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Dieu le Père et les Anges (chapelle Sixtine , Pietro Perugino , 16e siècle)

Devriez-vous prier les anges? La Bible a-t-elle quelque chose à dire sur cette pratique? Si oui, est-ce qu’elle autorise cette pratique ou est-ce qu’elle la condamne?

Je dois préciser d'emblée que prier n’est pas la même chose qu’adorer. Tous les chrétiens sont d'accord pour dire qu’adorer les anges est contraire aux Écritures. Des passages comme ceux d’Apocalypse 19, 9-10 et 22, 8-9 nous montrent clairement que nous ne devrions pas le faire. Cette dernière question est plutôt facile. Dans cet article, je veux parler de la pratique de parler aux anges, de leur demander de prier pour nous, leur demander de nous protéger, de les remercier de leur protection et de leurs prières, etc.

Dans cet esprit, je vous invite à considérer ces six raisons bibliques qui nous incitent à prier les anges. Je vais présenter chaque raison avec un commentaire minimal, puis faire un petit récapitulatif à la fin.

1- Votre ange gardien prie pour vous

Dans Matthieu 18, 10, Jésus dit: « Prenez garde de mépriser aucun de ces petits, car je vous dis que leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père qui est dans les cieux ». Il est facile de négliger l'importance de ce verset pour cette question, mais le Christ confirme que nous avons tous des anges gardiens qui intercèdent pour nous devant le Trône Céleste. C'est pourquoi il se réfère à « leurs anges ».

Ce ne sont pas seulement les individus qui ont des anges gardiens. Apocalypse 1, 20 nous dit que chaque église a aussi son propre ange. Dieu utilise ces anges comme intermédiaires entre Dieu et l'homme: il envoie un ange pour parler à Jean et pour l'inspirer à écrire Apocalypse (Apocalypse 1, 1) et cet ange transmet un message à Jean pour le proclamer aux anges de chacune des églises (Apocalypse 2, 1.8.12.18; 3, 1.7.14). Les nations sont également confiées à des anges gardiens particuliers, comme cela a été fait avec la nation d'Israël (Daniel 10,21; 12, 1).
Il y a donc des anges qui ont une responsabilité directe envers nous et qui sont impliqués dans nos vies, priant pour nous.

2- Les anges apportent les prières des saints à Dieu

Non seulement les anges prient pour nous, mais ils apportent aussi nos prières à Dieu. Dans Tobie 12,15, l'Archange Raphaël dit: « Je suis l'ange Raphaël, un de sept qui nous tenons en présence du Seigneur ». Les protestants pourraient être hésitants à accepter ce témoignage, car il est tiré du Livre de Tobie, qui, selon eux, n'est pas inspiré. Cependant, il s'avère que le livre de l'Apocalypse confirme ce que Raphaël a dit. Apocalypse 8, 2-4 dit:

Puis je vis les sept anges qui se tiennent devant Dieu, et on leur donna sept trompettes. Puis il vint un autre ange, et il se tint près de l'autel, un encensoir d'or à la main; on lui donna beaucoup de parfums pour qu'il fit une offrande des prières de tous les saints, sur l'autel d'or qui est devant le trône; et la fumée des parfums, formés des prières des saints, monta de la main de l'ange devant Dieu.

L'Apocalypse ne précise pas si ce sont les prières des saints au ciel, sur terre, ou les deux. Mais il est clair que ces sept anges (avec un huitième, qui sert de thuriféraire céleste) offrent les prières des saints.

Donc, les anges ne sont pas seulement impliqués en priant pour nous, mais ils sont aussi intimement impliqués dans nos prières à Dieu. Cela s'avère être un point important pour les protestants, qui craignent que l'intercession ne fasse obstacle à leur capacité de prier directement à Dieu. En fait, leurs prières qu’ils font directement à Dieu traversent elles aussi déjà la médiation angélique!

3- Les anges nous aident aussi d'autres façons

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Annonciation, Santa Maria Nuova, Pietro Perugino, Fano (1490)

Les anges nous aident aussi d'innombrables autres moyens. Hébreux 1,14 dit des anges: « Ne sont-ils pas tous des esprits au service de Dieu, envoyés comme serviteurs pour le bien de ceux qui doivent recevoir l'héritage du salut? » Ce ministère prend différentes formes, car ils répondent à nos besoins physiques et spirituels sur la route du salut.

Par exemple, le Psaume 34: 8 dit: « L'ange du Seigneur campe autour de ceux qui le craignent, et il les sauve ». Parfois, cette aide prend la forme d'une protection physique: par exemple, dans la bataille (2 Chroniques 32, 21). En outre, c'était un ange qui a donné à Élie nourriture et boisson pour le renforcer lorsqu'il a abandonné sa vie (1 Rois 19, 5-8). Mais au-delà de la protection physique, les anges nous aident aussi spirituellement. Quand Balaam est allé à maudire Israël, c'était un ange qui l'a arrêté, d'une manière invisible au début et visiblement par la suite (voir Nombres 22, 32-33).

En d’autres occasions, ce ministère angélique prend la forme de conseils au sujet de ce qu'il faut faire. Un ange a dit à l'apôtre Philippe : « Lève-toi, et va, vers le milieu du jour, sur la route qui descend de Jérusalem à Gaza (Actes 8, 26) », afin que Philippe rencontre l'eunuque éthiopien qui lisait le livre d’Isaïe et l'amène au salut (Actes 8, 27-39).

Enfin, peut-être plus évidemment, ils nous annoncent la volonté de Dieu. Plusieurs fois dans l'Écriture, les anges répondent à nos prières au nom de Dieu ou sont Son instrument pour annoncer Sa volonté ou Ses plans. Par exemple, les prières d'Agar et d'Ismaël sont répondues par un ange (Genèse 16, 1-10; 21, 17), un ange appelle Gédéon le juge (Juges 6, 11-21) et ainsi de suite. C'est l'Archange Gabriel qui a déclaré à Zacharie que sa femme porterait Jean-Baptiste (Luc 1, 11-13). Ou, pour prendre l'apparence la plus angélique de l'histoire, c'est Gabriel qui a annoncé à la Vierge Marie qu'elle porterait Jésus-Christ (Luc 1, 26-38).

Donc, les anges jouent un rôle énorme et invisible dans notre vie quotidienne, en nous aidant sur le chemin du salut. Bien que cela inclue la prière, nous voyons maintenant qu'il comprend aussi d'innombrables autres formes de ministères.

4- Il est bien de parler aux anges

Comme nous venons de le voir, les Écritures présentent plusieurs occasions où les anges parlent aux hommes et aux femmes. Vous savez quoi? Les personnes auxquelles ils parlent répondent souvent. Par exemple, lorsque Gabriel annonce l'Incarnation à Marie, elle lui demande comment cela pourrait se produire, compte tenu de sa Virginité (Luc 1, 34). Abraham et Jacob sont représentés comme parlant avec des anges (Genèse 22, 11; 31, 11), comme Balaam (Nombres 22, 34), le père de Samson (Juges 13) et beaucoup d'autres. Le prophète Zacharie (Zacharie 1) et l'apôtre Jean (le Livre de l'Apocalypse) sont présentés comme ayant entretenu des conversations avec des anges.

Dans quelques-uns de ces exemples, ce n'est pas clair si l'«ange» est en fait le Christ, mais il ne fait aucun doute que les Écritures présentent des hommes qui parlent avec des anges et présente cela de manière positive (à moins que, comme le grand prêtre Zacharie, ils soient irrespectueux : voir Luc 1, 18-20).

Typiquement, ces gens parlent aux anges qu’après que les anges aient commencé les conversations. Mais les Écritures n'exigent pas cela. Le Roi David appelle librement les anges, avec le reste de la Création, à louer Dieu: « Louez-le, vous tous, ses anges; louez-le, vous toutes, ses armées! » (Psaume 148, 2) et « Bénissez le Seigneur, vous ses anges, qui êtes puissants et forts, et qui exécutez ses ordres, en obéissant à la voix de sa parole. » (Psaume 103, 20).

5 - Les disciples ont même parlé aux démons

Un point qui est souvent négligé est que les Disciples sont envoyés pour exorciser les démons (Luc 9, 1) et cette mission implique de leur parler par moments. Après tout, ils chassent des démons au nom de Jésus (Luc 10, 17). Quand des non-disciples commencent à imiter cela, en expulsant les démons au nom de Jésus, Jésus ne les décourage pas (Marc 9, 38). De même, le Christ lui-même a parlé avec des démons (Matthieu 8, 28-32; Luc 8, 30).

Évidemment, ce n'est pas comme si Jésus et Ses disciples avaient de petites conversations avec des démons. Plutôt, ils leur ont parlé avec eux au cours de leurs expulsions. Ce point est néanmoins important, car il serait bizarre de dire qu'il est bon de parler aux démons, les anges déchus, afin de les expulser, mais qu’on ne soit pas d'accord pour parler aux saints anges.

6 - Cela ne viole pas l'interdiction de l'Écriture de consulter les morts

Anticipons maintenant une objection protestante commune :

La Bible interdit formellement de prier les morts. Deutéronome 18.11 dit que celui qui « interroge les morts » « fait horreur à lʼÉternel ». L’histoire de Saül qui a consulté un médium pour invoquer l’esprit défunt de Samuël a provoqué sa mort « à cause de l’infidélité dont il avait fait preuve envers lʼÉternel, parce qu’il n’avait pas respecté la parole de lʼÉternel, allant même jusqu’à interroger et consulter ceux qui invoquent les esprits » (1 Samuel 28.1-25, 1 Chroniques 10.13). Dieu interdit clairement ces choses.

Tout cela est vrai: les Écritures condamnent le fait de consulter les morts. Isaïe 8, 19 dit: « Quand ils vous diront: "Consultez ceux qui évoquent les morts, et les devins qui murmurent et chuchotent," répondez : "Un peuple ne doit-il pas consulter son Dieu? Consultera-t-il les morts pour les vivants? »

La condamnation biblique de la consultation des morts est étroitement liée à l'idée d'essayer de contourner Dieu. 1 Chroniques 10, 13 et Isaïe 8, 19 l’indiquent clairement. Mais dans le cas de prier les anges ou les saints dans les cieux, vous n'essayez pas de contourner Dieu. Vous essayez d'aller chez ceux qui sont proches de Lui: ceux qui prient pour vous, qui proposent vos prières et qui vous protègent d'innombrables façons.

