statue-pierre-avec-les-cles-vatican

Les catholiques affirment que la papauté est la clé de l’unité des chrétiens - la source visible de l’unité pour le peuple de Dieu. Selon le Concile Vatican II, Dieu a établi l’évêque de Rome comme « principe perpétuel et visible et le fondement de l’unité » (Lumen Gentium, 23).

Dans son encyclique Ut Unum Sint, le pape saint Jean-Paul II a exprimé la même conviction: « La communion des Églises particulières avec l'Église de Rome, et de leurs Évêques avec l'Évêque de Rome, est une condition essentielle — selon le dessein de Dieu — de la communion pleine et visible » (Ut Unum Sint, 97).

Comment pouvons-nous expliquer cela aux non-catholiques? Nous pouvons utiliser trois types de preuves: les preuves bibliques, les preuves patristiques et les preuves de la raison. Commençons par les preuves bibliques.

Les preuves bibliques

La compréhension par l’Église du ministère papal en tant que principe de l’unité des chrétiens est fondée sur la preuve historique que le Christ a confié un tel rôle à Saint Pierre.

Le texte classique est Matthieu 16, 18-19. Là, Jésus promet de fonder son église sur Pierre, le rocher, et veille à ce que les portes de l'enfer ne l'emportent jamais. Il donne alors à Pierre les « clés du Royaume » et dit: « Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux ».

Tous les détails présents dans ce texte révèlent en quelque sorte que le Christ veut que Pierre soit la source visible d'unité pour son Église. Mais par souci de brièveté, soulignons simplement la partie où Jésus fait de lui la pierre de fondation.

Cela concerne Pierre en tant que source visible d’unité, car vous ne pouvez pas séparer une structure de la fondation sur laquelle elle a été construite. Puisque Jésus fait de Pierre le fondement visible, nous pouvons dire que partout où vous voyez Pierre, il y a la véritable Église du Christ. Par conséquent, être unis à Pierre, c’est être uni à l’Église du Christ.

Certains protestants objecteront que Pierre n'est pas le roc, mais que le Christ l'est. Ou ils peuvent dire que la profession de foi de Pierre est le roc. Les catholiques conviennent que Jésus et la foi en Jésus peuvent être comparés à un rocher, mais cela n'exclut pas son application spécifique à Pierre dans ce cas. Il y a plusieurs raisons à cela.

Premièrement, le nouveau nom que Jésus donne ici à Simon (Pierre, du grec Petros) signifie roche. Ailleurs dans le Nouveau Testament, nous voyons Pierre mentionner par l'équivalent araméen de ce nom, Céphas (par exemple, Jean 1, 42). Pourquoi Jésus changerait-il le nom de Simon en « Pierre » s’il n'avait rien à voir avec le roc métaphorique de fondation de l'Église dont Jésus parle dans la même phrase?

Deuxièmement, Jésus utilise le pronom singulier à la deuxième personne (« tu ») en référence à Pierre sept fois dans les trois versets qui constituent le contexte immédiat du passage (Matthieu 16, 17-19). Si tout s’applique à Pierre à la fois avant et après la déclaration sur le roc métaphorique, il est raisonnable de conclure que la déclaration sur le roc s’applique également à Pierre.

Nier que Pierre soit le rocher est également en contradiction avec l'interprétation des écrivains des quatre premiers siècles du christianisme, tels que Tertullien, Origène, Cyprien de Carthage, Éphraïm et Hilaire de Poitiers, qui affirment tous que Pierre est le roc de Matthieu 16, 18.

Même les sources protestantes principales reconnaissent que l'interprétation catholique est correcte. Par exemple, le Nouveau dictionnaire biblique (New Bible Dictionary) et le Nouveau commentaire biblique (New Bible Commentary) reconnaissent tous deux que le roc dans Matthieu 16, 18 fait référence à Pierre. Le regretté professeur presbytérien Robert McAfee Brown, dans « Un pape pour tous les chrétiens », admet que « les protestants apprennent que le passage crucial de Matthieu 16 au sujet du « rocher » sur lequel l'église sera construite réfère presque certainement à Pierre lui-même plutôt que sur sa foi. »

Luc 22, 31-32 est un autre texte crucial. Jésus informe les apôtres que Satan désire les passer au crible comme on le fait pour le blé. Nous le savons parce que le texte grec utilise le pronom pluriel à la deuxième personne, « humas ». Cependant, lorsque Jésus parle ensuite de sa prière de protection, le grec passe à la deuxième personne du singulier « sou ». Jésus choisit Pierre lorsqu'il fait la promesse : « J'ai prié pour vous afin que ta foi ne défaille pas; et quand tu seras revenu, affermis tes frères ».

