiots, ne soyez pas surpris si votre exégèse biblique est idiote. Cela peut paraître être un coup bas (et ça l’est un peu, certes), mais Muehlhauser va à partir de là conclure que la croyance en Dieu des chrétiens est comme de croire en un être comme Odin. Une erreur catégorique rendue possible en traitant Dieu comme un artefact de cet univers plutôt que le Créateur de l'univers.

Cela fait partie du problème. Le point le plus important ici est l'admission implicite de Muehlhauser du fait qu'il ne sait même pas comment évaluer la prétention chrétienne d'un Dieu transcendant. Il a besoin d'imaginer que Dieu est un monstre idiot sur un nuage qui jette des pierres, parce que c’est le genre d'être qu’il sait comment analyser. Ailleurs, il écrit que:

Le scepticisme et la pensée critique nous enseignent des leçons importantes: les affirmations extraordinaires exigent des preuves extraordinaires. Corrélation ne signifie pas causalité. Ne prenez pas trop au sérieux l’autorité. Les affirmations doivent être spécifiques et falsifiables.

Cela semble être une tentative d'analyser Dieu de la même façon que l'on pourrait aborder la question de savoir si les quasars existent. Même les catégories de « falsification » supposent une approche particulière de l'enquête rationnelle. Une approche bien adaptée pour les sciences naturelles, mais souvent mal adaptée en dehors du domaine pour lequel elle a été inventée. Prenez le principe de non-contradiction par exemple. C’est un axiome logique invérifiable non falsifiable, mais il est néanmoins vrai. Cela est vrai de tous les axiomes logiques. (Soit dit en passant, sans ces axiomes logiques, la science est impossible, donc cette idée que toute vérité doit être falsifiable peut être démontrée comme étant fausse). Le Manuel de l'humanisme de Wiley Blackwell, tout en n’étant en aucun cas favorable à la religion, reconnaît le caractère incomplet de cette vision du monde:

12 x 12 = 144 est quelque chose que vous pouvez établir à partir du confort de votre fauteuil par la raison seulement. Vous pouvez aussi le faire avec d'autres vérités conceptuelles. Il est possible, par exemple, de savoir si le petit-fils de l'oncle de mon arrière-grand-mère doit être mon petit-cousin une fois ayant clarifié tous ces concepts et en ayant examiné les relations logiques qu’ils ont entre eux. Là encore, cela peut être fait dans le confort d'un fauteuil. Aucune enquête empirique n’est nécessaire. Or, supposons qu'un explorateur prétend avoir découvert un triangle à quatre côtés dans une forêt distante. Avons-nous besoin d’organiser une expédition coûteuse pour vérifier si cette affirmation est vraie? Non, encore une fois, nous pouvons établir sa fausseté par des méthodes conceptuelles « de fauteuil ». 
Ainsi, tout en reconnaissant que la science est un outil extrêmement puissant, comme c’est le cas ici, nous reconnaissons aussi que d'autres méthodes non scientifiques, mais néanmoins rationnelles ont aussi leur place quand on veut arriver à des croyances raisonnables - y compris les méthodes de fauteuil. La science est simplement une façon, mais d'une façon très importante, d'arriver à des croyances raisonnables.

Compte tenu de cela, considérons les types d’affirmations que les chrétiens font au sujet de Dieu. Par exemple, nous ne prétendons pas que Dieu est une créature qui a pris naissance à partir de cet univers, qu’Il est arrivé au pouvoir et qu’Il a remodelé l'univers. Nous disons que Dieu est un être incréé (en effet, l’être lui-même) et qu’Il est à l'origine de toute la réalité créée. Par définition, un Dieu ne sera pas limité par les lois de la nature ... les lois qu'il a créées. Nous faisons des revendications métaphysiques et Muehlhauser, comme beaucoup d'athées, essaie de les évaluer comme des affirmations physiques. Il est vrai que nous croyons aussi que ce Dieu est devenu homme (sans cesser d'être Dieu), mais ceci est une revendication historique et l'histoire ne nous permet pas très bien de faire des tests dans un laboratoire scientifique.

Je ne suis pas ici en train de tenter de prouver l'existence de Dieu ou la vérité de l'Incarnation, je veux seulement dire que ces propositions ne sont pas le type d'affirmations que les sciences naturelles sont équipées pour évaluer, tout comme elles ne sont pas équipées pour traiter les affirmations comme « John Quincy Adams était un membre du partie antimaçonnique » ou « Quand un montant égal est tirée d’égaux, il en résulte un montant égal » ou « la beauté est un transcendantal ».

