Nicée I
Pape du concile

Contexte historique
Au début du IVᵉ siècle, le prêtre Arius d'Alexandrie enseignait que le Fils de Dieu était une créature, certes la plus élevée, mais qui n'avait pas toujours existé. Cette doctrine menaçait le cœur même de la foi chrétienne : si le Christ n'est pas véritablement Dieu, le salut de l'humanité est compromis. L'empereur Constantin, soucieux de l'unité de l'Empire et de l'Église, convoqua environ 300 évêques à Nicée pour trancher cette question fondamentale.
Enseignements principaux
- Divinité du Christ : Le concile affirma solennellement que le Fils est « consubstantiel » (homoousios) au Père, c'est-à-dire de même nature divine. Le Fils n'est pas une créature mais engendré éternellement par le Père. Cette affirmation est au cœur du Symbole de Nicée.
- Condamnation de l'arianisme : La doctrine d'Arius fut rejetée et anathématisée. Quiconque dit « il fut un temps où Il n'était pas » ou « il a été tiré du néant » est exclu de l'Église.
- Date de Pâques : Le concile fixa une règle commune pour la célébration de Pâques, le premier dimanche après la première pleine lune de printemps.
- Organisation ecclésiastique : Les 20 canons disciplinaires traitèrent de la structure ecclésiastique, confirmant la primauté d'honneur des sièges de Rome, Alexandrie et Antioche.
Textes clés
Le Symbole de Nicée (325)
Nous croyons en un seul Dieu, Père tout-puissant, Créateur de toutes les choses visibles et invisibles. Et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, engendré du Père, c'est-à-dire de la substance du Père, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré et non créé, consubstantiel au Père, par qui tout a été fait, ce qui est dans le ciel et ce qui est sur la terre ; qui pour nous les hommes et pour notre salut est descendu, s'est incarné, s'est fait homme, a souffert, est ressuscité le troisième jour, est monté aux cieux, et viendra juger les vivants et les morts. Et en l'Esprit Saint.
Quant à ceux qui disent : « Il fut un temps où il n'était pas » et « Avant de naître, il n'était pas » et « Il a été tiré du néant », ou qui déclarent que le Fils de Dieu est d'une autre substance ou essence, ou qu'il est soumis au changement ou à l'altération, l'Église catholique et apostolique les anathématise.
Déroulement du concile
Osius de retour auprès de Constantin,
le détrompa des impressions qu'on lui avait données
en faveur d'Arius, et lui conseilla d'assembler un autre concile,
où l'on fût plus en état de faire cesser les
divisions de l'Église d'Orient touchant l'arianisme et
la célébration de la fête de Pâques,
qu'on ne l'avait été dans celui d'Alexandrie. Saint
Alexandre lui donna le même conseil, et Rufin dit nettement
que ce prince en assembla un à Nicée de l'avis des
évêques. Il n'est pas moins certain que le pape saint
Sylvestre eut part à cette convocation, quoique ordinairement
on en fasse honneur à Constantin seul. Ce prince écrivit
donc de tous côtés aux évêques des lettres
très respectueuses, par lesquelles il les priait de se
rendre promptement à Nicée, métropole de
Bithynie. Il leur marquait le jour auquel ils devaient s'y trouver ;
et afin qu'ils le pussent commodément, il leur fit fournir
les voitures et tout ce qui était nécessaire pour
ce voyage, tant pour eux-mêmes que pour ceux qu'ils amèneraient
avec eux.
Le concile se tint sous le consulat de Paulin
et de Julien, le dix-neuvième jour de juin de l'an 325,
sur la fin de la dix-neuvième année du règne
de Constantin. Ceux qui tenaient le premier rang parmi les ministres
des Églises de l'Europe, de l'Afrique et de l'Asie, se
trouvèrent à cette assemblée. On y vit des
évêques et des prêtres de Syrie, de Cilicie,
de Phénicie, d'Arabie, de Palestine, d'Égypte, de
Thèbes, de Libye, de Mésopotamie, du Pont, de la
Galatie, de la Pamphylie, de la Cappadoce, de la Phrygie, de la
Thrace, de la Macédoine, de l'Achaïe , de l'Épire,
un de Perse, un de Scythie, un d'Espagne. L'évêque
de la ville impériale, c'est-à-dire de Rome, ne
put y venir à cause de son grand âge ; mais
il y envoya des légats. Le nombre des évêques
fut, selon saint Athanase, de 318. Celui des prêtres, des
diacres, des acolytes et d'autres personnes qui accompagnaient
les évêques, était infini. Les principaux
d'entre les évêques étaient Osius de Cordoue,
saint Alexandre d'Alexandrie, saint Eustathe d'Antioche, saint
Macaire de Jérusalem, Cécilien de Carthage, qui
fut le seul de l'Afrique présent à concile, saint
Paphnuce, évêque dans la haute Thébaïde,
saint Potamon d'Héraclée, tous deux du nombre des
confesseurs ; Euphration de Balanée dans la Syrie,
saint Paul de Néocésarée sur l'Euphrate,
à qui on avait brûlé les nerfs avec un fer
chaud dans la persécution de Licinius, saint Jacques de
Nisibe dans la Mésopotamie, saint Amphion d'Épiphanie,
qui avait aussi confessé Jésus-Christ dans les persécutions
précédentes, Léonce de Césarée
en Cappadoce, saint Basile d'Amasée , saint Mélèce
de Sébastopole, Longien de Néocésarée,
saint Hypace de Gangres en Paphlagonie, saint Alexandre de Byzance,
Protogone de Sardique dans la Dace, Alexandre de Thessalonique,
et quelques autres dont nous lisons les éloges dans les
écrits de saint Athanase, de saint Hilaire, de saint Grégoire
de Nazianze, de Théodoret, de Rufin, de Gélase de
Cyzique, de Socrate et de Sozomène. Mais parmi ces grandes
lumières de l'Église, il se trouva des évêques
qui appuyèrent le parti de l'erreur, particulièrement
Eusèbe de Nicomédie, Théognis ou Théogène
de Nicée, Patrophile de Scythopolis, Maris de Chalcédoine,
et Narcisse de Néroniade.
Jusque-là on n'avait pas vu dans l'Église
une assemblée si nombreuse, et on n'avait pas même
eu la liberté d'assembler les évêques de toutes
les parties du monde alors connues, tant il y avait à craindre
pour leur vie de la part des persécuteurs. Mais sous le
règne de Constantin, l'occasion était favorable :
ce prince avait donné la paix à l'Église,
et son empire s'étendait dans toutes les parties du monde
où la religion chrétienne était établie.
Les évêques en profitèrent ; et afin
qu'il ne fût pas nécessaire d'assembler plusieurs
conciles en différentes provinces, pour maintenir la pureté
de la foi contre l'impiété arienne, ils en tinrent
un général à Nicée, qui fut un triomphe
de Jésus-Christ sur les tyrans qui avaient voulu étouffer
l'Église.
