Vatican I
Pape du concile

Contexte historique
Au XIXᵉ siècle, l'Église faisait face au rationalisme, au libéralisme et à la sécularisation croissante de la société. Les États pontificaux étaient menacés par l'unification italienne. Pie IX convoqua le concile pour répondre aux défis intellectuels de l'époque et pour définir les prérogatives du magistère pontifical. Environ 700 évêques y participèrent, mais le concile fut interrompu par la guerre franco-prussienne et la prise de Rome par les troupes italiennes.
Enseignements principaux
- Foi et raison : La constitution Dei Filius affirma que Dieu peut être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison à partir des choses créées (contre l'agnosticisme), mais que la Révélation surnaturelle est nécessaire pour connaître les vérités qui dépassent la raison (contre le rationalisme). Foi et raison ne peuvent se contredire car elles ont la même source divine.
- Infaillibilité pontificale : La constitution Pastor Aeternus définit que le pape, lorsqu'il parle ex cathedra, c'est-à-dire lorsqu'il définit solennellement une doctrine en matière de foi ou de mœurs en tant que pasteur suprême de l'Église, jouit de l'infaillibilité promise par le Christ à son Église. Cette infaillibilité ne signifie pas que le pape est sans péché ni qu'il ne peut se tromper en matière privée.
- Primauté de juridiction : Le concile affirma que le pape possède une juridiction suprême, pleine, immédiate et universelle sur toute l'Église, pas seulement un honneur ou une primauté symbolique.
Textes clés
Constitution dogmatique Pastor Aeternus, chapitre 4 (1870)
Le Pontife romain, lorsqu'il parle ex cathedra, c'est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu'une doctrine en matière de foi ou de mœurs doit être tenue par toute l'Église, jouit, par l'assistance divine qui lui a été promise en la personne du bienheureux Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue son Église lorsqu'elle définit la doctrine sur la foi ou les mœurs ; par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables par elles-mêmes, et non en vertu du consentement de l'Église.
Déroulement du concile
CONSTITUTION DOGMATIQUE SUR LA FOI CATHOLIQUE
DÉCRÉTÉE DANS LA IIIe SESSION DU CONCILE CUMÉNIQUE DU VATICAN.PIE, ÉVÊQUE,
SERVITEUR DES SERVITEURS DE DIEU
Le saint Concile approuvant, en perpétuel souvenir.
Le Fils de Dieu et Rédempteur du genre humain, Notre-Seigneur
Jésus-Christ, sur le point de retourner à son Père
céleste, a promis d'être avec son Église militante
sur la terre, tous les jours, jusqu'à la consommation des
siècles. C'est pourquoi, il n'a cessé jamais en
aucun temps d'être près de son épouse bien-aimée,
de l'assister dans son enseignement, de bénir ses uvres
et de la secourir en ses périls. Or, tandis que cette Providence
salutaire a constamment éclaté par beaucoup d'autres
bienfaits innombrables, elle s'est montrée très-manifestement
par les fruits abondants que l'univers chrétien a retirés
des Conciles, et nommément du Concile de Trente, bien qu'il
ait été célébré en des temps
mauvais. En effet, grâce à cette assistance, les
dogmes très-saints de la religion ont été
définis avec plus de précision et exposés
avec plus de développements, les erreurs condamnées
et arrêtées, la discipline ecclésiastique
rétablie et plus solidement raffermie, le clergé
excité à l'amour de la science et de la piété,
des collèges établis pour préparer les adolescents
à la sainte milice, enfin les murs du peuple chrétien
restaurées par un enseignement plus attentif des fidèles
et par un plus fréquent usage des sacrements. Par là
encore la communion des membres avec le chef visible a été
rendue plus étroite et une nouvelle vigueur a été
apportée à tout le corps mystique du Christ ;
les familles religieuses se sont multipliées ainsi que
d'autres institutions de la piété chrétienne ;
et par là aussi une ardeur constante et assidue s'est montrée,
jusqu'à l'effusion du sang, pour propager au loin dans
l'univers le règne de Jésus-Christ.
Cependant, tout en rappelant, comme il convient à Notre
âme reconnaissante, ces bienfaits insignes et d'autres encore,
que la divine Providence a accordés à l'Église,
surtout par le dernier Concile cuménique, Nous ne
pouvons retenir l'expression de notre douleur amère à
cause des maux très-graves survenus principalement parce
que, chez un grand nombre, on a ou méprisé l'autorité
de ce saint Synode ou négligé ses sages décrets.
En effet, personne n'ignore qu'après avoir rejeté
le divin magistère de l'Église, et les choses de
la religion étant laissées ainsi au jugement privé
de chacun, les hérésies proscrites par les Pères
de Trente se sont divisées peu à peu en sectes multiples,
de telle sorte que, séparées d'opinion et se déchirant
entre elles, plusieurs enfin ont perdu toute foi en Jésus-Christ.
Ainsi elles ont commencé à ne plus tenir pour divine
la sainte Bible elle-même, qu'elle affirmaient autrefois
être la source unique et le seul juge de la doctrine chrétienne,
et même à l'assimiler aux fables mythiques.
C'est alors qu'a pris naissance et que s'est répandue au
loin dans le monde cette doctrine du rationalisme ou du naturalisme
qui, s'attaquant par tous les moyens à la religion chrétienne,
parce qu'elle est une institution surnaturelle, s'efforce avec
une grande ardeur d'établir le règne de ce qu'on
appelle la raison pure et la nature, après avoir arraché
le Christ, notre seul Seigneur et Sauveur, de l'âme humaine,
de la vie et des murs des peuples. Mais la religion chrétienne
étant ainsi laissée et rejetée, Dieu et son
Christ niés, l'esprit d'un grand nombre est tombé
dans l'abîme du panthéisme, du matérialisme
et de l'athéisme, à ce point que, niant la nature
raisonnable elle-même et toute règle du droit et
du juste, ils s'efforcent de détruire les derniers fondements
de la société humaine.
