Nicée II
Pape du concile

Contexte historique
L'empereur Léon III l'Isaurien avait lancé en 726 une campagne de destruction des images saintes (iconoclasme), poursuivie par son fils Constantin V. Les icônes furent détruites, les moines persécutés. L'impératrice Irène, régente pour son fils Constantin VI, convoqua le concile pour restaurer le culte des images. Ce fut le dernier concile reconnu à la fois par les catholiques et les orthodoxes.
Enseignements principaux
- Légitimité de la vénération des images : Le concile enseigna que l'honneur rendu à l'image remonte au prototype : en vénérant une icône du Christ, de la Vierge ou des saints, ce n'est pas l'objet matériel que l'on adore, mais la personne représentée.
- Distinction entre adoration et vénération : Le concile distingua clairement l'adoration (latreia), due à Dieu seul, de la vénération (proskynesis), qui peut être rendue aux images saintes, à la Croix et aux reliques des saints.
- Fondement théologique : L'Incarnation du Verbe justifie la représentation du Christ : puisque Dieu s'est rendu visible en prenant chair, il est légitime de le représenter.
Textes clés
Définition du concile sur les saintes images
Nous définissons avec toute rigueur et tout soin que, à l'instar de la représentation de la croix précieuse et vivifiante, les vénérables et saintes images, peintes, en mosaïque ou en quelque autre matière convenable, doivent être placées dans les saintes églises de Dieu, sur les vases sacrés et les vêtements, sur les murs et les tableaux, dans les maisons et les chemins : qu'il s'agisse de l'image de notre Seigneur Dieu et Sauveur Jésus-Christ, de celle de Notre-Dame immaculée la sainte Mère de Dieu, des saints anges et de tous les saints. [...] L'honneur rendu à l'image remonte au prototype, et celui qui vénère une image vénère la personne qui y est représentée.
Déroulement du concile
NICÉE (IIe Concile de),
VIIe cuménique, l'an 787. L'usage des
images est très ancien dans l'Église : on en
voyait dès les premiers siècles ; mais cet
usage a varié suivant les temps. Nous parlons des images
en peinture, et non pas des images en relief : celles-ci
n'ont eu lieu que plus tard, si ce n'est dans les portiques des
églises, où on en voyait dès le septième
siècle, surtout en France. Théodore, le Lecteur
rapporte qu'Eudocie envoya de Jérusalem à l'impératrice
Pulchérie une image de la Mère de Notre-Seigneur,
qu'on disait avoir été peinte par l'évangéliste
saint Luc. Eusèbe de Césarée, parlant de
la statue de Jésus-Christ dressée par la syro-phénicienne,
ainsi qu'on le disait, remarque qu'il n'était point surprenant
que les païens, qui avaient reçu du Sauveur tant de
bienfaits, lui eussent en reconnaissance fait dresser une statue ;
puisque nous voyons encore, ajoute-t-il, les images de saint Pierre,
de saint Paul et même de Jésus-Christ, faites en
peinture. Il serait inutile de rapporter ce que les anciens écrivains
ont dit des images ; mais il n'est pas aisé de montrer
que l'Église en ait exigé le culte dans tous les
temps : seulement il est certain qu'elle ne l'a jamais désapprouvé,
et la raison seule montre que les images des saints sont respectables
par elles-mêmes. Peut-être l'Église s'est-elle
dispensée de leur décerner un culte dès le
commencement, de peur que les gentils qui, en se convertissant
à la foi, quittaient leurs idoles, n'y retombassent en
honorant les images. C'est pour cette raison que les évêques
ont jugé à propos de ne pas admettre dans leurs
églises l'usage des images, afin qu'elles ne pussent être
un sujet de scandale aux gentils. Le concile d'Elvire défendit
d'en peindre sur les murailles ; mais il paraît qu'il
fit cette défense par un autre motif ; savoir qu'il
y avait lieu de craindre qu'elles ne fussent profanées
par les infidèles dans les temps de persécution.
Les plus habiles théologiens conviennent
que les images sont une de ces choses qu'on appelle indifférentes,
c'est-à-dire, qui ne sont point absolument nécessaires
au salut, ni de la substance même de la religion, et qu'il
est au pouvoir de l'Église d'en faire usage ou non, selon
les circonstances des temps et des lieux. Mais du moment où
elle en eut permis l'usage, les fidèles, par un amour respectueux
pour Jésus-Christ, pour sa très-sainte Mère
et pour les autres saints, témoignèrent beaucoup
d'ardeur pour leurs images, et d'horreur pour ceux qui les méprisaient.
Cela se remarqua non seulement dans le peuple fidèle moins
instruit, mais encore dans les évêques et les autres
pasteurs, qui trouvèrent bon que l'on mît des images
dans les églises, principalement parce qu'elles servaient
de livres à ceux qui ne savaient pas lire ; qu'elles
apprenaient à ceux qui les regardaient les actions admirables
de Jésus-Christ et des saints, et qu'elles étaient
utiles à ceux qui savaient déjà ces actions,
pour leur en rafraîchir la mémoire.
On ne poussa guère plus loin le culte
des images dans les premiers siècles. Depuis on y ajouta
des marques plus sensibles de respect et de vénération,
comme de les baiser, de les saluer, de s'agenouiller, de brûler
devant elles de l'encens et des cierges. Quelques-uns s'élevèrent
contre cet usage, comme s'il eût été superstitieux ;
d'autres le tolérèrent comme rendu par simplicité,
et d'autres l'approuvèrent, pourvu que ce culte fût
relatif, et que l'honneur que l'on rendait aux images se reportât
à la personne qu'elles représentaient.
Les Juifs, qui ne pouvaient souffrir que l'on
rendît un culte public à l'image de celui qu'ils
avaient attaché à une croix, persuadèrent
au calife Yézid, qu'en faisant effacer toutes les peintures
qui étaient dans les églises des chrétiens,
soit sur des planches de bois, soit en mosaïque sur les murailles,
soit sur les vases sacrés et les ornements des autels,
son règne serait de longue durée. Le calife, ajoutant
foi à cette promesse, envoya une lettre circulaire par
tout son empire, portant ordre de supprimer les peintures qui
se trouvaient non seulement dans les églises, mais aussi
sur les places publiques pour l'ornement des villes. C'était
vers l'an 724. Trois ans après, l'empereur Léon
l'Isaurien, frappé de certains événements
extraordinaires arrivés sur mer, et les prenant pour des
marques de la colère de Dieu irrité, à ce
qu'il pensait, de l'honneur que l'on rendait aux images de Jésus-Christ
et des saints (car il regardait ce culte comme une idolâtrie,
et il avait appris des Musulmans à penser ainsi), fit assembler
le peuple, et dit hautement que faire des images était
un acte d'idolâtrie, et qu'à plus forte raison on
ne devait pas les adorer. Il n'en dit pas davantage alors ;
mais au mois de janvier de l'an 730, il fit un décret contre
les images, et voulant en commencer l'exécution par l'image
de Jésus-Christ qui était placée dans le
vestibule du grand palais, il la fit ôter, jeter au feu,
et mit à la place une simple croix, avec une inscription
qui marquait qu'on en avait ôté l'image. Saint Germain,
patriarche de Constantinople, s'éleva en vain contre cet
édit ; le pape Grégoire II ne fut pas plus
heureux dans les avertissements et les menaces qu'il fit à
ce prince. Son fils Constantin dit Copronyme, qui lui succéda
en 741, ne se déclara pas moins ouvertement que son père
contre les images. Il poussa l'impiété jusqu'à
mépriser non seulement les saints, mais Jésus-Christ.
