Dans l’Église catholique, la grande majorité des fidèles ont reçu le baptême quelques semaines après leur naissance, bien avant de pouvoir prononcer le moindre mot. Cette pratique, familière aux catholiques comme aux orthodoxes, est pourtant contestée par une partie du monde évangélique, notamment par les Églises baptistes et de nombreuses communautés pentecôtistes. Pour ces chrétiens, le baptême ne devrait être donné qu’à celui qui a d’abord confessé personnellement sa foi. Baptiser un nourrisson reviendrait alors à lui imposer une foi qu’il n’a pas choisie, et même à vider le sacrement de son sens.

L’objection mérite d’être prise au sérieux. Il est vrai qu’aucun verset de la Bible ne dit en toutes lettres : « Baptisez les nouveau-nés. » Mais il est tout aussi vrai qu’aucun verset ne l’interdit, et que l’on ne trouve nulle part dans le Nouveau Testament un enfant de parents chrétiens qui aurait attendu l’âge adulte pour être baptisé. L’Écriture contient en revanche de nombreux éléments qui, lus ensemble et à la lumière de la Tradition vivante de l’Église, rendent le baptême des enfants non seulement légitime, mais profondément cohérent avec l’Évangile.

Le but de cet article est de parcourir ces passages bibliques, de voir ensuite comment les premiers chrétiens les ont compris, puis de répondre à quelques objections que l’on entend souvent aujourd’hui, y compris chez des parents catholiques qui hésitent à faire baptiser leurs enfants.

Une question qui touche à la nature même du baptême

Avant d’ouvrir la Bible, il faut remarquer une chose essentielle : le débat sur le baptême des enfants est d’abord un débat sur ce qu’est le baptême. Si le baptême n’est qu’un témoignage public par lequel un croyant annonce qu’il a déjà été sauvé, alors il est logique de le réserver à ceux qui sont capables de faire cette déclaration. Mais si le baptême est d’abord une œuvre de Dieu, un don par lequel il fait renaître, purifie du péché et unit au Christ, alors la question change complètement. Il ne s’agit plus de savoir si l’enfant peut faire quelque chose pour Dieu, mais si Dieu peut faire quelque chose pour l’enfant.

Or l’Écriture présente justement le baptême comme une action divine bien plus que comme un geste humain.

Une nouvelle naissance

Dans son dialogue nocturne avec Nicodème, Jésus parle du baptême comme d’une naissance : « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. » (Jn 3, 5). Personne ne choisit de naître. La naissance est, par excellence, une réalité que l’on reçoit. On ne demande pas à un bébé son consentement pour venir au monde, et pourtant la vie qu’il reçoit est le plus grand des dons.

Saint Paul tient le même langage dans la lettre à Tite : « il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa miséricorde. Par le bain du baptême, il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint. » (Tt 3, 5). Le sujet de toutes ces phrases, c’est Dieu. C’est lui qui sauve, lui qui fait renaître, lui qui renouvelle. Le baptême n’est pas d’abord la réponse de l’homme, mais l’initiative de Dieu.

Une union à la mort et à la résurrection du Christ

Dans la lettre aux Romains, Paul explique que le baptême nous plonge dans le mystère pascal : « Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts. » (Rm 6, 3-4).

Ici encore, le baptisé est celui qui est saisi par la Pâque du Seigneur. Il ne se donne pas à lui-même la vie nouvelle : il la reçoit du Christ ressuscité. Rien dans ce mystère ne suppose que celui qui le reçoit doive d’abord atteindre un certain âge.

Un remède au péché originel

Le baptême efface aussi le péché. Or les enfants, eux aussi, sont concernés par la blessure que la faute des origines a infligée à toute l’humanité. Saint Paul l’enseigne clairement : « par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et [...] par le péché est venue la mort ; et ainsi, la mort est passée en tous les hommes, étant donné que tous ont péché. » (Rm 5, 12). Le psalmiste le reconnaissait déjà dans le Miserere : « Moi, je suis né dans la faute, j’étais pécheur dès le sein de ma mère. » (Ps 50, 7).