Il est donc arrivé malheureusement que, cette impiété
s'étendant de toutes parts, plusieurs des Fils de l'Église
catholique eux-mêmes sont sortis du chemin de la vraie piété,
et qu'en eux le sens catholique s'est oblitéré par
l'amoindrissement successif des vérités. Car, entraînés
par des doctrines diverses et étrangères, et confondant
à tort la nature et la grâce, la science humaine
et la foi divine, ils finissent par altérer le sens propre
des dogmes que tient et enseigne notre Mère la sainte Église,
et par mettre en péril l'intégrité et la
sincérité de la foi.
En présence de toutes ces calamités, comment se
pourrait-il faire que l'Église ne fût pas émue
jusqu'au fond de ses entrailles ? Car, de même que
Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et qu'ils arrivent
à la connaissance de la vérité, de même
que Jésus-Christ est venu afin de sauver ce qui était
perdu et de rassembler dans l'unité les enfants de Dieu
qui étaient dispersés ; de même l'Église,
établie par Dieu mère et maîtresse des peuples,
sait qu'elle se doit à tous, et elle est toujours disposée
et préparée à relever ceux qui sont tombés,
à soutenir les défaillants, à embrasser ceux
qui reviennent à elle, à confirmer les bons et à
les pousser vers la perfection. C'est pourquoi elle ne peut s'abstenir
en aucun temps d'attester et de prêcher la vérité
de Dieu qui guérit toutes choses, car elle n'ignore pas
que c'est à elle qu'il a été dit : " Mon
Esprit qui est en toi et mes paroles que j'ai posées en
ta bouche ne s'éloigneront jamais de ta bouche, maintenant
et pour l'éternité (Is. LIX, 21). "
C'est pourquoi, persistant à marcher sur les traces de
Nos prédécesseurs, et selon le devoir de Notre charge
apostolique, Nous n'avons jamais cessé d'enseigner et de
défendre la vérité catholique et de réprouver
les doctrines perverses. Mais, à présent, au milieu
des Évêques du monde entier siégeant avec
Nous et jugeant, réunis dans le Saint-Esprit par Notre
autorité en ce synode cuménique, appuyés
sur la parole de Dieu écrite ou transmise par la tradition,
telle que nous l'avons reçue, saintement conservée
et fidèlement exposée par l'Église catholique,
Nous avons résolu de professer et de déclarer, du
haut de cette chaire de Pierre, en face de tous, la doctrine salutaire
de Jésus-Christ en proscrivant et condamnant les erreurs
contraires avec l'autorité qui nous a été
confiée par Dieu.
CHAPITRE Ier.
De Dieu, Créateur de toutes choses.
La sainte Église catholique apostolique romaine croit et
confesse qu'il y a un seul Dieu vrai et vivant, Créateur
et Seigneur du ciel et de la terre, tout-puissant, éternel,
immense, incompréhensible, infini en intelligence et en
volonté et en toute perfection ; qui, étant
une substance spirituelle unique, absolument simple et immuable,
doit être proclamé comme réellement et par
essence distinct du monde, très-heureux en soi et de soi,
et indiciblement élevé au-dessus de tout ce qui
est et peut se concevoir en dehors de lui.
Ce seul vrai Dieu, par sa bonté et sa vertu toute-puissante,
non pas pour augmenter son bonheur, ni pour acquérir sa
perfection, mais pour la manifester par les biens qu'il distribue
aux créatures, et de sa volonté pleinement libre,
a créé de rien, dès le commencement du temps,
l'une et l'autre créature, la spirituelle et la corporelle,
c'est-à-dire l'angélique et celle qui appartient
au monde, et ensuite la créature humaine formée,
comme étant commune, d'un esprit et d'un corps (Conc. De
Latr. IV, c. 1. Firmiter).
Or, Dieu protège et gouverne par sa Providence tout ce
qu'il a créé, atteignant avec force d'une fin à
l'autre et disposant toutes choses avec suavité (Sagesse,
VIII, 1), car, toutes choses sont nues et ouvertes devant ses
yeux (Cf. Hébr. IV, 13), même celles qui doivent
arriver par l'action libre des créatures.
CHAPITRE II.
De la Révélation.
La même sainte Mère Église tient et enseigne
que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être certainement
connu par les lumières naturelles de la raison humaine,
au moyen des choses créées (Rom. 1, 20) ; " car
les choses invisibles de Dieu sont aperçues au moyen de
la création du monde et comprises à l'aide des choses
créées. " Cependant il a plu à
la sagesse et à la bonté de Dieu de se révéler
lui-même à nous et de nous révéler
les décrets éternels de sa volonté par une
autre voie surnaturelle, selon ce que dit l'Apôtre :
" Dieu, qui a parlé à nos pères
par les Prophètes plusieurs fois et de plusieurs manières,
nous a parlé en ces derniers temps et de nos jours par
son Fils. (Hébr. I, 1,2). "
C'est bien à cette révélation divine que
l'on doit que tous les hommes puissent promptement connaître,
même dans l'état présent du genre humain,
d'une certitude incontestable et sans aucun mélange d'erreur,
celles des choses divines qui ne sont pas de soi inaccessibles
à la raison humaine. Cependant, ce n'est pas à cause
de cela, que l'on doit dire la révélation absolument
nécessaire, mais c'est parce que Dieu, dans sa bonté
infinie, a élevé l'homme à une fin surnaturelle,
c'est-à-dire pour le mettre en état de participer
aux biens divins qui surpassent tout à fait l'intelligence
de l'homme, " car l'il de l'homme n'a point vu,
son oreille n'a point entendu, son cur n'a pu s'élever
à comprendre ce que Dieu a préparé pour ceux
qui l'aiment (I. Cor., II, 9). "
Or, cette révélation surnaturelle, selon la foi
de l'Église universelle qui a été déclarée
par le saint Concile de Trente, est contenue dans les livres écrits
et dans les traditions non écrites qui, reçues de
la bouche de Jésus-Christ même par les Apôtres,
ou transmises comme par les mains des Apôtres, sous l'inspiration
du Saint-Esprit, sont venues jusqu'à nous (Conc. de Trent.
