La puissance de la « lectio divina »
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| James Tissot, Jésus enseigne dans les synagogues (1886) |
En effet, écouter ensemble la Parole de Dieu, pratiquer la lectio divina de la Bible, se laisser surprendre par la nouveauté, qui jamais ne vieillit ou ne s’épuise, de la Parole de Dieu, dépasser notre surdité par ces paroles qui ne s’accordent pas avec nos opinions et nos préjugés, écouter et étudier dans la communion avec les croyants de tous les temps : tout cela constitue un chemin à parcourir pour atteindre l’unité de la foi, en tant que réponse à l’écoute de la Parole.
En particulier, Benoît fait appel aux séminaristes pour développer cette relation avec l'Écriture, par l'intermédiaire de la lectio divina, comme préparation à la prêtrise:
Les aspirants au sacerdoce ministériel sont appelés à une profonde relation personnelle avec la Parole de Dieu, en particulier dans la lectio divina, pour que leur vocation elle-même se nourrisse de cette relation: c’est dans la lumière et dans la force de la Parole de Dieu que chacun peut découvrir, comprendre, aimer et suivre sa vocation propre et accomplir sa mission, faisant grandir dans le cœur les pensées de Dieu, de sorte que la foi, en tant que réponse à la Parole, devienne le nouveau critère de jugement et d’évaluation des hommes et des choses, des événements et des problèmes.
Alors, qu’est-ce que la lectio divina? Littéralement, cela signifie « Divine lecture » et elle se réfère à la façon dont les moines ont médité l'Écriture pendant des siècles. Il y a cinq étapes de base, dans lequel nous répondons à quatre questions, puis nous nous décidons à agir à partir de ces réponses:
Étape 1: Lectio (Qu'est-ce que le texte biblique dit en lui-même?)
Elle s’ouvre par la lecture (lectio) du texte qui provoque une question portant sur la connaissance authentique de son contenu : que dit en soi le texte biblique ? Sans cette étape, le texte risquerait de devenir seulement un prétexte pour ne jamais sortir de nos pensées.
Souvent, nous avons tellement hâte d'arriver à la deuxième étape, qui est de déterminer ce que le passage signifie pour nous (ou ce que cela signifie selon nous), que nous ne prenons pas assez le temps de nous concentrer sur ce que signifie réellement le passage en lui-même.
Là est le problème avec l’utilisation de certains passages comme des « textes-preuves » : une certaine question est au centre de nos préoccupations et nous scrutons les Écritures à la recherche de soutien. Cette approche risque de réduire la Parole de Dieu à un outil dans notre arsenal pour nos plans personnels, nous élevant au détriment de la révélation divine.
Alors, la première chose est : quel est le sens initial de ce passage? C’est seulement une fois que nous avons répondu à cela que nous sommes prêts pour la prochaine étape:
Étape 2: Meditatio (Qu'est-ce que le texte biblique nous dit?)
S’en suit la méditation (meditatio) qui pose la question suivante : que nous dit le texte biblique ? Ici, chacun personnellement, mais aussi en tant que réalité communautaire, doit se laisser toucher et remettre en question.
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| Heinrich Hofmann, le Christ parmi les enseignants (1897) |
Gardez à l'esprit que quand Dieu parle à chacun de nous par l'Écriture, il ne nous traite pas de façon atomistique. Le Corps du Christ « n'est pas un seul membre, mais il est formé de plusieurs » (1 Co 12, 14) et « si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui; si un membre est honoré, tous les membres s'en réjouissent avec lui »(1 Co 12, 26). Donc, Dieu vient à nous à travers Sa parole en tant que membres de l'Église, Corps du Christ, que Benoît nous rappelle être « la maison de la Parole ».
Ceci a des implications sur la façon dont nous comprenons la liturgie. Benoît XVI nous rappelle que « la liturgie est le lieu privilégié où Dieu nous parle dans notre vie actuelle, où il parle aujourd’hui à son peuple qui écoute et qui répond. Chaque action liturgique est par nature nourrie par les Saintes Écritures». Alors, pour le chrétien, « l’herméneutique de la foi basée sur les Saintes Écritures, doit toujours avoir comme point de référence la liturgie, où la Parole de Dieu est célébrée comme une parole actuelle et vivante : « Ainsi, dans la liturgie, l’Église suit fidèlement la manière de lire et d’interpréter l’Écriture qui fut celle du Christ, lui qui, depuis l’ ‘aujourd’hui’ de sa venue, exhorte à scruter attentivement toutes les Écritures »
Étape 3: Oratio (Que disons-nous au Seigneur en réponse à Sa parole?)