En 754, ce prince fit assembler un concile à Constantinople
ou plutôt dans un palais vis-à-vis de cette ville,
sur la côte d'Asie : trois cent huit évêques
s'y rendirent ; et tous, soit par flatterie, soit parce qu'ils
pensaient en effet comme l'empereur, dirent anathème à
quiconque adorait les images. Ils ne pouvaient toutefois ignorer
que le terme d'adoration se prend en deux manières dans
l'Écriture : l'une, qui convient à Dieu seul,
l'autre, qui n'est qu'en l'honneur que nous rendons aux amis de
Dieu, à cause de lui-même, ou que les hommes se rendent
mutuellement, comme lorsque Jacob adora son frère. Entre
autres raisons que les évêques iconoclastes rendirent
de la condamnation des images, ils alléguèrent dans
leur définition de foi, que c'était faire injure
aux saints qui vivent avec Dieu, que de les représenter
avec une matière morte et mise en uvre par des païens,
comme s'il n'y eût point eu de chrétiens qui sussent
l'art de peindre. Constantin Copronyme étant mort en 775,
après un règne de trente-quatre ans et de près
de trois mois, son fils Léon lui succéda. Pendant
son règne, qui ne fut que de cinq ans, il se conduisit
diversement à l'égard des images. D'abord il témoigna
de la piété et du respect pour la sainte Vierge ;
mais sur la fin il se déclara contre les images, et fit
souffrir plusieurs tourments à ceux qui les honoraient.
Il eut pour successeur son fils Constantin ; mais ce jeune
prince, en 780, qui fut l'année de la mort de son père,
n'étant point en état de gouverner l'empire, Irène
sa mère en prit les rênes. Comme elle se montra zélée
pour la religion catholique, on commença sous son règne
à parler librement pour le culte des images. Taraise, qu'elle
fit élire pour patriarche de Constantinople en 784, refusa
d'accepter le gouvernement de cette Église, jusqu'à
ce que l'impératrice lui eût promis d'assembler un
concile cuménique, pour réunir les Églises
d'Orient, qui étaient divisées au sujet des images.
On le lui promit : et quelque temps après son acceptation,
Irène fit expédier les lettres pour la convocation
du concile, au nom de Constantin son fils, et au sien.
Ces lettres ayant été envoyées
à tous les évêques de l'empire, ils se rendirent
à Constantinople en même temps que les légats
du pape Adrien, à qui l'impératrice Irène
avait communiqué, dès l'an 785, la résolution
qu'elle avait prise avec le patriarche Taraise d'assembler un
concile universel. L'empereur et l'impératrice étaient
alors en Thrace. Les évêques iconoclastes, profitant
de leur absence, s'opposèrent à la tenue du concile,
disant qu'il fallait s'en tenir à ce qui avait été
décidé dans la même ville en 754, contre les
images.
Le patriarche Taraise, informé que
ces évêques tenaient des assemblées particulières,
leur fit dire qu'ils ne pouvaient en tenir à Constantinople
sans son agrément, sous peine d'être déposés
suivant les canons. Sur cet avis, les évêques cessèrent
de s'assembler. Irène et Constantin étant de retour
en cette ville, l'ouverture du concile fut fixée au premier
jour d'août de l'an 786, et le lieu dans l'église
des Saints Apôtres. La veille, des soldats furieux entrèrent
le soir dans le baptistère de l'église, criant en
tumulte qu'il n'était point permis d'assembler un concile.
Le patriarche en fit son rapport à l'impératrice,
qui ne crut pas que l'on dût pour cela différer de
l'assembler. Il s'assembla en effet le lendemain. Comme on avait
commencé à lire quelques lettres synodiques, les
soldats poussés par les évêques du parti iconoclaste
entrèrent dans l'église l'épée à
la main, menaçant de tuer le patriarche, les évêques
orthodoxes et les abbés. L'empereur et l'impératrice,
qui étaient dans les galeries hautes, d'où ils pouvaient
voir le concile, envoyèrent les soldats de leur garde pour
arrêter le tumulte. Les Iconoclastes étant sortis,
le patriarche Taraise célébra les saints mystères
avec les catholiques : mais l'impératrice lui envoya
dire à lui et aux autres évêques de se retirer,
afin d'éviter l'emportement du peuple. Il était
environ midi, et chacun se retira chez soi pour prendre sa réfection ;
car ils étaient tous à jeun. Au mois de septembre
suivant, l'impératrice fit sortir de Constantinople toutes
les troupes qui avaient servi sous l'empereur son beau-père,
et qui étaient infectées de l'erreur des iconoclastes ;
puis les ayant fait passer en Anatolie, elle les obligea de poser
les armes, les cassa toutes, et en leva de nouvelles dont elle
s'assura. Au mois de mai de l'année suivante, elle envoya
convoquer de nouveau tous les évêques pour tenir
le concile à Nicée en Bithynie.
Ire Session.
Il s'assembla dans l'église de Sainte-Sophie, le vingt-quatrième
de septembre 787. Les deux légats du pape, Pierre, archiprêtre
de l'Église romaine, et Pierre, prêtre et abbé
du monastère de Saint-Sabas de Rome, sont nommés
les premiers dans les actes du concile, comme représentant
le pape Adrien. Taraise, patriarche de Constantinople, est nommé
ensuite, et après lui les députés des autres
patriarches d'Orient. Trois cent soixante-dix-sept évêques
assistèrent à ce concile, avec deux commissaires
de l'empereur, plusieurs archimandrites, abbés et moines ;
les saints Évangiles étant placés au milieu
de l'assemblée, les évêques de Sicile parlèrent
les premiers, et demandèrent que le patriarche de Constantinople
fît l'ouverture du concile. Tous y consentirent, et Taraise,
prenant la parole, rendit grâces à Dieu de la liberté
accordée à l'Église, exhorta les évêques
à rejeter toute nouveauté, soit dans les paroles,
soit dans la doctrine, et à s'en tenir aux traditions de
l'Église, qui ne peut errer, et qui ne connaît pas
le oui et le non. Il permit ensuite à ceux qui l'année
précédente avaient résisté à
la vérité, d'entrer et de dire leurs raisons. Alors
les commissaires de l'empereur firent lire la lettre adressée
au concile en son nom et en celui de l'impératrice Irène,
par laquelle ils déclaraient qu'ils l'avaient assemblé
du consentement des patriarches, et qu'ils laissaient une entière
liberté aux évêques d'y dire leur sentiment,
en les exhortant toutefois à procurer par leur jugement
la paix à l'Église. Cette lettre contenait encore
le récit de ce qui s'était passé à
la mort du patriarche Paul et à l'élection de Taraise.
L'empereur ajoutait à la fin qu'il avait reçu des
lettres du pape Adrien et d'autres par les légats d'Orient,
dont il demandait que l'on fît la lecture, afin que l'on
connût quel était le sentiment de l'Église
catholique. Après la lecture de toutes ces lettres, on
fit avancer Basile, évêque d'Ancyre, Théodore
de Myre, et Théodose d'Armorion, qui étaient du
nombre de ceux qui, l'année précédente, avaient
pris le parti des iconoclastes. Ils déclarèrent
qu'ayant examiné la question, ils honoraient les images
et étaient fâchés d'avoir eu d'autres sentiments.
Basile d'Ancyre donna même sa profession de foi par écrit,
où, après avoir déclaré ce qu'il croyait
avec toute l'Église touchant la Trinité et l'Incarnation,
il ajouta : " Je reçois avec toute sorte
d'honneur les reliques des saints ; je les adore avec vénération,
dans la confiance que j'ai de participer par là à
leur sainteté. Je reçois aussi les vénérables
images de Jésus-Christ, en tant qu'il s'est fait homme
pour notre salut ; de sa sainte Mère, des anges, des
apôtres, des prophètes, des martyrs et de tous les
saints : je les embrasse et leur rends l'adoration d'honneur.