Sess. IV, Décr. de Can. Script.) Et ces livres de
l'Ancien et du Nouveau Testament doivent être reconnus pour
saints et canoniques en entier, dans toutes leurs parties, tels
qu'ils sont énumérés dans le décret
du Concile de Trente et comme on les lit dans l'antique édition
latine de la Vulgate. Ces livres, l'Église les tient pour
saints et canoniques, non point parce que, composés par
la seule habileté humaine, ils ont été ensuite
approuvés par l'autorité de l'Église ;
et non pas seulement parce qu'ils contiennent la révélation
sans erreur, mais parce que, écrits sous l'inspiration
de l'Esprit saint, ils ont Dieu pour auteur et qu'ils ont été
livrés comme tels à l'Église elle-même.
Mais parce que quelques hommes comprennent mal ce que le saint
Concile de Trente a décrété salutairement
touchant l'interprétation de la divine Écriture,
afin de maîtriser les esprits téméraires,
Nous, renouvelant le même décret, Nous déclarons
que l'esprit de ce décret est que, dans les choses de la
foi et des murs qui concernent l'édifice de la doctrine
chrétienne, il faut tenir pour le vrai sens de la sainte
Écriture celui qu'a toujours tenu et que tient Notre sainte
Mère l'Église, à qui il appartient de juger
du vrai sens et de l'interprétation des saintes Écritures ;
en sorte qu'il n'est permis à personne d'interpréter
l'Écriture contrairement à ce sens, ou même
contrairement au sentiment unanime des Pères.
CHAPITRE III.
De la Foi.
Puisque l'homme dépend tout entier de Dieu comme de son
Créateur et Seigneur, puisque la raison créée
est absolument sujette de la vérité incréée,
nous sommes tenus de rendre par la foi à Dieu révélateur
l'hommage complet de notre intelligence et de notre volonté.
Or, cette foi, qui est le commencement du salut de l'homme, l'Église
catholique professe que c'est une vertu surnaturelle, par laquelle,
avec l'aide de la grâce de Dieu aspirante, nous croyons
vraies les choses révélées, non pas à
cause de la vérité intrinsèque des choses
perçue par les lumières naturelles de la raison,
mais à cause de l'autorité de Dieu lui-même,
qui nous les révèle et qui ne peut ni être
trompé ni tromper. Car la foi, selon le témoignage
de l'Apôtre, " est la substance des choses que
l'on doit espérer, la raison des choses qui ne paraissent
pas (Héb. XI, 1). "
Néanmoins, afin que l'hommage de notre foi fût d'accord
avec la raison, Dieu a voulu ajouter aux secours intérieurs
de l'Esprit saint les preuves extérieures de sa révélation,
à savoir les faits divins et surtout les miracles et les
prophéties, lesquels, en montrant abondamment la toute-puissance
et la science infinie de Dieu, sont les signes très-certains
de la révélation divine et appropriés à
l'intelligence de tous. C'est pour cela que Moïse et les
Prophètes et surtout le Christ Seigneur lui-même
ont fait tant de miracles et de prophéties d'un si grand
éclat ; c'est pour cela qu'il est dit des apôtres :
" Pour eux, s'en étant allés, ils prêchèrent
partout avec la coopération du Seigneur, qui confirmait
leurs paroles par les miracles qui suivaient (Marc XVI, 20). "
Et encore : " Nous avons une parole prophétique
certaine, à laquelle vous faites bien de prendre garde,
comme à une lumière qui luit dans un endroit ténébreux
(II. Petr. 1, 19). "
Mais encore bien que l'assentiment de la foi ne soit pas un aveugle
mouvement de l'esprit, personne cependant ne peut adhérer
à la révélation évangélique,
comme il le faut pour obtenir le salut, sans une illumination
et une inspiration de l'Esprit saint qui fait trouver à
tous la suavité dans le consentement et la croyance à
la vérité (Conc. d'Orange II, can. 7). C'est pourquoi
la foi en elle-même, alors même qu'elle n'opère
pas par la charité, est un don de Dieu, et son acte est
une uvre qui se rapporte au salut, acte par lequel l'homme
offre à Dieu lui-même une libre obéissance,
en consentant et en coopérant à sa grâce,
à laquelle il pourrait résister.
Or, on doit croire d'une foi divine et catholique tout ce qui
est contenu dans les saintes Écritures et dans la tradition,
et tout ce qui est proposé par l'Église comme vérité
divinement révélée, soit par un jugement
solennel, soit par son magistère ordinaire et universel.
Mais, parce qu'il est impossible sans la foi de plaire à
Dieu et d'être compté au nombre de ses enfants, personne
ne se trouve justifié sans elle, et ne parvient à
la vie éternelle s'il n'y a persévéré
jusqu'à la fin. Et pour que nous puissions satisfaire au
devoir d'embrasser la vraie foi et d'y demeurer constamment attachés,
Dieu, par son Fils unique, a institué l'Église et
l'a pourvue de marques visibles de son institution, afin qu'elle
puisse être reconnue de tous comme la gardienne et la maîtresse
de la parole révélée. Car à l'Église
catholique seule appartiennent tous ces caractères si nombreux
et si admirables établis par Dieu pour rendre évidente
la crédibilité de la foi chrétienne. Bien
plus, l'Église, par elle-même, avec son admirable
propagation, sa sainteté éminente et son inépuisable
fécondité pour tout bien, avec son unité
catholique et son immuable stabilité, est un grand et perpétuel
argument de crédibilité, un témoignage irréfragable
de sa mission divine. Et par là, il se fait que, comme
un signe dressé au milieu des nations (Is. XI. 12), elle
attire à elle ceux qui n'ont pas encore cru, et elle donne
à ses enfants la certitude que la foi qu'ils professent
repose sur un très solide fondement.
À ce témoignage s'ajoute le secours efficace de
la vertu d'en-haut. Car le Seigneur très-miséricordieux
excite et aide par sa grâce les errants, afin qu'ils puissent
arriver à la connaissance de la vérité, et
ceux qu'il a tirés des ténèbres à
son admirable lumière, il les confirme par sa grâce
afin qu'ils demeurent dans cette même lumière, n'abandonnant
personne, à moins d'être abandonné. Aussi
la condition de ceux qui ont adhéré à la
vérité catholique par le don divin de la foi n'est
nullement la même que celle de ceux qui, conduits par les
opinions humaines, suivent une fausse religion ; car ceux
qui ont embrassé la foi sous le ministère de l'Église
ne peuvent jamais avoir un juste motif de l'abandonner et de révoquer
en doute cette foi. C'est pourquoi, rendant grâces à
Dieu le Père, qui nous a fait dignes de participer au sort
des saints dans la lumière, ne négligeons pas le
salut qui est d'un si grand prix ; mais plutôt, les
yeux attachés sur Jésus, l'auteur et le consommateur
de la foi, gardons le témoignage inébranlable de
notre espérance.