L’on arrive ainsi à la prière (oratio) qui suppose cette autre demande : que disons-nous au Seigneur en réponse à sa parole ? La prière comme requête, intercession, action de grâce et louange, est la première manière par laquelle la Parole nous transforme
La parole de Dieu exige une réponse et cette réponse commence par la prière. Au paragraphe 86, Benoît cite cette phrase venant de l'Exposition des Psaumes de Saint-Augustin: «Ta prière est ta parole adressée à Dieu. Quand tu lis, c’est Dieu qui te parle ; quand tu pries, c’est toi qui parles avec Dieu ».
Étape 4: Contemplatio (Quelle conversion de l'esprit, de cœur et de vie le Seigneur nous demande)
Enfin, la lectio divina se termine par la contemplation (contemplatio), au cours de laquelle nous adoptons, comme don de Dieu, le même regard que Lui pour juger la réalité, et nous nous demandons : quelle conversion de l’esprit, du cœur et de la vie le Seigneur nous demande-t-il ? Saint Paul, dans la Lettre aux Romains affirme : « Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait » (Rm 12, 2). La contemplation, en effet, tend à créer en nous une vision sapientielle de la réalité, conforme à Dieu, et à former en nous « la pensée du Christ » (1 Co 2, 16). La Parole de Dieu se présente ici comme un critère de discernement : « elle est vivante, (…) énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants ; elle pénètre au plus profond de l’âme, jusqu’aux jointures et jusqu’aux moelles ; elle juge des intentions et des pensées du cœur » (He 4, 12)
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| Alphonse Legros, La Vocation de saint François (1861) |
Saint François d'Assise a été inspiré pour commencer sa vie de mendiant et a finalement fondé l'Ordre franciscain, après avoir entendu une homélie sur Matthieu 10, 7-19. De même, saint Augustin a raconté la conversion radicale qu’il a subie après avoir lu Romains 13, 13-14, tandis que saint Antoine a été converti après avoir lu Matthieu 19, 21.
Lorsque saint Antoine a entendu « va, vends tout ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel; viens et suis-moi », il ne l'a pas simplement pris comme quelque chose de généralement adressé à lui. Il l’a plutôt saisi comme un appel spécifique pour aller vivre une vie monastique dans le désert. Probablement que vous n’aurez pas cette incitation par la lectio divina (même si cela est sûrement possible). Mais pour savoir ce que Dieu a comme plan pour vous, vous devriez l'écouter attentivement, avec l’oreille tendue vers les changements qui doivent être faits dans votre vie.
Étape 5: Actio (Vivre la Lectio divina)
Il est bon, ensuite, de rappeler que la lectio divina ne s’achève pas comme dynamique tant qu’elle ne débouche pas dans l’action (actio), qui porte l’existence croyante à se faire don pour les autres dans la charité.
Une fois que vous savez ce que Dieu vous invite à faire, la prochaine étape est simple: le faire.
Conclusion
Si tous les chrétiens entreprenaient la lecture priante de l'Écriture de cette façon, les blessures de la Réforme auraient presque certainement commencé à guérir. Il y a quelques raisons à cela.
- Tout d'abord, les différends sur l'Écriture seraient ancrés dans le sens original du texte. La première étape, la lectio, assure cela. Mais certainement, cela limite le potentiel de la perversion textuelle ou des « textes-preuves ».
- Deuxièmement, parce que l'Écriture ne serait plus considérée comme quelque chose qui peut être, d'une certaine manière, contraire à l'Église ou à la Liturgie. L’Écriture assume la norme qu'il sera lue liturgiquement (Apocalypse 1, 3). Jésus est le modèle de la démarche, interprétant l’Écriture dans un contexte liturgique dans la synagogue (voir par exemple Luc 4, 16-21).
- Enfin, parce qu'il n'y aurait davantage de saints. En nous rapprochant du Christ, nous ne pouvons pas nous empêcher de nous rapprocher les uns des autres, tout comme les rayons se rapprochent lorsqu’ils s’approchent du moyeu.
Cet article est une traduction personnelle de l’article «The Awesome Power of the Five-Step “Lectio Divina” Method to Scripture» de Joe Heschmeyer.
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