Les légats du pape saint Sylvestre
y présidèrent, ainsi que dans les trois conciles
généraux qui suivirent celui-ci, comme le reconnurent
de bonne foi les Orientaux, assemblés à Constantinople
en 552. C'est pour cela qu'Osius, qui avait l'honneur de représenter
la personne du pape, et d'être son légat, avec les
deux prêtres Vite et Vincent, est nommé le premier
dans les souscriptions du concile de Nicée, et mis par
Socrate à la tête des évêques qui y
assistèrent. Quelques-uns néanmoins ont cru que
saint Eustathe d'Antioche avait présidé à
ce concile, fondés sur ce que plusieurs anciens l'appellent
le premier du concile, le chef des évêques assemblés
à Nicée, et que, selon Théodoret, il était
assis le premier du côté droit dans l'assemblée,
et qu'il harangua Constantin. Mais ce dernier fait n'est pas sûr,
et il y a de bonnes raisons de croire que ce fut Eusèbe
de Césarée qui porta la parole à ce prince.
Quant aux qualités de chef des évêques, de
premier du concile, on pouvait les donner à saint Eustathe,
soit à cause du mérite de sa personne, soit à
cause de la dignité de son siège, qui, étant
un des trônes apostoliques, lui donnait droit aux premières
places.
Il se trouva aussi au concile des hommes habiles
dans l'art de disputer, pour aider à disposer les matières.
Plusieurs évêques, qui regardaient le concile comme
un tribunal établi pour décider leurs affaires particulières,
présentèrent à l'empereur des mémoires
contenant le sujet de leurs plaintes. Ce prince remit l'examen
de toutes leurs requêtes à un certain jour ;
et quand il fut arrivé, il leur dit : " Vous
ne devez pas être jugés par les hommes, puisque Dieu
vous a donné le pouvoir de nous juger nous-mêmes ;
remettez à son jugement vos différends, et unissez-vous
pour vous appliquer à décider ce qui regarde la
foi. " Alors il brûla tous ces mémoires
en leur présence, ajoutant avec serment qu'il n'en avait
pas lu un seul ; parce que les fautes des évêques
ne devaient pas être publiées sans nécessité,
de peur de scandaliser le peuple. Il marqua ensuite le jour auquel
on commencerait à examiner les difficultés qui occasionnaient
le concile. En attendant que ce jour arrivât, les évêques
tinrent entre eux plusieurs conférences, où ils
agitèrent les questions de la foi, n'osant rien déterminer
sur une affaire d'aussi grande importance, qu'avec beaucoup de
maturité et de précaution. Ils faisaient souvent
venir Arius à ces assemblées ; car l'empereur
avait ordonné qu'il se trouvât au concile. Il y eut
un grand nombre d'évêques qui acquirent de la réputation
dans ces disputes, et qui se firent connaître de l'empereur
et de la cour. Athanase, diacre de l'église d'Alexandrie,
qui, quoiqu'encore jeune, était honoré très
particulièrement de saint Alexandre, son évêque,
eut dès lors la principale part dans cette importante affaire.
Quelques philosophes se mêlèrent dans ces conférences,
les uns par curiosité, pour savoir quelle était
notre doctrine et la matière dont il s'agissait ;
les autres par haine pour notre religion, qui faisait perdre crédit
à la leur, et par le désir d'augmenter le feu de
la division et du schisme parmi les chrétiens. Un d'entre
eux, se confiant dans la force de son éloquence, était
tous les jours aux mains avec les évêques, et quelques
raisons qu'ils alléguassent contre lui, il trouvait toujours
le moyen de les éluder par ses subtilités et ses
artifices. Un saint vieillard qui était du nombre des confesseurs,
mais très simple de son naturel, et peu instruit dans les
sciences humaines, voyant que ce philosophe insultait aux prélats,
demanda permission de parler. Les moins sérieux qui connaissaient
le vieillard, s'en moquèrent, les plus graves craignirent
qu'il ne se rendît ridicule. Toutefois, comme il persistait
à vouloir parler, on le lui permit, et il commença
en ces termes : " Au nom de Jésus-Christ,
écoutez moi, philosophe, il n'y a qu'un Dieu qui a fait
le ciel et la terre. Il a créé les choses visibles
et invisibles par la vertu de son Verbe, et les a affermies par
la sanctification de son esprit. Ce Verbe, que nous appelons le
Fils, ayant eu pitié de l'égarement des hommes,
est né d'une Vierge, a vécu parmi les hommes, et
a souffert la mort pour les en délivrer. Il viendra un
jour pour être le juge de toutes nos actions. Nous croyons
simplement toutes ces choses. N'entreprenez point inutilement
de combattre des vérités qui ne peuvent être
comprises que par la foi, et ne vous informez point de la manière
dont elles ont pu être accomplies. Répondez-moi seulement,
si vous croyez. " Le philosophe, surpris de ce discours,
répondit : " Je crois, " et remercia
le vieillard de l'avoir vaincu. Il conseilla à ses disciples
de suivre son exemple, protestant qu'il avait été
excité par une inspiration divine à embrasser la
foi de Jésus-Christ. Les autres philosophes en devinrent
plus modérés, et le bruit que leurs disputes avaient
excité cessa.
Constantin, qui s'était rendu de Nicomédie
à Nicée, à la nouvelle de l'arrivée
des prélats, voulut avoir part à leurs délibérations.
Le jour marqué pour la décision de toutes les questions,
les évêques se rendirent dans la grande salle du
palais, où ils s'assirent selon leur rang, sur des sièges
qui leur avaient été préparés, attendant
avec gravité et modestie l'arrivée de ce prince.
Dès qu'ils en entendirent le signal, ils se levèrent ;
et à l'heure même il entra, revêtu de sa pourpre
et tout couvert d'or et de diamants, accompagné, non de
ses gardes ordinaires, mais seulement de ses ministres qui étaient
chrétiens. Il passa au milieu des évêques,
jusqu'au haut de l'assemblée, où il demeura debout,
jusqu'à ce que les évêques l'eussent prié
de s'asseoir, et après leur en avoir demandé la
permission, il s'assit sur un petit siège d'or, et aussitôt
tous s'assirent après lui, par son ordre. En même
temps, l'évêque qui occupait la première place
du côté, se leva et prononça un discours adressé
à l'empereur, où il rendait grâces à
Dieu des bienfaits dont il avait comblé ce prince. Quand
cet évêque eut achevé de parler, et qu'il
se fut assis, toute l'assemblée demeura dans le silence,
les yeux arrêtés sur l'empereur. Alors il les regarda
tous d'un air gai et agréable, et s'étant un peu
recueilli en lui-même, il leur dit d'un ton doux et modéré,
sans se lever, qu'il n'avait rien tant souhaité que de
les voir assemblés en un même lieu ; mais qu'il
regardait les contestations qui s'étaient élevées
dans l'Église comme plus dangereuses que les guerres qu'on
avait excitées dans ses États. " Faites
donc, leur dit-il, chers ministres de Dieu, fidèles serviteurs
du Sauveur de tous les hommes, que la paix et la concorde mettent
fin à vos contestations. Vous ferez en cela une chose très
agréable à Dieu, et qui me sera très avantageuse. "
Il ajouta, selon Théodoret, mais peut-être en une
autre occasion, que, n'y ayant plus personne qui osât attaquer
les chrétiens, on ne pouvait voir sans douleur qu'ils se
combattissent eux-mêmes et se rendissent la raillerie de
leurs ennemis ; surtout, leurs contestations étant
touchant des matières sur lesquelles ils avaient les instructions
du Saint-Esprit dans les Écritures : " Car
les livres des Évangiles et des apôtres, leur dit-il,
et les oracles des anciens prophètes, enseignent clairement
ce qu'il faut croire de la Divinité. C'est de ces livres
inspirés de Dieu que l'on doit tirer des témoignages
et l'explication des points qui sont contestés. "
Constantin ayant parlé de la sorte en latin, et un interprète
ayant expliqué son discours en grec, il permit aux présidents
du concile de traiter les questions qui troublaient le repos de
l'Église.