CHAPITRE IV.
De la Foi et de la Raison.
Dans son enseignement qui n'a pas varié l'Église
catholique a tenu et tient aussi qu'il existe deux ordres de connaissances,
distincts non seulement par leur principe, mais encore par leur
objet : par leur principe, attendu que dans l'un nous connaissons
par la raison naturelle, dans l'autre par la foi divine ;
par leur objet, parce qu'en dehors des choses auxquelles la raison
naturelle peut atteindre, il y a des mystères cachés
en Dieu, proposés à notre croyance, que nous ne
pouvons connaître que par la révélation divine.
C'est pourquoi l'Apôtre, qui atteste que Dieu est connu
aux nations par les choses créées, dit cependant,
à propos de la grâce et de la vérité
qui a été faite par Jésus-Christ (Jean, I,
17) : " Nous parlons de la sagesse de Dieu en mystère,
sagesse cachée que Dieu a prédestinée pour
notre gloire avant les siècles, qu'aucun des princes de
ce siècle n'a connue, mais que Dieu nous a révélée
par son Esprit : car l'Esprit scrute toutes choses, les profondeurs
même de Dieu (I. Cor. II, 7-9). " Et le Fils unique
lui-même rend témoignage au Père de ce qu'il
" a caché ces choses aux sages et aux prudents
et les a révélées aux petits (Math. XI, 25). "
Lorsque la raison, de son côté, éclairée
par la foi, cherche soigneusement, pieusement et prudemment, elle
saisit, par un don de Dieu, quelque intelligence et même
très-fructueuse des mystères, tant par l'analogie
des choses qu'elle connaît naturellement, que par le rapport
des mystères entre eux et avec la fin dernière de
l'homme ; mais elle ne devient jamais apte à les percevoir
comme les vérités qui constituent son objet propre.
Car les mystères divins surpassent tellement par leur nature
l'intelligence créée, que, bien que transmis par
la révélation et reçus par la foi, ils demeurent
encore couverts du voile de la foi elle-même, et comme enveloppés
d'une sorte de nuage, tant que nous voyageons en pèlerins
dans cette vie mortelle, hors de Dieu ; " car nous
marchons guidés par la foi et non par la vue (II. Cor.
5. 7). "
Mais quoique la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut jamais
y avoir de véritable désaccord entre la foi et la
raison ; car c'est le même Dieu qui révèle
les mystères et communique la foi, qui a répandu
dans l'esprit humain la lumière de la raison, et Dieu ne
peut se nier lui-même, ni le vrai contredire jamais le vrai.
Cette vaine apparence de contradiction vient principalement ou
de ce que les dogmes de la foi n'ont pas été compris
et exposés suivant l'esprit de l'Église, ou de ce
que les écarts d'opinion sont pris pour des jugements de
la raison. Nous déclarons donc toute proposition contraire
à une vérité, attestée par la foi,
absolument fausse (Concile de Latran V, Bulle Apostolici regiminis).
De plus, l'Église, qui a reçu, avec la mission apostolique
d'enseigner, le mandat de garder le dépôt de la foi,
tient aussi de Dieu le droit et la charge de proscrire la fausse
science, afin que nul ne soit trompé par la philosophie
et la vaine sophistique (Coloss. II, 8). C'est pourquoi tous les
chrétiens fidèles non-seulement ne doivent pas défendre
comme des conclusions certaines de la science les opinions qu'on
sait être contraires à la doctrine de la foi, surtout
lorsqu'elles ont été réprouvées par
l'Église ; mais encore ils sont obligés de
les tenir bien plutôt pour des erreurs qui se couvrent de
l'apparence trompeuse de la vérité.
Et non-seulement la foi et la raison ne peuvent jamais être
en désaccord, mais elles se prêtent aussi un mutuel
secours ; la droite raison démontre les fondements
de la foi, et, éclairée par sa lumière, elle
cultive la science des choses divines ; la foi délivre
et prémunit la raison des erreurs, et l'enrichit d'amples
connaissances. Bien loin donc que l'Église soit opposée
à l'étude des arts et sciences humaines, elle la
favorise et la propage de mille manières. Car elle n'ignore
ni ne méprise les avantages qui en résultent pour
la vie des hommes ; bien plus, elle reconnaît que les
sciences et les arts venus de Dieu, le Maître des sciences,
s'ils sont dirigés convenablement, conduisent à
Dieu, avec l'aide de sa grâce ; et elle ne défend
pas assurément que chacune de ces sciences, dans sa sphère,
ne se serve de ses propres principes et de sa méthode particulière ;
mais, tout en reconnaissant cette juste liberté, elle veille
avec soin pour les empêcher de tomber dans l'erreur en se
mettant en opposition avec la doctrine divine, ou en dépassant
leurs limites propres pour envahir et troubler ce qui est du domaine
de la foi.
Car la doctrine de la foi que Dieu a révélée
n'a pas été livrée comme une invention philosophique
aux perfectionnements de l'esprit humain, mais elle a été
transmise comme un dépôt divin à l'Épouse
du Christ pour être fidèlement gardée et infailliblement
enseignée. Aussi doit-on toujours retenir le sens des dogmes
sacrés que la sainte Mère Église a déterminé
une fois pour toutes, et ne jamais s'en écarter sous prétexte
et au nom d'une intelligence supérieure de ces dogmes.
Croissent donc et se multiplient abondamment, dans chacun comme
dans tous, chez tout homme aussi bien que dans toute l'Église,
durant le cours des âges et des siècles, l'intelligence,
la science et la sagesse ; mais seulement dans le rang qui
leur convient, c'est-à-dire dans l'unité de dogme,
de sens et de manière de voir (Vincent de Lérins,
Common. n. 28).
CANONS.
I.
De Dieu Créateur de toutes choses.