Il faut bien comprendre ce que l’Église entend par là. Le péché originel n’est pas une faute personnelle que le nourrisson aurait commise. Le Catéchisme de l’Église catholique précise qu’il s’agit d’un péché « contracté » et non « commis », d’un état et non d’un acte : la privation de la sainteté et de la justice originelles, transmise avec la nature humaine elle-même. C’est pourquoi le Catéchisme enseigne que les enfants, naissant avec une nature humaine blessée, ont eux aussi besoin de la nouvelle naissance du baptême pour être libérés du pouvoir des ténèbres et devenir enfants de Dieu. Il ajoute cette phrase magnifique : « La pure gratuité de la grâce du salut est particulièrement manifeste dans le Baptême des enfants. »

En effet, si le salut était d’abord une conquête humaine, il faudrait attendre que l’enfant soit capable de faire ses preuves. Mais parce que le salut est grâce, le nourrisson qui ne peut rien offrir en retour devient l’image la plus parfaite de ce que nous sommes tous devant Dieu : des êtres qui reçoivent tout. Comme l’écrit saint Jean, « Quant à nous, nous aimons parce que Dieu lui-même nous a aimés le premier. » (1 Jn 4, 19). Le baptême d’un enfant proclame que Dieu nous aime avant que nous soyons capables de l’aimer.

La circoncision et le baptême : deux signes d’alliance

L’enfant inclus dans l’alliance avec Abraham

Lorsque Dieu conclut son alliance avec Abraham, il en donne un signe concret : « Et voici l’alliance qui sera observée entre moi et vous, c’est-à-dire toi et ta descendance après toi : tous vos enfants mâles seront circoncis. » (Gn 17, 10). Il en précise aussi le moment : « À chaque génération, tous vos enfants mâles âgés de huit jours seront circoncis » (Gn 17, 12).

Dans l’Ancien Testament, l’enfant n’attendait donc pas d’être assez grand pour comprendre l’alliance afin d’y entrer. Il y était introduit au huitième jour, par la foi et l’obéissance de ses parents. Il apprendrait ensuite, au fil de son éducation, à connaître le Dieu qui l’avait déjà fait entrer dans son peuple. Personne en Israël n’aurait trouvé étrange qu’un nourrisson porte le signe de l’alliance sans l’avoir demandé.

« La circoncision qui vient du Christ »

Saint Paul établit explicitement un lien entre ce rite ancien et le baptême chrétien. Écrivant aux Colossiens, il affirme : « En lui, vous avez reçu une circoncision qui n’est pas celle que pratiquent les hommes, mais celle qui réalise l’entier dépouillement de votre corps de chair ; telle est la circoncision qui vient du Christ. Dans le baptême, vous avez été mis au tombeau avec lui et vous êtes ressuscités avec lui par la foi en la force de Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts. » (Col 2, 11-12).

Pour l’Apôtre, le baptême est la « circoncision du Christ », c’est-à-dire le rite d’entrée dans la nouvelle Alliance, qui accomplit et dépasse le signe de l’ancienne. Or, si l’ancienne Alliance accueillait les nourrissons, il serait étrange que la nouvelle, que l’Écriture présente partout comme plus large et plus généreuse, ouverte aux païens comme aux Juifs, aux femmes comme aux hommes, soit plus restrictive envers les enfants. Le Christ n’est pas venu fermer aux tout-petits une porte que Dieu leur avait ouverte depuis Abraham.

Il faut évidemment respecter les différences entre les deux rites. La circoncision ne concernait que les garçons, tandis que le baptême est donné à tous ; la circoncision était un signe, alors que le baptême réalise ce qu’il signifie. L’analogie n’est donc pas une identité. Mais elle met en lumière un principe que la nouvelle Alliance n’a jamais aboli : l’entrée dans le peuple de Dieu n’attend pas l’âge adulte.

Le silence éloquent du Nouveau Testament

On sait combien la question de la circoncision a agité la première génération chrétienne. Le livre des Actes des Apôtres (Ac 15) et la lettre aux Galates témoignent de débats très vifs à ce sujet. Or on ne trouve nulle part la trace d’une protestation de parents juifs devenus chrétiens se plaignant que leurs enfants soient désormais exclus de l’Alliance jusqu’à leur majorité. Pour des croyants habitués depuis des siècles à voir leurs fils entrer dans l’Alliance au huitième jour, un tel changement aurait été considérable et aurait certainement provoqué une controverse. Son absence totale laisse penser que les enfants n’ont jamais été tenus à l’écart du baptême.

« La promesse est pour vous et pour vos enfants »

Le jour de la Pentecôte, après le premier discours de Pierre, la foule bouleversée demande ce qu’elle doit faire. L’Apôtre répond : « Convertissez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés ; vous recevrez alors le don du Saint-Esprit. Car la promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin, aussi nombreux que le Seigneur notre Dieu les appellera. » (Ac 2, 38-39).