Je rejette et anathématise de toute mon âme le faux
concile nommé septième, comme contraire à
toute la tradition de l'Église, et assemblé par
un principe de folie et de démence. " Après
cette déclaration, il dit anathème aux iconoclastes,
à ceux qui osent dire que l'Église ait jamais reçu
des idoles, ou que les images viennent d'une invention diabolique,
et non pas de la tradition des saints Pères. Théodore
de Myre lut aussi sa profession de foi ; Théodose
d'Armorion en fit autant ; et le concile, jugeant qu'ils
étaient véritablement repentants, leur ordonna de
reprendre leurs rangs et leurs sièges. La comparaison que
Théodose d'Armorion employa dans sa profession de foi,
mérite d'être rapportée : Si les images
des empereurs étant envoyées dans les provinces
et dans les villes, le peuple vient au-devant avec des cierges
et des parfums, pour honorer non le tableau, mais l'empereur,
avec combien plus de raison doit-on peindre dans les églises
l'image de Jésus-Christ notre Sauveur et notre Dieu, celles
de sa sainte Mère, de tous les saints et bienheureux Pères !
Après que le concile eut reçu
ces évêques, il s'en présenta sept autres,
qui témoignèrent un grand repentir de s'être
joints aux iconoclastes. Cela donna lieu d'examiner comment on
devait recevoir les hérétiques convertis. On apporta
donc les livres des Pères et les recueils des conciles
qui se trouvaient dans la bibliothèque du palais patriarcal.
Le premier canon qu'on lut fut le cinquante-troisième des
Apôtres ; ensuite le huitième de Nicée,
pour la réception des novatiens ; le troisième
d'Éphèse touchant les Macédoniens ;
le premier de l'épître de saint Basile à Amphiloque,
où il est parlé du baptême des encratites ;
quelques passages de sa lettre aux évaiséniens et
de celle au comte Térence, dans laquelle il parle de la
réception de ceux qui quittaient l'hérésie
pour se réunir à l'Église ; les deux
lettres de saint Cyrille d'Alexandrie, au sujet de sa réunion
avec Jean d'Antioche ; la lettre de saint Athanase à
Rufinien sur la réconciliation de ceux qui avaient souscrit
au concile de Rimini ; le jugement du concile de Chalcédoine,
dans la réception des évêques d'Orient et
d'Illyrie, qui avaient assisté au faux concile d'Éphèse
sous Dioscore ; les extraits de l'Histoire ecclésiastique
de Rufin, touchant le concile d'Alexandrie, où l'on reçut
ceux qui avaient communiqué avec les ariens ; un passage
de l'Histoire ecclésiastique de Socrate ; un de celle
de Théodore le Lecteur, et plusieurs anciens monuments
qui pouvaient servir d'éclaircissements à la difficulté
proposée. Après quoi, le concile ordonna aux sept
évêques de lire leur libelle de réunion à
l'Église catholique : ils le lurent. C'était
le même que celui qu'avait composé Basile d'Ancyre.
Le patriarche Taraise déclara que, leur foi étant
suffisamment connue par la lecture de ces libelles, ils seraient
reçus dans une autre session, s'il ne survenait d'autres
empêchements.
IIe Session.
Dans la seconde, qui fut tenue le vingt-sixième de septembre,
Grégoire, évêque de Néocésarée,
le même qui s'était trouvé à la tête
du faux concile de Constantinople, en 754, se présenta,
s'avoua coupable et demanda pardon. Taraise, après lui
avoir fait quelques reproches sur la conduite qu'il avait tenue
dans cette assemblée, le remit à la session suivante,
pour apporter son libelle d'abjuration. On lut ensuite la lettre
du pape Adrien à Constantin et à Irène, dans
laquelle il établissait le culte des images, prétendant
que l'Église romaine l'avait reçu par tradition
de saint Pierre ; mais parce qu'il y avait dans cette lettre
quelque reproche contre Taraise, surtout en ce qui regardait l'irrégularité
de son ordination et le titre d'évêque universel
qu'il s'attribuait de même que plusieurs de ses prédécesseurs,
on passa sous silence ces endroits pour ne pas donner lieu aux
hérétiques de résister à ce patriarche,
ni de contester l'autorité du concile. On lut aussi la
lettre du même pape à Taraise ; et les légats
ayant demandé s'il l'approuvait, il répondit que
dans l'une et l'autre lettre le pape expliquait clairement la
tradition de l'Église sur le culte des images ; qu'il
avait lui-même examiné ce que les Écritures
enseignaient sur cet article, et qu'il était pleinement
persuadé que l'on doit adorer les images d'une affection
relative, en réservant à Dieu seul le culte de latrie.
Tout le concile approuva cette déclaration et les lettres
du pape.
IIIe Session.
La troisième se tint deux jours après, c'est-à-dire
le vingt-huit septembre 787. Grégoire de Néocésarée
y lut sa confession de foi, qui était semblable aux autres.
Mais parce qu'il courait un bruit qu'il était du nombre
des évêques qui, pendant la persécution, avaient
maltraité les fidèles, il fut interrogé sur
ce sujet ; et comme il assura qu'il n'avait maltraité
personne, le concile consentit à ce qu'il reprît
sa place. On fit la même grâce aux six évêques
qui s'étaient présentés à la première
session. Après quoi on fit la lecture de la lettre de Taraise
aux Orientaux, dans laquelle, outre la confession de foi sur la
Trinité et l'Incarnation, il se déclarait nettement
pour le culte des images et la réponse que les évêques
d'Orient avaient faite à cette lettre. Ils y déclaraient,
au nom des trois sièges apostoliques d'Orient, qu'ils recevaient
les six conciles cuméniques et rejetaient celui qu'on
nommait le septième, c'est-à-dire le faux concile
de Constantinople, tenu en 754. Ils ajoutaient que l'absence des
trois patriarches d'Orient et des évêques de leur
dépendance ne devait pas leur faire de peine, ni empêcher
le concile de s'assembler, puisqu'il n'était pas en leur
pouvoir de s'y rendre, à cause de la tyrannie des Arabes
à qui ils obéissaient ; qu'ils n'avaient pas
assisté pour la même raison au sixième concile
cuménique, qui, toutefois n'en avait souffert aucun
préjudice, et n'en avait pas moins fortement établi
les vrais dogmes de la piété ; vu principalement
que le très-saint pape y consentait et s'y trouvait par
ses légats. Ces paroles sont remarquables dans la bouche
des Orientaux, qui n'avaient point d'intérêt à
flatter l'Église romaine. A cette lettre les évêques
d'Orient ajoutèrent la copie de la lettre synodique de
Théodore, patriarche de Jérusalem, adressée,
selon la coutume, aux patriarches d'Alexandrie et d'Antioche.
On en fit aussi la lecture, et l'on vit qu'il admettait les six
conciles cuméniques, sans en reconnaître d'autres ;
et qu'il recevait les traditions de l'Église touchant la
vénération des saints, de leurs reliques et de leurs
images. Les légats du pape déclarèrent qu'ils
approuvaient ces deux lettres, comme conformes à celles
de Taraise et d'Adrien, et rendirent grâces à Dieu
de ce que les Orientaux tenaient pour la foi orthodoxe touchant
les images.
IVe Session.