Plus important encore, prier les anges ne signifie pas consulter les morts. Après tout, les anges ne sont pas morts. Après tout, ce sont des anges qui ne sont pas tombés dans le péché, des anges qui se tiennent en présence du Dieu vivant en tout temps (Matthieu 18, 10, Luc 1, 19, Tobie 12, 15, Apocalypse 8, 2). Ils sont vivants d'une manière que nous ne le sommes même pas, vivants d'une manière que nous essayons d'être.

Agir comme si les anges étaient morts simplement parce qu'ils ne sont pas matériellement présents, puisqu’ils sont des êtres spirituels, est une attitude incroyablement antichrétienne. Après tout, « Dieu est Esprit » (Jean 4, 24), mais nous ne déclarons pas le «Dieu vivant» mort (Hébreux 3,12). Cette idée que ceux sans corps sont « morts » pourrait avoir du sens pour un matérialiste athée, mais pas pour un chrétien.

Pendant que nous sommes sur le sujet, c'est pourquoi l'interdiction de consulter les morts n'interdit pas de prier les saints. Les sadducéens ont commis la même erreur que ces opposants protestants commettent et le Christ les a corrigés (Marc 12, 26-27):

Quant aux morts, qu'ils ressuscitent, n'avez-vous pas lu dans le livre de moïse, au passage du Buisson, comme quoi Dieu lui dit : Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, et le Dieu de Jacob? Il n'est pas un Dieu de morts, mais de vivants. Vous êtes donc grandement dans l'erreur. "

Dire que nous ne pouvons pas prier les saints parce qu'ils sont morts, c'est dire que le dieu d'Abraham, d’Isaac et de Jacob est le Dieu des morts. Si vous croyez cela, vous avez tout faux.

Conclusion

Pour résumer le cas de la prière pour les anges, les Écritures nous ont révélé qu'il y a des êtres spirituels qui se tiennent en présence de Dieu et qui offrent nos prières et leurs prières pour nous à Dieu. Plus que cela, ils sont chargés de nous aider à nous guider vers le salut. Certainement que nous devrions leur parler: en demandant qu'ils prient pour des choses précises, en leur demandant de nous protéger dans des domaines où nous nous rendons compte que nous sommes faibles, etc. En faisant cela, nous les aidons à faire ce que Dieu leur a demandé de faire.

C'est pourquoi c'est la chose la plus naturelle du monde que les Écritures présentent des hommes et des femmes saints qui parlent avec des anges. Comment ne le ferait-il pas? Considérez Genèse 22, 11-12 :

Alors l'ange du Seigneur lui cria du ciel et dit : " Abraham ! Abraham ! " Il répondit : " Me voici ."

Imaginez l'absurdité d'un Abraham protestant qui aurait eu peur de parler à l'ange de peur que cela puisse être vu comme de l’adoration. Ou une Marie protestante, trop « pieuse » pour demander à Gabriel au sujet de sa naissance virginale.

Bien sûr, je ne dis pas ces choses pour être rude envers les protestants, qui veulent agir en toute piété bien intentionnée, en évitant de reconnaître ou de remercier les anges qui les assistent quotidiennement. Je veux seulement dire que cette aversion à la prière pour les anges n'est pas biblique. Qu’elle est née d'une notion terriblement erronée et anti-chrétienne selon laquelle les anges immatériels et les saints désincarnés dans la gloire de Dieu sont «morts» lorsqu'ils sont en réalité en présence du dieu vivant.


Cet article est une traduction personnelle de l’article « 6 Biblical Reasons to Pray to Angels » de Joe Heschmeyer.
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Que vous soyez catholiques, orthodoxes ou protestants, vous avez une grande dette en gratitude à la Vierge Marie, car d’une certaine façon, vous lui devez votre salut. Cette affirmation peut sembler hérétique pour les protestants, mais voici la principale raison pourquoi les catholiques pensent ainsi :

1. Jésus a sauvé le monde par Son Corps

Tous les chrétiens acceptent que nous sommes sauvés par la Croix du Christ, même si des théologiens peuvent être en désaccord sur la façon dont cela « fonctionne ». Nous allons laisser de côté les détails du « comment » pour le moment et reconnaître simplement que c'est grâce à la Croix que nous sommes sauvés. La Croix est méritoire, elle est salvifique, précisément parce que le Christ est mort sur la Croix.

Donc, vous ne pouvez pas avoir le salut sans la Croix, ni la Croix sans Incarnation. Parce que si Jésus n'avait jamais assumé de nature humaine, il n’aurait jamais pu mourir et nous ne serions pas sauvés. Saint Augustin a décrit la radicalité du mystère de l'Incarnation ainsi :

Pour mourir pour nous - parce que, comme Dieu, il ne pouvait pas mourir - la Parole est devenue chair et a habité parmi nous. L'immortel a pris une condition mortelle afin qu’il puisse mourir pour nous, et en mourant, il a mis à mort notre mort. C'est ce que le Seigneur a fait, c'est le cadeau qu'il nous a donné. Le puissant a été abaissé, l'humble a été tué, et après avoir été tué, il est ressuscité et il a été exalté.

La présentation la plus claire de cela vient de Jésus lui-même, qui dit dans Jean 6, 51: « Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel; Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra pour toujours; et le pain que je donnerai pour la vie du monde est ma chair. » Alors Sa Chair nous sauve; ou peut-être mieux, Il nous sauve par Sa Chair.

2. Pour sauver le monde de cette façon, Jésus avait besoin d’une mère humaine

Dieu étant Dieu, Il est capable de se faire homme. Mais pour devenir un homme, il ne pouvait pas seulement prendre un semblant d'apparence humaine. Dans un tel cas, il ne serait vraiment pas l'un des nôtres. Il ne ferait pas partie de la famille humaine, il en aurait seulement l’air. Ce n'est pas assez. Au lieu de cela, « la Parole s’est fait chair et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité", comme saint Jean l'a dit en Jean 1, 14.

Il est devenu un membre de notre famille. En assumant la plénitude de la nature humaine, il rachète la nature humaine. S'il n'avait pas été un vrai homme, il pourrait difficilement être l’Homme-Dieu parfait. De plus, Dieu a promis que le salut viendrait d'une manière très particulière, à travers un Messie ressuscité du peuple juif. Ainsi, pour à la fois (a) sauver le monde et (b) accomplir ses promesses, Jésus devait entrer dans le monde à travers une vraie mère et une mère juive. Saint Paul le dit ainsi: « Mais lorsque est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, formé d'une femme, né sous la Loi, pour affranchir ceux qui sont sous la Loi, afin de nous conférer l'adoption. » (Galates 4, 4-5). S'il n'était pas « né d'une femme », il ne ferait pas partie de notre famille. S'il n’était pas né «en vertu de la loi », il ne pourrait pas accomplir la loi mosaïque.

Ainsi, la naissance du Christ par la Vierge Marie n'était pas une simple coïncidence, ce n'était pas aléatoire. Elle est aussi choisie comme Mère du Christ que le peuple juif est choisi comme peuple élu. Toute l'histoire humaine pointe vers ce moment, que saint Paul appelle « la plénitude des temps ». Il y a une raison pour laquelle nous mesurons le temps, av. J.-C. / apr. J.-C., basé sur la conception et la naissance de Jésus par Marie. Son entrée dans le monde est le véritable Anno Domini, « l’année de Notre-Seigneur ».

Jésus sauve le monde par son humanité, mais il n'a pas son humanité en vertu de sa Divinité. Il a son humanité en vertu de la coopération unique de la Vierge Marie. Tout comme Sa Divinité procède en entier du Père, son humanité vient entièrement de Sa Mère, Marie. Nier cela, c’est nier que Jésus soit pleinement humain. À quoi ressemblerait la négation de cela? Dans un livre intitulé « Sans dénomination: une critique des doctrines de l'Église », Roy D. Perkins a justement tenté cela :

Bien que Joseph fût le père de Jésus, il est en fait le beau-père de Jésus. Les pharisiens se réfèrent souvent à Jésus comme étant le fils du charpentier, car ils ne se rendent pas compte que Joseph n'est pas son père biologique. Marie n'est pas vraiment la mère de Jésus non plus. Sinon, ce ne serait pas une conception virginale. Il n'y a pas de matériel génétique de Joseph ou de Marie en Jésus. La ligne de sang ne provient de l'une ni de l'autre. C'est là que le catholicisme romain mélange les choses. Les catholiques appellent Marie la « Mère de Dieu ». Cependant, elle n'est qu'un récipient pour transporter et nourrir Jésus comme enfant à naître. Nous ne prions pas pour elle. [...] Elle n'est pas sainte. Si Joseph et/ou Marie avaient transmis du matériel génétique à Jésus, la nature du péché aurait été transmise à Jésus, ce qui en ferait un sacrifice imparfait. Le sang de Joseph et de Marie ne coule pas les veines de Jésus. Si leur sang coulait dans ses veines, il n’y aurait aucun salut en Jésus-Christ. 

La plupart des protestants, je l'espère, reconnaissent ces dernières affirmations comme étant tout à fait hérétiques. En acceptant un tel enseignement, « ils ne confessent point Jésus comme Christ venu en chair : c'est lui le séducteur et l'antéchrist » (2 Jean 1, 7). Parce que si Jésus n'a pas vraiment de nature humaine, il n'est jamais entré dans la chair. Et s'il n'est pas lié à l'être humain de quelque façon que ce soit, il ne s'agissait que d'un étranger qui utilisait le corps de Marie comme un « récipient ». Il n'est pas humain, il n'est pas dans la chair.

Je soupçonne donc que la plupart des protestants reconnaîtraient que Perkins a raison de dire que saint Joseph n'est pas le véritable père de Jésus, mais qu’il se trompe à propos de Marie. Perkins a raison de dire que le sang de Joseph ne coule pas les veines de Jésus, mais le sang de Marie le fait. Mais peu de protestants s'arrêtent pour se rendent compte de c’est là une affirmation très profonde.

Si Jésus a pris sa véritable nature humaine de Marie, Marie lui fournit donc l'outil même qu'il utilise pour sauver le monde. Si vous considérez l'humanité de Christ comme la flèche que l'Arche divine utilise pour percer le cœur de Satan, alors c'est la Vierge Marie qui lui tend la flèche. Quel autre être humain dans toute l'histoire humaine, avant ou après, a-t-il fait quelque chose de ne serait-ce un peu comparable?