Erreur # 3: Les affirmations extraordinaires nécessitent des preuves extraordinaires 

Carl Sagan aimait citer la phrase de Marcello Truzzi (évoqué ci-dessus par Muehlhauser), qui disait que « les affirmations extraordinaires exigent des preuves extraordinaires ». Si cela se veut une description de la façon dont nous abordons normalement une affirmation, c’est assez vrai. Nous avons tendance à exiger un fardeau de la preuve beaucoup plus faible pour les choses que nous trouvons crédible, qu’aux choses que nous trouvons incroyable. Mais essayer d'en faire une règle logique est un désastre.

Pour commencer, cela donne des résultats incohérents. Imaginez un procès pour meurtre dans laquelle trois personnes étaient dans la chambre avec la victime lorsqu'elle a été abattue et que la criminalistique prouve qu'il y avait deux tireurs. Tous les trois sont convoqués au procès. En utilisant la norme de Truzzi, est-ce que cela signifie qu’un fardeau élevé de la preuve incombe à chacun des trois accusés (car il y a une chance sur trois qu'il soit coupable, ce qui rend l'innocence plus extraordinaire dans ce cas) ou à la poursuite (parce que le meurtre est un évènement extraordinaire)?

Pire encore, presque tout tourne autour de ce que vous considérez comme étant « extraordinaire », un terme qui semble objectif qu’en apparence (par exemple, une personne qui croit que tous les événements climatiques sont causés par les actions des dieux ne verrait pas une telle intervention divine comme « extraordinaire »). Dans la pratique, ceci est un exemple du biais de confirmation, qui se réfère à « la tendance d'une personne à privilégier les informations qui confirment leurs assomptions, leurs idées préconçues ou leurs hypothèses, que celles-ci soient réellement et indépendamment vraies ou non ». Si quelque chose est en accord avec les assomptions de l'athée, il dit que c’est « ordinaire » et qu’il respecte les standards. En cas de désaccord, cela devient « extraordinaire » et se retrouve maintenu à un fardeau de la preuve beaucoup plus élevé. Chacun d'entre nous est sujet au biais de confirmation, mais le mantra « affirmations extraordinaires / preuves extraordinaires » ne sert qu’à nous y enraciner.

Erreur # 4: Les affirmations religieuses devraient être tenues à un fardeau de la preuve plus élevée que les autres affirmations

La dernière erreur que je veux aborder est une permutation de la troisième. C'est l'idée que, comme « affirmations extraordinaires », les affirmations religieuses doivent être tenues à un fardeau de la preuve supérieur aux affirmations ordinaires.

La norme générale pour croire en quelque chose est ce qu'on appelle le standard « 50 + 1 ». Si vous voyez le consentement comme l'équilibre entre la « croyance » et « l'incrédulité », tout mouvement de la balance, même léger, peut faire changer la conclusion. Voilà comment nous utilisons normalement le mot « croyance », au point qu'il semble illogique et incohérent de faire autrement. Le fameux paradoxe de Moore dit que les affirmations comme « Il pleut et je ne crois pas qu'il pleut » ne veulent rien dire. Vous affirmez deux déclarations contradictoires. Donc, dire « Dieu existe sans doute, mais je ne crois pas qu'il existe » ne signifie rien non plus. Alors que si la probabilité de l'existence de Dieu est au-dessus de 50% (même légèrement), alors il existe probablement.

Bien qu'apparemment incohérente, cette erreur indique effectivement une caractéristique importante de la croyance religieuse. La foi est non seulement un assentiment intellectuel aux données historiques et métaphysiques. Il est aussi un acte de confiance et qui nécessite donc un acte de la volonté. Peu importe comment seront clairs les éléments de preuve historique de la résurrection de Jésus, vous pouvez toujours choisir de les ignorer ou de les nier. Le pape saint Grégoire le Grand souligne que ce fut même le cas des Apôtres qui ont rencontré le Christ ressuscité, ce qui est la raison pour laquelle Jésus peut toujours référer à la réponse fidèle de Thomas comme une « croyance » (Jean 20,29) : « Thomas a vu un être humain, qu'il a reconnu être Dieu et à qui il dit: mon Seigneur et mon Dieu. Voyant, il a cru; regardant celui qui était vrai homme, il cria qu’Il était Dieu, le Dieu qu'il ne pouvait pas voir ».