On commença par celle d'Arius. Cet
hérésiarque, qui était présent, avança
les mêmes blasphèmes, dont nous avons parlé
ailleurs, et soutint, à la face de tout le concile et en
présence de l'empereur, que le Fils de Dieu est né
de rien, qu'il y a eu un temps où il n'était pas,
et que par son libre arbitre il pouvait se porter au vice ou à
la vertu. Les évêques, entre autres Marcel d'Ancyre,
le combattirent fortement. Saint Athanase, qui n'était
encore que diacre, découvrit avec une pénétration
merveilleuse toutes ses fourberies et tous ses artifices. Il résista
aussi avec force à Eusèbe de Nicomédie, à
Théognis de Nicée et à Maris de Chalcédoine,
qui prenaient le parti d'Arius. Eusèbe, voyant cet hérésiarque
confondu en toutes manières, témoigna beaucoup d'empressement
pour le sauver ; il envoya diverses personnes à Constantin,
pour intercéder en sa faveur, dans la crainte qu'il avait,
non seulement de le voir condamné, mais d'être déposé
lui-même. Il avait tout lieu de l'appréhender, depuis
qu'on avait lu dans le concile une de ses lettres, qui le convainquait
manifestement de blasphème, et découvrait la cabale
du parti. L'indignation qu'elle excita fit qu'on la déchira
devant tout le monde, et son auteur fut couvert de confusion.
Eusèbe y disait entre autres choses, que si l'on reconnaissait
le Fils de Dieu incréé, il faudrait aussi le reconnaître
consubstantiel au Père. C'était apparemment sa lettre
à Paulin de Tyr, où il dit la même chose,
quoiqu'en d'autres termes. Les autres partisans d'Arius voulaient
aussi le défendre : mais à peine avaient-ils
commencé à parler qu'ils se combattaient eux-mêmes
et se faisaient condamner de tout le monde ; ils demeuraient
interdits, voyant l'absurdité de leur hérésie,
et confessaient par leur silence la confusion qu'ils avaient de
se trouver engagés dans de si mauvais sentiments. Les évêques,
ayant détruit tous les termes qu'ils avaient inventés,
expliquèrent contre eux la saine doctrine de l'Église.
Constantin, spectateur de toutes ces disputes, les écoutait
avec beaucoup de patience, s'appliquant attentivement aux propositions
que l'on faisait de part et d'autre ; et appuyant tantôt
d'un côté, tantôt d'un autre, il tâchait
de réunir ceux qui s'échauffaient le plus dans la
dispute. Il parlait à chacun d'eux avec une égale
bonté, se servant de la langue grecque, dont il avait quelque
connaissance. Il gagnait les uns par la force de ses raisons,
les autres par la douceur de ses remontrances, pour les amener
tous à l'union. Mais il laissa à tous une liberté
entière de décider ce qu'ils voulaient, et chacun
d'eux embrassa la vérité volontairement et librement.
Le désir de faire autoriser les erreurs
d'Arius porta ceux qui en étaient les défenseurs
à dresser une profession de foi qui les contenait, et à
la présenter au concile. Mais aussitôt qu'elle fut
lue, on la mit en pièces, en la nommant fausse et illégitime,
il s'excita un grand bruit contre ceux qui l'avaient composée,
et tout le monde les accusa de trahir la vérité.
Le concile, voulant détruire les termes impies dont ils
s'étaient servis, et établir la foi catholique,
dit que le Fils était de Dieu. Les eusébiens, croyant
que cette façon de parler appuyait leur erreur, se disaient
l'un à l'autre : " Accordons-le, puisque
cela nous est commun avec lui, car il est écrit :
Il n'y a qu'un Dieu de qui est tout (I Cor. VIII,
6). Et encore : Je fais toutes choses nouvelles ;
et tout est de Dieu (II Cor. V, 17, 18). "
Mais les évêques, voyant leur artifice, exprimèrent
la même chose en des termes plus clairs, et dirent que le
Fils était de la substance de Dieu et de la substance du
Père, ce qui ne convient à aucune créature.
Il est vrai néanmoins de dire qu'elles sont de Dieu, puisqu'il
en est l'auteur ; mais le Verbe seul est du Père et
de la substance du Père. Le concile, croyant qu'il était
nécessaire d'établir diverses prérogatives
du Fils, demanda au petit nombre des eusébiens s'ils confessaient
que le Fils est la vertu du Père, son unique sagesse, son
image éternelle, qui lui est semblable en tout ; immuable,
subsistant toujours en lui, enfin vrai Dieu. Ils n'osèrent
contredire ouvertement, de peur d'être convaincus. Mais
on s'aperçut qu'ils se parlaient tout bas et se faisaient
signe des yeux ; que ces termes de semblable et toujours
et en lui, et le nom de vertu, n'avaient rien qui
ne pût convenir aux hommes : nous pouvons, disaient-ils,
accorder ces termes : celui de semblable, parce qu'il
est écrit que l'homme est l'image et la gloire de Dieu
(I Cor. XI, 7) ; celui de toujours, parce qu'il
est écrit : Car nous qui vivons, sommes toujours (II
Cor. IV, 11) ; en lui, parce qu'il est dit :
En lui nous sommes, et nous avons la vie et le mouvement (Act.
XVII, 18) ; la vertu, parce qu'il est parlé
de plusieurs vertus (I Cor. XII, 10) ; et ailleurs
la chenille et le hanneton sont appelés vertus et la grande
vertu (Joel. XI, 25), et il y a d'autres vertus célestes ;
car il est dit (Ps. XLV, 12) : Le Seigneur des vertus
est avec nous. Enfin, quand ils diront que le Fils est vrai Dieu,
nous n'en serons point choqués, car il l'est vraiment,
puisqu'il l'a été fait.