3. La coopération de Marie au le plan divin était libre et intentionnelle

Vous pourriez être tenté de comparer le rôle de Marie dans l'histoire du salut (c'est-à-dire le rôle de Marie dans notre salut) à celui de ses ancêtres. Si Marie est honorée pour son rôle unique en donnant à Jésus son humanité, pourquoi ne pas honorer ainsi tous ses ancêtres (de Marie) et donc tous Ses ancêtres (de Jésus)? Je dirais qu'il y a une raison pour laquelle la généalogie sacrée de Jésus est tracée selon deux lignes dans l'Écriture (Mt 1, 2-17; Lc 3, 23-38) et une raison pour laquelle saint Matthieu se réfère à son Évangile en tant que le « livre de la généalogie de Jésus-Christ, fils de David, fils d'Abraham » (Mt 1, 1). Mais le rôle de Marie est distinct et plus grand que celui de ses ancêtres, tout comme son rôle est distinct et plus grand que celui de Pilate, ou des apôtres, etc.

Marie permet l'Incarnation et le salut du monde (contrairement à Pilate et aux Apôtres) et elle le fait sciemment et librement (contrairement à ses ancêtres). Seulement la Vierge Marie donne à Jésus quelque chose qu'il n'a pas déjà: une nature humaine et la condition mortelle qui l’accompagne. Et comme nous le voyons en Luc 1, elle le fait de manière intentionnelle et consciente, consentant librement au plan de Dieu (Lc 1, 26-33):

Au sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth, vers une vierge qui était fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph; et le nom de la vierge était Marie. Étant entré où elle était, il lui dit : " Salut, pleine de grâce ! Le Seigneur est avec vous; [vous êtes bénie entre les femmes]. " Mais à cette parole elle fut fort troublée, et elle se demandait ce que pouvait être cette salutation.
L'ange lui dit : " Ne craignez point, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. Voici que vous concevrez, et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé fils du Très-Haut; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père; il régnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin. "

En d'autres termes, l'ange Gabriel annonce à Marie que son Fils sera le Messie tant attendu. Il poursuit en lui expliquant que cela se produira par une conception virginale (Lc 1, 34-35) et il offre comme preuve la grossesse miraculeuse de sa cousine Elizabeth (Lc 1, 36-37). Marie répond alors à l'ange en consentant librement à ce plan, en proclamant: « Voici la servante du Seigneur : qu'il me soit fait selon votre parole !» (Lc 1, 38).

La réponse de Marie est importante. Dans le panthéon gréco-romain, il y avait plusieurs violeurs divins. Par exemple, les frères jumeaux Amphion et Zéthos (les fondateurs mythiques de la ville de Thèbes, quelque peu équivalent à Romulus et Rémus pour Rome) étaient les fils d'Antiope, violé par Zeus, le « Dieu Père » (aussi connu des Romains sous le nom de Jupiter). Saint Luc nous montre que la paternité de Dieu n'est pas comme celle de Jupiter. La Vierge Marie reste Vierge, et pourtant, elle devient librement une mère.

Notez aussi qu'elle le fait en pleine connaissance que le fait de dire oui à l'ange Gabriel signifie aussi inaugurer la venue du Messie pour sauver son peuple. Ainsi, nous pouvons dire avec saint Irénée de Lyon, qui a écrit en 180 : « Le nœud noué par la désobéissance d’Ève a été dénoué par l’obéissance de Marie ; ce que la vierge Ève avait lié par son incrédulité, la vierge Marie l’a délié par sa foi. »

Conclusion

C'est ainsi que chacun de nous, si nous sommes vraiment sauvés, devons d’une certaine façon notre salut à la Vierge Marie, parce que c'est grâce à sa libre coopération au plan divin que Jésus a reçu sa nature humaine par laquelle il a sauvé le monde.

Certains protestants, malgré le fait qu’ils soient d’accord avec tout ce que j'ai dit jusqu'ici, seront tentés de dire: « Alors quoi? Dieu aurait pu le faire d'une manière différente. » Cette réponse me paraît théologiquement bizarre. Nous ne penserions jamais de dire par exemple « Et alors si la deuxième Personne de la Trinité a pris une nature humaine et est morte pour mes péchés? La troisième personne de la Trinité n’aurait-elle pas pu le faire à la place? ». On ne dirait même pas non plus : « Je ne vais pas honorer ce soldat qui a sauvé ses camarades en se jetant sur une grenade, car s'il ne l'avait pas fait, quelqu'un d'autre l’aurait probablement fait ». Mais pour une raison quelconque, quand il s'agit de la contribution de la Vierge Marie au salut, le plus grand rôle joué par un être humain dans toute l'histoire, on nous sert souvent ce genre de raisonnement.

Si vous êtes tenté par cette dernière façon de penser, je vous signalerai une fois de plus ce que saint Paul a écrit dans Galates 4, 4, qui dit que tout cela s'est passé « dans la plénitude des temps ». Rien de tout cela ne s’est accompli au hasard. Dieu aurait pu avoir un autre peuple choisi, mais il a choisi les juifs dans sa parfaite sagesse. Et il aurait pu choisir une femme différente pour être la Mère de son Fils, mais dans sa sagesse, il a choisi la Vierge Marie. Nous devrions donc honorer ce choix en honorant la femme qui a coopéré librement avec le plan de Dieu pour nous sauver.


Cet article est une traduction personnelle de l’article « The Virgin Mary’s Unique Role in the Salvation of the World » de Joe Heschmeyer.
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Saint Grégoire de Nysse a écrit son Grand Catéchisme vers l’an 385. Il pose alors la question au chapitre 37: « comment le seul Corps du Christ peut vivifier entièrement la nature des hommes qui possèdent la foi, en se partageant entre tous sans s'amoindrir lui-même? » En d'autres termes, comment pouvons-nous affirmer que Jésus donne son Corps et son Sang à tous les fidèles catholiques (et aussi aux orthodoxes et aux Coptes) sur terre? Cela ne nécessiterait-il pas de le diviser en des milliards de parties? Ne finirons-nous pas à une moment donné à en venir à manquer de Son Corps?

Dans sa réponse, Grégoire expose sa logique en quatre étapes à la fois pour la Présence Réelle du Christ dans l’Eucharistie et il explique aussi pourquoi cela est une promesse de gloire future:

1- Lorsque vous mangez quelque chose, il est métabolisé pour devenir une partie de votre corps

« Ces éléments […] une fois en moi, ils deviennent en effet mon sang et mon corps, en vertu de la faculté d'assimilation qui, de part et d'autre, fait prendre à la nourriture la forme du corps »

Cela est assez simple.

2- Ainsi, lorsque Christ a mangé du pain sur la terre, il est devenu une partie de son Corps par son métabolisme

« de même ici, le Corps en qui Dieu s'était incarné, puisqu'il se nourrissait de pain, était en un sens identique au pain»

Le Christ a mangé du pain et il a bu du vin alors qu'il marchait parmi nous. De cette façon, il a transformé le pain et le vin en son corps et son sang naturellement, à travers son métabolisme.

3- Dans l'Eucharistie, le Christ transforme le pain en son Corps instantanément et miraculeusement, plutôt que peu à peu par le métabolisme

« de même ici le pain, suivant la parole de l'Apôtre, est sanctifié par le Verbe de Dieu et par la prière; mais ce n'est pas par la voie de l'aliment qu'il arrive à être le corps du Verbe ; il se ; transforme aussitôt en son corps, par la vertu du Verbe, comme il a été dit dans cette parole : « Ceci est mon corps » » .


Alors, au lieu de changer naturellement le pain et le vin en son Corps et son Sang par le métabolisme, Jésus le change instantanément par un miracle.

Étape 4: Lorsque nous participons de l'Eucharistie, nous devenons participants du Christ et de son Corps


Voici la révélation directe sur l'Eucharistie en tant que gage de gloire future:

« Or la chair glorieuse habitée par Dieu a accepté aussi cet élément en vue de sa subsistance, et le Dieu qui s'est révélé s'est mélangé à la nature périssable afin de déifier l'humanité avec lui en l'admettant au partage de la divinité; voilà pourquoi il se distribue comme une semence à tous les croyants, suivant le plan de la grâce, au moyen de cette chair composée de vin et de pain, et il se mêle au corps des croyants, pour que cette union avec le corps immortel permette à l'homme de participer lui aussi à l'incorruptibilité. Tel est le bienfait qu'il accorde en transformant, par la vertu de la consécration, la nature des apparences en ce corps immortel. »

Pensez-y de cette façon: laissé à lui seul, le pain deviendrait avarié dans un laps de temps assez court et il deviendrait moisi et dégoûtant. Mais si vous mangez le pain, cela n'arrivera pas. En métabolisant le pain dans votre corps, vous le protégez de la corruption.

Mais nous sommes aussi tous destinés à la corruption, à moins d'être rachetés. Par l'Eucharistie, nous sommes «métabolisés » en Christ; et tout comme votre corps empêche le pain de se corrompre par la moisissure, ce métabolisme eucharistique dans le Corps du Christ nous préserve de la corruption éternelle.

Le cardinal Ratzinger arrive à la même conclusion, en utilisant les travaux de saint Augustin, dans une conférence qu'il a donnée sur l'Eucharistie en 2002:

D'un certain point de vue, les paroles concernant le pain sont encore plus impressionnantes. Il s'agit de la communion avec le corps du Christ, que Paul compare avec l'union de l'homme et de la femme (cf. 1 Co 6, 17sq; Ep 5, 26-32). Paul explique cela également d'un autre point de vue, lorsqu'il dit:  c'est un seul et même pain, que nous recevons tous ici. Cela est vrai dans un sens très fort:  le "pain" - la nouvelle manne que Dieu nous donne - est pour tous l'unique et même Christ.
C'est vraiment l'unique Seigneur, identique, que nous recevons dans l'Eucharistie, ou mieux:  qui nous accueille et qui nous assume en lui. Saint Augustin a exprimé ce fait par un mot, qu'il a perçu dans une sorte de vision:  mange le pain des forts, en effet, tu ne me transformeras pas en toi-même, mais je te transformerai en moi. Cela signifie que la nourriture corporelle que nous assumons est assimilée par le corps, elle devient un élément constitutif de notre corps. Mais ce pain est d'un autre genre. Il est plus grand et plus élevé que nous. Ce n'est pas nous qui l'assimilons, mais lui qui nous assimile, de sorte que nous devenons conformes au Christ et, d'une certaine façon - comme le dit Paul -, des membres de son corps, une seule chose en lui.




Cet article est une traduction personnelle d’un extrait de l’article « Pledge of Future Glory: The Eucharist as the Promise of Salvation » de Joe Heschmeyer.



