Est-ce que les catholiques re-sacrifient le Christ à l’Eucharistie?
L’Église catholique enseigne que l’Eucharistie est à la fois une action de grâce et de louange au Père, un mémorial sacrificiel du Christ et de son Corps, ainsi qu’une présence du Christ par la puissance de Sa Parole et de Son Esprit. En prenant connaissance de cet aspect sacrificiel, certains non-catholiques croient que les catholiques re-sacrifient le Christ à chaque fois qu’ils célèbrent l’Eucharistie. Est-ce bien ce que nous faisons?
Non, nous ne re-sacrifions pas le Christ. Nous faisons le mémorial du seul et unique sacrifice du Christ, fait une fois pour toutes, pour la rédemption des péchés du monde. C’est un mémorial qui rend réellement présent ce même sacrifice, parce qu’il s’agit de la même victime et qu’il est offert par la même personne : le Christ. Pour plus de détail, voici ce qu’en dit le catéchisme de l’Église catholique (#1362-1372) :
L’Eucharistie est le mémorial de la Pâque du Christ, l’actualisation et l’offrande sacramentelle de son unique sacrifice, dans la liturgie de l’Église qui est son Corps. Dans toutes les prières eucharistiques nous trouvons, après les paroles de l’institution, une prière appelée anamnèse ou mémorial.
Dans le sens de l’Écriture Sainte le mémorial n’est pas seulement le souvenir des événements du passé, mais la proclamation des merveilles que Dieu a accomplies pour les hommes (cf. Ex 13, 3). Dans la célébration liturgique de ces événements, ils deviennent d’une certaine façon présents et actuels. C’est de cette manière qu’Israël comprend sa libération d’Égypte : chaque fois qu’est célébrée la pâque, les événements de l’Exode sont rendus présents à la mémoire des croyants afin qu’ils y conforment leur vie.
Le mémorial reçoit un sens nouveau dans le Nouveau Testament. Quand l’Église célèbre l’Eucharistie, elle fait mémoire de la Pâque du Christ, et celle-ci devient présente : le sacrifice que le Christ a offert une fois pour toutes sur la Croix demeure toujours actuel (cf. He 7, 25-27) : " Toutes les fois que le sacrifice de la croix par lequel le Christ notre pâque a été immolé se célèbre sur l’autel, l’œuvre de notre rédemption s’opère " (LG 3).
Parce qu’elle est mémorial de la Pâque du Christ, l’Eucharistie est aussi un sacrifice. Le caractère sacrificiel de l’Eucharistie est manifesté dans les paroles mêmes de l’institution : " Ceci est mon Corps qui va être donné pour vous " et " Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon Sang, qui va être versé pour vous " (Lc 22, 19-20). Dans l’Eucharistie le Christ donne ce corps même qu’il a livré pour nous sur la croix, le sang même qu’il a " répandu pour une multitude en rémission des péchés " (Mt 26, 28).
L’Eucharistie est donc un sacrifice parce qu’elle représente (rend présent) le sacrifice de la croix, parce qu’elle en est le mémorial et parce qu’elle en applique le fruit : [Le Christ] notre Dieu et Seigneur, s’offrit lui-même à Dieu le Père une fois pour toutes, mourant en intercesseur sur l’autel de la Croix, afin de réaliser pour eux (les hommes) une rédemption éternelle. Cependant, comme sa mort ne devait pas mettre fin à son sacerdoce (He 7, 24. 27), à la dernière Cène, " la nuit où il fut livré " (1 Co 11, 13), il voulait laisser à l’Église, son épouse bien-aimée, un sacrifice visible (comme le réclame la nature humaine), où serait représenté le sacrifice sanglant qui allait s’accomplir une unique fois sur la croix, dont la mémoire se perpétuerait jusqu’à la fin des siècles (1 Co 11, 23) et dont la vertu salutaire s’appliquerait à la rédemption des péchés que nous commettons chaque jour (Cc. Trente : DS 1740).
Le sacrifice du Christ et le sacrifice de l’Eucharistie sont un unique sacrifice : " C’est une seule et même victime, c’est le même qui offre maintenant par le ministère des prêtres, qui s’est offert lui-même alors sur la Croix. Seule la manière d’offrir diffère " (Cc. Trente, sess. 22a, Doctrina de ss. Missae sacrificio, c. 2 : DS 1743). " Et puisque dans ce divin sacrifice qui s’accomplit à la messe, ce même Christ, qui s’est offert lui-même une fois de manière sanglante sur l’autel de la Croix, est contenu et immolé de manière non sanglante, ce sacrifice est vraiment propitiatoire " (ibid.).