- Dans la quatrième session, qui fut tenue le premier jour
d'octobre 787, le patriarche Taraise ayant fait apporter les livres
des Pères, pour montrer la tradition de l'Église
sur les images, on commença par les passages de l'Écriture
touchant les chérubins qui couvraient l'arche d'alliance,
et qui ornaient l'intérieur du temple ; puis, on lut
un passage de saint Chrysostome, où il est parlé
des images de saint Mélèce, que les fidèles
portaient avec eux, et faisaient peindre dans les chambres où
ils couchaient, et un autre où ce Père dit qu'il
avait regardé avec plaisir une image sur laquelle on représentait
un ange mettant en fuite des troupes de barbares ; un de
saint Grégoire de Nysse, où il dit qu'il avait vu
souvent, et toujours en versant des larmes, la peinture du sacrifice
d'Abraham ; un de saint Astère d'Amasée, où
il faisait la description d'un tableau qui représentait
le martyre de sainte Euphémie ; un de saint Cyrille,
un de saint Grégoire de Nazianze, un de la vie de saint
Anastase, Persan, et un autre de ses miracles. Sur cela, les légats
du pape dirent que l'image de saint Anastase se voyait encore
à Rome, dans un monastère, avec son précieux
chef. Le passage tiré du recueil des miracles de saint
Anastase montrait que Dieu opérait des guérisons
miraculeuses par les images ; et pour en donner de nouvelles
preuves, on lut un discours attribué à saint Athanase,
où l'on fait le récit d'un miracle arrivé
à Béryte, sur une image de Jésus-Christ,
percée par des juifs, d'où il sortit du sang qui
guérit plusieurs malades. On convient aujourd'hui que ce
discours n'est point de saint Athanase, et qu'il est plutôt
d'un évêque de même nom, en Syrie. Le concile
allégua encore d'autres pièces attribuées
à des écrivains de qui elles n'étaient pas ;
mais cela ne fait rien contre l'autorité de ses décisions,
puisqu'elles sont suffisamment appuyées de pièces
véritables et authentiques, et que, quoiqu'il se soit trompé
dans l'attribution de certains écrits, il ne laisse pas
d'être vrai que ceux qui en sont les auteurs n'avaient point
d'autre doctrine sur le culte des images que celle de l'Église.
Tout ce que l'on peut donc reprocher aux évêques
de Nicée, c'est de n'avoir pas été assez
versés dans la critique. Le concile fit lire encore beaucoup
d'autres discours et d'autres lettres des anciens, entre autres
de saint Nil et de saint Maxime. Il était dit dans les
actes de ce dernier que lui et les évêques monothélites
qui l'étaient venus trouver se mirent à genoux devant
les Évangiles, la croix et les images de Jésus-Christ
et de la sainte Vierge, les saluèrent et les touchèrent
de la main, pour confirmer ce dont ils étaient convenus
ensemble. Sur quoi Constantin, évêque de Chypre,
dit que ce salut était une adoration, puisqu'il s'adressait
aux Évangiles, à la croix et aux images tout ensemble.
Mais le patriarche Taraise reprit qu'il fallait mettre les vénérables
images au rang des vases sacrés, et le concile ajouta :
Cela est évident. Le concile in Trullo avait ordonné,
par son quatre-vingt-deuxième canon, de peindre Jésus-Christ
en sa forme humaine. Ce canon fut lu dans un papier qui était
l'original même, et ensuite dans un livre où il avait
été transcrit avec les autres. Taraise, prenant
la parole, dit que l'on contestait sans raison ces canons au sixième
concile, puisqu'ils avaient été faits par les mêmes
évêques, quoique en différents temps, c'est-à-dire
à quatre ou cinq ans de distance. C'était une erreur
de fait. Le sixième concile avait fini au mois de septembre
681, et celui du Trulle ne se tint que onze ans après,
en 692. Les évêques de ces deux conciles ne furent
pas non plus les mêmes, comme on peut s'en convaincre par
les souscriptions. Mais comme il y en avait beaucoup qui avaient
assisté à l'un et à l'autre, la réflexion
de Taraise pouvait avoir lieu. Le passage de Léonce, évêque
de Néopolis en Chypre, qui fut lu ensuite, à la
requête des légats, établit clairement le
culte extérieur des images, et rejette tous les mauvais
sens que l'on pourrait y donner, montrant que ce culte est absolument
différent de celui que nous rendons à Dieu ;
qu'il ne se rapporte pas précisément à l'image,
mais à la chose qu'elle représente ; comme
l'honneur que nous rendons à l'image de l'empereur n'est
point relatif à l'image même, mais à l'empereur
qui y est représenté.
" Le patriarche Jacob baisa la tunique
de Joseph, non par amour ou par honneur pour ce vêtement,
mais pour Joseph, qu'il croyait tenir entre ses mains en baisant
sa tunique. De même tous les chrétiens, en saluant
l'image de Jésus-Christ, ou des apôtres ou des martyrs,
rapportent ce salut à Jésus-Christ même, aux
apôtres, aux martyrs, comme s'ils les avaient présents
devant leurs yeux : c'est l'intention que l'on doit regarder
dans le salut et dans l'adoration. Si vous m'accusez d'idolâtrie
parce que j'adore la croix du Sauveur, pourquoi n'en accusez-vous
pas Jacob qui adora le haut du bâton de Joseph ? "
Dans le même passage, Léonce confirmait le culte
des images par divers miracles opérés, ou par les
reliques des martyrs, ou par les images ; on cita plusieurs
ouvrages de cet auteur, qui rendaient témoignage de son
orthodoxie ; puis on lut quelques endroits des écrits
d'Anastase, évêque d'Antioche, où il distinguait
clairement l'adoration que nous rendons aux hommes et aux saints
anges, d'avec celle que nous rendons à Dieu.
L'adoration que l'on rend aux saints n'est
qu'une marque d'honneur ; celle qu'on rend à Dieu
est un culte de latrie ou de service, qui n'est dû qu'à
lui, selon que le dit Moïse : Vous adorerez le Seigneur
votre Dieu, et vous le servirez lui seul.
Les autres passages que l'on allégua
étaient tirés des écrits de saint Sophrone
de Jérusalem, ou plutôt de Jean Mosch, de Théodoret
dans la vie de saint Siméon Stylite, de celle de saint
Jean le Jeûneur, de sainte Marie d'Égypte, des actes
du martyre de saint Procope, et de saint Théodore Sicéote.
On y joignit la lettre de Grégoire II à saint Germain
de Constantinople, et trois de ce patriarche, dont nous avons
parlé plus haut. Sur quoi le concile s'écria :
" La doctrine des Pères nous a corrigés ;
nous y avons puisé la vérité : en les
suivant, nous avons poursuivi le mensonge ; instruits par
eux, nous saluons les images. Anathème à qui ne
les honore pas. " Ensuite Euthymius, évêque
de Sardes, lut au nom du concile une confession de foi, à
laquelle tous les évêques souscrivirent, les légats
du pape les premiers. L'article qui regarde les images est conçu
en ces termes : " Nous recevons la figure de la
croix précieuse et vivifiante, les reliques des saints
et leurs images ; nous les embrassons et les saluons, suivant
l'ancienne tradition de l'Église de Dieu, c'est-à-dire,
de nos saints Pères qui les ont reçues, et qui ont
ordonné qu'elles fussent mises dans toutes les églises
et dans tous les lieux où Dieu est servi. Nous les honorons
et adorons ; savoir, celle de Jésus-Christ, de sa
sainte mère et des anges, qui, quoique incorporels, ont
néanmoins apparu comme hommes aux justes ; celles
des apôtres, des prophètes, des martyrs et des autres
saints, parce que leurs images nous rappellent leur souvenir,
et nous rendent participants en quelque manière de leur
sainteté. "
Ve Session.