Dans cette série d’articles sur la grâce actuelle, nous avons mentionné deux groupes d’erreurs dans l’articulation de la relation entre la grâce actuelle et la nature humaine. Le premier groupe d’erreur a consisté à exalter la nature humaine au préjudice de la grâce, tandis que le deuxième groupe a exalté la grâce au détriment de la nature humaine. Nous avons déjà présenté le premier groupe dans cet article sur le pélagianisme et le présent article va présenter le deuxième groupe d’erreur qui consiste à exalter la grâce au détriment de la nature humaine.

Les fondateurs du protestantisme

Parmi ceux qui ont exalté la grâce au détriment de la nature humaine, on retrouve deux importants fondateurs du protestantisme : Martin Luther et Jean Calvin. Selon eux, l’homme par ses propres forces ne peut accomplir aucune bonne œuvre, de sorte que toutes ses actions, faites sans le secours de la grâce et même sans la foi justifiante sont autant de péchés. Aussi, l’homme est forcé d’agir par la grâce, de sorte qu’il ne peut y résister. Ces erreurs furent condamnées par le concile de Trente (1545-1563).

Comme pour le pélagianisme, la source des erreurs de Luther et de Calvin se situait dans leur conception erronée de l’état de la création d’Adam et Ève. Pour eux, la justice originelle et les dons qui accompagnaient la nature humaine n’étaient pas ajoutés à la nature humaine, mais faisaient essentiellement partie de cette nature.  De là, ils concluaient que le péché originel a vicié fondamentalement la nature humaine, au point de lui enlever le libre arbitre et à rendre l’homme radicalement impuissant à connaître ou à vouloir les réalités spirituelles ou divines.

Baïanisme et jansénisme

Les erreurs de Luther et de Calvin se sont aussi retrouvées dans le monde catholique, sous des formes légèrement différentes, dans le baïanisme et le jansénisme. Le baïanisme vient du nom de son fondateur Michel Baïus (ou Michel de Bay) et le jansénisme vient du nom de son fondateur Cornelius Jansen (Jansenius). Voici les cinq propositions condamnées du jansénisme qui exprime bien les idées de ces courants :

  1. Quelques commandements de Dieu sont impossibles aux justes qui veulent et s'efforcent selon les forces qu'ils ont présentes : et la grâce, par laquelle ils leur soient possibles, leur manque aussi. 
  2. Dans l'état de la nature déchue, on ne résiste jamais à la grâce intérieure. 
  3. Pour mériter et démériter dans l'état de la nature déchue, il n'est pas nécessaire qu'il y ait dans l'homme une liberté qui soit exempte de contrainte. 
  4. Les semi-pélagiens admettaient la nécessité de la grâce intérieure prévenante, pour chaque action, même pour le commencement de la foi : et ils étaient hérétiques en ce qu'ils voulaient que cette grâce fût telle, que la volonté des hommes lui pût résister ou obéir. 
  5. C'est un sentiment semi-pélagien de dire que Jésus-Christ soit mort ou qu'il ait répandu son sang pour tous les hommes sans en exempter un seul. 

Ce que nous pouvons apprendre de la condamnation de ces erreurs

  1. Que l’élévation à l’état surnaturel et l’intégrité de nature n’étaient pas dues à nos premiers parents et ne faisaient pas partie intégrante de leur nature. Il y a ainsi une distinction radicale entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel, entre la grâce et la nature.
  2. Que le péché originel n’a pas détruit le libre arbitre, mais l’a seulement affaibli et incliné.
  3. Que l’homme déchu, n’étant pas totalement vicié dans son entendement et sa volonté, peut, sans le secours de la grâce, connaître quelques vérités de l’ordre naturel, accomplir des œuvres faciles du même ordre et surmonter les tentations légères.
  4. Que l’homme peut, avant d’avoir obtenu la grâce de la foi, faire des actions moralement bonnes et donc que les œuvres des non-croyants ne sont pas tous des vices ou des péchés.
  5. Que l’homme, aidé de la grâce actuelle, peut, avant d’avoir obtenu la justification, accomplir des actes bons et surnaturels et donc que les œuvres des pécheurs ne sont pas tous des péchés.
  6. Que la grâce efficace n’impose pas à l’homme la nécessité d’agir, mais lui laisse toute sa liberté.
  7. Que Jésus-Christ est mort et a répandu son sang pour que tous les hommes soient sauvés.
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Suite à la publication de l’article précédent sur l’hérésie pélagienne, une lectrice m’a posé quelques questions au sujet de la nature humaine et des dons qui rendaient la nature humaine de nos premiers parents intègre. Ces questions sont très importantes et je trouvais que ce sujet méritait un article dans cette série sur la grâce. Voici donc pour commencer les cinq états possibles de la nature humaine :

1- La nature pure
La nature pure est la nature humaine (comprenant un corps et une âme avec leurs facultés), mais sans les dons préternaturels (les dons qui rendaient la nature intègre que nous décrirons plus tard), sans la grâce sanctifiante et avant la faute du péché. Cet état n’a jamais existé, car aucun homme n’a jamais été créé dans cet état. Il s’agit seulement d’un état possible qui nous permet de mieux comprendre les autres états.

2- La nature intègre
La nature intègre est la nature pure avec les dons préternaturels, mais sans la grâce sanctifiante et sans la faute du péché. Cet état non plus n’a jamais existé et n’est qu’une possibilité.

3- La nature originelle
La nature originelle est la nature pure avec les dons préternaturels et avec la grâce sanctifiante, mais sans la faute du péché. C’est dans cet état que Dieu créa Adam et Ève.

4- La nature déchue
La nature déchue est la nature pure, sans les dons préternaturels, sans la grâce sanctifiante et blessée par la faute du péché originel. C’est l’état dans lequel les hommes naissent tous désormais depuis Adam, excepté pour Notre Seigneur Jésus-Christ, car sa nature humaine a été assumée dans sa personne divine, et la Vierge Marie, par une grâce spéciale.

5- La nature restaurée
La nature restaurée est la nature pure, sans les dons préternaturels, mais avec la grâce sanctifiante, lorsque celle-ci nous a été rendue grâce aux mérites du sacrifice de Notre Seigneur Jésus-Christ. Elle demeure cependant toujours blessée par la faute du péché. C’est l’état dans lequel se trouvent les chrétiens qui sont baptisés et qui vivent dans la charité selon les commandements de Dieu. C’est dans cet état que nous devons persévérer pour avoir le salut et entrer dans la vision béatifique au Ciel.

Les dons préternaturels

Les dons préternaturels sont des dons qui ont été donnés par Dieu à Adam et Ève lors de leur création et qui rendaient leur nature intègre. Ces dons sont une conséquence de la faveur de la grâce, ce qui explique pourquoi en perdant la grâce sanctifiante, ils ont aussi perdu ces dons préternaturels. On les appelle préternaturels, puisqu’ils ne sont ni naturel, ni surnaturel, mais en dehors de la nature. Voici ces dons :


  • L’impassibilité : Adam et Ève ignoraient la souffrance
  • L’immortalité : Adam et Ève ne devaient pas mourir
  • La science : Adam et Ève avaient reçu directement de Dieu la science
  • L’intégrité : Les facultés d’Adam et Ève n’étaient pas soumis à la concupiscence. Leur corps obéissait sans effort aux passions, les passions à la volonté et la volonté à l’intelligence. Il s’agit du plus beau des dons que l’on peut retrouver un peu avec la grâce de Dieu.


À la lumière de ces éclaircissements sur les dons préternaturels, on comprend alors pourquoi le péché originel ne peut qu’être qu’un péché de l’esprit et non pas un péché de la chair, comme certains l’ont proposé au cours de l’histoire.


Voici ce qu’enseigne le catéchisme de l’Église catholique sur l’état de la création d’Adam et Ève (CEC #374-379):

Le premier homme n’a pas seulement été créé bon, mais il a été constitué dans une amitié avec son Créateur et une harmonie avec lui-même et avec la création autour de lui telles qu’elles ne seront dépassées que par la gloire de la nouvelle création dans le Christ.
L’Église, en interprétant de manière authentique le symbolisme du langage biblique à la lumière du Nouveau Testament et de la Tradition, enseigne que nos premiers parents Adam et Ève ont été constitué dans un état "de sainteté et de justice originelle" (Cc. Trente : DS 1511). Cette grâce de la sainteté originelle était une "participation à la vie divine" (LG 2).
Par le rayonnement de cette grâce toutes les dimensions de la vie de l’homme étaient confortées. Tant qu’il demeurait dans l’intimité divine, l’homme ne devait ni mourir (cf. Gn 2, 17 ; 3, 19), ni souffrir (cf. Gn 3, 16). L’harmonie intérieure de la personne humaine, l’harmonie entre l’homme et la femme (cf. Gn 2, 25), enfin l’harmonie entre le premier couple et toute la création constituait l’état appelé "justice originelle".
La "maîtrise" du monde que Dieu avait accordée à l’homme dès le début, se réalisait avant tout chez l’homme lui-même comme maîtrise de soi. L’homme était intact et ordonné dans tout son être, parce que libre de la triple concupiscence (cf. 1 Jn 2, 16) qui le soumet aux plaisirs des sens, à la convoitise des biens terrestres et à l’affirmation de soi contre les impératifs de la raison.
Le signe de la familiarité avec Dieu, c’est que Dieu le place dans le jardin (cf. Gn 2, 8). Il y vit "pour cultiver le sol et le garder" (Gn 2, 15) : le travail n’est pas une peine (cf. Gn 3, 17-19), mais la collaboration de l’homme et de la femme avec Dieu dans le perfectionnement de la création visible.
C’est toute cette harmonie de la justice originelle, prévue pour l’homme par le dessein de Dieu, qui sera perdu par le péché de nos premiers parents.


Pour poursuivre cette série d’articles sur la grâce, après avoir défini ce qu’est la grâce en général, puis la grâce actuelle, nous allons maintenant identifier les principales erreurs qui ont eu lieu au cours de l’histoire de l’Église au sujet de la grâce actuelle.

Un des défis qui a toujours été présent dans la théologie chrétienne est de bien articuler la relation entre la grâce et la nature humaine, un peu comme c’est le cas pour Notre Seigneur Jésus-Christ, qui est à la fois pleinement homme et pleinement Dieu. Les hérésies consistent souvent à éliminer la difficulté en choisissant l’une des deux réalités au détriment de l’autre et la question de la grâce n’y fait pas exception.

Deux groupes d’erreur

Nous pouvons distinguer deux groupes d’erreurs dans l’articulation de la relation entre la grâce actuelle et la nature humaine. Le premier groupe d’erreur consiste à exalter la nature humaine au préjudice de la grâce, tandis que le deuxième groupe a exalté la grâce au détriment de la nature humaine. La théologie catholique de la grâce actuelle, que nous avons présentée dans l’article précédent, évite ces deux écueils en adoptant une théologie qui donne sa juste place à la grâce et à la nature humaine. Dans cet article, nous allons traiter du premier groupe d’erreur qui concerne le pélagianisme et le semi-pélagianisme.