I. Si quelqu'un nie un seul vrai Dieu, Créateur et maître des choses visibles et invisibles ; qu'il soit anathème.
II. Si quelqu'un ne rougit pas d'affirmer qu'en dehors de la matière, il n'existe rien ; qu'il soit anathème.
III. Si quelqu'un dit qu'il n'y a qu'une seule et même substance ou essence de Dieu et de toutes choses ; qu'il soit anathème.
IV. Si quelqu'un dit que les choses finies, soit corporelles, soit spirituelles, ou du moins les spirituelles, sont émanées de la substance divine ;
Ou que la divine essence par la manifestation ou l'évolution d'elle-même devient toutes choses ;
Ou enfin que Dieu est l'Être universel et indéfini qui, en se déterminant lui-même, constitue l'universalité des choses réparties en genres, espèces et individus ; qu'il soit anathème.
V. Si quelqu'un ne confesse pas que le monde et que toutes les choses qui y sont contenues soit spirituelles, soit matérielles, ont été, quant à toute leur substance, extraites du néant par Dieu ;
Ou dit que Dieu a créé, non par sa volonté libre de toute nécessité, mais aussi nécessairement que nécessairement il s'aime lui-même ;
Ou nie que le monde ait été fait pour la gloire
de Dieu ; qu'il soit anathème.
II.De la Révélation.
I. Si quelqu'un dit que Dieu unique et véritable, notre Créateur et Maître, ne peut pas être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison humaine, au moyen des choses qui ont été créées ; qu'il soit anathème.
II. Si quelqu'un dit qu'il ne peut pas se faire, ou qu'il ne convient pas que l'homme soit instruit par la révélation divine sur Dieu et sur le culte qui doit lui être rendu ; qu'il soit anathème.
III. Si quelqu'un dit que l'homme ne peut pas être divinement élevé à une connaissance et à une perfection qui dépasse sa nature, mais qu'il peut et doit arriver de lui-même à la possession de toute vérité et de tout bien par un progrès continu ; qu'il soit anathème.
IV. Si quelqu'un ne reçoit pas dans leur intégrité,
avec toutes leurs parties, comme sacrées et canoniques,
les Livres de l'Écriture, comme le saint concile de Trente
les a énumérés, ou nie qu'ils soient divinement
inspirés ; qu'il soit anathème.
III.De la Foi.
I. Si quelqu'un dit que la raison humaine est indépendante, de telle sorte que la foi ne peut pas lui être commandée par Dieu ; qu'il soit anathème.
II. Si quelqu'un dit que la foi divine ne se distingue pas de la science naturelle de Dieu et des choses morales, et que, par conséquent, il n'est pas requis pour la foi divine que la vérité révélée soit crue à cause de l'autorité de Dieu, qui en a fait la révélation ; qu'il soit anathème.
III. Si quelqu'un dit que la révélation divine ne peut devenir croyable par des signes extérieurs, et que, par conséquent, les hommes ne peuvent être amenés à la foi que par la seule expérience intérieure de chacun d'eux, ou par l'inspiration privée ; qu'il soit anathème.
IV. Si quelqu'un dit qu'il ne peut y avoir de miracles, et, par conséquent, que tous les récits de miracles, même ceux que contient l'Écriture sainte, doivent être relégués parmi les fables ou les mythes ; ou que les miracles ne peuvent jamais être connus avec certitude, et que l'origine divine de la religion chrétienne n'est pas valablement prouvée par eux ; qu'il soit anathème.
V. Si quelqu'un dit que l'assentiment à la foi chrétienne n'est pas libre, mais qu'il est produit nécessairement par les arguments de la raison humaine ; ou que la grâce de Dieu n'est nécessaire que pour la foi vivante, qui opère par la charité ; qu'il soit anathème.
VI. Si quelqu'un dit que les fidèles et ceux qui ne sont
pas encore parvenus à la foi uniquement vraie sont dans
une même situation, de telle sorte que les catholiques puissent
avoir de justes motifs de mettre en doute la foi qu'ils ont reçue
sous le magistère de l'Église, en suspendant leur
assentiment jusqu'à ce qu'ils aient obtenu la démonstration
scientifique de la crédibilité et de la vérité
de leur foi ; qu'il soit anathème.
IV.De la Foi et de la Raison.
I. Si quelqu'un dit que, dans la révélation divine, il n'y a aucun mystère vrai et proprement dit, mais que tous les dogmes de la foi peuvent être compris et démontrés par la raison convenablement cultivée, au moyen des principes naturels ; qu'il soit anathème.
II. Si quelqu'un dit que les sciences humaines doivent être traitées avec une telle liberté que l'on puisse tenir pour vraies leurs assertions, quand même elles seraient contraires à la doctrine révélée ; et que l'Église ne peut les proscrire ; qu'il soit anathème.
III. Si quelqu'un dit qu'il peut se faire qu'on doive quelquefois,
selon le progrès de la science, attribuer aux dogmes proposés
par l'Église un autre sens que celui qu'a entendu et qu'entend
l'Église ; qu'il soit anathème.
C'est pourquoi, remplissant le devoir de Notre charge pastorale
suprême, Nous conjurons par les entrailles de Jésus-Christ
tous les fidèles du Christ, surtout ceux qui sont à
leur tête ou qui sont chargés d'enseigner, et, par
l'autorité de ce même Dieu, Notre Sauveur, Nous leur
ordonnons d'apporter tout leur zèle et tous leurs soins
à écarter et à éliminer de la sainte
Église ces erreurs et à propager la très-pure
lumière de la foi.
Mais, parce que ce n'est pas assez d'éviter le péché
d'hérésie, si l'on ne fuit aussi diligemment les
erreurs qui s'en rapprochent plus ou moins, Nous avertissons tous
les chrétiens du devoir qui leur incombe d'observer les
Constitutions et les Décrets par lesquels le Saint-Siège
a proscrit et condamné les opinions perverses de ce genre,
qui ne sont pas énumérées ici tout au long.
Donné à Rome, en session publique solennellement
célébrée dans la basilique Vaticane, l'an
de l'Incarnation de Notre-Seigneur mil huit cent soixante-dixième,
le vingt-quatrième jour d'avril, la vingt-quatrième
année de Notre Pontificat.