- La cinquième session, qui est du quatrième d'octobre
787, fut employée à montrer, par la lecture de plusieurs
pièces, que les iconoclastes n'avaient fait qu'imiter les
Juifs, les Sarrasins, les païens, les manichéens,
et quelques autres hérétiques. Saint Cyrille de
Jérusalem compte entre les crimes de Nabuchodonosor, d'avoir
enlevé les chérubins de l'arche. Il est dit dans
une lettre de saint Siméon Stylite le jeune, que les Sarrasins
profanèrent les images de Jésus-Christ, et de sa
très-sainte mère. Jean, évêque de Thessalonique,
enseigne dans l'un de ses discours que l'on peignait dans les
églises les images des saints, et que ce n'étaient
point les images que les chrétiens adoraient, mais ce qu'elles
représentent ; qu'ils ne les adoraient pas comme des
dieux, mais comme les serviteurs et les amis de Dieu, et que s'ils
peignaient les anges sous des figures humaines, c'était
parce qu'ils ont souvent apparu sous cette forme à ceux
à qui Dieu les a envoyés. L'auteur de la Dispute
entre un juif et un chrétien dit qu'en adorant les images
qui représentent les combats et les victoires des saints,
nous invoquons et louons le Dieu de ces saints, qui leur a donné
la patience et les a rendus dignes de son royaume ; en lui
demandant en même temps de nous faire participants de leur
gloire, et de nous sauver par leurs prières. On lut quelque
chose d'un livre apocryphe, intitulé : Les Voyages
des Apôtres ; et quoiqu'il fût favorable
au culte des images, le concile défendit de le transcrire,
et le condamna au feu. Ce que l'on cita d'Eusèbe de Césarée
servit plus à flétrir sa mémoire qu'à
établir le culte des images. Le passage cité de
l'histoire d'un nommé Jean, appelé le Séparé,
marquait que Xénaïas l'Iconoclaste traitait d'idole
et d'invention puérile la colombe que l'on peignait pour
représenter le Saint-Esprit, parce qu'en effet il s'était
fait voir sous la forme d'une colombe, ainsi qu'il est dit dans
l'Évangile. A ces passages on en ajouta de la vie de saint
Sabas, des écrits de Jean de Gabale et de Constantin, trésorier
de la grande église de Constantinople. Ce dernier soutient
qu'on ne doit point faire d'images de la divinité, mais
qu'on peut en faire de l'humanité de Jésus-Christ.
Il fut ensuite prouvé que les hérétiques
iconoclastes avaient brûlé plusieurs livres de la
grande église de Constantinople où il était
parlé des images ; qu'en d'autres ils avaient coupé
les feuilles qui traitaient de la même matière ;
et le moine Étienne montra un livre où ils avaient
effacé de l'histoire ecclésiastique d'Evagre, l'endroit
où il parle de l'image de Jésus-Christ envoyée
à Abgare d'Édesse. Grégoire, prêtre
et abbé, dit qu'il en avait un exemplaire, et offrit d'en
faire la lecture : ce qui fut accordé. Le moine Étienne,
garde des livres, offrit aussi de lire plusieurs passages ;
mais on se contenta de trois ; et le concile jugeant que
l'on avait démontré suffisamment la tradition de
l'Église sur le culte des images, demanda que Jean, légat
d'Orient, lût un mémoire qui contenait l'histoire
du juif qui persuada au calife Yézide de faire ôter
les images, comme on l'a dit plus haut. L'évêque
de Messine dit qu'il était enfant en Syrie, lorsque le
calife fit détruire les images. La conclusion de cette
session fut que les saintes images seraient remises à leur
place ; qu'on les porterait en procession ; que l'on
en placerait une au milieu de l'assemblée ; qu'elle
y serait saluée, et que tous les écrits des iconoclastes
seraient jetés au feu.
VIe Session.
- Le sixième d'octobre, jour où se tint la sixième
session, le concile s'occupa à lire la réfutation
de la définition de foi faite par les iconoclastes en 756.
Cette réfutation a été divisée en
six tomes. Jean, diacre de l'église de Constantinople,
fut chargé d'en commencer la lecture, et le diacre Épiphane
de la continuer. Grégoire, évêque de Néocésarée,
l'un des chefs de l'assemblée des iconoclastes, lut la
définition de foi qui avait été dressée.
La première chose que l'on attaqua dans cette définition,
fut le titre de concile septième cuménique
que les iconoclastes donnaient à leur assemblée.
" Comment, dit la réfutation, peut-on appeler
cuménique un concile qui n'a été ni
reçu ni approuvé, mais au contraire anathématisé
par les évêques des autres Églises ;
auquel le pape qui gouvernait alors l'Église romaine n'a
concouru, ni par lui-même, ni par les évêques
qui sont près de lui, ni par ses légats, ni par
une lettre circulaire, suivant la loi ordinaire des conciles ;
auquel les patriarches d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem,
n'ont donné de consentement ni par eux-mêmes, ni
par leurs députés, ni par les grands évêques
de leurs provinces ? " La définition disait
que Jésus-Christ nous a délivrés de l'erreur
et du culte des idoles, en nous enseignant l'adoration en esprit
et en vérité. La réfutation répond :
" Comment donc ceux qui croient en lui sont-ils retombés
dans l'idolâtrie ? Dieu incarné nous a rachetés,
et nous sommes réduits une seconde fois à la captivité ?
II n'en est pas de Jésus-Christ comme des rois de la terre,
qui sont tantôt victorieux et tantôt vaincus ;
sa victoire est éternelle : d'où il suit que
l'on ne peut accuser d'idolâtrie l'Église entière,
sans faire injure à Jésus-Christ. " Il
était dit dans la définition que les six conciles
cuméniques avaient conservé la beauté
de l'Église sans aucune diminution. On répond dans
la réfutation qu'il n'y a eu que soixante-dix ans depuis
le sixième concile jusqu'au conciliabule des iconoclastes,
et que l'usage des images étant beaucoup plus ancien que
le sixième concile, il est visible qu'il ne s'est pas introduit
dans cet intervalle. Les iconoclastes accusaient ceux qui adorent
les images d'établir tout ensemble les deux hérésies
de Nestorius et d'Eutychès ; ce qui était toutefois
impossible, puisqu'elles sont directement opposées. A cela
on répond que l'image de Jésus-Christ ne le représente
que selon la nature par laquelle il a été visible,
que l'image n'a que son nom, et non sa substance ; qu'ainsi
les catholiques, en faisant peindre Jésus-Christ, ne divinisent
pas pour cela les deux natures ; puisque l'image de l'humanité
rappelle en nous l'idée de Jésus-Christ entier,
c'est-à-dire du Verbe incarné, comme l'image d'un
homme ordinaire rappelle l'idée de son âme avec celle
de son corps. En effet, tout homme de bon sens, en voyant l'image
d'un homme, ne s'est jamais imaginé que le peintre ait
séparé l'homme de son corps. L'objection la plus
intéressante est celle que les iconoclastes firent de l'eucharistie,
en disant qu'elle est la seule image de Jésus-Christ qui
soit permise. L'auteur de la réfutation répond qu'aucun
des apôtres ni des Pères n'a dit que le sacrifice
non sanglant fût l'image du corps de Jésus-Christ.
" Ce n'est point, dit-il, ce qu'ils avaient appris de
lui. Il ne leur a pas dit : Prenez, mangez l'image de mon
corps ; mais : Prenez et mangez : ceci est mon
corps. Il est donc démontré que ni le Seigneur,
ni les apôtres, ni les Pères, n'ont jamais dit que
le sacrifice non sanglant qui est offert par les prêtres,
soit une image de Jésus-Christ ; mais ils ont dit
au contraire que c'est son propre corps et son propre sang. Il
est vrai que quelques Pères, par un sentiment de piété,
ont cru pouvoir nommer les choses offertes, avant qu'elles fussent
consacrées, antitypes, c'est-à-dire, des
figures et des images qui représentent ces choses. De ce
nombre ont été saint Eustathe, le puissant adversaire
des ariens, et saint Basile. L'un d'eux, savoir saint Eustathe,
expliquant ces paroles des Proverbes de Salomon : Mangez
mon pain et buvez le vin que j'ai mêlé d'eau pour
vous ; dit qu'elles marquent par le pain et le vin les
antitypes des membres de Jésus-Christ, et l'autre, c'est-à-dire
saint Basile, puisant dans la même source, parle ainsi de
l'oblation du Seigneur : " Ô Dieu !