Le pélagianisme

Dans le premier groupe d’erreur, consistant à exalter la nature humaine au préjudice de la grâce, nous trouvons les pélagiens qui ont enseigné l’hérésie du pélagianisme. Leur nom vient du nom Pelage, un moine breton qui était venu enseigner à Rome au tout début du 5e siècle. Selon les pélagiens, l’homme peut sans le secours de la grâce actuelle résister à toutes les tentations, suivre tous les commandements et ainsi arriver à la béatitude éternelle. Ils semblaient néanmoins admettre que des grâces puissent exister dans l’ordre de l’intelligence, mais non pas dans le domaine de la volonté, qui nous aide à faire le bien.

La source des erreurs de Pelage se situait dans sa conception erronée de l’état originel de la création d’Adam et Ève. Pour les pélagiens, Adam et Ève n’avaient pas été élevés par la grâce de Dieu à l’état surnaturel et pourvus de dons pour rendre leur nature intègre (absence d’ignorance, de concupiscence, de douleur, de mort, etc.) au moment de leur création. Après le péché d’Adam et Ève, la nature humaine n’aurait donc rien perdu (puisque rien n’avait été préalablement ajouté par Dieu). Il s’en suit conséquemment aussi que le pélagianisme nie le péché originel de l’homme. De là vient leur doctrine qui enseigne que l’homme nait sans péché et qu’il peut demeurer sans péché pendant toute sa vie, uniquement en usant de sa volonté et de sa liberté, sans avoir nécessairement besoin de la grâce de Dieu.

Le pélagianisme fut farouchement combattu par saint Augustin, surnommé « docteur de la grâce », par les papes saint Innocent Ier, saint Zosime et saint Célestin Ier, par plusieurs conciles régionaux à Carthage et à Antioche, puis par le concile œcuménique d’Éphèse en 431.

Le semi-pélagianisme

Les semi-pélagiens sont nommés ainsi, car leurs erreurs sont près de celle du pélagianisme sans être aussi extrêmes. Ils enseignaient que la grâce de Dieu n’est pas nécessaire pour arriver au commencement de la foi ou pour persévérer dans la foi et que la persévérance finale n’était pas un don spécial de Dieu. Dans cette conception, Dieu n’aide par la grâce actuelle que ceux qui auraient déjà fait « quelques pas » par leur volonté propre en sa direction et les abandonne ensuite à leurs propres forces pour y persévérer.

Comme pour les pélagiens, la source de leurs erreurs se situait dans leur conception erronée de l’état de la création d’Adam et Ève. Comme les semi-pélagiens confondaient l’état surnaturel et l’état d’intégrité, le premier étant dans l’ordre de la grâce et le second dans l’ordre naturel, ils croyaient que la liberté humaine avait presque autant de puissance dans le premier état que dans le second. Dans cette conception, la grâce de Dieu ne sert qu’à augmenter la foi de ceux qui y sont déjà parvenus uniquement par leurs propres forces.

Le semi-pélagianisme fut combattu par saint Augustin, par le pape Célestin Ier et par le deuxième concile d’Orange, en 529, dont les conclusions furent approuvées par le pape Boniface II.

Ce que nous pouvons apprendre de la condamnation de ces erreurs

  1. Qu’à leur création, Adam et Ève ont été élevés par la grâce de Dieu a un état surnaturel de grâce sanctifiante et qu’ils avaient également reçu des dons surnaturels essentiellement distincts qui rendaient leur nature intègre
  2. Que leur péché les a réduits à un état de nature déchue et blessée par le péché originel. C’est dans cet état que nous naissons tous aujourd’hui.
  3. Que le péché originel a affaibli et incliné le libre arbitre de l’homme vers le mal, de façon telle que la grâce est nécessaire pour pouvoir se tourner vers Dieu et le bien.
  4. Que l’homme ne peut sans la grâce ni connaître toutes les vérités de l’ordre naturel, ni observer entièrement la loi naturelle, ni résister à toutes les tentations.
  5. Que pour chacun de ses actes en matière de salut, pour avoir la foi, autant au commencement que dans la persévérance de la foi, l’homme a besoin de la grâce de Dieu.
  6. Que l’homme ne peut pas, sauf sans un privilège spécial de Dieu, éviter tous les péchés même véniels.
  7. Qu’il ne peut sans un recours spécial de Dieu persévérer dans la justice reçue
  8. Que la grâce est tout à fait gratuite et donc qu’aucune œuvre naturelle ne peut nous la faire mériter.
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Dans le précédent article sur la grâce, nous avons regardé ce qu’est la grâce de façon générale. Parmi les grâces du Christ, la fin de cet article mentionne deux types de grâces : la grâce actuelle et la grâce habituelle. Dans cet article, nous verrons ce qu’est plus précisément la grâce actuelle.

La grâce actuelle

La grâce actuelle est un secours du moment, par lequel Dieu agit en nous pour éclairer notre intelligence ou pour fortifier notre volonté pour nous aider à faire le bien et à éviter le mal. Il s’agit donc d’une aide que Dieu nous donne en vue de notre salut. Ces grâces peuvent aussi se manifester extérieurement, comme par les conseils d’un ami, d’une bonne lecture, mais aussi dans l’adversité ou la maladie, qui, avec le secours d’une grâce intérieure, peuvent agit sur notre âme.

Toujours suffisante

Les résultats de ces grâces actuelles que Dieu nous donne dépendent de notre coopération, car Dieu respecte toujours notre liberté. Toutes les grâces actuelles que Dieu nous donne sont suffisantes. C’est-à-dire qu’elles suffisent à accomplir ce que Dieu prévoit accomplir en nous si nous ne lui résistons pas. Si nous faisons tout de même le mal, c’est que nous avons résisté à la grâce actuelle que Dieu nous avait donnée. Lorsqu’au contraire nous parvenons à faire le bien, nous appelons alors cette grâce « grâce efficace », puisqu’avec notre coopération elle a produit le résultat voulu par Dieu.

Nécessaire

Ces grâces actuelles sont nécessaires pour pouvoir faire quoi que ce soit dans l’ordre surnaturel (ce qui concerne la foi, notre salut et la vie spirituelle). Dans l’état dans lequel notre nature humaine se trouve maintenant depuis la chute d’Adam, nous ne pourrions même pas d’ailleurs connaître ou accomplir complètement ce que nous demanderait uniquement la loi naturelle (ne pas tuer, voler, etc.) sans l’aide de la grâce de Dieu.

Universelle

Ces grâces actuelles que Dieu donne sont universelles. Dieu donne sa grâce aux chrétiens, aux musulmans, aux athées, aux justes, aux pécheurs, etc. Il la donne à tous, car il veut que tous les humains soient sauvés. Il se peut cependant que les grâces accordées soient inégales, car l’universalité n’implique pas nécessairement l’égalité. Tout comme il y a des inégalités dans le monde naturel, il se peut que Dieu dispenses ses dons ne manière inégale, mais nous ne pouvons pas juger cela correctement à cause de notre connaissance et de notre jugement limité. Ce que nous savons de façon certaine est que les grâces actuelles que Dieu nous donne sont toujours suffisantes pour que chacun de nous puissions être sauvés si nous ne leur résistons pas. Pour ceux qui se trouveraient peut-être un peu moins choyés que d’autres par les grâces de Dieu, souvenez-vous que le Seigneur a dit qu’il sera davantage exigé de ceux qui auront davantage reçu. 


Dans le prochain article, nous allons présenter les erreurs communes au sujet de la grâce actuelle

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Un lecteur me demandait récemment par courriel :

J’aimerais savoir ce qu’est plus précisément ce que vous appelez la grâce et que vous souhaitez presque toujours à la fin de vos réponses sur votre site.

La grâce est un don surnaturel que Dieu nous accorde gratuitement. Elle est surnaturelle, car elle nous élève ou tend à nous élever au-dessus de notre nature. Ce qui veut dire qu’elle permet d’opérer en nous des changements que la nature seule ne pourrait pas faire.

La grâce ne peut nous être donnée que par Dieu, car il en est l’auteur et le distributeur. On dit qu’elle est un don, car Dieu nous l’accorde gratuitement, par pure libéralité, sans que nous y ayons aucun droit. Il n’y a donc rien que nous puissions faire pour mériter la grâce, nous pouvons seulement la demander à Dieu et la laisser agir en nous.

Ce sont les mérites du sacrifice de Notre Seigneur Jésus-Christ sur la croix qui nous a mérité les biens de la grâce, dont nous étions tous dépouillés depuis la chute d’Adam. La grâce a comme but notre justification et notre sanctification, c’est-à-dire de nous faire vivre saintement, pour ainsi avoir part à la vie éternelle.

C’est grâce à ces grâces reçues gratuitement par Dieu que nous pouvons participer à notre salut et à celui des autres. En répondant adéquatement à la grâce de Dieu, en la laissant agir en nous et en nous montrant généreux et bons envers les autres.

La grâce nous est, de façon ordinaire, communiquée par les sacrements de l’Église. Certains, comme le baptême et la réconciliation mettent en nous la grâce, tandis que d’autres l’augmentent, comme l’eucharistie ou la confirmation.

Les causes de la grâce

On peut donc distinguer quatre causes de la grâce :

  • La cause efficiente, qui la produit en nous et qui est la bonté de Dieu
  • La cause méritoire, qui est Notre Seigneur Jésus-Christ par son sacrifice sur la croix
  • La cause instrumentale, c’est-à-dire les sacrements, moyens par lesquels elle nous est communiquée
  • La cause finale, ou notre salut, but pour lequel elle nous est donnée


Division de la grâce

On peut distinguer :

  • La grâce de Dieu, c’est-à-dire celle qui fut faite à Adam avant sa désobéissance. Cette grâce découle de la bienveillance de Dieu.
  • La grâce du Christ, c’est-à-dire celle qui a été faite à Adam et à tous les hommes après sa chute. Cette grâce découle de la miséricorde de Dieu.

La grâce du Christ est dite gratuitement donnée, quand elle nous est accordée pour la sanctification des autres; elle est dite grâce rendant agréable à Dieu, quand elle nous est accordée pour notre propre sanctification. Cette dernière comprend la grâce habituelle et la grâce actuelle. Nous allons probablement revenir sur les distinctions entre ces deux types de grâces dans un prochain article.
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Ces animations sont proposées par le père J.M. Schwarz du diocèse de Vaduz (Principauté de Liechtenstein) et l'association KathMedia.