Le concile, voyant leur dissimulation et leur
mauvaise foi, rassembla toutes les expressions de l'Écriture
à l'égard du Fils, comme celles qui l'appellent
splendeur, fontaine, fleuve, figure de la substance, lumière,
qui disent qu'il n'est qu'un avec son Père, et les renferma
toutes sous le seul mot de Consubstantiel, se servant du
terme grec 'omoou'sioV
, qui marque que le Fils n'est pas seulement semblable au Père,
mais si semblable, qu'il est une même chose, une même
substance avec le Père, et qu'il en est inséparable ;
en sorte que le Père et lui ne sont qu'un (Joan.,
X, 30), comme il le dit lui-même : le Verbe est toujours
dans le Père, et le Père dans le Verbe, comme la
splendeur est à l'égard du soleil. Voilà
pourquoi les Pères de Nicée après en avoir
longtemps délibéré, s'arrêtèrent
au mot Consubstantiel, comme nous l'apprend saint Athanase,
qui y fut présent et qui y tint l'un des premiers rangs.
Ils eurent encore une autre raison d'user de ce terme ; car
ayant vu par la lettre d'Eusèbe de Nicomédie, qu'on
avait lue en plein concile, que cet évêque trouvait
un grand inconvénient à reconnaître le Fils
incréé, à cause qu'il faudrait aussi avouer
qu'il est de la même substance que le Père, ils se
servirent contre lui de l'épée qu'il avait tirée
lui-même.
Tous les évêques agréèrent
de cur et de bouche le terme de Consubstantiel, et
ils en firent un décret solennel d'un consentement unanime.
Il y en eut qui le rejetèrent avec raillerie, sous prétexte
qu'il ne se trouvait point dans l'Écriture, et qu'il renfermait
de mauvais sens, car, disaient-ils, ce qui est consubstantiel
ou de même substance qu'un autre, en vient de trois manières :
ou par division, ou par écoulement, ou par production :
par production, comme la plante de la racine ; par écoulement,
comme les enfants des pères ; par division, comme
deux ou trois coupes d'une seule masse d'or. Ils soutenaient que
le Fils ne procède de son Père en aucune de ces
manières. Il se fit diverses demandes et diverses réponses
pour examiner ces sens qu'ils donnaient au terme de Consubstantiel ;
mais le concile, rejetant tous les mauvais sens qu'ils prétendaient
y trouver, l'expliqua si bien, que l'empereur lui-même comprit
qu'il n'exprimait aucune idée corporelle, qu'il ne signifiait
aucune division de la substance du Père absolument immatérielle
et spirituelle, et qu'il fallait l'entendre d'une manière
divine et ineffable. On fit voir encore qu'il y avait de l'injustice
de leur part à rejeter le terme de Consubstantiel,
sous prétexte qu'il n'est pas dans l'Écriture, eux
qui employaient tant de mots qui n'y sont point, comme lorsqu'ils
disaient que le Fils de Dieu est tiré du néant,
et n'a pas toujours été. Le concile ajouta que le
terme de Consubstantiel n'était pas nouveau ;
que les deux saints Denys, l'un évêque de Rome, l'autre
d'Alexandrie, s'en étaient servis environ cent trente ans
auparavant, pour condamner ceux qui disaient que le Fils est l'ouvrage
du Père, et non pas qu'il lui est consubstantiel. Eusèbe
de Césarée, qui s'était d'abord opposé
à ce terme, le reçut, et avoua que d'anciens évêques
et de savants écrivains en avaient usé pour expliquer
la divinité du Père et du Fils. Les partisans d'Arius
objectèrent que le mot de Consubstantiel avait été
rejeté comme impropre par le concile d'Antioche contre
Paul de Samosate. Mais c'est que Paul, en disant que le Fils est
consubstantiel au Père, ôtait la propriété
et la distinction des personnes en Dieu, le Fils n'étant
selon lui que le Père même. Il prenait encore ce
terme d'une manière grossière, prétendant
que de ce que le Verbe était consubstantiel au Père,
il s'ensuivait que la substance divine était coupée
comme en deux parties, dont l'une était le Père
et l'autre le Fils ; qu'ainsi il y avait eu quelque substance
divine antérieure au Père et au Fils, qui a été
ensuite partagée en deux. Il était donc question
contre Paul de Samosate, de marquer clairement la distinction
des personnes, et que le Fils était de la substance du
Père, sans que cette substance ait été divisée,
comme on divise une pièce de métal en plusieurs
parties. C'est pourquoi les Pères du concile d'Antioche
décidèrent qu'au lieu de dire que le Fils est consubstantiel
à son père, dans le sens de Paul de Samosate, on
dirait qu'il est d'une semblable substance ; le mot de semblable
marquant clairement la distinction ; mais ils s'appliquèrent
en même temps à montrer contre cet hérésiarque,
que le Fils était avant toutes choses, et qu'étant
Verbe il s'était fait chair.
Les Pères du concile de Nicée
ayant ainsi levé toutes les difficultés que les
ariens formaient contre le mot de Consubstantiel, qui fut
toujours depuis pour eux un terme redoutable, en choisirent encore
quelques autres qu'ils jugèrent les plus propres à
exprimer la foi catholique, et en composèrent le Symbole.
Osius fut commis pour le dresser, et Hermogènes, depuis
évêque de Césarée en Cappadoce, pour
l'écrire et le réciter dans le concile. Il fut conçu
en ces termes :
" Nous croyons en un seul Dieu,
Père tout-puissant, Créateur de toutes choses visibles
et invisibles ; et en un seul Seigneur Jésus-Christ,
Fils unique de Dieu, engendré du Père, c'est-à-dire,
de la substance du Père. Dieu de Dieu, lumière de
lumière, vrai Dieu de vrai Dieu ; engendré
et non fait, consubstantiel au Père ; par qui toutes
choses ont été faites au ciel et en la terre. Qui,
pour nous autres hommes et pour notre salut, est descendu des
cieux, s'est incarné et s'est fait homme ; a souffert,
est ressuscité le troisième jour, est monté
aux cieux, et viendra juger les vivants et les morts. Nous croyons
aussi au Saint-Esprit. Quant à ceux qui disent : il
y a eu un temps où il n'était pas ; et il n'était
pas avant d'être engendré, et il a été
tiré du néant ; ou qui prétendent que
le Fils de Dieu est d'une autre hypostase, ou d'une autre substance,
ou muable, ou altérable, la sainte Église catholique
et apostolique leur dit anathème. "
Ce grand et invincible Symbole, comme le qualifie
saint Basile (Ep. 81), seul capable de ruiner toutes sortes
d'impiétés, a servi dans la suite de rempart contre
tous les efforts du démon, et de rocher contre lequel toutes
les vagues de l'hérésie se sont brisées et
réduites en écume. Il n'y a dans ce Symbole qu'un
seul mot touchant le Saint-Esprit, parce que jusqu'alors il ne
s'était élevé aucune dispute, ni aucune hérésie
sur ce point ; mais le peu qu'on y en lit, établit
suffisamment sa divinité ; puisque, selon la remarque
de saint Basile (Ep. 90), on lui rend dans ce Symbole le
même honneur et la même adoration qu'au Père
et au Fils.
Tous les évêques du concile souscrivirent
à ce Symbole, excepté un petit nombre d'ariens.