nous approchons avec confiance de l'autel sacré, et en
vous présentant les antitypes du saint corps et du sang
de votre Christ, nous vous prions et vous invoquons. "
Ce qui suit dans la liturgie qui porte le nom de ce Père
fait voir encore plus clairement sa pensée, et de quelle
manière ces choses ont été appelées
antitypes avant la consécration. Car, après la consécration
ils sont nommés le propre corps et le propre sang de Jésus-Christ ;
parce qu'ils le sont en effet, et qu'on les croit tels. Mais les
iconoclastes voulant détourner nos yeux des sacrées
images, en ont introduit une autre, qui n'est pas une image, mais
le corps et le sang de notre Sauveur. Ce que dit la réfutation,
qu'aucun des Pères n'a jamais donné à l'eucharistie
le nom d'image n'est pas exact : il y en a qui l'ont appelée
image, d'autres symbole, et quelques-uns signe
et sacrement ; mais peut-être l'entendait-elle
d'une image ordinaire, et qui ne fait que représenter l'original,
sans le contenir. Quant à ce que ces hérétiques
objectaient, que l'on n'avait point dans l'Église de prières
particulières, ni aucunes cérémonies, pour
la consécration des images, on répond qu'il y a
beaucoup d'autres choses parmi les chrétiens, qui sont
saintes par leur nom seul, sans consécration ni prières :
telle est la figure de la croix que nous adorons, et dont nous
marquons le signe sur notre front, ou en l'air avec le doigt,
pour chasser les démons. Il en est de même des images :
nous les honorons à cause du nom qu'elles portent, et de
ce qu'elles représentent. Nous saluons aussi, et nous embrassons
les vases sacrés, quoiqu'ils n'aient reçu aucune
bénédiction, dans l'espérance de recevoir
quelque sanctification en les baisant. " Les Grecs,
encore aujourd'hui, ne bénissent ni les croix, ni les images,
ni les vases sacrés. Les iconoclastes alléguaient
plusieurs autorités, tant de l'Écriture que des
Pères, contre le culte des images. Parmi les passages des
Pères, il y en avait de saint Épiphane, de saint
Grégoire de Nazianze, de saint Basile, de saint Athanase,
de saint Amphiloque et de Théodote d'Ancyre. L'auteur de
la réfutation répond à tout, en montrant,
ou que ces passages ne sont que contre le culte des idoles, ou
qu'ils sont tirés d'ouvrages supposés. Ensuite il
fait voir qu'il y a contradiction dans le décret du concile
des iconoclastes, en ce qu'après avoir condamné
généralement les images que l'on mettait dans les
églises, ils les laissaient sur des vases et des ornements,
avec défense d'y toucher pour les convertir à des
usages profanes. Comme ils avaient dit anathème à
saint Germain, patriarche de Constantinople ; à saint
Georges, évêque de Chypre, et à saint Jean
Damascène, et qu'ils les avaient déposés,
les Pères de Nicée font l'éloge de ces trois
saints personnages, en les faisant passer pour des lumières
de l'Église : ils s'étendent davantage sur
saint Jean Damascène, parce que les iconoclastes l'avaient
appelé par dérision Mansure.
VIIe Session.
- On lut dans la septième session, qui est du 13 d'octobre
787, la confession de foi du concile, et les deux décrets
touchant les images. La confession n'est autre chose que le symbole
de Nicée ; mais il est suivi d'anathèmes contre
les hérétiques qui se sont depuis élevés
dans l'Église ; en particulier, contre Nestorius,
Eutychès, Dioscore, Sévère, Pierre et leurs
sectateurs. On anathématisa encore les fauteurs d'Origène,
d'Evagre et de Didyme, Sergius, Honorius, Cyrus et les autres
qui n'ont point reconnu deux volontés et deux opérations
en Jésus-Christ. Vient ensuite le décret touchant
les images, qui est conçu en ces termes : " Ayant
employé tout le soin et l'exactitude possible, nous décidons
que les saintes images, soit de couleur, soit de pièces
de rapport, ou de quelque autre matière convenable, doivent
être exposées, comme la figure de la croix de Notre-Seigneur
Jésus-Christ, tant dans les églises, sur les vases
et les habits sacrés, sur les murailles et les planches,
que dans les maisons et dans les chemins : c'est à
savoir l'image de Jésus-Christ, de sa sainte mère,
des anges et de tous les saints ; car plus on les voit souvent
dans leurs images, plus ceux qui les regardent sont excités
au souvenir et à l'affection des originaux. On doit rendre
à ces images le salut et l'adoration d'honneur, non la
véritable latrie que demande notre foi, et qui ne convient
qu'à la nature divine. Mais on approchera de ces images
l'encens et le luminaire, comme on en use à l'égard
de la croix, des Évangiles et des autres choses sacrées ;
le tout suivant la pieuse coutume des anciens : car l'honneur
de l'image passe à l'original ; et celui qui adore
l'image adore le sujet qu'elle représente. Telle est la
doctrine des saints Pères, et la tradition de l'Église
catholique, répandue partout. Nous suivons ainsi le précepte
de saint Paul, en retenant les traditions que nous avons reçues.
Ceux donc qui osent penser ou enseigner autrement ; qui abolissent,
comme les hérétiques, les traditions de l'Église ;
qui introduisent des nouveautés, qui ôtent quelque
chose de ce que l'on conserve dans l'église, l'Évangile,
la croix, les images, ou les reliques des saints martyrs ;
qui profanent les vases sacrés, ou les vénérables
monastères : nous ordonnons qu'ils soient déposés,
s'ils sont évêques ou clercs ; et excommuniés,
s'ils sont moines ou laïques. " Les légats
et tous les évêques du concile, au nombre de trois
cent cinq, y compris quelques prêtres et quelques diacres
pour les évêques absents, souscrivirent à
ce décret. Après qu'on en eut fait la lecture, on
dit anathème au concile de Constantinople assemblé
contre les images, et à quelques évêques en
particulier, qui étaient regardés comme les principaux
fauteurs des iconoclastes : au contraire, le concile fit
des acclamations pour la mémoire éternelle de saint
Germain de Constantinople, de saint Damascène et de saint
Georges de Chypre.
Il y a plusieurs observations à faire
sur le décret de ce concile : la première qu'il
n'y est pas fait mention de statues, mais seulement de peintures
plates. Il est certain néanmoins que les Grecs avaient,
dès le neuvième siècle, des statues dans
leurs églises. Cela se voit par la lettre des empereurs
Michel et Théophile à Louis Auguste, où ils
se plaignent de ce que quelques-uns mettaient le corps du Seigneur
entre les mains des images pour recevoir d'elles la communion :
cela ne peut s'entendre des images peintes, mais seulement des
images faites en relief. Il y en avait donc alors de ce genre.
Saint Damascène, qui écrivait avant ce concile,
parle de statues élevées en l'honneur des saints :
mais, ou il n'y en avait pas encore du temps de ce concile dans
les églises, ou elles étaient si rares, qu'on ne
crut pas devoir en parler. Au sixième siècle, l'empereur
Justinien ayant bâti l'église de Sainte-Sophie, n'y
mit que des images ou peintes ou sculptées sur des tables
d'argent : ce qui ne faisait pas une grande différence
d'avec les images peintes ou faites à la mosaïque.
La seconde observation est que le concile ne décida rien
sur les images de la sainte Trinité, ou du Père
ou du Saint-Esprit, parce qu'on n'avait pas alors coutume de les
peindre. La troisième, que le culte des images de Jésus-Christ
et des saints, établi par ce décret, n'est point
un culte absolu, mais relatif ; c'est-à-dire, qui
se rapporte, non à l'image même, mais au sujet qu'elle
représente. La quatrième, que l'adoration extérieure
que l'on rend à la croix, n'est pas un culte de latrie,
mais simplement une adoration d'honneur que nous lui rendons en
la baisant, et en nous prosternant devant elle, dans le souvenir
que c'est par elle que Jésus-Christ nous a rachetés.
Les évêques de France s'accordaient en ce point avec
ceux de ce concile, lorsqu'ils disaient que, suivant la tradition
des saints Pères, on honore, on adore la croix, mais non
pas d'un culte et d'une adoration qui appartient à la Divinité
seule.
Après la signature du décret
touchant les images, on écrivit deux lettres au nom de
Taraise et de tout le concile ; l'une à l'empereur
et à l'impératrice, l'autre au clergé de
Constantinople, pour les instruire de ce qui s'était passé.