Une histoire de lego

L’an passé je passais devant une « vente de garage » avec mon fils, lorsque je vis une bonne aubaine. Un château en lego d’une valeur de plus de 100$ était laissé à seulement 20$. Comme mon fils l’avait aussi remarqué et que cette découverte semblait lui plaire à lui aussi, j’ai demandé à la dame s’il y avait dans la boite tout ce qu’il fallait pour construire le château. Elle m’a répondu : « Oui, c’est certain que tous les blocs y sont, car nous avons défait le château qui était complet ce matin pour le mettre dans la boîte ». J’ai donc acheté le château en lego et mon fils était tout excité de revenir à la maison pour le construire. Après notre retour à la maison, nous avons vite déchanté et, avec un peu de recul, je me rends compte que l’erreur que j’avais commise était très similaire à celle que font beaucoup de chrétiens dans le débat sur la suffisance des Écritures.

Lorsqu’il y a des discussions entre les catholiques et les protestants, elles tournent souvent autour de la question de la place des Saintes Écritures. On en vient souvent à parler de la suffisance des Écritures. Cependant, peu de gens savent qu’il y a deux conceptions de la suffisance des Écritures et qu’elles comportent une distinction très importante. Il y a d’un côté la suffisance matérielle et de l’autre, la suffisance formelle. Sans clarification, la discussion peut rapidement devenir très ambigüe et générer de la frustration de part et d’autre. Mais, revenons à notre histoire de lego…

Arrivés à la maison, nous avons vidé le contenu de la boite sur la table pour commencer notre château et nous avons constaté qu’il n’y avait pas le manuel qui indique comment construire le château dans la boite. En nous basant sur les dessins de la boite et nous sommes tout de même parvenu à faire un château qui ressemblait à ce qui était prévu, mais sans réussir à tout faire exactement comme le véritable château. J’avais pourtant demandé à la dame qui me l’avait vendu si tout ce qui était nécessaire à la construction du château était dans la boite et elle m’avait répondu que oui. Cependant, si j’avais mieux écouter sa réponse, j’aurais dû comprendre qu’elle n’avait peut-être pas bien saisi ce que je demandais.

Toutes personnes ayant déjà construit quelque chose nécessitant autour de 1000 blocs en lego savent qu'il est très difficile, voire même impossible, sans avoir le manuel. Lorsque j’ai demandé à la dame s’il y avait tout ce qu’il fallait pour faire le château dans la boite, je demandais en fait si tous les blocs et le manuel y étaient. En repensant à la réponse de la dame, je me suis alors rendu compte que le contenu de la boite correspondait vraiment à ce qu’elle m’avait dit : elle avait démonté le château le matin même pour le mettre dans la boite. En fait, elle ne m’avait jamais laissé miroiter que les plans allaient y être. Dans un certain sens, ce n’est pas faux de dire qu’il est possible de construire le château uniquement avec les blocs contenus dans la boite… si on sait précisément comment.

Revenons aux Saintes Écritures

Pour revenir à la suffisance des Saintes Écritures, nous avons un peu le même problème. Il faut cependant tout d’abord savoir distinguer la suffisante matérielle de la suffisance formelle. Ce que l’on appelle la suffisance matérielle, c’est le fait de penser que tout ce qui est nécessaire au salut est contenu dans les Écritures. Si l’on fait une analogie avec l’histoire des lego que je viens de vous raconter, il s’agit de ce que voulait dire la dame en me disant que tous les blocs étaient dans la boite. D’autre part, la suffisance formelle n’est pas seulement le fait d’avoir tous les blocs nécessaires, mais aussi d’avoir le plan qui nous indiquera la forme que doivent prendre ces blocs (on peut faire un parallèle avec la différence entre causes matérielles et causes formelles).

La suffisance matérielle

En ce qui concerne les Saintes Écritures, la suffisance matérielle est le fait d’affirmer que toutes les vérités de foi nécessaires au salut sont, explicitement ou implicitement, contenues dans les Écritures. Cette position peut être compatible avec ce qu’enseigne l’Église catholique. Plusieurs chrétiens ont affirmé la suffisance matérielle des Écritures, comme par exemple saint Athanase d’Alexandrie, saint Thomas d’Aquin, le cardinal John Henry Newman et plus près de nous le pape Benoit XVI alors qu’il était cardinal. Cependant, ni le concile de Trente ni le concile de Vatican II, qui se sont penchés sur la question de la relation entre la Tradition et les Écritures, n’ont voulu trancher cette question et faire de la suffisance matérielle un dogme de foi. Il est donc tout à fait possible pour un catholique de croire en la suffisance matérielle des Écritures ou non, ce dernier cas s’il croit par exemple que certaines choses sont dans les Écritures et d’autres dans la Tradition, une position connue sur le nom de « partim partim ».

La suffisance formelle

La suffisance formelle va cependant beaucoup plus loin que la suffisance matérielle. La suffisance formelle affirme non seulement que toutes les vérités de foi nécessaires au salut sont, explicitement ou implicitement, contenues dans les Écritures, mais elle affirme aussi que les Écritures enseignent très clairement et explicitement la doctrine chrétienne de façon à ce que rien d’autre ne soit nécessaire pour parvenir à la juste interprétation des Écritures. L’Écriture se suffit donc à elle-même. Les chrétiens protestants qui défendent le principe de « sola scriptura » affirment que les Écritures sont formellement suffisantes, en affirmant par exemple que le magistère de l’Église n’est pas nécessaire pour bien interpréter les Écritures. Pour les catholiques, la suffisance formelle des Écritures est une erreur qu’ils ne peuvent professer tout en demeurant dans la foi catholique.

La réponse de la dame

Avec cette distinction en tête, on peut maintenant facilement comprendre le problème de communication qui s’est produit lorsque j’ai demandé à la dame qui nous a vendu le château en lego. Lorsque j’ai demandé à la dame s’il y avait dans la boite tout ce qu’il fallait pour construire le château, je voulais savoir si la boite était formellement suffisante. Cependant, de son côté, elle a interprété ma question uniquement du côté de la suffisante matérielle, comme si je demandais uniquement si la boite contenait tous les blocs nécessaires à la construction du château. J’aurais peut-être dû m’en douter à cause de sa réponse qui disait : « Oui, c’est certain que tous les blocs y sont, car nous avons défait le château qui était complet ce matin pour le mettre dans la boîte »… une réponse qui n’engageait que le principe de suffisance matérielle.

Les dialogues chrétiens sur la suffisance : un exemple avec saint Thomas d’Aquin

Ce problème de communication est très récurrent dans les dialogues entre les catholiques et les protestants sur la suffisance de l’Écriture. Il est très courant de voir des protestants (qui soutiennent la suffisance formelle) citer comme preuve des Pères de l’Église ou des chrétiens, comme saint Athanase ou saint Thomas d’Aquin, qui affirme que tous les éléments de la doctrine chrétienne se trouvent dans les Écritures. Ce qu’ils ont parfois plus de difficulté à comprendre, c’est que cela seul ne prouve pas la « sola scriptura », qui ne peut exiger moins que la suffisance formelle. Cela ne fait que démontrer la suffisance matérielle des Écritures, un principe avec lequel les catholiques peuvent être d’accord ou non.

Si on veut savoir si un Père de l’Église ou un auteur chrétien professait vraiment une suffisance formelle des Écritures, il faut aussi regarder comment il articule la place de l’Église ou même de la Tradition en rapport avec les Écritures. C’est là que réside la véritable distinction et c’est donc cet élément qu’il faut vérifier. Par exemple, certains protestants tentent d’affirmer que saint Thomas d’Aquin prêchait la sola scriptura (suffisance formelle) en citant des passages comme celui-ci :

Il faut remarquer que, bien que beaucoup aient déjà écrit sur la vérité catholique, la différence est que ceux qui ont rédigé l'Écriture canonique - les évangélistes, les Apôtres et d'autres encore - la proclament avec une telle constance qu'ils ne laissent pas la moindre place au doute. C'est pourquoi Jean dit : et nous savons que son témoignage est vrai - Si quelqu'un vous annonce un autre Évangile que celui que vous avez reçu, qu'il soit anathème. La raison en est que seule l'Écriture canonique est la règle de la foi. D'autres encore ont parlé de la vérité en ne voulant être crus que dans ce qu'ils disent de vrai. (Saint Thomas d’Aquin, Commentaire sur l’Évangile de saint Jean, 21- 24-25)

Cependant, lorsque l’on examine aussi comment saint Thomas d’Aquin traitait du rapport entre les Écritures et l’Église, on se rend bien compte qu’il ne peut professer ici qu’une suffisance matérielle des Écritures, laquelle, par nature, demande l’existence d’un Magistère de l’Église ayant aussi autorité. En voici un exemple :

"L'hérétique qui refuse de croire à un seul article de foi ne garde pas l'habitus de foi, ni de foi formée, ni de foi informe. Cela vient de ce que, dans un habitus quel qu'il soit, l'espèce dépend de ce qu'il y a de formel dans l'objet ; cela enlevé, l'habitus ne peut demeurer dans son espèce. Or, ce qu'il y a de formel en l'objet de foi, c'est la vérité première telle qu'elle est révélée dans les Saintes Écritures et dans l'enseignement de l'Église, qui procède de la Vérité première. Par suite, celui qui n'adhère pas, comme à une règle infaillible et divine, à l'enseignement de l'Église qui procède de la Vérité première révélée dans les Saintes Écritures, celui-là n'a pas l'habitus de la foi. S'il admet des vérités de foi, c'est autrement que par la foi. Comme si quelqu'un garde en son esprit une conclusion sans connaître le moyen qui sert à la démontrer, il est clair qu'il n'en a pas la science, mais seulement une opinion. 
En revanche, il est clair aussi que celui qui adhère à l'enseignement de l'Église comme à une règle infaillible, donne son assentiment à tout ce que l'Église enseigne. Autrement, s'il admet ce qu'il veut de ce que l'Église enseigne, et n'admet pas ce qu'il ne veut pas admettre, à partir de ce moment-là il n'adhère plus à l'enseignement de l'Église comme à une règle infaillible, mais à sa propre volonté. Ainsi est-il évident que l'hérétique qui refuse opiniâtrement de croire à un seul article n'est pas prêt à suivre en tout l'enseignement de l'Église ; car s'il n'a pas cette opiniâtreté, il n'est pas déjà hérétique, il est seulement dans l'erreur. Par là il est clair que celui qui est un hérétique opiniâtre à propos d'un seul article, n'a pas la foi à propos des autres articles, mais une certaine opinion dépendant de sa volonté propre." (Somme Théologique, II-II, question 5 article 3)

Après avoir examiné ce qu’enseignait saint Thomas d’Aquin sur l’Église et l’Écriture, on peut affirmer qu’il croyait en la suffisance matérielle des Écritures, sans toutefois affirmer qu’il pourrait s’agir d’une suffisance formelle, lorsque l’on a aussi tenu compte de sa position sur l’autorité del’Église.