L’Eucharistie est également le sacrifice de l’Église. L’Église, qui est le Corps du Christ, participe à l’offrande de son Chef. Avec Lui, elle est offerte elle-même tout entière. Elle s’unit à son intercession auprès du Père pour tous les hommes. Dans l’Eucharistie, le sacrifice du Christ devient aussi le sacrifice des membres de son Corps. La vie des fidèles, leur louange, leur souffrance, leur prière, leur travail, sont unis à ceux du Christ et à sa totale offrande, et acquièrent ainsi une valeur nouvelle. Le sacrifice du Christ présent sur l’autel donne à toutes les générations de chrétiens la possibilité d’être unis à son offrande. Dans les catacombes, l’Église est souvent représentée comme une femme en prière, les bras largement ouverts en attitude d’orante. Comme le Christ qui a étendu les bras sur la croix, par lui, avec lui et en lui, elle s’offre et intercède pour tous les hommes.
Toute l’Église est unie à l’offrande et à l’intercession du Christ. Chargé du ministère de Pierre dans l’Église, le Pape est associé à toute célébration de l’Eucharistie où il est nommé comme signe et serviteur de l’unité de l’Église Universelle. L’évêque du lieu est toujours responsable de l’eucharistie, même lorsqu’elle est présidée par un prêtre ; son nom y est prononcé pour signifier sa présidence de l’Église particulière, au milieu du presbyterium et avec l’assistance des diacres. La communauté intercède aussi pour tous les ministres qui, pour elle et avec elle, offrent le sacrifice eucharistique : Que cette eucharistie seule soit regardée comme légitime, qui se fait sous la présidence de l’évêque ou de celui qu’il en a chargé (S. Ignace d’Antioche, Smyrn. 8, 1). C’est par le ministère des prêtres que se consomme le sacrifice spirituel des chrétiens, en union avec le sacrifice du Christ, unique Médiateur, offert au nom de toute l’Église dans l’Eucharistie par les mains des prêtres, de manière non sanglante et sacramentelle, jusqu’à ce que vienne le Seigneur lui-même (PO 2).
A l’offrande du Christ s’unissent non seulement les membres qui sont encore ici-bas, mais aussi ceux qui sont déjà dans la gloire du ciel : C’est en communion avec la très Sainte Vierge Marie et en faisant mémoire d’elle, ainsi que de tous les saints et toutes les saintes, que l’Église offre le sacrifice eucharistique. Dans l’Eucharistie l’Église, avec Marie, est comme au pied de la Croix, unie à l’offrande et à l’intercession du Christ.
Le sacrifice eucharistique est aussi offert pour les fidèles défunts " qui sont morts dans le Christ et ne sont pas encore pleinement purifiés " (Cc. Trente : DS 1743), pour qu’ils puissent entrer dans la lumière et la paix du Christ : Enterrez ce corps n’importe où ! Ne vous troublez pas pour lui d’aucun souci ! Tout ce que je vous demande, c’est de vous souvenir de moi à l’autel du Seigneur où que vous soyez " (S. Monique, avant sa mort, à S. Augustin et son frère ; conf. 9, 11, 27). Ensuite, nous prions [dans l’anaphore] pour les saints pères et évêques endormis, et en général pour tous ceux qui se sont endormis avant nous, en croyant qu’il y aura très grand profit pour les âmes, en faveur desquelles la supplication est offerte, tandis que se trouve présente la sainte et si redoutable victime... En présentant à Dieu nos supplications pour ceux qui se sont endormis, fussent-ils pécheurs, nous ... présentons le Christ immolé pour nos péchés, rendant propice, pour eux et pour nous, le Dieu ami des hommes (S. Cyrille de Jérusalem, catech. myst. 5, 9. 10 : PG 33, 1116B-1117A)
S. Augustin a admirablement résumé cette doctrine qui nous incite à une participation de plus en plus complète au sacrifice de notre Rédempteur que nous célébrons dans l’Eucharistie : Cette cité rachetée tout entière, c’est-à-dire l’assemblée et la société des saints, est offerte à Dieu comme un sacrifice universel par le Grand Prêtre qui, sous la forme d’esclave, est allé jusqu’à s’offrir pour nous dans sa passion, pour faire de nous le corps d’un si grand Chef ... Tel est le sacrifice des chrétiens : " à plusieurs, n’être qu’un seul corps dans le Christ " (Rm 12, 5). Et ce sacrifice, l’Église ne cesse de le reproduire dans le Sacrement de l’autel bien connu des fidèles, où il lui est montré que dans ce qu’elle offre, elle est elle-même offerte (S. Augustin, civ. 10, 6)
Christsacrificeeucharistieéglise
Articles similaires