Ce passage est souvent invoqué contre le baptême des enfants, puisqu’il demande la conversion avant le baptême. Mais il faut lire la phrase jusqu’au bout. Pierre s’adresse à des adultes qui entendent l’Évangile pour la première fois : il est normal qu’ils doivent se convertir et croire avant d’être baptisés, et l’Église procède toujours ainsi aujourd’hui avec les adultes qui demandent le baptême. Mais l’Apôtre ajoute aussitôt que la promesse s’étend à leurs enfants. Pour des auditeurs juifs, cette formule faisait immédiatement écho à l’alliance conclue avec Abraham, « toi et ta descendance après toi » (Gn 17, 10). Le mot grec employé par Pierre désigne les enfants de tout âge, et rien n’indique qu’il ait voulu en exclure les plus petits.

Des conditions pensées pour des adultes

On rencontre la même logique dans la finale de l’Évangile selon saint Marc : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné. » (Mc 16, 16). Ce texte décrit la situation d’adultes à qui l’Évangile est annoncé et qui doivent y répondre. Si on l’appliquait mécaniquement aux nourrissons, on aboutirait à une conclusion absurde : puisqu’ils ne peuvent pas encore croire, tous les tout-petits seraient condamnés. D’ailleurs, le verset ne condamne pas celui qui ne peut pas encore croire, mais celui qui refuse de croire, ce qui n’est évidemment pas le cas d’un bébé.

Saint Paul formule ailleurs une règle de bon sens : celui qui ne veut pas travailler ne doit pas manger non plus (2 Th 3, 10). Personne n’en déduit qu’il faut priver de nourriture les nouveau-nés parce qu’ils ne travaillent pas ! Une exigence formulée pour des adultes ne s’applique pas telle quelle à ceux qui n’ont pas encore l’âge de raison.

Le baptême de « maisons » entières

À plusieurs reprises, le Nouveau Testament rapporte que des familles entières ont été baptisées. Le mot grec utilisé, oikos, que l’on traduit par « maison », désignait dans l’Antiquité l’ensemble du foyer : le père et la mère, les enfants de tous âges, parfois aussi les serviteurs et les proches qui vivaient sous le même toit.

Cette manière de voir la famille comme une unité devant Dieu est profondément biblique. C’est avec toute sa maisonnée que Noé est entré dans l’arche, c’est toute sa maison qu’Abraham a fait circoncire, et c’est par maison que l’agneau pascal devait être immolé lors de la sortie d’Égypte (Ex 12, 3). Les premiers chrétiens, presque tous issus du judaïsme, pensaient spontanément dans ces catégories.

Lydie, la marchande de pourpre

À Philippes, une femme nommée Lydie écoute la prédication de Paul. Le texte précise : « Quand elle fut baptisée, elle et tous les gens de sa maison, elle nous adressa cette invitation : “Si vous avez reconnu ma foi au Seigneur, venez donc dans ma maison pour y demeurer.” » (Ac 16, 15). Remarquons que seule la foi de Lydie est mentionnée, et c’est pourtant toute sa maison qui reçoit le baptême.

Le geôlier de Philippes

Quelques versets plus loin, le gardien de la prison où Paul et Silas sont enfermés demande ce qu’il doit faire pour être sauvé. Ils lui répondent : « Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé, toi et toute ta maison. » (Ac 16, 31). Et le récit poursuit : « À l’heure même, en pleine nuit, le geôlier les emmena pour laver leurs plaies. Aussitôt, il reçut le baptême avec tous les siens. » (Ac 16, 33). Encore une fois, la foi du chef de famille ouvre à toute la maisonnée l’accès au baptême, sans délai et sans qu’on fasse d’exception.

Corneille, Crispus et Stéphanas

Le centurion Corneille, premier païen baptisé, avait reçu d’un ange la promesse que Pierre lui adresserait « des paroles par lesquelles tu seras sauvé, toi et toute ta maison » (Ac 11, 14). À Corinthe, « Crispus, chef de synagogue, crut au Seigneur, avec toute sa maison » (Ac 18, 8). Saint Paul lui-même rappelle aux Corinthiens : « En fait, j’ai aussi baptisé Stéphanas et les gens de sa maison » (1 Co 1, 16).

Que peut-on en conclure ?