D'abord il y en eut dix-sept qui refusèrent de l'approuver ;
ensuite ils se réduisirent à cinq, Eusèbe
de Nicomédie, Théognis de Nicée, Maris de
Chalcédoine, Théonas et Second de Libye. Eusèbe
de Césarée, qui la veille avait combattu le terme
de Consubstantiel, l'approuva et souscrivit au Symbole.
Il écrivit même à son Église pour apprendre
à son peuple les motifs de sa signature, et lui envoya
deux Symboles ; l'un qu'il avait dressé lui même,
et auquel il assure que le concile n'eut rien à ajouter
que le terme de Consubstantiel ; l'autre du concile
avec l'explication de ce terme. Des cinq opposants, trois cédèrent
à la crainte d'être bannis, Eusèbe de Nicomédie,
Théognis et Maris : car la définition du concile
ayant été portée à Constantin, ce
prince, reconnaissant que ce consentement unanime de tant d'évêques
était l'ouvrage de Dieu, la reçut avec respect,
et menaça d'exil ceux qui refuseraient d'y souscrire. On
dit même qu'il avait donné un ordre de bannir Eusèbe
de Nicomédie et Théognis ; mais il est certain
que cet ordre ne fut exécuté qu'après le
concile, et à une autre occasion. Eusèbe de Nicomédie
ne souscrivit qu'à la persuasion de Constantia, sur
de l'empereur, et il confessa de bouche la foi de l'Église
sans l'avoir dans le cur ; ce qui parut en ce qu'en
souscrivant, il distingua la profession de foi de l'anathème
qui était à la fin ; persuadé, comme
il le disait, qu'Arius n'était pas tel que les Pères
le croyaient, en ayant une connaissance plus particulière
par ses lettres et par ses conversations. Philostorge, auteur
arien, ne dissimule pas la fraude dont Eusèbe et Théognis
usèrent dans leurs souscriptions, et il dit nettement que
dans le mot 'omoou'sioV
ils insérèrent un iota, qui faisait 'omoiou'sioV
, c'est-à-dire, semblable en substance ; au lieu que
le premier signifie de même substance. Constantin se plaint
dans une lettre que nous avons encore de s'être laissé
honteusement surprendre aux artifices d'Eusèbe de Nicomédie
et d'avoir fait réussir toutes choses comme ce fourbe l'avait
souhaité. Ce prince bannit Arius, et le relégua
avec les prêtres de son parti dans l'Illyrie, où
il demeura jusqu'après la mort de Constantia, vers l'an
330. Outre sa personne, le concile condamna aussi ses écrits,
nommément sa Thalie et ses autres chansons ;
et l'empereur, joignant son autorité à celle de
l'Église, déclara par un édit que tous les
écrits de cet hérésiarque seraient brûlés,
et que ceux qui seraient convaincus de les avoir cachés
subiraient la peine de mort. L'anathème prononcé
contre Arius s'étendit à tous ceux qui avaient été
excommuniés par saint Alexandre, du nombre desquels étaient
le diacre Euzoïus, depuis évêque arien d'Antioche,
et Piste, que les ariens placèrent sur le siège
d'Alexandrie. Second et Théonas eurent le même sort
qu'Arius ; ils furent anathématisés et déposés
par un consentement universel, comme coupables de blasphèmes
contre la doctrine de l'Évangile. Il n'y eut qu'eux deux
qui refusèrent constamment de souscrire au Symbole de Nicée ;
aussi furent-ils relégués en Illyrie avec leur chef.
Second ayant depuis sa déposition fait diverses ordinations
pour accroître son parti, elles furent rejetées par
le pape Jules. Il est remarquable que le concile de Nicée,
en condamnant l'hérésie arienne, anathématisa
aussi toutes celles que l'on avait vues jusque-là dans
l'Église.
Après que les évêques
eurent terminé ce qui regardait les ariens, ils crurent
qu'il fallait aussi faire cesser le schisme des méléciens,
qui divisaient l'Égypte depuis vingt-quatre ans, et fortifiaient
le parti d'Arius par leur union. L'auteur de ce schisme était
Mélèce, évêque d'une ville d'Égypte
nommée Lycopolis, dans la Thébaïde. Comme il
fut convaincu de beaucoup de crimes, et même d'avoir renoncé
à la foi et sacrifié aux idoles, saint Pierre d'Alexandrie
fut obligé de le déposer dans une assemblée
d'évêques qu'il tint vers l'an 305. Mélèce
refusa de se soumettre à cette sentence, et toutefois il
n'en appela point à un autre concile, et ne se mit point
en peine de donner des preuves de son innocence ; mais se
voyant appuyé de beaucoup de personnes, il se fit chef
de parti, se sépara de la communion de l'Église,
et ne cessa de charger d'injures et de calomnies saint Pierre
d'Alexandrie et ses successeurs, pour couvrir la honte de sa déposition.
Il disait qu'il s'était séparé de Pierre,
pour l'avoir trouvé d'un avis opposé au sien touchant
la réconciliation des apostats ; et il l'accusait
de trop d'indulgence. L'Égypte se trouva remplie de trouble
et de tumulte par la tyrannie qu'il exerça contre l'Église
d'Alexandrie ; car il usurpa les ordinations qui appartenaient
à l'évêque de cette ville, comme on le voit
par la liste des évêques de sa communion, dont un
qualifié évêque du territoire d'Alexandrie.
II essaya, mais inutilement, de répandre son schisme dans
la Maréote, et il n'y eut ni prêtre, ni autres clercs
qui voulussent se ranger de son parti. On assure (a) que,
quoique séparé de l'Église, il conserva la
foi orthodoxe entièrement pure et inviolable, jusqu'à
ce que lui et ses disciples s'étant unis avec le parti
d'Arius, quelques-uns d'entre eux en suivirent les erreurs.
(a) Epiphan. hæres.
68, num. 1 et 5 ; Theodoret. hæreticor.
fabular. lib. IV, c. 7. Il paraît néanmoins par
saint Épiphane et par saint Augustin, que les méléciens
ne voulaient pas communiquer avec ceux qui étaient tombés
dans le péché, quoiqu'ils eussent fait pénitence.
Ce qui était l'hérésie des novatiens. Mais,
apparemment, ils ne tombèrent dans cette erreur qu'après
le concile de Nicée ; car ils n'y furent repris que
de leur schisme et de la témérité de leurs
ordinations. Epiphan. hæres. 68, num. 5. Augustin.
hæres. 48, p. 17, t. VIII.
Le concile usa d'indulgence à l'égard
de Mélèce, car à la rigueur il ne méritait
aucune grâce : on lui permit de demeurer dans sa ville
de Lycopolis, mais sans aucun pouvoir ni d'élire, ni d'ordonner,
ni de paraître pour ce sujet, ou à la campagne, ou
dans aucune autre ville ; en sorte qu'il n'avait que le simple
titre d'évêque. Quant à ceux qu'il avait ordonnés,
il fut dit qu'ils seraient réhabilités (a)
par une plus sainte imposition des mains, et admis à la
communion avec l'honneur et les fonctions de leur ordre ;
mais à la charge de céder le rang, en chaque diocèse
et en chaque Église, à ceux qui avaient été
ordonnés auparavant par l'évêque Alexandre.