Conclusion : des clés pour se comprendre 

À la lumière de ce que nous venons de voir et en guise de conclusion, j’aimerais présenter des points importants à garder en tête lorsque des catholiques et des protestants dialoguent sur la suffisance des Écritures :


  • Bien comprendre la différence entre suffisante matérielle et suffisante formelle, les implications de ces différences et ce qui est requis avant de pouvoir prétendre prouver l’une ou l’autre.
  • Affirmer clairement de quelle suffisance il est question si cela n’est pas clair.
  • Les catholiques doivent comprendre que les théologies protestantes ne sont pas aussi uniformes que la théologie catholique et que différentes articulations de suffisances formelles sont présentées par les protestants (certaines laissant une forme amoindrie d’autorité à l’église ou d’autres demandant un rôle plus actif de l’Esprit-Saint, etc.)
  • Les protestants doivent comprendre que la suffisance matérielle n’est pas partagée par tous les catholiques, car il n’y a pas d’enseignement officiel du Magistère de l’Église sur la question. Certains catholiques adhèrent plutôt au « partim partim » et rejettent toute notion de suffisance des Écritures, tandis que d’autres sont prêts à accepter une suffisance matérielle.
  • Les catholiques ne peuvent pas adhérer à la suffisance formelle des Écritures sans s’écarter de la foi catholique.
  • Un protestant qui exigerait moins que la suffisance formelle des Écritures remettrait sérieusement en question l’un des piliers fondamentaux du protestantisme qui est le « sola scriptura »





Si vous êtes de la région de la Beauce au Québec, je vous invite à cette activité d’évangélisation qui aura lieu près de chez vous. Si vous êtes croyant et que vous vous demandez comment partager votre foi avec ceux qui vous entourent, cette activité est pour vous.


Au fil des siècles, le linceul de Turin ne cesse de défier la science et ses certitudes. Découvrez ce reportage réalisé par la Communauté du Chemin Neuf, où plusieurs témoins notamment de grands chercheurs scientifiques, abordent différentes questions et nous introduisent dans une véritable contemplation de ce linceul.






Il y a aussi l’article très intéressant « Le Linceul de Turin est-il un signe de la Résurrection du Christ ? » sur le site de « Question de fond » d’Aleteia.org

Comme plusieurs d'entre vous le savent surement déjà, le mois de mai est le mois de Marie. Je vous invite pendant ce temps spécial découvrir cette vidéo « Je vous salue Marie », de l’association Marie de Nazareth.

A travers « Je vous salue Marie » (4 vidéos), notre Mère nous invite à la contemplation de sa vie tournée vers Jésus. Redécouvrez avec elle les mystères du Rosaire dans la beauté d’une originale symphonie d’images, de textes, de paroles et de musiques.



00:00 : Explication sur la production de ce Festival d'images
00:50 : Au commencement, la Création du monde
04:50 : Apocalypse 12



00:00 : Suite de la Visitation de Marie à Elisabeth
00:50 : La naissance de Jésus à Bethléem
04:45 : La Présentation de Jésus au Temple



00:00 : Suite de la découverte du Royaume de Dieu
02:50 : La Transfigurationd de Jésus sur la Montagne
06:17 : L'Institution de l'Eucharistie
10:20 : La Passion de Jésus



00:00 : Suite de l'Ascension de Jésus au Ciel
02:48 : La Descente de l'Esprit Saint
07:10 : L'Assomption de la Vierge Marie au Ciel




Nous venons tout juste de créer une page de liens recommandés. Elle est accessible dans le menu en haut de la page.

Si vous avez un site qui est en lien avec l'apologétique catholique, n'hésitez pas à nous le suggérer




Lorsqu'on est confronté au témoignage des premiers chrétiens au sujet de la Résurrection de Jésus, il est naturel de se demander s’il est crédible. Un scepticisme sain exige que l'on teste les affirmations d'un tel événement.

Une façon de le faire est d'offrir des explications alternatives et l’une de ces explications au sujet de la Résurrection est la théorie du complot. Cette théorie prétend expliquer le tombe vide du Christ et ses apparences post-mortem en prétendant que les premiers chrétiens ont volé le corps et ont inventé l'histoire de la Résurrection.

Je ne reproche à personne d'avoir soulevé la question, car il est naturel de demander: « Les premiers chrétiens ont-ils inventé ces choses? »

J’affirmerais qu'ils ne l'ont pas fait et qu’il y a deux bonnes raisons de penser cela.

Le dilemme apostolique

Tout d'abord, les premiers chrétiens n'avaient rien à gagner et tout à perdre en mentant au sujet de la Résurrection de Jésus. Comme j'ai appris de mon mentor et ami Père Robert J. Spitzer, ce genre de menace rend le témoignage le plus crédible et saint Paul l'a compris. Paul utilise cela pour plaider en faveur de la crédibilité du témoignage des premiers chrétiens et présente son argument sous la forme d'un dilemme à deux cornes dans 1 Corinthiens 15:

Et si le Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, vaine aussi est votre foi. Il se trouve même que nous sommes de faux témoins à l'égard de Dieu, puisque nous avons témoigné contre lui qu'il a ressuscité le Christ, tandis qu'il ne l'aurait pas ressuscité, s'il est vrai que les morts ne ressuscitent pas.

Saint Paul présente la deuxième corne au verset 19, puis l'expose aux versets 30 à 32:

Et nous-mêmes, pourquoi sommes-nous à toute heure en péril? Chaque jour je suis exposé à la mort, aussi vrai, mes frères, que vous êtes ma gloire en Jésus-Christ notre Seigneur. Si c'est avec des vues humaines que j'ai combattu contre les bêtes à Éphèse, quel avantage m'en revient-il? Si les morts ne ressuscitent pas, " mangeons et buvons, car demain nous mourrons ".

Notez que dans la première corne, saint Paul soutient que si lui et les témoins croyaient en Dieu, ils porteraient un faux témoignage par leur proclamation de la Résurrection de Jésus: « nous sommes de faux témoins à l'égard de Dieu ». Qu'est-ce que les premiers chrétiens auraient-ils eu à gagner à mentir tout en croyant toujours au Dieu d'Abraham, d’Isaac et de Jacob? La damnation! Est-il raisonnable de penser que les premiers chrétiens auraient risqué la perte de leur salut éternel pour professer un tel mensonge?

Dans la seconde corne, saint Paul semble considérer ce qu'ils pourraient avoir gagné avec ce mensonge, s'il était incrédule et qu’il ne croyait pas en Dieu ou à la Résurrection. Remarquez dans le verset 19, il écrit: « Si nous n'avons d'espérance dans le Christ que pour cette vie seulement », puis dans le verset 32 « Si c'est avec des vues humaines que j'ai combattu contre les bêtes à Éphèse, quel avantage m'en revient-il? » L'argument de Paul est que rien d'autre que la persécution et la mort ne peut être obtenu d’un tel mensonge. Pour Paul, si cela est la récompense, alors « mangeons et buvons, car demain nous mourrons ».

Il peut y avoir des explications alternatives pour la fausseté des témoignages de la Résurrection qui méritent d'être considérés, mais pour saint Paul, la théorie de la conspiration n'est pas l'une d'entre elles.

Le témoignage des femmes

La deuxième raison de penser que les premiers chrétiens n’ont pas inventé l'histoire de la Résurrection est qu’ils ont raconté que des femmes étaient les premières témoins.

L'un des nombreux critères que les historiens utilisent pour tester l'historicité d’un texte est le critère de l'embarras. Cela se réfère à toute action ou à des paroles que les premiers chrétiens auraient trouvé embarrassantes et désagréables d’un point de vue apologétique. Aucun écrivain des évangiles ne voudrait inclure de telles informations, car cela compromettrait le but de l'Évangile. Avoir des femmes comme premiers témoins de la Résurrection correspond très bien à un tel critère.

Dans le judaïsme du premier siècle, le témoignage des femmes était irrecevable dans un tribunal: « Les femmes ne rendront pas de témoignage, à cause de la légèreté et de la témérité de leur sexe. » (Josèphe, Antiquités des Juifs, 4.8.15).

Si le témoignage d'une femme n'était pas considéré comme crédible dans un tribunal, il semblerait que les apôtres ne devraient pas utiliser le témoignage des femmes pour convaincre leurs auditeurs de la vérité du tombeau vide et des apparitions du Christ ressuscité. Il est plus raisonnable de conclure que si les écrivains des évangiles avaient fabriqué cette histoire, ils auraient alors choisi les hommes pour être les premiers témoins, peut-être quelqu’un comme Joseph d'Arimathie ou Nicodème.

Le militant athée et historien Richard Carrier, au chapitre 11 de son livre « Not the Impossible Faith », s'oppose à cet appel aux femmes. Il soutient que, parce que les Évangiles sont des documents historiques et non judiciaires, il est inapproprié que les apologètes chrétiens passent du « décorum du prétoire à la crédibilité quotidienne ».

Selon lui, bien que le témoignage des femmes ne fût pas accepté devant un tribunal, il était recevable comme source pour des affirmations historiques. Carrier fait appel au récit de Josèphe au sujet des massacres de Gamala et de Masada, qui ont le témoignage de deux femmes pour sources.

En réponse à la première objection de Carrier, je pense qu'il est légitime pour l’apologète chrétien d'utiliser l'irrecevabilité du témoignage des femmes devant le tribunal, parce que les écrivains évangéliques en faisaient un cas d’apologétique en tentant de convaincre leurs auditeurs de la vérité de la Résurrection. Ils ne se contentaient pas de rapporter un événement historique, mais ils présentaient une convergence de preuves en faveur de la vérité du tombeau vide de Jésus, de ses multiples apparitions post mortem, des conversions, etc.

De plus, remarquez la raison pour laquelle Josèphe donne pour ne pas admettre le témoignage des femmes: « à cause de la légèreté et de la témérité de leur sexe ». Le mot légère signifie traiter une question sérieuse avec humour ou d'une manière qui manque de respect. Bien que cette vision des femmes ne conduise pas à un rejet total du témoignage d'une femme, cela serait certainement moins souhaitable si l'on fabrique une histoire, surtout lorsqu'il est tout aussi facile d'utiliser des hommes comme premiers témoins.