La lettre à l'empereur contient un précis de ce
que les iconoclastes avaient fait pour la destruction des images,
et les anathèmes prononcés contre eux et contre
les autres hérétiques. Ensuite elle explique le
mot d'adoration, et fait voir qu'adorer et saluer sont deux termes
synonymes. Il est dit dans le premier livre des Rois que David,
se prosternant le visage, adora trois fois Jonathas, et le baisa,
et dans l'Épître aux Hébreux, que Jacob adora
le haut du bâton de Joseph. On trouve dans saint Grégoire
le Théologien de semblables expressions : Honorez,
dit-il, Bethléem, et adorez la crèche. Quand donc
nous saluons la croix, ajoutent les Pères du concile, et
que nous chantons : " Nous adorons la croix, Seigneur,
et nous adorons la lance qui a percé votre côté ; "
ce n'est qu'un salut, comme il paraît en ce que nous les
touchons de nos lèvres. Ensuite ils distinguent les divers
sens du mot d'adoration. Il y a une adoration mêlée
d'honneur, d'amour et de crainte : telle est l'adoration
que l'on rend à l'empereur. Il y en a une de crainte seule :
comme quand Jacob adora Esaü. Il y en a une troisième
qui est d'actions de grâces ; comme quand Abraham adora
les enfants de Heth, qui lui avaient accordé une place
pour la sépulture de Sara. Il y en a une quatrième
que l'on rend aux puissances de qui on espère quelques
bienfaits ; et ce fut en pareille occasion que Jacob adora
Pharaon. Mais l'Écriture voulant nous instruire, dit :
Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et le serviras lui seul.
Elle met l'adoration indéfiniment, comme un terme équivoque
qui peut convenir à d'autres et avoir plusieurs significations :
mais elle restreint à lui seul le service que nous ne rendons
qu'à lui, et que nous appelons latrie. Il est dit sur la
fin de cette lettre que les évêques y avaient joint
quelques passages des Pères, pour convaincre l'empereur
que le concile n'avait rien décidé que conformément
à leur doctrine. - La lettre au clergé de Constantinople
dit eu substance la même chose que la précédente.
L'empereur et l'impératrice ayant reçu
la lettre du concile, ne crurent pas devoir le laisser se séparer
sans y avoir assisté eux-mêmes en personne. Ils écrivirent
donc au patriarche Taraise d'amener tous les évêques
à Constantinople, et marquèrent pour le jour de
l'assemblée le vingt-troisième d'octobre de la même
année 787. Elle se tint dans le palais de Magname. Les
saints Évangiles étant placés au milieu de
la salle, Irène s'assit à la première place
avec son fils, et ils invitèrent le patriarche à
parler. Ils parlèrent eux-mêmes au concile avec beaucoup
de douceur et d'éloquence : et après que les
évêques leur eurent répondu par de grandes
acclamations, l'empereur et l'impératrice firent lire la
définition de foi à haute voix, afin qu'elle fût
entendue même du peuple qui était présent.
Le diacre Côme en ayant fait la lecture, les princes demandèrent
si elle avait été publiée du consentement
unanime de tous les évêques. Ils le témoignèrent
en diverses manières, disant qu'elle contenait la foi des
apôtres, des Pères et de tous les orthodoxes. A quoi
ils ajoutèrent des anathèmes contre les principaux
iconoclastes. Taraise présenta à l'empereur et à
l'impératrice le tome où la définition de
foi était écrite, les priant d'y souscrire. Irène
souscrivit la première, et ensuite Constantin son fils,
après quoi ils demandèrent la lecture des passages
des Pères qu'on avait lus à Nicée, insérés
dans la quatrième session, savoir, du panégyrique
de saint Mélèce, de celui de sainte Euphémie,
du traité de Jean de Thessalonique contre les païens,
de la lettre de saint Siméon Stylite à l'empereur
Justin, de celle de saint Nil à Olympiodore, et le quatre-vingt-deuxième
canon du sixième concile cuménique, ou plutôt
du concile du Trulle. Tous les assistants en ayant entendu la
lecture, parurent touchés et persuadés de la vérité.
Les évêques firent plusieurs acclamations qui furent
suivies de celles du peuple, car la salle en était remplie,
de même que de gens de guerre. Ainsi finit le second concile
de Nicée, septième cuménique. Ce concile
fit les vingt-deux canons suivants pour le rétablissement
de la discipline de l'Église.
1. On confirme les anciens canons, et on en
recommande l'observation ; savoir, ceux des apôtres,
ceux des six conciles généraux, et enfin ceux des
conciles particuliers. On veut de plus qu'on anathématise
ceux qui sont anathématisés dans ces canons ;
que l'on dépose ceux qui y sont déposés,
et qu'on mette en pénitence ceux qu'ils ordonnent d'y être
mis.
Ce canon n'est point reçu de l'Église
romaine, puisqu'elle ne regarde comme authentiques que les cinquante
premiers canons de ceux qu'on attribue aux apôtres ;
qu'elle n'a point approuvé ceux du concile de Constantinople,
ni le vingt-huitième du concile de Chalcédoine,
non plus que ceux du concile Quinisexte.
2. On examinera si celui que l'on veut élever
à l'épiscopat sait le psautier, s'il est résolu
de s'appliquer à la lecture des canons et de l'Écriture
sainte, d'y conformer sa vie, et les instructions qu'il doit donner
au peuple.
3. On déclare nulles toutes les élections
d'évêques, de prêtres ou de diacres faites
par des princes ; et, à l'égard des évêques,
on veut qu'ils soient élus et ordonnés par tous
les évêques de la province, ou au moins par trois
évêques, si la longueur du chemin, ou quelque autre
nécessité, n'en permet pas davantage.
4. " Défense aux évêques
d'exiger de l'or, de l'argent, ou quelque autre chose que ce soit,
des évêques, ou des clercs, ou des moines soumis
à leur juridiction ; d'interdire quelqu'un de ses
fonctions, ou de le séparer par passion, ou de fermer une
église, pour empêcher que l'office divin ne s'y fasse :
le tout, sous peine d'être traités comme ils auront
traité les autres. "
5. On veut qu'on mette au dernier rang les
ecclésiastiques qui tiraient vanité des présents
qu'ils avaient faits à l'église à l'occasion
de leur ordination, et méprisaient ceux qui n'avaient rien
donné : en cas de récidive, ils subiront une
plus grande pénitence. Le même canon renouvelle les
peines décernées si souvent contre les simoniaques.
6. On tiendra chaque année des conciles
provinciaux, sous peine d'excommunication pour les princes qui
voudront les empêcher, et de peines canoniques pour les
métropolitains qui négligeront de s'y trouver.
7. On mettra des reliques dans toutes les
églises où il n'y en a pas, et les évêques
n'en consacreront aucune sans reliques des martyrs, sous peine
de déposition.
8. " Défense d'admettre,
soit à la communion, soit à la prière, soit
à l'église, les juifs qui, après avoir été
baptisés, exercent leur religion en secret. On défend
aussi de baptiser leurs enfants et d'acheter leurs esclaves. Si
toutefois quelqu'un d'eux se convertit sincèrement, on
pourra le baptiser lui et ses enfants. "
Ce canon est contre certains Juifs qui faisaient
semblant de se convertir, et de professer la religion chrétienne ;
mais qui en secret judaïsaient, observant le sabbat et les
autres cérémonies juives.
9. On ordonne de porter au palais épiscopal
de Constantinople tous les livres des iconoclastes, pour y être
gardés avec les autres livres des hérétiques ;
et l'on défend à qui que ce soit de les cacher,
sous peine de déposition si ce sont des évêques,
des prêtres ou des diacres ; et sous peine d'excommunication,
si c'est un moine ou un laïque.