Le mystère du mal : Pourquoi un Dieu bon permet-il la souffrance?
Introduction : Le cri de l'humanité face à la souffranceLa question du mal est sans doute la plus poignante et la plus universelle qui soit. Devant la maladie d'un enfant,...

Ils célébraient l’Eucharistie: Qu’en pense saint Paul ?
Dans l’article précédent, nous avons vu que l’Eucharistie instituée lors du dernier Repas du Seigneur était réellement le Corps et le Sang du Christ annoncé préalablement dans Jean 6. Nous...

Le vaste malentendu et le vrai désaccord
Si quelqu'un souhaite revisiter toute la chronologie de l'échange, je précise que le présent article est une réponse à cet article de Pascal, qui est une réponse à cet article...

Saint Pontien et Saint Hippolyte: 13 aout
Le 13 août, l'Église catholique célèbre la mémoire de deux grands martyrs du IIIe siècle, le pape Pontien et le prêtre Hippolyte. Leur histoire est une illustration éloquente de la...

Les 4 caractéristiques de la Véritable Église : L’Église est Catholique
Le mot catholique signifie universel dans le sens de "selon la totalité" ou "selon l’intégralité". L’Église est catholique dans un double sens :
Elle est catholique parce qu’en elle le Christ...

Pour que nous soyons un
Les catholiques affirment que la papauté est la clé de l’unité des chrétiens - la source visible de l’unité pour le peuple de Dieu. Selon le Concile Vatican II, Dieu...

Les lettres des Pères de l'Église : Ignace d'Antioche aux Smyrniotes
Cette lettre date autour de l'an 110 et a été écrite lorsque Saint Ignace était sous escorte romaine jusqu'à Rome pour y subir son martyr.
Lettre d'Ignace d'Antioche aux Smyrniotes
Ignace, dit...

Sainte Rose de Lima: 23 aout
Le 23 août, l'Église catholique célèbre la mémoire de Sainte Rose de Lima, la première sainte canonisée du Nouveau Monde. Née au Pérou en 1586, elle est un modèle de...

Peut-on croire en l’Évangile et refuser la divinité du Christ ?
Plusieurs groupes dans l'Histoire dit ont accepter l’Évangile sans croire en la divinité du Christ en prétendant notamment que quelques parties de l’Évangile auraient été mal traduites ou falsifiées. Mais...

Ceci est mon Corps, par saint Thomas d'Aquin
Dans son commentaire sur la première épître aux Corinthiens, saint Thomas d'Aquin nous donne l'interprétation juste des paroles de Jésus à la dernière Cène lorsqu'il a dit à ses disciples...

Le tombeau vierge du Christ
Carl Bloch, L’enterrement du Christ (19e siècle)
Le titre n’est pas une faute de frappe. Saint Matthieu et saint Jean prennent soin tous les deux de préciser que le tombeau du...

Je crois en l'Église, une, sainte, catholique et apostolique : Les quatre signes de la véritable Épouse du Christ
Introduction : Les quatre notes, un héritage de la foiLorsque les catholiques professent leur foi chaque dimanche, ils proclament dans le Credo : « Je crois en l'Église, une, sainte,...

Islam et Crucifixion
L'Islam enseigne que Jésus n'a pas été crucifié. Au lieu de cela, les musulmans croient que son corps a été élevé au ciel par Dieu. Vous pouvez rencontrer cette objection...

5 mythes sur la papauté que trop de gens croient encore
La papauté est l'un des aspects les plus distinctifs du catholicisme. Malheureusement, c'est aussi l'un des plus mal compris. Voici 5 mythes sur la papauté que trop de gens croient...

Réflexions bibliques du 5 octobre 2014: Vivre sur la vigne
Lectures de la liturgie
Vivre sur la vigne
Dans l'Évangile d’aujourd'hui, Jésus renvoie au symbole de la vigne de l'Ancien Testament pour enseigner sur Israël, l'Église et le royaume de Dieu.
Et le...

7 mystères de la foi révélés par l'Eucharistie
L’agneau de Dieu, livre de prières de Waldburg (1486)
Dans Apocalypse 5, 1-10, Saint Jean décrit un rouleau scellé de sept sceaux que personne ne pouvait ouvrir:
Puis je vis dans la...

Le rôle de la Trinité dans l'Église
Voici ce qu'enseigne la constitution dogmatique Lumen Gentium de
Vatican II sur le rôles de la Trinité dans l'Église :
Le dessein du Père qui veut sauver tous les hommes
2. Par une disposition...

La Croix, l'Église et le mystère de la souffrance
L’une des plus belles choses du catholicisme est qu'il donne un sens à la souffrance d'une manière qu'aucun autre système ne le peut. Aucun système n’explique la souffrance comme la...

Ils célébraient l’Eucharistie: Témoignages divers
Dans le dernier article, nous avons examiné comment Justin le martyr décrivait l’Eucharistie dans sa communauté. Afin de vérifier si ses renseignements étaient exacts, nous allons regarder ce que les...

Démonstration de l'existence de Dieu et raisons de croire chrétiennes
Si vous n'êtes pas chrétien, prenez au moins ces 48 minutes pour réfléchir à cette question qui est la plus importante de votre vie.
◦ 00'00 : y a-t-il une vérité...