Il faut rester honnête : ces textes ne précisent pas l’âge des membres de ces familles, et l’on ne peut pas démontrer de façon certaine que de jeunes enfants s’y trouvaient. Mais à une époque où les familles étaient nombreuses et la natalité élevée, il serait bien surprenant qu’aucune de ces cinq maisonnées ne compte de petits enfants. Et surtout, aucun de ces récits ne dit : « toute sa maison, à l’exception des enfants ». C’est exactement la position prudente du Catéchisme de l’Église catholique, qui renvoie précisément à ces passages pour affirmer qu’il est bien possible que, dès le début de la prédication apostolique, on ait aussi baptisé les enfants lorsque des maisons entières recevaient le baptême.

« Laissez les enfants venir à moi »

Les trois Évangiles synoptiques rapportent une scène touchante. Saint Matthieu la raconte ainsi : « Ensuite, on présenta des enfants à Jésus pour qu’il leur impose les mains en priant. Mais les disciples les écartèrent vivement. Jésus leur dit : “Laissez les enfants, ne les empêchez pas de venir à moi, car le royaume des Cieux est à ceux qui leur ressemblent.” » (Mt 19, 13-14).

Saint Luc apporte une précision importante : « Des gens présentaient à Jésus même les nourrissons, afin qu’il pose la main sur eux. » (Lc 18, 15). Le mot grec utilisé, brephos, désigne un tout-petit, un bébé. C’est le même mot que Luc emploie pour Jésus couché dans la mangeoire à Bethléem. Ces enfants ne pouvaient ni professer leur foi ni comprendre ce qui se passait. Pourtant, Jésus les accueille, leur impose les mains, les bénit et déclare que le Royaume leur appartient. Saint Marc ajoute même que Jésus « se fâcha » contre les disciples qui voulaient les écarter (Mc 10, 14).

Ce passage ne parle pas directement du baptême. Il montre toutefois que le très jeune âge n’est pas un obstacle pour recevoir la grâce du Christ. Bien au contraire, l’enfant devient le modèle de celui qui accueille le Royaume : « Amen, je vous le dis : celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas. » (Mc 10, 15). Ce n’est donc pas un hasard si le Catéchisme de l’Église catholique cite précisément cette parole de Jésus lorsqu’il parle du baptême des enfants. Refuser le baptême aux tout-petits sous prétexte qu’ils ne comprennent pas encore, n’est-ce pas reproduire le geste des disciples que Jésus a lui-même corrigé ?

Un enfant peut être rempli de l’Esprit Saint

L’Évangile selon saint Luc nous donne un autre indice précieux. L’ange Gabriel annonce à Zacharie que son fils, Jean le Baptiste, « sera rempli d’Esprit Saint dès le ventre de sa mère » (Lc 1, 15). Si Dieu peut remplir de son Esprit un enfant qui n’est même pas encore né, c’est bien la preuve que la capacité de recevoir la grâce ne dépend pas de la maturité intellectuelle. L’action de Dieu précède la compréhension humaine.

Des enfants « sanctifiés »

Saint Paul, enfin, considère que les enfants des croyants appartiennent déjà au peuple saint. Parlant des foyers où un seul des époux est chrétien, il écrit : « Autrement, vos enfants ne seraient pas purifiés, et en fait ils sont sanctifiés. » (1 Co 7, 14). Ce verset ne traite pas directement du baptême, mais il montre que, pour l’Apôtre, les enfants des familles chrétiennes ne se trouvent pas en dehors du peuple de Dieu en attendant d’avoir l’âge de décider.

La foi des uns au service des autres

L’objection la plus sérieuse contre le baptême des enfants est la suivante : le baptême est le sacrement de la foi ; or un nourrisson ne peut pas croire ; donc il ne peut pas être baptisé. Pour y répondre, il faut d’abord remarquer que, dans l’Évangile, Jésus accorde souvent sa grâce à quelqu’un en raison de la foi d’un autre.

La Cananéenne et sa fille

Une femme païenne vient supplier Jésus : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. » (Mt 15, 22). Après l’avoir mise à l’épreuve, Jésus lui répond : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » Et l’évangéliste conclut : « Et, à l’heure même, sa fille fut guérie. » (Mt 15, 28). La fille n’a rien demandé ; c’est la foi de sa mère qui lui obtient la délivrance.

Le paralysé descendu par le toit

Plus frappant encore est l’épisode du paralysé de Capharnaüm. « Arrivent des gens qui lui amènent un paralysé, porté par quatre hommes. » Ne pouvant approcher à cause de la foule, ils découvrent le toit et descendent le brancard devant Jésus. Le texte poursuit : « Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : “Mon enfant, tes péchés sont pardonnés.” » (Mc 2, 3-5).

