Jésus nourrit les quatre mille

Mais Matthieu et Marc rapportent un autre miracle semblable, connu sous le nom de la multiplication des pains pour les quatre mille hommes. Les chiffres liés à ce miracle sont un peu différents (quatre mille personnes sont nourries, ils utilisent pour se faire sept pains et « quelques petits poissons » et ils ramassent ensuite sept corbeilles de restes), mais c'est à la base le même type de miracle.
C'est peut-être pourquoi Luc et Jean ont choisi de ne pas en parler : compte tenu des limites d'espace dans les livres anciens, qui doit pouvoir être contenu sur un seul parchemin, ils ont conclu qu'ils ne pourraient rapporter qu’un seul miracle de ce type, et ils choisit le plus impressionnant.
Mais même si une multiplication miraculeuse de nourriture a été faite avant, et sur une échelle un peu plus grande, c'est toujours impressionnant! C'est peut-être pourquoi Matthieu et Marc ont choisi de l’inscrire.
Il peut aussi y avoir une autre raison, mais il faut alors faire un peu de travail de détective.
Les voyages de Jésus
Matthieu, Marc et Luc décrivent davantage le ministère de Jésus comme ayant lieu en Galilée, qui est une zone située au nord de la Judée. Dans ces trois Évangiles, Jésus est en Judée, au début de son ministère, quand il est baptisé par Jean, et à nouveau à la fin de son ministère, quand il a été crucifié à Jérusalem. Entre ces points, cependant, il passe le plus clair de son temps en Galilée.
Mais ce n'est pas tout.
Il fait également des excursions en territoire païen, comme quand il exorcise le démoniaque au pays des Géraséniens (Marc 5, 1-20). C'est pourquoi il y avait un troupeau de deux mille porcs dans cette histoire, parce que les Géraséniens étaient des Gentils et ils mangeaient du porc.
Il est intéressant de voir qu’à la fin de l'histoire, Jésus dit à l'homme autrefois possédé de répandre la nouvelle au sujet de ce que Dieu avait fait pour lui. C'est le contraire de ce que Jésus a fait souvent en Galilée, où il a souvent dit aux gens de garder sous silence ce qu'il a fait pour eux.
La raison apparente de cela était qu’il voulait éviter d'être pris d'assaut ou d’être déclaré roi contre son gré au fur et à la mesure que les gens commenceraient à le considérer comme un Messie politique (Jean 6, 15).
Mais parce qu'il passait la plupart de son temps en Galilée, il y avait moins de danger de cela, et alors le fait d’avoir le démoniaque révéler à tous ce que Jésus avait fait pour lui n’allait pas interférer avec son ministère. En effet, il serait utile aux Gentils d’en savoir plus sur le Dieu d'Israël!
Cependant, si vous lisez attentivement, vous verrez que comme Jésus continue de faire des excursions dans le territoire des Gentils, sa réputation commence à croître chez eux.
Cela nous mène aux deux miracles de la multiplication de nourriture.
Jésus nourrit les cinq mille hommes
Matthieu et Marc disent que ce miracle a eu lieu dans « un endroit isolé » près la mer de Galilée, mais ils ne disent pas où (Matthieu 14, 13, Marc 6, 32). Jean est aussi un peu vague sur l'endroit où c'est arrivé (Jean 6, 1), mais Luc nous dit qu'il a eu lieu près de Bethsaïde (Luc 9, 10).
Bethsaïde était la ville d'origine de Pierre et André (Jean 1, 44). C'était un village de pêcheurs près de la mer de Galilée. En fait, le nom de Beth-Tsaida signifie « Maison de la Pêche ».
Il était, en tous les cas, en territoire juif, et donc la multiplication des pains pour les cinq mille hommes impliquait un public majoritairement juif.
Qu'en est-il de l'autre miracle de la multiplication de nourriture ?
« Qui sont ceux qui sont vraiment impurs? »
Dans Marc 7, Jésus est critiqué par certains scribes et les pharisiens parce que ses disciples mangent sans se laver les mains selon la coutume juive. Jésus défend les disciples en disant que c'est ce qui sort du cœur d'un homme et pas ce qui entre dans sa bouche, ce qui le rend impur (Marc 7, 1-23).
Marc ajoute alors un commentaire éditorial pour étoffer les implications de cela : « Ainsi, il déclarait purs tous les aliments » (Marc 7, 19). C'était une chose importante, car il y avait des discussions dans l'Église primitive pour savoir si les Gentils devaient observer les lois alimentaires juives (Romains 14, Galates 2, 11-14, Colossiens 2, 16).