C'est ainsi.
JOSEPH,
Évêque de S. Plten,
Secrétaire du Concile du Vatican.
CONSTITUTION DOGMATIQUE PASTOR AETERNUS
L'éternel pasteur et gardien de nos âmes [1 P 2, 26], pour perpétuer l'oeuvre salutaire de la Rédemption, a décidé d'édifier la sainte Église dans laquelle, comme en la maison du Dieu vivant, tous les fidèles seraient rassemblés par le lien d'une seule foi et d'une seule charité. C'est pourquoi, avant d'être glorifié, " il pria son Père ", non seulement pour les Apôtres, " mais aussi pour ceux qui croiraient en lui, à cause de leur parole, pour que tous soient un, comme le Fils et le Père sont un " [Jn 17, 20 sv.]. De même qu'il " envoya " les Apôtres qu'il s'était choisis dans le monde, " comme lui-même avait été envoyé par le Père " [Jn 20, 21], de même il voulut qu'il y eût en son Église des pasteurs et des docteurs " jusqu'à la fin du monde " [Mt 28, 20].
Pour que l'épiscopat fût un et
non-divisé, pour que, grâce à l'union étroite
et réciproque des pontifes, la multitude entière
des croyants fût gardée dans l'unité de la
foi et de la communion, plaçant le bienheureux Pierre au-dessus
des autres Apôtres, il établit en sa personne le
principe durable et le fondement visible de cette double unité.
Sur sa solidité se bâtirait le temple éternel
et sur la fermeté de cette foi s'élèverait
l'Église dont la grandeur doit toucher le ciel (1). Parce
que les portes de l'enfer se dressent de toutes parts avec une
haine de jour en jour croissante contre ce fondement établi
par Dieu, pour renverser, s'il se pouvait, l'Église, Nous
jugeons nécessaire pour la protection, la sauvegarde et
l'accroissement du troupeau catholique, avec l'approbation du
saint concile, de proposer à tous les fidèles la
doctrine qu'ils doivent croire et tenir sur l'institution, la
perpétuité et la nature de la primauté du
Siège apostolique, sur lequel repose la force et la solidité
de l'Église, conformément à la foi antique
et constante de l'Église universelle, et aussi de proscrire
et de condamner les erreurs contraires, si pernicieuses pour le
troupeau du Seigneur.
(1) : LÉON LE GRAND, Sermo 4,
2 : PL 54, 150 C.
Ch. 1 : L'institution de la primauté
apostolique dans le bienheureux Pierre
Nous enseignons donc et nous déclarons,
suivant les témoignages de l'Évangile, que la primauté
de juridiction sur toute l'Église de Dieu a été
promise et donnée immédiatement et directement au
bienheureux Apôtre Pierre par le Christ notre Seigneur.
C'est, en effet, au seul Simon, auquel il avait déjà
été dit : " Tu t'appelleras Céphas "
[Jn 1,42], après que celui-ci l'avait confessé en
ces termes : " Tu es le Christ, le Fils du Dieu
vivant ", que le Seigneur adressa ces paroles solennelles :
" Bienheureux es-tu, Simon, fils de Jona, car ce n'est
ni la chair ni le sang qui te l'ont révélé,
mais mon Père qui est dans les cieux ; et moi, je
te dis que tu es Pierre et que sur cette pierre je bâtirai
mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront
pas contre elle. Et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié
dans le ciel, et tout ce que tu délieras sur la terre sera
délié dans le ciel " [Mt 16, 16 sv.].
Et c'est au seul Simon Pierre que Jésus, après sa
résurrection, conféra la juridiction de souverain
pasteur et de chef suprême sur tout son troupeau en disant :
" Pais mes agneaux, pais mes brebis " [Jn
21,15 sv.].
Cette doctrine si claire des saintes Écritures
se voit opposer ouvertement l'opinion fausse de ceux qui, pervertissant
la forme de gouvernement instituée par le Christ notre
Seigneur, nient que Pierre seul se voit vu doté par le
Christ d'une primauté de juridiction véritable et
proprement dite, de préférence aux autres Apôtres,
pris soit isolément soit tous ensemble, ou de ceux qui
affirment que cette primauté n'a pas été
conférée directement et immédiatement au
bienheureux Pierre, mais à l'Église et, par celle-ci,
à Pierre comme à son ministre.
Si quelqu'un donc dit que le bienheureux Apôtre
Pierre n'a pas été établi par le Christ notre
Seigneur chef de tous les Apôtres et tête visible
de toute l'Église militante ; ou que ce même
Apôtre n'a reçu directement et immédiatement
du Christ notre Seigneur qu'une primauté d'honneur et non
une primauté de juridiction véritable et proprement
dite, qu'il soit anathème.
Ch. 2 : la perpétuité de
la primauté du bienheureux Pierre dans les Pontifes romains
Ce que le Christ notre Seigneur, chef des
pasteurs, pasteur suprême des brebis, a institué
pour le salut éternel et le bien perpétuel de l'Église
doit nécessairement, par cette même autorité,
durer toujours dans l'Église, qui, fondée sur la
pierre, subsistera ferme jusqu'à la fin des siècles.
" Personne ne doute, et tous les siècles savent
que le saint et très bienheureux Pierre, chef et tête
des Apôtres, colonne de la foi, fondement de l'Église
catholique, a reçu les clés du Royaume de notre
Seigneur Jésus-Christ, Sauveur et Rédempteur du
genre humain : jusqu'à maintenant et toujours, c'est
lui qui, dans la personne de ses successeurs ", les
évêques du Saint-Siège de Rome, fondé
par lui et consacré par son sang, " vit ",
préside " et exerce le pouvoir de juger "
(*).
* : Concile d'Éphèse (IIIe
oecuménique), 3e session (11 juillet 431), discours
du prêtre Philippe.