Il ne s’agit pas ici d’une simple guérison physique, mais du pardon des péchés, accordé au paralysé en considération de la foi de ceux qui l’ont porté. C’est une très belle image de ce qui se passe au baptême d’un enfant : les parents, le parrain, la marraine et toute la communauté portent le petit jusqu’au Christ, et le Seigneur, voyant leur foi, lui accorde le pardon et la vie nouvelle.

Baptisé dans la foi de l’Église

C’est exactement ce qu’enseigne l’Église. Le Catéchisme affirme que « le Baptême est le sacrement de la foi », mais il précise aussitôt que la foi a besoin de la communauté des croyants : « Ce n’est que dans la foi de l’Église que chacun des fidèles peut croire. » Personne, même adulte, ne croit tout seul. Nous recevons tous la foi de l’Église, qui nous la transmet avant que nous puissions la professer à notre tour.

L’enfant n’est donc jamais baptisé sans la foi. Comme l’a rappelé la Congrégation pour la doctrine de la foi dans son instruction Pastoralis actio (1980), consacrée au baptême des petits enfants, le baptême n’est jamais administré sans la foi : pour les enfants, il s’agit de la foi de l’Église. Lors de la célébration, ce sont d’ailleurs les parents, le parrain et la marraine qui renoncent au mal et professent la foi au nom de l’enfant, et toute l’assemblée s’unit à cette profession.

Le concile de Trente avait déjà condamné l’idée, défendue par les anabaptistes du XVIe siècle, selon laquelle il vaudrait mieux omettre le baptême des enfants plutôt que de les baptiser dans la seule foi de l’Église. Le Catéchisme ajoute enfin que, chez tous les baptisés, enfants ou adultes, la foi doit croître après le baptême. La foi de l’Église qui porte l’enfant au jour de son baptême est appelée à devenir, au fil des années, sa propre foi personnelle.

Le témoignage des premiers chrétiens

L’Écriture n’a jamais été lue en dehors de l’Église qui l’a transmise. Pour savoir comment les passages que nous venons de voir ont été compris, il est précieux d’écouter les chrétiens des premiers siècles, dont certains avaient connu les disciples des apôtres. Le Catéchisme résume leur témoignage en affirmant que la pratique de baptiser les petits enfants est « une tradition immémoriale de l’Église », attestée explicitement depuis le deuxième siècle.

Saint Polycarpe et saint Justin

Saint Polycarpe, évêque de Smyrne et disciple de l’apôtre Jean, fut martyrisé vers l’an 155. Devant le proconsul qui le pressait de renier le Christ, il déclara qu’il servait le Seigneur depuis quatre-vingt-six ans. Cette parole laisse entendre qu’il avait été baptisé dans sa toute petite enfance, au temps même des apôtres.

Vers l’an 150, saint Justin, philosophe et martyr, écrit dans sa première Apologie qu’il existe parmi les chrétiens de nombreux hommes et femmes de soixante ou soixante-dix ans qui sont devenus disciples du Christ dès leur enfance. Ces chrétiens avaient donc été intégrés à l’Église à la fin du premier siècle, alors que certains apôtres vivaient encore.

Saint Irénée de Lyon

Vers l’an 180, saint Irénée, évêque de Lyon et disciple de Polycarpe, explique dans son grand ouvrage Contre les hérésies que le Christ est venu sauver tous ceux qui, par lui, renaissent en Dieu : les nourrissons, les petits enfants, les jeunes gens, les adultes et les vieillards. Or, chez Irénée, l’expression « renaître en Dieu » désigne le baptême. Il considère donc comme allant de soi la présence des tout-petits parmi les baptisés.

La Tradition apostolique

Au début du IIIe siècle, un précieux document liturgique, la Tradition apostolique, traditionnellement attribuée à saint Hippolyte de Rome, décrit le déroulement du baptême. On y lit cette consigne : « On baptisera en premier lieu les enfants ; tous ceux qui peuvent parler pour eux-mêmes parleront. » Le texte précise ensuite que, pour ceux qui ne peuvent pas encore parler, ce sont leurs parents ou quelqu’un de leur famille qui répondront à leur place. Nous avons là une description très concrète de ce que l’Église pratique encore aujourd’hui.