Cela nous place en mesure de mieux comprendre une série d'histoires impliquant des Gentils.
Tout d'abord, Marc rapporte que Jésus va en excursion à Tyr et à Sidon, qui sont de nos jours en Liban, au nord de la Galilée. Là, il rencontre la femme syro-phénicienne, une Gentille, et exorcise sa fille (Marc 7, 24-30).
Marc déclare ensuite: « Sortant du territoire de Tyr, il revint par Sidon vers la mer de Galilée, au centre du territoire de la Décapole » (Marc 7, 31).
La Décapole était un groupe de dix villes qui se trouvaient principalement sur le côté est du Jourdain, dans ce qui est maintenant le pays de la Jordanie.
À l'époque, elles étaient des villes gréco-romaines, de sorte qu'elles étaient païennes plutôt que juives. En fait, Gerasa et Gadara étaient deux des dix villes, alors Jésus est revenu dans le même territoire où il a exorcisé le démoniaque.
Mais sa réputation de thaumaturge avait augmenté, peut-être à la suite de la prédication de cet homme, et on lui apporte un sourd-muet, qu’il guérit aussi (Marc 7,32-37).
Puis quelque chose de vraiment intéressant arrive.
Jésus nourrit les quatre mille hommes
Marc rapporte:
En ces jours-là, comme il y avait encore une nombreuse foule qui n'avait pas de quoi manger, il appela ses disciples et leur dit : « J'ai compassion de cette foule, car voilà trois jours déjà qu'ils restent près de moi, et ils n'ont rien à manger. Si je les renvoie chez eux à jeun, les forces leur manqueront en chemin; or plusieurs d'entre eux sont venus de loin » [Marc 8, 1-3].Ainsi, la multiplication des pains pour les quatre mille, qui se produit dans cette même séquence d'histoires impliquant des Gentils, après que Jésus a voyagé dans la Décapole, semble impliquer un public de Gentils.
En d'autres termes: C'est une séquence pour les Gentile de la multiplication des pains pour les cinq mille.
Jésus a peut-être rencontré des problèmes à la maison, tels que le conflit avec les pharisiens sur le lavage des mains, mais sa réputation dans la Décapole a augmenté au point qu'il peut désormais attirer un public de quatre mille païens et les entretenir pendant trois jours jusqu'à ce qu'ils manquent de nourriture, ce qui conduit au deuxième miracle de multiplication de nourriture.
Le récit de Matthieu est similaire. Dans sa version, il y a un conflit avec les pharisiens sur le lavage des mains (Matthieu 15, 1-20), ensuite, Jésus va à Tyr et à Sidon et exorcise la fille de la femme syro-phénicienne (Matthieu note en particulier que la femme est « une Cananéenne », (Matthieu 15, 22). Par la suite, comme dans Marc, Jésus revient de son voyage et « vint au bord de la mer de Galilée» (Matthieu 15, 29), ce que vous feriez probablement pour vous rendre à la Décapole.
Matthieu ne fait pas explicitement mention que Jésus était dans la Décapole quand il a exécuté la prochaine série de miracles, qui comprenait la guérison «des boiteux, des estropiés, des aveugles, des muets et beaucoup d'autres » (Matthieu 15, 30), mais il dit que « les foules étaient dans l'admiration, voyant les muets parler, les estropiés guéris, les boiteux marcher, les aveugles voir; et elles glorifiaient le Dieu d'Israël » (Matthieu. 15, 31).
Ce serait une chose étrange à dire si le public était juif. Les Juifs glorifiaient déjà le Dieu d'Israël. Ils le faisaient tout le temps. Ils se prosternaient devant lui tous les jours.
Ce qui serait plus remarquable, donc digne du fait que Matthieu en fasse la remarque, est le fait que les Gentils aussi glorifient Dieu d'Israël.
Nous avons déjà vu dans l’évangile de Marc que la multiplication des pains pour les quatre mille a probablement impliqué un public essentiellement constitué de Gentils et que la foule qui glorifie le Dieu d'Israël dans l’évangile de Matthieu se révèle être la même foule de celle des quatre mille qu'il procède immédiatement à nourrir (Matthieu 15, 32-38).
Il semble par conséquent que Matthieu et Marc décrivent à la fois subtilement la multiplication des pains pour les quatre mille comme la suite pour les Gentile de la multiplication des pains pour les cinq mille, préfigurant l’inclusion des Juifs et des Gentils dans son Église.
Cet article est une traduction personnelle de l’article « The Feeding of the Four Thousand » de Jimmy Akin. Vous pouvez consulter l’article original en anglais ici.
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