Clarifications sur les arguments pour l’existence de Dieu : 2/3 - Dessein et finalité


Dans cette deuxième partie d’une série de trois (la première partie est ici), nous allons éclaircir certaines confusions qui se sont glissées dans l’utilisation chrétienne de certains arguments classiques en faveur de l’existence de Dieu. Dans le segment précédent, nous avons examiné les arguments cosmologiques et constaté que des erreurs sont parfois commises lorsque les problèmes de causes infinies ne sont pas traités clairement. Ici, nous allons essayer d’éclaircir la confusion entre différentes affirmations formulées dans divers arguments du dessein.

Les arguments du dessein sont basés sur certains faits au sujet de la création qui semble nécessiter un créateur. Deux formes principales, les arguments basés sur une conception intelligente et ceux sur la téléologie ou sur les finalités ultimes, sont souvent regroupées, bien qu'ils ne fonctionnent pas de la même manière.

Un exemple de cette confusion peut être trouvé sur le site Web populaire d'apologétique chrétienne GotQuestions.org dans un article intitulé « Qu‎’est-ce que l‎’argument téléologique pour l‎’existence de Dieu ? » L’auteur passe de la téléologie au dessein, sans indiquer aucune différence: « Le terme téléologie vient de telos, qui signifie « objectif » ou « dessein ». L‎’idée de cet argument est qu‎’un dessein a besoin d‎’un auteur »

Le dessein

Le problème est que le dessein et le but ne sont pas la même chose. Le chevauchement entre les arguments du dessein et de téléologie est compréhensible, mais si nous voulons offrir nos meilleurs arguments, nous devons être précis dans notre langage et faire les distinctions nécessaires.

Les arguments du dessein intelligent découlent généralement de l’identification de divers modèles, informations ou probabilités statistiques, et propose l’existence de Dieu comme meilleure explication de ces caractéristiques. Comme Whittaker Chambers a posé la question, comment des événements physiques aléatoires conduisent-ils à la conception parfaite de l'oreille humaine?

Beaucoup de ces arguments sont dirigés contre l'évolution, mais leur objectif final est vraiment de montrer qu'un agent intelligent devait être derrière ces fonctionnalités. Les arguments de conception intelligents sont généralement de cette forme:

1. L’univers présente certaines propriétés qui témoignent d’une conception (informations, improbabilité, possibilité de la vie, etc.).
2. On pense toujours que la conception est causée par une intelligence.
3. Par conséquent, la meilleure explication est qu’il existe un concepteur intelligent (Dieu) qui a intentionnellement créé l’univers

Il existe à la fois des versions micro et macro d’arguments de dessein intelligent, certaines provenant de choses plus petites que ce que nous pouvons observer par des moyens ordinaires (ADN, bactéries, etc.) et d’autres plus grandes (atmosphère, galaxies, etc.). Dans la mesure où il est démontré que l'un de ces éléments a un dessein, il est utilisé comme une preuve pour un créateur et a donc une cause intelligente.

Le but

« Telos » est le mot grec qui signifie « fin » ou « but ». Un véritable argument téléologique cherche donc un but dans la création. Pas simplement des états aléatoires, des codes d’information ou des systèmes complexes de manière irréductible. L’argument de la « cinquième voie » de saint Thomas d’Aquin, par exemple, s’appuie sur l’explication des natures, des activités ou des propriétés dirigées vers un objectif ou une fin, trouvées dans la création. Il va comme suit :

1. Nous voyons que les choses naturelles sans connaissance agissent dans un but (objectif spécifique).
2. Ce qui n’a pas d'intelligence est dirigé vers sa fin par quelque chose d'intelligent.
3. Il existe donc un créateur (Dieu) qui dirige ces choses naturelles vers leur fin.

Les systèmes dirigés par des objectifs sont expliqués par l'existence d'un être intelligent qui dirige ce système. Puisque toutes les choses créées semblent fonctionner selon un objectif donné (même des objectifs qui ne sont pas les leurs, comme ceux des roches et des protons), l'univers entier ne peut être expliqué que par l'existence d'un être intelligent au-delà de la création.

Cette distinction entre la conception intelligente et l'argument téléologique est importante, car la réfutation de l'un n'est pas celle de l'autre. Par exemple, des arguments de conception intelligents sont souvent utilisés contre l'évolution darwinienne, alors que la téléologie n'est pas affectée par les questions relatives à la méthode utilisée par le Créateur. Comme le cardinal Joseph Ratzinger (futur pape Benoît XVI) a déclaré à propos du récit de la création dans Genèse 2:

L'histoire du limon de la terre et du souffle de Dieu, que nous venons d'entendre, n'explique en réalité pas comment les personnes humaines ont été créées, mais plutôt ce qu'elles sont. Il explique leur origine la plus profonde et met en lumière le projet qu’ils sont. Inversement, la théorie de l'évolution cherche à comprendre et à décrire les développements biologiques. Mais, ce faisant, il ne peut pas expliquer d’où vient le « projet » des personnes humaines, ni leur origine intérieure ni leur nature particulière. Dans cette mesure, nous sommes confrontés ici à deux réalités complémentaires, plutôt que mutuellement exclusives.  (traduction de “In the Beginning: A Catholic Understanding of the Story of Creation and the Fall” (Eerdmans, 1995), 50).

En outre, bien que certains arguments de dessein intelligents soient parfois à la merci de statistiques interprétatives et ouverts aux répliques levées contre le fameux argument de « l'horloger » de William Paley, les arguments téléologiques (qui sont philosophiques et non scientifiques ou mathématiques) ne sont pas aussi vulnérables.

L'erreur de Richard Dawkins

Ainsi, quand quelqu'un comme Richard Dawkins fait des affirmations telles que « l'argument téléologique, parfois appelé l'argument du dessein… est l’argument de « l’horloger » bien connu, qui est sûrement l’un des plus mauvais arguments superficiels jamais découverts », alors il confond deux arguments complètement différents.

Nulle part ailleurs, la précision du langage n'est plus nécessaire que pour plaider en faveur de l'existence de Dieu. De petites erreurs de langage et de logique au début d’un argument peuvent non seulement entraîner la perte d’un argument, mais aussi de la foi.

Dans le troisième et dernier segment de cette série, nous verrons en quoi la confusion entourant des affirmations éthiques pourrait affaiblir des arguments autrement forts invoqués en faveur de l’existence de Dieu en partant de la moralité.


Cet article est une traduction française personnelle de l’article « Clarifying Arguments for God, Part Two: Design and Ultimate Ends » de Douglas M. Beaumont pour Catholic Answers.

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