Tertullien, un témoin malgré lui

Vers l’an 200, l’écrivain africain Tertullien, dans son traité Sur le baptême, conseille de retarder le baptême des petits enfants, en partie parce qu’il craint les péchés commis après le baptême et la lourde responsabilité qui pèse sur les parrains. Son avis, qui ne fut pas suivi, prouve en réalité que la pratique existait bel et bien et qu’elle était courante. Il est d’ailleurs significatif que Tertullien, pourtant polémiste redoutable, ne la présente jamais comme une nouveauté contraire à la tradition des apôtres. Il exprime une préférence pastorale personnelle, non une règle de l’Église.

Origène et saint Cyprien

Au milieu du IIIe siècle, Origène, le grand théologien d’Alexandrie qui avait voyagé dans de nombreuses Églises de l’Orient et jusqu’à Rome, affirme dans son Commentaire sur l’épître aux Romains que l’Église a reçu des apôtres la tradition de donner le baptême aux petits enfants.

À la même époque, vers l’an 253, un concile réuni à Carthage autour de saint Cyprien examine une question posée par un évêque nommé Fidus. Celui-ci se demandait s’il fallait attendre le huitième jour après la naissance pour baptiser un enfant, comme on le faisait autrefois pour la circoncision. Les soixante-six évêques présents répondirent unanimement qu’il ne fallait pas attendre, car on ne doit refuser la miséricorde et la grâce de Dieu à aucun être humain qui vient à l’existence. Le débat portait donc non pas sur la légitimité du baptême des enfants, que personne ne contestait, mais seulement sur la question de savoir s’il fallait attendre une semaine !

Saint Augustin et la crise pélagienne

Au début du Ve siècle, le moine Pélage et ses disciples niaient l’existence du péché originel. Saint Augustin leur opposa justement la pratique universelle de l’Église : si les petits enfants n’ont aucun péché, pourquoi l’Église les baptise-t-elle pour la rémission des péchés ? Ce qui est remarquable, c’est que les pélagiens eux-mêmes ne contestaient pas le baptême des enfants, tant il était solidement établi. Pour Augustin, les petits enfants sont présentés pour recevoir la grâce spirituelle. En 418, le concile de Carthage condamna ceux qui niaient que l’on doive baptiser les petits enfants récemment sortis du sein de leur mère.

Une contestation tardive

Pendant quinze siècles, en Orient comme en Occident, l’Église a baptisé les enfants sans que la légitimité de cette pratique soit sérieusement remise en question. Le refus systématique du baptême des enfants n’apparaît qu’au XVIe siècle, avec les anabaptistes, dont les premiers « rebaptêmes » d’adultes eurent lieu à Zurich en 1525, puis avec les baptistes au début du XVIIe siècle. Il est intéressant de noter que les grands réformateurs protestants, comme Luther et Calvin, ont conservé le baptême des enfants. Les Églises orthodoxes et les antiques Églises orientales le pratiquent également depuis toujours.

Le concile de Trente a solennellement réaffirmé la doctrine catholique face à ces contestations. Le baptême des enfants n’est donc pas une invention tardive de l’Église catholique, mais l’héritage commun de l’immense majorité des chrétiens depuis les origines.

Le baptême des enfants et la Confirmation

On entend parfois dire que la Confirmation serait le moment où le jeune, devenu capable de choisir, « confirme » personnellement le baptême que ses parents ont demandé pour lui. Cette manière de présenter les choses contient une part de vérité, mais elle doit être précisée pour rester fidèle à l’enseignement de l’Église.

D’abord, la grâce du baptême est pleinement réelle dès le jour où il est reçu. Le Catéchisme met en garde contre une conception de la Confirmation comme « sacrement de la maturité chrétienne » qui ferait oublier que la grâce baptismale est une grâce d’élection gratuite et imméritée, qui « n’a pas besoin d’une “ratification” pour devenir effective ». L’enfant baptisé est déjà pleinement enfant de Dieu ; il ne l’est pas « à l’essai » en attendant sa propre décision.

Ensuite, la Confirmation n’est pas d’abord un acte de l’homme, mais un don de Dieu : une effusion particulière de l’Esprit Saint qui achève la grâce baptismale, enracine plus profondément dans la filiation divine et unit plus fermement au Christ et à l’Église. Le Catéchisme rappelle que, sans la Confirmation et l’Eucharistie, le baptême est certes valide et efficace, mais l’initiation chrétienne reste inachevée. Dans les Églises orientales, d’ailleurs, les nourrissons reçoivent la chrismation, qui correspond à notre Confirmation, et même l’Eucharistie, au cours de la même célébration que leur baptême. Dans l’Église latine, c’est une coutume vénérable de conférer la Confirmation vers l’âge de raison.