L'appel de Carrier à Josèphe, qui utilise les femmes comme sources pour son récit des sièges de Masada et de Gamala, ne vient pas vraiment miner non plus l'argument de l'apologète chrétien.

En ce qui concerne le siège de Gamala, Josèphe déclare que les deux femmes qui ont servi de sources ont été les seules qui lui ont échappé (Guerre des juifs, 4.82). Également, bien que non explicite pour son récit du siège de Masada, Josèphe semble impliquer que les deux femmes qui étaient ses sources pour cet événement étaient aussi les seules survivantes (Guerre des juifs 7.399).

Il est donc évident que Josèphe utilisa le témoignage des femmes pour ces événements que parce que personne d'autre n'a survécu.

Avec ces considérations, il est facile de voir pourquoi l'appel de Carrier à la confiance de Josèphe envers le témoignage de ces femmes ne vient pas miner l'argument chrétien. Les évangélistes avaient le choix de décider des témoins de la Résurrection du Christ, mais Josèphe n'a pas eu le choix sur qui baser ses récits sur les sièges de Masada et de Gamala.

Le manque de fiabilité du témoignage des femmes dans le judaïsme du premier siècle reste un cas légitime du critère de l'embarras et peut donc être utilisé par les apologètes chrétiens pour faire valoir l'historicité de la Résurrection de Jésus.

Il y a beaucoup d'autres raisons que l'on peut donner pour montrer que la théorie du complot n’est pas raisonnable, mais je pense que les deux présentés ci-dessus sont suffisants. Les gens ne meurent pas pour ce qu'ils savent être un mensonge et les menteurs n'utilisent pas de témoignages peu fiables pour convaincre le public de leurs histoires fabriquées.

En cette saison de Pâques, le chrétien peut être assuré que sa foi dans Jésus le ressuscité n’est, au moins, pas basée sur un mensonge.


Cet article est une traduction personnelle de l’article « Why the Resurrection Was Not a Conspiracy » de Karlo Broussard.
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Les tentations du Christ (Saint Marc, XIIe siècle)

D'où vient le Carême? Depuis quand l'Église a-t-elle commencé à célébrer le Carême? Pourquoi dure-t-il quarante jours? A-t-il toujours été aussi long? Quel rôle les papes ont-ils joué dans la fixation du calendrier liturgique du Carême et de Pâques?

Beaucoup de réponses à ces questions sont trouvées, ou du moins sont laissées entendre, dans un article de Tim Kimberley de Reclaiming the Mind (le blog anglais du ministère protestant Credo House) et qui est convenablement appelé « Une courte histoire du carême ». C'est un bon début, mais Kimberley recense un certain nombre de détails erronés et il omet des choses importantes. Utilisons tout de même l'article comme un point de départ, tout en lui apportant des corrections au besoin.

I. Pourquoi le Carême dure-t-il quarante jours?

Tout d'abord, pourquoi le Carême dure-t-il quarante jours? Parce que cela est biblique, comme le rappelle l’article de Kimberley :

Le nombre 40 a eu une importance significative tout au long de l'histoire biblique. Les pluies sont tombées sur Noé dans l'arche pendant 40 jours et 40 nuits. Moïse était sur le mont Sinaï recevant les Dix Commandements pendant 40 jours et 40 nuits. Élie marcha 40 jours et 40 nuits vers la montagne du Seigneur. Le plus important, Jésus a jeûné et a prié pendant 40 jours et 40 nuits avant de commencer son ministère public.

Voici quelque chose qui n'est pas explicite dans l'Écriture, mais qui est néanmoins fascinant: « les premiers chrétiens croyaient que Jésus était mort dans le tombeau pendant 40 heures ». Si l’on suppose que le Christ était dans le tombeau à partir de 16 heures le Vendredi saint jusqu'à l'aube du Dimanche de Pâques, cela donne à peu près 40 heures. Si cela est vrai, ce serait une explication fascinante pour expliquer pourquoi le nombre 40 était un nombre si important pour signifier la préparation, à la fois dans l'Ancien et le Nouveau Testament.

II. Depuis quand fête-t-on le Carême?

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Saint Irénée de Lyon (130 - 202)

Kimberley explique:

Nous pouvons retracer le Carême jusqu’aux disciples. C'est assez extraordinaire. Le théologien héroïque Irénée (qui mourut en 203 et qui fut disciple de Polycarpe, qu’on croit être lui-même être le disciple de l'apôtre Jean) écrivit une lettre à Victor I. Cette lettre fut heureusement consignée par l'historien Eusèbe. Irénée raconte à Victor les célébrations de Pâques. Dans cette lettre, il écrit: 
« Le conflit n'est pas seulement sur le jour, mais aussi sur le caractère réel du jeûne. Certains pensent qu'ils devraient jeûner pour un jour, quelques-uns pour deux, d'autres pour encore plus; certains font le dernier « jour » durer 40 heures. Une telle variation de l'observance ne provient pas de notre temps, mais de beaucoup plus tôt, au temps de nos ancêtres » (Eusèbe, Histoire de l'Église, V, 24).

D’une part, c'est formidable que Kimberley explique l'incroyable antiquité du Carême et il est en plein dans le mile en choisissant Irénée comme preuve. Irénée, le petit-fils spirituel de l'apôtre Jean, décrit, à la fin des années 100, une période de jeûne avant Pâques qui vient « de beaucoup plus tôt, au temps de nos ancêtres ». Irénée décrit un jeûne intense de quarante heures, plutôt qu'un jeûne moins intense pendant quarante jours, mais les contours du Carême y sont clairement présents.

III. Qu'en est-il le rôle de la papauté?

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Pape Saint Victor I
Ce que Kimberley ne mentionne pas, c'est qui est exactement ce « Victor I », dans la section citée plus haut. Est-ce Victor I de Tombouctou? L’empereur Victor I? Comme vous l'avez peut-être deviné, Irénée écrit au pape saint Victor Ier. En fait, dans cette même section de l'Histoire de l'Église que Kimberley cite, Eusèbe se réfère à lui comme étant le « Victor, qui a présidé à l'église à Rome ». Il n’y a donc aucune ambiguïté.

Mais voici ce qui rend cette histoire si fascinante. Les églises d'Asie Mineure avaient des traditions anciennes liées à la fête de Pâques et à la saison pénitentielle antérieure à celle-ci, qui différaient du reste de l'Église. La question qui se posait à l'Église primitive est la suivante: la Pâque doit-elle toujours être célébrée un dimanche ou doit-elle être liée au début de la Pâque (juive)? Alors que la majorité de l'Église avait déclaré qu’elle doit être toujours célébrée un dimanche, les églises aux environs de l'Asie Mineure avaient dit de le faire sur la base de la date de la Pâque.

Pendant un certain temps, l'Église a tout simplement toléré cette diversité, mais dans les années 190, le pape Victor I a voulu y imposer plus d'uniformité. Il a déclaré que toute l'Église universelle devait fêter la Pâques le dimanche et il a excommunié ces évêques qui ne voulaient pas bouleverser leurs traditions locales avec leurs diocèses entiers. Bien que le pape avait certainement l’autorité de le faire, cela semblait exagéré et provoqua des protestations d'autres évêques (comme Irénée, qui, en plus d'être un « théologien héroïque », était évêque de Lyon, en France, et un ardant défenseur de la succession apostolique de la papauté jusqu’à saint Pierre).

Notez bien ce qui dérange ces autres évêques. Ce n'est pas l'idée que l'évêque de Rome ait ou non le pouvoir de discipliner et même d'excommunier n'importe qui, n'importe où dans l'Église, y compris d'autres évêques. C'est plutôt qu'il utilise cette autorité de façon imprudente. Pour y penser de façon analogue: si un père a privé de sortie un de ses enfants pendant un mois parce qu’il se promenait avec ses lacets détachés, les autres enfants s'offusqueraient probablement, non pas parce qu'ils interrogent l'autorité du père à le priver de sortie, mais à cause de la manière cavalière dont il l'a utilisé. Tout cela, bien compris, est une affirmation de l'autorité pontificale dans l'Église primitive, d'autant plus que le dimanche de Pâques a fini par gagner globalement.

IV. La période de 40 jours du carême est-elle une erreur de traduction?

Richard Linderum, Moine Botaniste (19e siècle)
La position la plus faible dans l’article, autrement assez bon, de Kimberley est sa prétention que « la période de Carême de 40 jours peut être une erreur de traduction ». Son argument est que la section que j'ai citée ci-dessus (dans laquelle Irénée décrit un jeûne de quarante heures) a été mal interprétée par Rufinus (340-410) comme étant un jeûne de quarante jours :

Un homme nommé Rufinus a traduit l'Histoire d'Eusèbe de l'Église du grec au latin. Pour une raison quelconque, il a mis un signe de ponctuation entre « 40 » et « heures ». Il a ainsi donné aux gens l’idée que la lettre d'Irénée signifiait « 40 jours de 24 heures ».

Mais après cela, il écrit:

Vers l’an 300, une période de célébration de 40 jours menant à Pâques semble être déjà répandue. Le Concile de Nicée (en 325) mentionne que deux synodes devraient se tenir chaque année, « un avant les 40 jours du Carême ».

Voyez-vous le problème? Le Conseil de Nicée, en 325, considère comme un fait communément admis que le Carême est de 40 jours. Rufinus n'était même pas encore né. Donc, à moins que de croire que les Pères Nicéens voyageaient dans le temps, la théorie de Kimberley ici ne tient pas la route.

Conclusion

Alors voilà. Le carême, sous une forme ou une autre, est célébré depuis incroyablement tôt dans l'Église, peut-être même depuis le temps des apôtres. La pratique est enracinée dans l'Écriture et avant l’an 325, sa durée de quarante jours avant Pâques semble avoir été uniformément acceptée dans toute l'Église. En plus de cela, nous avons vu l’autorité des premiers papes (Victor I, dans les années 190) et des premiers conciles œcuméniques (le premier concile de Nicée, en 325).

Malheureusement, le protestantisme, en rejetant à la fois l'autorité des conciles œcuméniques et de la papauté, est laissé sans mécanisme cohérent pour établir une date unifiée pour célébrer la Pâques ou pour établir une période particulière de temps pour le Carême. Cela dit, il est encourageant que des gens comme Tim Kimberley soient prêts à explorer la question et, espérons-le, que d'autres le suivent pour en faire de même.


Cet article est une traduction personnelle de l’article « Where Does Lent Come From, and Why Do We Celebrate it? » de Joe Heschmeyer.