10. " Défense de recevoir
des clercs étrangers pour dire la messe dans les oratoires
particuliers, sans la permission de leur propre évêque,
ou du patriarche de Constantinople ; et, à l'égard
de ceux qui ont permission de demeurer auprès des grands
de cette ville, ils ne se chargeront d'aucune affaire temporelle,
mais uniquement de l'instruction des enfants ou des domestiques,
et du soin de leur lire l'Écriture sainte. "
11. " Chaque église aura
son économe ; et si quelqu'une en manque, le métropolitain
sera chargé d'en donner aux évêques, et le
patriarche aux métropolitains. On observera la même
chose dans les monastères. "
12. " Défense, sous peine
de nullité, aux évêques et aux abbés,
de vendre ou de donner aux princes, ou à d'autres personnes,
les biens de leur église ou de leur monastère. "
Il était arrivé, pendant les
troubles causés par les iconoclastes, que l'on avait converti
en hôtelleries et à des usages profanes, les maisons
épiscopales et les monastères. C'est la matière
du treizième canon.
13. Il porte qu'on rétablira ces maisons
et ces monastères dans leur premier état, sous peine
d'excommunication ou de déposition contre les détenteurs.
14. " Aucun tonsuré ne lira
dans l'église sur l'ambon ou le jubé, sans avoir
reçu l'ordre de lecteur. Il en sera de même pour
les moines : l'abbé pourra toutefois ordonner un lecteur
dans son monastère par l'imposition des mains ; pourvu
qu'il soit prêtre lui-même, et qu'il ait reçu
de l'évêque l'imposition des mains, comme abbé.
Les chorévêques pourront aussi ordonner les lecteurs,
suivant l'ancienne coutume, par permission de l'évêque. "
On peut remarquer trois choses dans ce canon :
la première, que les Grecs donnaient la tonsure séparément
et sans aucun ordre que ce pût être ; la seconde,
que l'ordination des lecteurs se faisait par l'imposition des
mains seulement, et non pas en leur mettant le livre des Prophètes
entre les mains ; la troisième, que les abbés
avaient le pouvoir de faire des lecteurs pour leurs monastères,
du moins avec la permission de l'évêque, et de conférer
par conséquent les ordres moindres.
15. " Un clerc ne sera pas inscrit
dans deux églises différentes, si ce n'est à
la campagne, où l'on pourra lui permettre de servir deux
églises pour la rareté des habitants. Quant à
celui qui dessert une église de la ville, et qui ne reçoit
pas suffisamment pour vivre, il doit choisir une profession qui
lui aide à subsister, selon qu'il est dit de saint Paul,
Act. XX, 34 : Vous savez que ces mains ont fourni
à ce qui m'était nécessaire, et à
ceux qui étaient avec moi. "
16. On défend à tous les clercs,
sans exception, les habits magnifiques et les étoffes de
soie bigarrées, et l'usage des huiles parfumées ;
et, parce qu'il y en avait qui se moquaient de ceux qui s'habillaient
modestement, le canon veut qu'on les punisse. Il remarque qu'autrefois
toutes les personnes consacrées à Dieu s'habillaient
simplement et modestement : tout habit que l'on ne prend
pas pour la nécessité, mais pour la beauté,
jette un soupçon d'orgueil et de vanité, selon que
le dit saint Basile.
17. On défend d'entreprendre de faire
bâtir des oratoires ou des chapelles, sans avoir des fonds
suffisants pour les achever ; et l'on ordonne aux évêques
d'empêcher ces sortes de bâtiments.
Ce canon regarde principalement les moines
qui abandonnaient leurs monastères et en voulaient faire
construire d'autres, afin d'avoir l'honneur du commandement et
de la supériorité.
18. " Défense aux femmes,
soit libres, soit esclaves, d'habiter dans les maisons épiscopales
ou dans les monastères. "
19. On ne prendra rien pour les ordres ni
pour la réception dans les monastères, sous peine
de déposition pour les évêques, et les abbés
qui sont prêtres ; et, à l'égard des
abbés qui ne sont pas prêtres, et des abbesses, sous
peine d'être chassés de leur monastère et
mis dans un autre. On pourra néanmoins recevoir ce que
les parents donnent pour dot, ou ce que le religieux apporte de
ses propres biens, à la charge que ce qui sera donné
demeurera au monastère, soit que celui qui y entre demeure,
ou qu'il en sorte (a), si ce n'est que le supérieur
soit cause de sa sortie.
(a) Cette disposition du second
concile de Nicée paraît difficile à concilier
avec le chapitre XVI du décret de réformation touchant
les réguliers, de la vingt-cinquième session du
concile de Trente : Præcipit sancta synodus... ut
abeuntibus ante professionem omnia restituantur quæ sua
erant. Le deuxième concile de Nicée n'a-t-il
voulu parler que des religieux qui sortiraient après la
profession, et qui en ce cas n'auraient aucun droit de réclamer
ce qu'ils auraient donné au monastère, ou bien,
la discipline de l'Église aurait-elle varié sur
cet article ?
20. Il défend, à l'avenir, les
monastères doubles d'hommes et de femmes ; mais il
consent à laisser subsister ceux qui sont déjà
fondés suivant la règle de saint Basile. Il défend
encore à un moine de coucher dans un monastère de
femmes, et de manger seul avec une religieuse.
21. " Les moines ne quitteront point
leur monastère pour passer en d'autres, et n'y seront point
reçus sans l'agrément de leur abbé. Il en
sera de même des religieuses. "
22. Il veut qu'on bannisse des festins des
chrétiens toutes sortes de chants et d'instruments de musique
qui portent à la lubricité. Il défend aussi
aux moines de manger seuls avec des femmes, si ce n'est que cela
soit nécessaire pour le bien spirituel de ces femmes, ou
qu'elles soient leurs parentes, ou qu'ils soient en voyage.
Le patriarche Taraise rendit compte, par une
lettre au pape Adrien, de ce qui s'était passé au
concile de Nicée ; et le pape Adrien l'approuva, et
le confirma. Il en envoya aussi des exemplaires, traduits en latin,
à Charlemagne et aux autres princes de l'Église
latine. Les évêques des Gaules refusèrent
de recevoir ce concile, pour plusieurs raisons : 1°
parce que les évêques d'Occident n'y avaient point
eu de part, qu'ils n'y avaient pas même été
appelés, et qu'il ne s'y était trouvé d'occidentaux
que les légats du pape ; 2° parce que ce concile
n'avait point été assemblé de toutes les
parties de l'Église, et que sa décision n'était
point conforme à celle de l'Église universelle ;
3° parce que l'usage des Gaules était, il est vrai,
d'avoir des images, mais non de leur rendre aucun culte, soit
relatif, soit absolu ; 4° à cause du mot d'adoration,
que le concile de Nicée avait employé, en parlant
du culte qui est dû aux images.
Les évêques portèrent ces raisons, avec leurs plaintes, à Charlemagne, qui donna commission à quelques-uns d'entre eux de faire un recueil de ce que les saints Pères ont dit sur ce sujet. Cette compilation parut trois ans après le concile, c'est-à-dire en 790, divisée en quatre livres ; c'est ce qu'on appelle Livres Carolins. Deux ans après, Charlemagne l'envoya, en tout ou en partie, au pape Adrien, par Angilbert abbé de Centulle, en le priant de répondre aux difficultés que les évêques des Gaules opposaient au décret du concile. Le pape y répondit article par article, et fit voir que les Pères de Nicée ne s'étaient point écartés de l'ancienne tradition de l'Église romaine. Ses réponses ne firent point changer de sentiment aux Églises de France, et les évêques de ce royaume donnèrent un décret tout contraire à celui de Nicée sur le culte des images, dans le concile de Francfort, tenu l'an 794. Ce ne fut que dans les dernières années du neuvième siècle, ou au commencement du dixième, que l'Église Gallicane se réunit avec les Grecs et le reste des Latins sur le culte des images. Labb., t. VIII.