(a) Leur ordination n'était
pas légitime, étant faite sans le consentement de
l'évêque d'Alexandrie, contre l'ancienne coutume
de la province. Fleury, tom. III, liv. XI, num.
15, page 132.
Le concile voulut encore que ceux qui avaient
été ordonnés par Mélèce n'eussent
aucun pouvoir d'élire ceux qu'il leur plairait, ni d'en
proposer les noms sans le consentement de l'évêque
soumis à Alexandre ; ce qui était nécessaire
pour empêcher qu'ils ne se fortifiassent dans leur cabale.
Quant à ceux au contraire qui n'avaient point pris de part
au schisme, et qui étaient demeurés sans reproche
dans l'Église catholique, on leur conserva le pouvoir d'élire
et de proposer les noms de ceux qui seraient dignes d'entrer dans
le clergé, et généralement de faire toutes
choses selon la loi ecclésiastique. Que si quelqu'un d'eux
venait à mourir, on pourrait faire monter à sa place
un de ceux qui auraient été reçus depuis
peu, pourvu qu'il en fût trouvé digne, que le peuple
le choisît, et que l'évêque d'Alexandrie confirmât
l'élection. Tout cela fut accordé aux méléciens :
mais pour la personne de Mélèce, on défendit
de lui donner aucun pouvoir ni aucune autorité, à
cause de son esprit indocile et entreprenant, de peur qu'il n'excitât
de nouveaux troubles. Comme il y avait encore quelque lieu de
craindre qu'abusant de l'indulgence du concile, il ne vendît
de nouveaux titres, et n'augmentât par des ordinations illicites
le nombre des clercs de son parti, saint Alexandre lui demanda
une liste des évêques qu'il disait avoir en Égypte,
et des prêtres et des diacres qu'il avait tant à
Alexandrie que dans le diocèse. Nous avons cette liste
parmi les écrits de saint Athanase, et on y trouve au moins
vingt-neuf évêques, et huit prêtres ou diacres.
Ce saint parle de la réception des méléciens
comme s'il l'eût désapprouvée, ajoutant qu'il
n'était point nécessaire de rapporter la raison
que le concile avait eue de les recevoir. L'expérience
fit bien voir que leur réunion n'était qu'une feinte
de leur part ; car ils excitèrent de nouveaux troubles
contre l'Église après la mort de saint Alexandre,
et plus de cent vingt ans depuis le concile ils la troublaient
encore. Mélèce lui-même se choisit un successeur
dans le siège de Lycopolis, contre la défense du
concile ; ce fut Jean, surnommé Arcaph, dont le nom
se trouve dans la liste de ceux que Mélèce ordonna
pendant son schisme. Dans cette liste, Mélèce se
donne le titre d'Archevêque, qui lui est aussi donné
dans l'histoire des méléciens, rapportée
par saint Épiphane.
La variété d'usages qui se trouvait
dans les Églises touchant la fête de Pâques
fut, comme nous l'avons déjà remarqué, un
des deux principaux motifs de la convocation du concile de Nicée.
Quelques provinces d'Orient, comme la Syrie, la Mésopotamie
et la Cilicie, célébraient cette fête avec
les Juifs le quatorzième de la lune, sans examiner si c'était
le dimanche ou non. La pratique universelle de toutes les autres
Églises, tant de l'Occident que du Midi, du Septentrion,
et de quelques-unes de l'Orient même, était de ne
la célébrer que le dimanche. Cette diversité
causait beaucoup de trouble et de confusion, les uns jeûnant
et demeurant dans l'affliction, tandis que les autres étaient
dans le repos et dans la joie de la résurrection du Sauveur.
Il arrivait même quelquefois que l'on faisait la Pâque
en trois temps différents de l'année, qui commençait
alors en mars, ou qu'on la faisait même deux fois dans un
an, et quelquefois, par conséquent, qu'on ne la faisait
point du tout : ce qui exposait l'Église à
la raillerie de ses ennemis. Les papes saint Anicet et saint Victor
avaient fait leurs efforts pour établir une entière
uniformité sur ce point dans toutes les Églises
du monde. On avait décidé dans le concile d'Arles,
en 314, que cette fête serait célébrée
partout en un même jour. Osius avait été chargé
de la part de Constantin, de travailler dans le concile d'Alexandrie,
sous saint Alexandre, à terminer les différends
qui troublaient l'Orient au sujet de cette fête. Toutefois
ces différends régnaient encore, et il fallut de
nouveau agiter la question de la Pâque au concile de Nicée.
Elle y fut mûrement examinée : et après
une exacte supputation des temps, tous les évêques
convinrent d'observer la Pâque en un même jour, et
les Orientaux promirent de se conformer sur ce point à
la pratique de Rome, de l'Égypte et de tout l'Occident.
Mais le décret du concile sur cette matière fut
conçu en d'autres termes que sur celle de la foi. C'est
saint Athanase (de Synod.) qui en remarque la différence :
sur la foi, on dit : Voici quelle est la foi de l'Église
catholique : Nous croyons en un seul Dieu ; et
le reste du Symbole, pour montrer que ce n'était pas un
règlement nouveau, mais une tradition apostolique. Aussi
ne mit-on point à ce décret la date du jour ou de
l'année. Sur la Pâque on dit : Nous avons
résolu ce qui suit : pour marquer que c'était
une nouvelle ordonnance, à laquelle tous devaient se soumettre.
Le jour de la Pâque fut fixé au dimanche d'après
le quatorzième jour de la lune, qui suivait de plus près
l'équinoxe du printemps ; parce que Jésus-Christ
était ressuscité le dimanche qui avait suivi de
plus près la pâque des Juifs : en sorte néanmoins,
que si ce XIV de la lune venait à tomber un dimanche, on
devait attendre huit jours après à l'autre dimanche,
pour ne pas se rencontrer avec les Juifs. Pour trouver plus aisément
le premier de la lune, et ensuite son quatorzième, le concile
statua que l'on se servirait du cycle de dix-neuf ans, le plus
commode de tous, parce que au bout de ce terme, les nouvelles
lunes reviennent, à quelque chose près, aux mêmes
jours de l'année solaire. Ce cycle, que l'on nommait en
grec Ennéadécatéride, avait été
proposé longtemps auparavant par saint Anatole de Laodicée,
et inventé, il y avait environ sept cent cinquante ans,
par un Athénien nommé Méton, qui l'avait
fait commencer avec la première année de la LXXXVIIe
olympiade, 432 ans avant la naissance de Jésus-Christ,
l'année même du commencement de la guerre du Péloponèse
entre les républiques d'Athènes et de Lacédémone.