Alors ici, Jésus donne à Pierre seul un rôle pastoral spécial pour maintenir les apôtres unis dans la foi en les renforçant. Pour que les apôtres bénéficient de la prière de protection de la foi de Jésus, ils doivent rester fidèles à lui! Par conséquent, Pierre est le principe visible de l'unité.

Les preuves patristiques

Un deuxième type de preuve est la preuve patristique. La lettre de Clément de Rome aux chrétiens de Corinthe en est un bon exemple. Clément était évêque de Rome (pape) dans la seconde moitié du premier siècle et les chrétiens de Corinthe lui demandèrent de l'aider à régler un différend, ce qui implique qu'il avait un rôle unique à jouer dans la promotion de l'unité des chrétiens.

Saint Ignace d'Antioche, dans sa lettre aux Romains (~ 110 après J.-C.), décrit l'église de Rome comme ayant une certaine prééminence lorsqu'il dit qu'elle « préside à la charité qui est la loi du Christ ». Saint Iréné de Lyon, dans son travail Contre les Hérésies (~ 180 après J.-C.), enseigne: « Il est nécessaire que chaque église soit d'accord avec cette église [de Rome], en raison de son autorité prééminente ».

Nous pouvons également nous intéresser aux actions du pape Saint-Victor, qui a régné à partir de l'an 189 à 199. L'un de ses actes en tant que pape a été de convoquer des évêques du monde entier pour qu'ils se rassemblent et rédigent des décrets stipulant que Pâques serait célébré le dimanche. Lorsque les évêques asiatiques, ainsi que leur porte-parole Polycrates, ont refusé de suivre le pape Victor, il les a menacés d'excommunication. Bien qu’Irénée, désirant maintenir la paix avec les églises asiatiques, ait supplié Victor de ne pas y donner suite, il n’a jamais contesté le pouvoir de Victor d’excommunier. (Ce pouvoir, qui découle de l’autorité de lier et de délier, fait partie intégrante du rôle du pape en tant que fondement visible de l’unité de l’Église.)

Les preuves de la raison

Le dernier type de preuve est la preuve de la raison. La simple logique des relations humaines et de la manière dont nous travaillons en tant qu’êtres humains exige une structure organisationnelle avec un centre de leadership dans l’Église de Jésus.

La religion que Jésus a commencée ne ressemble pas à un groupe de gars qui se réunit chaque week-end pour prendre une pizza et une bière. Jésus a voulu que son église soit catholique, une religion qui couvre le monde entier. Il est déraisonnable de penser que Jésus aurait commencé une religion mondiale sans une structure de direction visible.

En outre, lorsque nous considérons que Jésus a apporté une révélation nouvelle et publique, il convient de créer une autorité centralisée pour en assurer une compréhension correcte. Sinon, nous aurions des opinions divergentes sur le sens de la révélation de Dieu sans espoir de parvenir à un consensus.

Jésus prie dans Jean 17, 21 pour que ses disciples soient un comme son père et lui-même sont un. Mais Jésus ne souhaitait pas simplement que cela se produise. Il a fait quelque chose pour que cette unité soit possible. Il nous a donné un principe et un fondement d’unité dans la papauté, en commençant par Pierre et en continuant aujourd’hui avec le pape François comme successeur de Pierre comme évêque de Rome.


Cet article est une traduction personnelle de l’article « That We May Be One » de Karlo Broussard pour Catholic Answers
dome-jesus-assis-avec-ses-eveques

A quoi le Christ veut-il que la structure de l'Église ressemble? À quoi ressemblait l'Église primitive? Joe Heschmeyer vient d’écrire une exploration approfondie (en anglais) de cette question ainsi qu’une version abrégée, car il sait que la longueur (5 000 mots) sera trop longue pour certains lecteurs et qu’il est peut-être difficile de se rappeler tous les points importants. Voici donc la traduction de sa version courte.

Pour commencer, il existe essentiellement deux écoles de pensée:

  • Catholiques, Orthodoxes, Anglicans: les églises locales étaient dirigées par un seul évêque, en union avec des prêtres (des anciens, appelés plus tard prêtres) et des diacres. Le mot technique pour cela est monoépiscopat. (ce qui signifie simplement « un évêque »).
  • Protestants non Anglicans: les églises locales étaient dirigées par un groupe d'anciens et de diacres. Il n’existe pas de poste distinct d’ « évêque », car un «évêque» n’est qu’un autre nom pour « ancien ». Nous appellerons ce système presbytérien (avec un petit-p, car ce ne sont pas seulement les Presbytériens qui le croient).

L’une des défenses les plus claires (en anglais) de la position presbytérienne est celle de Michael Kruger, professeur de Nouveau Testament et de christianisme primitif au Séminaire théologique réformé (il est également le président du séminaire). Son argument comprend trois parties: une interprétation du Nouveau Testament, une affirmation selon laquelle trois documents des premier et deuxième siècles (la Didache, 1 Clément et le Pasteur d’Hermas) montrent cette structure presbytérienne et une citation de saint Jérôme qui semble être d'accord avec son point de vue. Alors, qu’est-ce qui cloche dans l’argument de Kruger et avec la position presbytérienne plus largement?