Cela dit, il est vrai que l’adhésion personnelle à la foi est indispensable. Mais elle ne se joue pas en un seul jour : elle se renouvelle tout au long de la vie. Chaque année, lors de la veillée pascale, l’Église invite tous les fidèles à renouveler les promesses de leur baptême. Le baptisé de la petite enfance dit ainsi « oui » au Christ à de multiples reprises : à la catéchèse, lors de sa première communion, de sa Confirmation, de son mariage, et chaque fois qu’il choisit de vivre en disciple.

« Ils choisiront plus tard » : une objection à examiner

Il arrive souvent que des parents, même catholiques, tiennent le raisonnement suivant : « Je ne ferai pas baptiser mes enfants ; ils décideront eux-mêmes plus tard s’ils le désirent. » L’intention est généreuse : on veut respecter la liberté de l’enfant. Mais ce raisonnement repose sur plusieurs malentendus.

Les parents choisissent déjà beaucoup pour leurs enfants

Nous inscrivons nos enfants à l’école sans leur avoir demandé leur avis. Nous leur apprenons notre langue, nous leur donnons un nom, nous choisissons leur alimentation, nous les faisons soigner et vacciner, nous leur transmettons nos valeurs. Personne ne dit : « Je ne lui apprendrai aucune langue, il choisira plus tard celle qu’il préfère. » Les parents agissent ainsi parce qu’ils sont convaincus que ces choses sont bonnes pour leur enfant. Si des parents croient sincèrement que le baptême fait de leur enfant un enfant de Dieu, membre du Corps du Christ, le lui refuser reviendrait à le priver du plus grand des biens. C’est précisément ce que dit le Catéchisme : l’Église et les parents priveraient l’enfant de la grâce inestimable de devenir enfant de Dieu s’ils ne lui conféraient pas le baptême peu après sa naissance.

La neutralité n’existe pas

Un enfant élevé sans baptême et sans foi n’est pas élevé de manière « neutre ». Il grandit dans un monde où Dieu est absent, ce qui constitue aussi un choix, fait par ses parents à sa place. L’instruction Pastoralis actio le dit avec justesse : « il n’existe pas de pure liberté humaine, qui serait exempte de tout conditionnement ». Toute éducation oriente. La question n’est donc pas de savoir si l’on influence son enfant, mais vers quoi on l’oriente.

De plus, l’entrée dans la vie chrétienne n’est pas une servitude, mais un accès à la vraie liberté. Saint Paul l’affirme : « C’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés. » (Ga 5, 1). Faire baptiser son enfant, ce n’est pas l’enchaîner, c’est lui ouvrir la porte de la liberté des enfants de Dieu.

Le baptême est un point de départ

Beaucoup voient le baptême comme une cérémonie que l’on fait une fois et qui est ensuite terminée. Il n’en est rien. Le baptême est une naissance, et toute naissance est un commencement. Le Catéchisme le dit clairement : la préparation au baptême ne mène qu’au seuil de la vie nouvelle, et le baptême est la source d’où jaillit toute la vie chrétienne. Il n’est donc jamais trop tôt pour commencer : l’enfant aura ensuite toute sa vie pour approfondir le don reçu.

Le baptême ressemble à une semence déposée dans une terre. Comme dans la parabole du grain qui pousse tout seul (Mc 4, 26-29), cette semence grandit de jour et de nuit, mais elle a besoin d’être arrosée par la prière, la catéchèse, les sacrements et l’exemple de la famille. C’est pourquoi saint Paul exhorte les parents : « Et vous, les parents, ne poussez pas vos enfants à la colère, mais élevez-les en leur donnant une éducation et des avertissements inspirés par le Seigneur. » (Ep 6, 4).

La liberté de l’enfant demeure

Enfin, le baptême ne supprime pas la liberté de l’enfant. Devenu grand, il pourra accueillir et faire fructifier la grâce reçue, ou malheureusement s’en détourner. Dieu propose, il ne contraint pas. L’instruction Pastoralis actio précise que les parents n’ont pas à se reprocher d’avoir fait baptiser leur enfant si celui-ci, plus tard, rejette les engagements de son baptême.

Mais même dans ce cas, le baptême n’est pas perdu. Il imprime dans l’âme une marque spirituelle indélébile, que l’Église appelle le « caractère » baptismal, et qu’aucun péché ne peut effacer. Comme le fils prodigue de la parabole, qui reste un fils même lorsqu’il quitte la maison de son père, le baptisé qui s’éloigne demeure un enfant de Dieu que le Père attend. Combien de personnes, après des années loin de l’Église, sont revenues à la foi en redécouvrant qu’elles avaient été baptisées !