C'est ce cycle lunaire que l'on a depuis nommé le nombre
d'or, parce qu'après qu'il eut été mis en
usage, on s'accoutumait à marquer en lettres d'or, dans
les calendriers, les jours des nouvelles lunes. Saint Jérôme
(in Catalog.) attribue la composition de ce cycle à
Eusèbe de Césarée, ajoutant que cet évêque
en avait pris l'idée dans le Canon de saint Hippolyte,
qui était de seize ans. Saint Ambroise (Ep. 23)
en fait honneur aux Pères du concile de Nicée indistinctement.
Mais il semble aisé d'accorder toutes ces contrariétés
apparentes, en disant qu'Eusèbe de Césarée,
qui avait la réputation d'un des plus savants hommes de
l'Église, fut chargé par le concile d'examiner le
cycle de XIX ans, inventé par Méton, et de régler
sur ce cycle le jour auquel on devait célébrer la
fête de Pâques. Il fut aussi arrêté dans
le concile que l'Église d'Alexandrie ferait savoir tous
les ans à celle de Rome en quel jour il fallait célébrer
la Pâque, et que de Rome l'Église universelle, répandue
par toute la terre, apprendrait le jour arrêté par
l'autorité apostolique, pour la célébration
de cette fête. Ainsi l'Église se trouva dans l'union
et dans la paix sur ce point, aussi bien que sur celui de la foi,
et l'on vit tous les chrétiens, depuis une extrémité
de la terre jusqu'à l'autre, se réconcilier avec
Dieu et entre eux-mêmes, s'unir ensemble pour veiller, pour
chanter, pour jeûner, pour user d'aliments secs, pour vivre
dans la continence, pour offrir à Dieu le même sacrifice,
enfin pour toutes les autres choses par lesquelles nous tâchons
de nous rendre agréables à Dieu dans l'auguste solennité
de ces saints jours. Il se trouva néanmoins dans la Mésopotamie
un vieillard, nommé Audius, qui s'opposa à la réception
du règlement touchant la Pâque dans son pays. Cet
homme, estimé d'ailleurs pour sa probité, la pureté
de sa foi et son zèle pour Dieu, s'était rendu odieux
à beaucoup d'ecclésiastiques à cause de la
liberté avec laquelle il les reprenait de leur luxe et
de leur avarice. Les mauvais traitements qu'ils lui firent le
rebutèrent, de telle sorte qu'il fit une espèce
de schisme, dont les sectateurs furent nommés audiens.
Attachés au rite des Juifs pour la célébration
de la Pâque, ils continuèrent, nonobstant la décision
du concile, à la solenniser le quatorzième jour
de la lune, prétendant que c'était une tradition
apostolique, dont il n'était pas permis de se départir,
et accusant les Pères de Nicée de n'avoir changé
l'ancienne pratique de l'Église que par la complaisance
qu'ils avaient eue pour Constantin. Les évêques,
le voyant obstiné dans son sentiment, le dénoncèrent
à ce prince, qui le bannit en Scythie. Son absence n'ayant
pas empêché que ses sectateurs ne continuassent dans
leur entêtement, le concile d'Antioche tenu en 341 les obligea,
sous peine d'excommunication, à se conformer au décret
de Nicée touchant la célébration de la Pâque.
Saint Épiphane (Hær. 70, n. 9) a réfuté
amplement la calomnie des audiens, et saint Chrysostome (t.
I, Or. 3) a fait voir qu'un concile presque tout composé
de confesseurs du nom de Jésus-Christ n'était pas
capable d'abandonner une tradition apostolique, par une lâche
complaisance pour Constantin.
Le concile de Nicée fit aussi plusieurs
autres règlements touchant la discipline de l'Église,
mais dans une session postérieure à celle où
Arius fut condamné. Nous les avons encore aujourd'hui au
nombre de vingt, que Théodoret (l. I, c.
7, Hist. eccl.) appelle vingt lois de la police ecclésiastique.
Le premier de ces canons est conçu
en ces termes : " Si quelqu'un (a) a été
fait eunuque, ou par les chirurgiens en maladie, ou par les barbares,
qu'il demeure dans le clergé ; mais celui qui s'est
mutilé lui-même, étant en santé, doit
être interdit s'il se trouve dans le clergé, et désormais
on n'en doit promouvoir aucun. " L'esprit de ce canon,
c'est d'exclure de la cléricature ceux qui ont du penchant
à l'incontinence et à la violence : deux défauts
tout à fait contraires à la pureté et à
la douceur que l'Église demande à voir dans ses
ministres.
(a) Les canons XX, XXI et XXII,
qu'on nomme Apostoliques, avaient déjà ordonné
la même chose.
La mutilation volontaire était pareillement
défendue par les lois civiles, même sous peine de
mort. Toutefois, on vit paraître une secte entière
qui se distinguait par cette cruelle opération. Ils se
nommaient valésiens (Voy. ACHAIE,
l'an 250), et rendaient eunuques, non seulement leurs disciples,
mais aussi leurs hôtes, soit de gré, soit de force.
Saint Épiphane (Hær. 58, n. 1 et
seq.) dit qu'il y avait de ces hérétiques à
Bachas, ville de la Philadelphie, au delà du Jourdain.
Ils rejetaient la Loi et les Prophètes, et avaient sur
les anges les mêmes principes que les gnostiques. Ce fut
en vertu de ce canon que l'on déposa de la prêtrise
Léonce, qui s'était mutilé lui-même,
pour vivre plus librement avec une nommée Eustolie, dont
il avait abusé auparavant. Mais l'empereur Constance l'éleva
quelque temps après sur le siège d'Antioche, à
la persuasion des ariens.
Le second canon défend d'admettre au
baptême ceux qui, étant sortis du paganisme pour
embrasser la foi, n'avaient mis que peu de temps à s'instruire,
et de promouvoir à l'épiscopat ou à la prêtrise
ceux qui n'étaient baptisés que depuis peu. Car
il faut du temps pour préparer les catéchumènes
au baptême, et beaucoup plus pour éprouver le nouveau
baptisé, avant de le recevoir dans l'état ecclésiastique.
Le canon ajoute : " Que si, dans la suite du temps,
celui qu'on aura admis dans le clergé se trouve coupable
de quelque péché de la chair, et en est convaincu
par deux ou trois témoins, qu'il soit privé de son
ministère. Qui s'opposera à la déposition,
du coupable, se mettra lui-même en danger d'être déposé,
ayant la hardiesse de résister au grand concile. "
Nous voyons dans Tertullien (de Præscr.
c. 41) que les hérétiques de son temps élevaient
aux dignités ecclésiastiques des néophytes,
des gens engagés dans le siècle, et même des
apostats, afin de grossir leur parti. Les ariens en usèrent
de même, mettant à la place des saints évêques
qu'ils avaient fait exiler de jeunes débauchés encore
païens ou à peine catéchumènes. L'Église
au contraire n'a dérogé à cette ordonnance
que dans des cas extraordinaires, lorsqu'il paraissait clairement
que Dieu appelait le néophyte au sacerdoce, comme il arriva
dans l'élection de saint Ambroise, ou lorsqu'il ne se trouvait
personne dans le clergé qui fut digne de l'épiscopat :
et ce fut pour cette dernière raison que Nectaire fut élu
évêque de Constantinople, quoique laïque et
encore catéchumène, parce que tous les clercs de
cette Église étaient infectés de l'hérésie.