Dès lors, quiconque succède
à Pierre en cette chaire reçoit, de par l'institution
du Christ lui-même, la primauté de Pierre sur toute
l'Église. " Ainsi demeure ce qu'ordonna la vérité,
et le bienheureux Pierre, gardant toujours cette solidité
de pierre qu'il a reçue, n'a pas laissé le gouvernail
de l'Église (1). " Voilà pourquoi c'est
vers l'Église romaine, " par suite de son origine
supérieure " (2), qu'il a toujours été
nécessaire que chaque Église, c'est-à-dire
les fidèles de partout, se tournent, afin qu'ils ne fassent
qu'un en ce Saint-Siège, d'où découlent sur
tous " les droits de la vénérable communion "
(3), comme des membres unis à la tête dans l'assemblage
d'un seul corps.
Si donc quelqu'un dit que ce n'est pas par
l'institution du Christ ou de droit divin que le bienheureux Pierre
a des successeurs dans sa primauté sur l'Église
universelle, ou que le Pontife romain n'est pas le successeur
du bienheureux Pierre en cette primauté, qu'il soit anathème.
(1) LÉON LE GRAND, Sermo 4, 3 : PL 54, 164 B.
(2) IRÉNÉE DE LYON, Adversus haereses, l. 3, c. 3, 1 : PG 7, 849 A.
(3) AMBROISE DE MILAN, Epist. 11, c.
4 : PL 16, 946 A.
Ch. 3 : Pouvoir et nature de la primauté
du Pontife romain
C'est pourquoi, Nous fondant sur le témoignage
évident des saintes Lettres et suivant les décrets
explicitement définis de nos prédécesseurs,
les Pontifes romains, comme des conciles généraux,
nous renouvelons la définition du concile oecuménique
de Florence, qui impose aux fidèles de croire que " le
Saint-Siège apostolique et le Pontife romain possèdent
la primauté sur toute la terre ; que ce Pontife romain
est le successeur du bienheureux Pierre, le chef des Apôtres
et le vrai vicaire du Christ, la tête de toute l'Église,
le père et le docteur de tous les chrétiens ;
qu'à lui, dans la personne du bienheureux Pierre, a été
confié par notre Seigneur Jésus-Christ plein pouvoir
de paître, de régir et de gouverner toute l'Église
comme le disent les actes des conciles oecuméniques et
les saints canons " (*).
* : Concile de Florence (XVIIe oecuménique),
Bulle " Laetentur Coeli " d'Eugène
IV, 6 juillet 1439, décret pour les Grecs.
En conséquence, Nous enseignons et
déclarons que l'Église romaine possède sur
toutes les autres, par disposition du Seigneur, une primauté
de pouvoir ordinaire, et que ce pouvoir de juridiction du Pontife
romain, vraiment épiscopal, est immédiat. Les pasteurs
de tout rang et de tout rite et les fidèles, chacun séparément
ou tous ensemble, sont tenus au devoir de subordination hiérarchique
et de vraie obéissance, non seulement dans les questions
qui concernent la foi et les moeurs, mais aussi dans celles qui
touchent à la discipline et au gouvernement de l'Église
répandue dans le monde entier. Ainsi, en gardant l'unit
de communion et de profession de foi avec le Pontife romain, l'Église
est un seul troupeau sous un seul pasteur. Telle est la doctrine
de la vérité catholique, dont personne ne peut s'écarter
sans danger pour sa foi et son salut.
Ce pouvoir du Souverain Pontife ne fait nullement
obstacle au pouvoir de juridiction épiscopal ordinaire
et immédiat, par lequel les évêques, établis
par l'Esprit Saint [Ac 20, 28] successeurs des Ap6tres, paissent
et gouvernent en vrais pasteurs chacun le troupeau à lui
confié. Au contraire, ce pouvoir est affirmé, affermi
et défendu par le pasteur suprême et universel, comme
le dit saint Grégoire le Grand : " Mon honneur
est l'honneur de l'Église universelle. Mon honneur est
la force solide de mes frères. Lorsqu'on rend à
chacun l'honneur qui lui est dû, alors je suis honoré "
(1).
(1) GRÉGOIRE LE GRAND, Epist. ad
Eulogium Alexandrinum, l. 8, c. 30 : PL 77, 983 C.
Dès lors, de ce pouvoir suprême
qu'a le Pontife romain de gouverner toute l'Église résulte
pour lui le droit de communiquer librement, dans l'exercice de
sa charge, avec les pasteurs et les troupeaux de toute l'Église,
pour pouvoir les enseigner et les gouverner dans la voie du salut.
C'est pourquoi nous condamnons et réprouvons les opinions
de ceux qui disent qu'on peut légitimement empêcher
cette communication du chef suprême avec les pasteurs et
les troupeaux, ou qui l'assujettissent au pouvoir civil, en prétendant
que ce qui est décidé par le Siège apostolique
ou par son autorité pour le gouvernement de l'Église
n'a de force ni de valeur que si le placet du pouvoir civil le
confirme.
Parce que le droit divin de la primauté
apostolique place le Pontife romain au-dessus de toute l'Église,
nous enseignons et déclarons encore qu'il est le juge suprême
des fidèles et que, dans toutes les causes qui touchent
à la juridiction ecclésiastique, on peut faire recours
à son jugement. Le jugement du Siège apostolique,
auquel aucune autorité n'est supérieure, ne doit
être remis en question par personne, et personne n'a le
droit de juger ses décisions. C'est pourquoi ceux qui affirment
qu'il est permis d'en appeler des jugements du Pontife romain
au concile oecuménique comme à une autorité
supérieure à ce Pontife, s'écartent du chemin
de la vérité.
Si donc quelqu'un dit que le Pontife romain
n'a qu'une charge d'inspection ou de direction et non un pouvoir
plénier et souverain de juridiction sur toute l'Église,
non seulement en ce qui touche à la foi et aux moeurs,
mais encore en ce qui touche à la discipline et au gouvernement
de l'Église répandue dans le monde entier, ou qu'il
n'a qu'une part plus importante et non la plénitude totale
de ce pouvoir suprême ; ou que son pouvoir n'est pas
ordinaire ni immédiat sur toutes et chacune des églises
comme sur tous et chacun des pasteurs et des fidèles, qu'il
soit anathème.
Ch. 4 : Le magistère infaillible
du Pontife romain
La primauté apostolique que le Pontife
romain, en tant que successeur de Pierre, chef des Apôtres,
possède dans l'Église universelle, comprend aussi
le pouvoir suprême du magistère : le Saint-Siège
l'a toujours tenu, l'usage perpétuel des Églises
le prouve, et les conciles oecuméniques, surtout ceux où
l'Orient se rencontrait avec l'Occident dans l'union de la foi
et de la charité, l'ont déclaré.