1. L'argument du Nouveau Testament doit être confirmé dans l'histoire de l'Église primitive. Si les presbytériens ont raison de dire que le Nouveau Testament décrit une structure d'église « presbytérienne », nous devrions voir des preuves assez nettes des structures d'église presbytérienne aux premiers et deuxièmes siècles, ou encore des preuves d'un passage à une structure monoépiscopale. Nous ne voyons pourtant aucune de ces choses.

2. Aucun des trois documents qui, selon Kruger, parlent d’ « évêques » au pouvoir d’églises locales ne dit réellement cela. Lorsque des avocats évitent tous les textes directement pertinents lorsqu’il présente un cas, cela est la marque qu’ils ont une mauvaise théorie. Cela devrait lever des drapeaux rouges lorsque vous verrez des baptistes essayer de défendre leur position sur le baptême qui n’est que symbolique, et qu’aucun des versets qu’ils citent ne fait même mention du baptême. Il convient de signaler ici que Kruger défend sa position sur la structure de l’église locale sans citer aucun texte mentionnant les églises locales.

3. Kruger et d’autres presbytériens omettent commodément Saint Ignace. Saint Ignace d'Antioche, l'un des deux disciples ayant connus de l'apôtre Jean (l'autre étant Saint Polycarpe) écrit une série de sept lettres. Contrairement aux sources citées par Kruger, cinq lettres d’Ignace sont destinées aux églises locales et s’adressent aux églises locales. De ses écrits, nous savons que chacune de ces églises (y compris les églises d’Éphèse et de Philadelphie, louées dans les Écritures) est dirigée par un seul évêque. Dans la plupart des cas, nous savons même qui était l'évêque, car Ignace l'adresse par son nom.

4. Saint Ignace ne milite pas en faveur du monoépiscopat, il la reconnaît. Ignace est parfois qualifié à tort par les presbytériens comme étant « en train de défendre » le monopépiscopat, comme si les premières églises n’avaient pas cette structure, mais qu’il pensait qu’elles le devraient. Cela c’est tout à fait faux. Il leur écrit pour obéir aux évêques qu’ils ont déjà, pas pour changer leur structure de gouvernance. Il y a un monde de différence entre « obéir à l'évêque » et « tu devrais avoir un évêque », tout comme il y a un monde de différence entre « honore ton père et ta mère » et « tu devrais avoir un père et une mère ».

5. Les preuves du deuxième siècle réfutent la lecture faite par Kruger de Clément et d’Hermas. Le fragment de Muratoni, datant de 180 après J.-C., mentionne en passant qu'Hermas a écrit « très récemment, à notre époque », alors que son frère Pie était l'évêque de Rome. Ainsi, non seulement il y avait un monoépiscopat à l'époque d'Hermas, mais l'évêque était son frère, le pape Pie Ier. À peu près à la même époque, saint Irénée publie l'une des nombreuses listes qui relatent chaque pape partant de saint Pierre jusqu’à son époque. Sur cette liste, il note que saint Clément était l'évêque de Rome lorsqu'il écrivit 1 Clément.

6. Dans ce cas, Jérôme argumentait trop loin. Jérôme répondait à ceux qui voulaient faire des diacres égaux aux prêtres. En argumentant contre eux, il va trop loin, affirmant que les prêtres étaient à l'origine égaux aux évêques, mais les écrits de Jérôme sur l’histoire de l’Église réfutent sa thèse. En plus de cela, il écrit au quatrième siècle et nous avons vu dans les sources du deuxième siècle que ce n’était pas le cas.

7. Toutes les preuves suggèrent le monoépiscopat. Partout où nous connaissons la structure d'une église locale particulière, nous trouvons un monoépiscopat. Kruger dresse ailleurs une liste d’évêques orthodoxes du IIe siècle et aucun d’entre eux n’est l’un des co-gouverneurs de son diocèse. De plus, lorsque nous lisons les histoires d’églises particulières (qu’elles proviennent de ces églises ou d’autres), nous constatons qu’elles prétendent avoir toujours eu cette structure. Alors, soit tout le monde ment ou alors la structure de l’église presbytérienne n’était pas ce que les apôtres avaient mis en place.

Maintenant vous avez les faits. Les faits de base que vous devez connaître sur la structure de l’Église primitive. Si vous voulez en savoir plus, n'hésitez pas à lire l’article complet.


Cet article est une traduction personnelle adaptée de l’article « Were Early Churches Governed by Individual Bishops, or Groups of Elders? (Bullet Version) » de Joe Heschmeyer