Une responsabilité pour les parents et pour l’Église

Le baptême des enfants n’est ni un geste magique ni une simple coutume sociale. Il engage sérieusement les parents et toute la communauté chrétienne.

Le Code de droit canonique demande que les parents fassent baptiser leurs enfants « dans les premières semaines » qui suivent la naissance, et qu’ils aillent trouver leur curé au plus tôt, et même avant la naissance, afin de bien s’y préparer. Mais il exige aussi, pour que le baptême soit célébré licitement, « qu’il y ait un espoir fondé que l’enfant sera éduqué dans la religion catholique ». Si cet espoir fait totalement défaut, le baptême est différé et les parents sont informés du motif. L’instruction Pastoralis actio précise qu’un tel délai ne doit jamais être un moyen de pression, mais une étape pédagogique, afin d’aider la famille à grandir dans la foi.

Le parrain et la marraine ont eux aussi un rôle essentiel. Le Catéchisme demande qu’ils soient des croyants solides, capables et prêts à aider le nouveau baptisé sur son chemin de vie chrétienne. Leur tâche est une véritable fonction d’Église, et non un simple titre honorifique. Toute la communauté paroissiale, enfin, porte une part de responsabilité dans la croissance de la grâce reçue au baptême.

En cas de danger de mort

Si un enfant se trouve en danger de mort, il doit être baptisé sans aucun retard. En cas de nécessité, toute personne, même non baptisée, peut baptiser, à condition d’avoir l’intention de faire ce que fait l’Église. Il suffit de verser de l’eau sur la tête de l’enfant en disant : « N., je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. » Il est bon que tous les parents chrétiens connaissent ce geste simple, qui peut donner la vie éternelle.

Et les enfants morts sans baptême ?

Beaucoup de parents ont connu la douleur immense de perdre un enfant avant qu’il ait pu être baptisé. À leur égard, l’Église parle avec beaucoup de délicatesse. Le Catéchisme enseigne qu’elle ne peut que confier ces enfants à la miséricorde de Dieu, comme elle le fait dans le rite des funérailles prévu pour eux. La grande miséricorde de Dieu, qui veut que tous les hommes soient sauvés, et la tendresse de Jésus envers les enfants, qui a dit de les laisser venir à lui, permettent d’espérer qu’il existe pour eux un chemin de salut. La Commission théologique internationale a approfondi cette espérance dans un document publié en 2007 avec l’approbation du pape Benoît XVI.

Cette espérance ne rend pas pour autant le baptême facultatif. Le Catéchisme conclut au contraire que l’appel de l’Église à ne pas empêcher les petits enfants de venir au Christ par le don du baptême n’en est que plus pressant. Car si nous pouvons espérer en la miséricorde de Dieu, nous avons la certitude du don qu’il nous fait par le sacrement qu’il a lui-même institué.

Un don à recevoir avec reconnaissance

Au terme de ce parcours, on voit que, si la Bible ne contient pas d’ordre explicite de baptiser les nouveau-nés, elle offre un ensemble d’indices remarquablement convergents. Le baptême y est présenté comme une nouvelle naissance et une œuvre de Dieu, plutôt que comme une performance humaine. Les enfants étaient inclus dans l’Alliance avec Abraham, dont le baptême est l’accomplissement. Pierre annonce que la promesse est « pour vos enfants ». Des maisons entières sont baptisées sans qu’aucune exception ne soit mentionnée. Jésus accueille et bénit les nourrissons, et il accorde sa grâce en voyant la foi de ceux qui lui amènent les plus faibles.

À cette convergence de l’Écriture s’ajoute le témoignage unanime de la Tradition. Dès le IIe siècle, les chrétiens baptisaient leurs enfants, et ils voyaient dans cette pratique un héritage reçu des apôtres eux-mêmes. Pendant quinze siècles, aucune Église ne l’a sérieusement contestée.

Le baptême des enfants est finalement l’une des plus belles expressions de l’Évangile de la grâce. Avant même que nous puissions dire un mot, faire un geste ou poser un choix, Dieu nous appelle par notre nom, nous adopte comme ses enfants et nous accueille dans sa famille. Toute notre vie chrétienne consiste ensuite à répondre à cet amour qui nous a précédés. Aux parents qui hésitent encore, Jésus redit aujourd’hui la parole qu’il adressait autrefois à ses disciples : « Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas » (Mc 10, 14).