Ceci est un aspect important, car il est facile de prétendre que tout cela se situe exclusivement au niveau de l'intelligence, que la croyance et l'incrédulité sont motivées uniquement par le poids de la preuve (et que, par conséquent, toutes les opinions erronées en matière de foi sont une question d'ignorance ou simplement d’erreur). Quand une personne annonce qu'elle va choisir de ne pas croire en Dieu, même si le poids des preuves penche en Sa faveur, ils annoncent que quelque chose d'autre entre en jeu dans leur décision.

Conclusions

Donc : (1) le fardeau de la preuve incombe à la partie qui a fait une affirmation (que cette affirmation soit que Dieu existe ou non); (2) que ce fardeau devrait être atteint d'une manière adaptée au type d’affirmation (donc ne vous attendez pas à ce que des affirmations scientifiques soient démontrées de la même manière que les affirmations historiques, par exemple); (3) qu’en exigeant une preuve spéciale pour les affirmations que vous jugez « extraordinaire », vous ouvrez la porte au biais de confirmation (et donc vous devriez être très prudent avant de le faire); et (4) il n'y a pas de raison désintéressée et rationnelle d’exiger des affirmations religieux un fardeau de la preuve plus élevé que pour les autres types d’affirmations.


Cet article est une traduction personnelle de l’article « 4 Errors about the Burden of Proof for God » de Joe Heschmeyer.
La Bible de Gutenberg (15e siècle). Photo par Mark Pellegrini
Fréquemment, les évangéliques parlent de la nécessité de joindre une Église qui est basée sur la Bible. On propose même des jeux-questionnaires utiles pour faire en sorte que vous alliez à une Église « basée sur la Bible ». L'Église catholique peut faire encore mieux: d’une manière très réelle, la Bible est basée sur l'Église catholique. Après que j’ai mentionné cela sur Facebook, un lecteur protestant a questionné cette revendication et m’a demandé ce que les catholiques croyaient qu’était le message du salut. Donc aujourd'hui, je vous propose deux articles réunis en un seul: (1) Est-ce l'Église catholique est à l’origine de la Bible? et (2) Quel est le message de l'Évangile au sujet du salut selon l'Église catholique?

I. Est-ce l’Église catholique qui nous a donné la Bible?

Il y a quatre principales raisons d’affirmer que l'Église catholique nous a donné la Bible:


  • Le Nouveau Testament a été écrit par l'Église. Les livres du Nouveau Testament ont été écrits par des apôtres ou d'autres « leader » du clergé dans l'Église. Rappelez-vous de 1 Corinthiens 12, 28, « Dieu a établi dans l'Église premièrement des apôtres, secondement des prophètes, troisièmement des docteurs, ensuite ceux qui ont les dons [de faire des miracles,] de guérir, d'assister, de gouverner, de parler diverses langues. »
  • Le Nouveau Testament a été écrit à l'Église. Tout comme l'Ancien Testament a été écrit à Israël, le Nouveau Testament a été écrit à l'Église. Nous voyons cela plus clairement dans les épîtres, qui ont tendance à être adressées soit à un dirigeant d’une église particulière (voir Philémon 1, 1) ou à une église locale (voir 1 Corinthiens 1, 2) ou à un groupe particulier de chrétiens (voir 1 Pierre 1, 1) ou à toute l'Église (voir Jude 1, 1).
  • L'Ancien et du Nouveau Testament ont été compilées par l'Église. Sans l'Église, vous ne disposez d’aucune manière claire de savoir quels livres appartiennent à la Bible et ceux qui ne le doivent pas. Historiquement parlant, l'Église catholique nous a donné la Bible. Logiquement parlant, il n'y a pas d’autre alternative, car aucune table des matières inspirée ne nous a été révélée. Théologiquement parlant, il n'y a pas d’autre alternative, parce qu'il n'y a pas d'autre autorité infaillible capable de définir cela avec un degré de certitude assez grand.
  • La mise en place de l'Église est mentionnée dans l'Écriture. Matthieu 16, 17-19 est l'endroit le plus évident. Jésus a mis en place une Église et a confié à cette Église le pouvoir de parler en Son nom et de proclamer Son Évangile jusqu'aux extrémités de la terre. Un des moyens par lequel l'Église a accompli cette Commission a été en créant la Bible, sous l'inspiration de l'Esprit Saint.