Les Pères du IVe concile de Constantinople,
suivant les traces de leurs ancêtres, émirent cette
solennelle profession de foi : " La condition première
du salut est de garder la règle de la foi orthodoxe...
On ne peut, en effet, négliger la parole de notre Seigneur
Jésus-Christ qui dit : 'Tu es Pierre et sur cette
pierre je bâtirai mon Église' [Mt 16, 18]. Cette
affirmation se vérifie dans les faits, car la religion
catholique a toujours été gardée sans tache
dans le Siège apostolique. Désireux de ne nous séparer
en rien de sa foi et de sa doctrine... nous espérons mériter
de demeurer unis en cette communion que prêche le Siège
apostolique, en qui réside, entière et vraie, la
solidité de la religion chrétienne " (1).
(1) En fait, ce texte reprend, en l'abrégeant,
la formule du pape Hormisdas (11 août 515), dont le IVe
concile de Constantinople ne citait que la fin.
Avec l'approbation du IIe concile de Lyon,
les Grecs ont professé : " La sainte Église
romaine possède aussi la primauté souveraine et
l'autorité entière sur l'ensemble de l'Église
catholique. Elle reconnaît sincèrement et humblement
l'avoir reçue, avec la plénitude du pouvoir, du
Seigneur lui-même, en la personne du bienheureux Pierre,
chef ou tête des Apôtres, dont le Pontife romain est
le successeur. Et comme elle doit, par-dessus tout, défendre
la vérité de la foi, ainsi les questions qui surgiraient
à propos de la foi doivent être définies par
son jugement " (*).
* : IIe concile de Lyon, (XIVe oecuménique),
4e session (6 juillet 1274), profession de foi de Michel
Paléologue.
Enfin, le concile de Florence a défini :
" Le Pontife romain est le vrai vicaire du Christ, la
tête de toute l'Église, le père et le docteur
de tous les chrétiens ; à lui, dans la personne
du bienheureux Pierre, a été confié par notre
Seigneur Jésus-Christ plein pouvoir de paître, de
régir et de gouverner toute l'Église "
(*).
* : Concile de Florence (XVIIe oecuménique),
Bulle " Laetentur Coeli " d'Eugène
IV, 6 juillet 1439, décret pour les Grecs.
Pour s'acquitter de leur charge pastorale,
nos prédécesseurs ont travaillé infatigablement
à la propagation de la doctrine salutaire du Christ parmi
tous les peuples de la terre, et ils ont veillé avec un
soin égal à sa conservation authentique et pure,
là où elle avait été reçue.
C'est pourquoi les évêques du monde entier, tantôt
individuellement, tantôt réunis en synodes, en suivant
la longue coutume des églises et les formes de la règle
antique, ont communiqué au Siège apostolique les
dangers particuliers qui surgissaient en matière de foi,
pour que les dommages causés à la foi fussent réparés
là où elle ne saurait subir de défaillance.
Les Pontifes romains, selon que l'exigeaient les conditions des
temps et des choses, tantôt convoquèrent des conciles
oecuméniques ou sondèrent l'opinion de l'Église
répandue sur la terre, tantôt par des synodes particuliers,
tantôt grâce à des moyens que leur fournissait
la Providence, ont défini qu'on devait tenir ce qu'ils
reconnaissaient, avec l'aide de Dieu, comme conforme aux saintes
Lettres et aux traditions apostoliques.
Car le Saint Esprit n'a pas été
promis aux successeurs de Pierre pour qu'ils fassent connaître,
sous sa révélation, une nouvelle doctrine, mais
pour qu'avec son assistance ils gardent saintement et exposent
fidèlement la révélation transmise par les
Apôtres, c'est-à-dire le dépôt de la
foi.
Leur doctrine apostolique a été
reçue par tous les Pères vénérés,
révérée et suivie par les saints docteurs
orthodoxes. Ils savaient parfaitement que ce siège de Pierre
demeurait pur de toute erreur, aux termes de la promesse divine
de notre Seigneur et Sauveur au chef de ses disciples : " J'ai
prié pour toi, pour que ta foi ne défaille pas ;
et quand tu seras revenu, affermis tes frères "
[Lc 22, 32].
Ce charisme de vérité et de
foi à jamais indéfectible a été accordé
par Dieu à Pierre et à ses successeurs en cette
chaire, afin qu'ils remplissent leur haute charge pour le salut
de tous, afin que le troupeau universel du Christ, écarté
des nourritures empoisonnées de l'erreur, soit nourri de
l'aliment de la doctrine céleste, afin que, toute occasion
de schisme étant supprimée, l'Église soit
conservée tout entière dans l'unité et qu'établie
sur son fondement elle tienne ferme contre les portes de l'enfer.
Mais comme en ce temps, qui exige au plus
haut point l'efficacité salutaire de la charge apostolique,
il ne manque pas l'hommes qui en contestent l'autorité,
Nous avons jugé absolument nécessaire d'affirmer
solennellement la prérogative que le Fils unique de Dieu
a daigné joindre à la fonction pastorale suprême.
C'est pourquoi, nous attachant fidèlement
à la tradition reçue dès l'origine de la
foi chrétienne, pour la gloire de Dieu notre Sauveur, pour
l'exaltation de la religion catholique et le salut des peuples
chrétiens, avec l'approbation du saint concile, nous enseignons
et définissons comme un dogme révélé
de Dieu :
Le Pontife romain, lorsqu'il parle ex cathedra,
c'est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur
et de docteur de tous les chrétiens, il définit,
en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu'une
doctrine sur la foi ou les moeurs doit être tenue par toute
l'Église, jouit, par l'assistance divine à lui promise
en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité
dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue
son Église, lorsqu'elle définit la doctrine sur
la foi et les moeurs. Par conséquent, ces définitions
du Pontife romain sont irréformables par elles-mêmes
et non en vertu du consentement de l'Église.
Si quelqu'un, ce qu'à Dieu ne plaise, avait la présomption de contredire notre définition, qu'il soit anathème.