Il est devenu populaire de parler de la Bible comme étant une « lettre d'amour » de Dieu. C’est une bonne façon de voir les choses: une compilation d'une série de lettres d'amour écrites par Dieu à son peuple. Cela est vrai à la fois de l'Ancien et du Nouveau Testament, mais avec le Nouveau Testament, nous pouvons dire quelque chose d'encore plus profond: que ce sont des lettres d'amour écrites à son épouse (Éphésiens 5, 25-27):

Maris, aimez vos femmes, comme le Christ a aimé l'Église et s'est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier, après l'avoir purifiée dans l'eau baptismale, avec la parole, pour la faire paraître, devant lui, cette Église, glorieuse, sans tache, sans ride, ni rien de semblable, mais sainte et immaculée.

Donc, nous n’avons pas besoin d’essayer d'inventer une nouvelle Église, une nouvelle épouse pour le Christ, basé sur notre lecture de Ses lettres d'amour pour elle. Nous avons simplement à nous joindre à l’épouse qu'Il a déjà, celle à qui ces lettres ont été écrites en premier lieu.

La résurrection des morts et la pesée des âmes,
du Psautier de Blanche de Castille (13e siècle)

II. Comment sommes-nous sauvés?

Ayant maintenant parlé d’où la Bible nous est venue, regardons maintenant ce qu'elle a à dire sur la façon dont nous sommes sauvés. Bien que ce ne fût pas ce qui fut à l’origine de la Réforme, le salut est rapidement devenu l'un des sujets les plus chauds et il reste toujours aujourd’hui un sujet de controverse.

Classiquement, la réponse protestante est enracinée dans certains textes pauliniens sur l'importance de la foi pour le salut. Cela est merveilleux, mais il y a des problèmes avec la façon dont ces textes sont interprétés. Parce que Paul parle de l'importance de la foi et parce que (compte tenu de son auditoire et du contexte) c’est presque son seul accent, ils ont développé l'idée que la foi seule est ce qui est nécessaire pour la justification et le salut. Luther est allé jusqu'à « corriger » Romains 3, 28 qui dit que nous sommes sauvés par la foi, pour lui faire dire que nous sommes sauvés par la foi seulement. Dans le texte non corrompu, l'expression «la foi seulement» apparaît exactement une fois dans toute l'Écriture: Jacques 2, 24 : « Vous voyez que l'homme est justifié par les œuvres, et non par la foi seulement. » Alors, la justification par la foi est une bonne réponse à la question. La justification par la foi seulement ne l’est pas.

Je dirais que si vous voulez une réponse complète, il faut regarder deux choses: (1) les endroits dans l'Écriture où les gens demandent comment nous sommes sauvés; et (2) les endroits où le jugement final ou le salut / damnation sont mentionnés.

Ce que vous trouverez est une image bien différente que celle de la « sola fide » : la description que Jésus fait du jugement dernier dans Matthieu 24 ne mentionne même pas la foi. Il ne regarde que les œuvres. Ne vous méprenez pas: Jésus ne dit pas que nous sommes sauvés par les œuvres sans la foi, pas plus que Paul dit que nous sommes sauvés par la foi sans les œuvres. Ce qui diffère est leur accent, compte tenu de leurs contextes respectifs. Dans Marc 16, 16, Jésus mentionne deux critères pour le salut: la foi et le baptême.

Pour terminer, je veux vous offrir deux «résumés» du salut:

A. Le Nouveau Testament témoigne que Jésus nous est offert comme notre Seigneur et Sauveur, mais on ne peut pas le prendre comme Sauveur en le rejetant comme Seigneur. Il ne suffit pas de simplement de l’appeler Seigneur. Nous devons réellement vivre cette réalité. « Ce n'est pas celui qui m'aura dit : " Seigneur, Seigneur ! " qui entrera dans le royaume des cieux, mais celui qui aura fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. » (Matthieu 7, 21).

B. Le message entier du salut peut aussi se résumer en disant que nous sommes sauvés par l'amour. Nous voyons cela plus clairement dans les écrits de Saint-Jean et en particulier dans les réponses qu'il donne à ces trois questions:


  1. Pouvez-vous aller au ciel sans aimer Dieu et votre prochain?
  2. Pouvez-vous aimer Dieu sans garder Ses commandements?
  3. Pouvez-vous garder les commandements de Dieu sans faire de bonnes œuvres?


Si vous voulez en savoir plus à ce sujet, j'ai écrit un article qui jette un regard plus attentif à la façon dont saint Jean répond à ces questions.


Cet article est une traduction personnelle de l’article « Did the Catholic Church Give Us the Bible? (And How Are We Saved?) » de Joe Heschmeyer.