Par le troisième canon, il est défendu
généralement à tous les ecclésiastiques
d'avoir aucune femme sous-introduite, excepté leur mère,
leur sur, leur tante, ou quelque autre qui ne puisse causer
aucun soupçon (a) : ce que Rufin (l.
I Hist., c. 6) entend des plus proches parentes.
(a) Suivant l'excellente observation
de M. Jager (Célibat ecclés. dans ses rapp. relig.
et politiques, p. 74, 2e éd.), " le
concile, en défendant aux ministres des autels d'avoir
des femmes étrangères, et en désignant, sans
aucune mention d'épouse, les personnes avec lesquelles
ils peuvent demeurer, suppose évidemment le célibat
dans toutes les Églises, et même la séparation
des clercs avec leurs femmes ; car autrement il ne serait
pas question de femmes introduites, et parmi les personnes qui
peuvent habiter le presbytère figurerait au premier rang
l'épouse légitime. "
On avait déjà essayé
de réformer cet abus dans le concile d'Elvire : et
dans celui d'Antioche tenu longtemps auparavant, il fut reproché
à Paul de Samosate, d'avoir non seulement entretenu chez
lui des femmes qui ne lui étaient point parentes, mais
d'avoir encore toléré ce désordre dans ses
prêtres et dans ses diacres. Les pères de Nicée
donnent à ces femmes le nom de sous-introduites, et c'est
ainsi qu'on les nommait surtout à Antioche. D'autres les
qualifiaient surs ou compagnes, chacun selon les divers
prétextes qu'il avait d'en tenir chez soi : les uns
sous prétexte de charité et d'amitié spirituelle ;
les autres pour qu'elles eussent soin de leurs affaires domestiques
et de leur ménage, ou enfin pour être soulagés
par elles dans leurs maladies. Saint Basile (Ep. 55) se
servit de l'autorité de ce canon pour obliger un prêtre
nommé Parégoire à quitter une femme qu'il
avait chez lui pour le servir, quoique ce prêtre fût
âgé de soixante-dix ans, et qu'il n'y eût aucun
danger pour lui. Il paraît qu'il l'avait même suspendu
des fonctions de son ministère, jusqu'à ce qu'il
eût obéi. Il le menaçait d'anathème
en cas qu'il refusât de le faire, et soumettait à
la même peine ceux qui communiqueraient avec lui. On avait
eu dessein dans le concile de faire une loi générale,
qui défendît à tous ceux qui étaient
dans le sacré ministère, c'est-à-dire, comme
l'explique Socrate (l. 1, c. 11), aux évêques,
aux prêtres et aux diacres, d'habiter avec les femmes qu'ils
avaient épousées étant laïques. Sozomène
(l. I, c. 23) y ajoute les sous-diacres. Mais le
confesseur Paphnuce, évêque dans la haute Thébaïde,
l'un des plus illustres et des plus saints d'entre les prélats,
et qui avait toujours vécu dans la continence, se leva
au milieu de l'assemblée et dit à haute voix qu'il
ne fallait point imposer un joug si pesant aux ministres sacrés ;
que le lit nuptial est honorable et le mariage sans tache ;
que cet excès de rigueur nuirait plutôt à
l'Église ; que tous ne pouvaient porter une continence
si parfaite, et que la chasteté conjugale en serait peut-être
moins bien gardée : qu'il suffisait que celui qui
était une fois ordonné clerc n'eût plus la
liberté de se marier, suivant l'ancienne tradition de l'Église ;
mais qu'il ne fallait pas le séparer de la femme qu'il
avait épousée étant encore laïque (b).
Son avis fut suivi de tout le concile : on ne fit sur ce
sujet aucune nouvelle ordonnance, et on laissa à chaque
Église la liberté de suivre les usages qui y étaient
établis : car la discipline n'était point uniforme
sur ce point. En Thessalie, en Macédoine et en Grèce,
on excommuniait un clerc qui avait habité avec sa femme,
quoiqu'il l'eût épousée avant son ordination.
Les Orientaux observaient la même règle, mais sans
y être astreints par aucune loi, et il n'y en avait pas
même pour les évêques : d'où vient
que plusieurs d'entre eux avaient eu des enfants de leurs femmes
légitimes pendant leur épiscopat. C'est Socrate
qui rapporte ce fait. Mais saint Jérôme (adv.
Vigil.) assure que les Églises d'Orient, d'Égypte
et du saint-siège apostolique, c'est-à-dire les
trois grands patriarcats de Rome, d'Alexandrie et d'Antioche,
prenaient pour clercs des vierges ou des continents ; ou
que, si ces clercs avaient des femmes, ils cessaient d'être
leurs maris. Saint Épiphane (Hær. 59, n.
4) dit aussi que, dans les lieux où les canons étaient
observés, on n'admettait point de bigames, et que ceux
mêmes qui n'avaient été mariés qu'une
fois n'étaient point admis dans le clergé pour y
être évêques, prêtres, diacres ou sous-diacres,
qu'ils ne s'abstinssent de leur femme, s'ils en avaient encore.
Il ne dissimule point qu'en quelques endroits il y avait des prêtres
et d'autres ministres inférieurs qui usaient de la liberté
du mariage ; mais il ajoute que cet usage n'était
pas conforme aux lois de l'Église, qui ne le tolérait
que dans la crainte de manquer de ministres. On voit par une lettre
(Ep. 105) de Synésius, évêque de Ptolémaïde
en Libye, que la loi du célibat était, à
l'égard des évêques, en vigueur dans cette
province, puisque, lorsqu'on voulut l'obliger à accepter
l'épiscopat, il opposa sa femme comme un obstacle à
son ordination, protestant devant tout le monde qu'il ne voulait
point s'en séparer, mais continuer à en avoir des
enfants.
(b) " On a coutume,
dit le docte Thomassin, d'opposer au célibat des ecclésiastiques
l'histoire de l'évêque Paphnuce qui, au dire de Socrate
et de Sozomène, obligea les Pères du concile de
Nicée de ne point faire de canon pour assujettir les évêques,
les prêtres, les diacres et les sous-diacres à la
continence par rapport aux femmes mêmes qu'ils avaient épousées
avant leur ordination, puisque l'ancienne tradition ne leur défendait
que les nouveaux mariages après les ordres reçus.
Mais Socrate et Sozomène ne sont pas des auteurs si irréprochables,
ni de si bons garants, qu'on soit obligé de les croire
sur leur parole, surtout en un point de cette conséquence.
Il se peut faire que le fond de l'histoire soit véritable,
et que Socrate n'ait manqué qu'en ce qu'il a ajouté
du sien. En effet, il n'est pas hors d'apparence que le nombre
des prêtres et des diacres incontinents fût déjà
si grand dans l'Église orientale, au temps même du
concile de Nicée, que ces sages évêques jugeassent
plus à propos de dissimuler le mal qu'ils ne pouvaient
guérir. On peut porter le même jugement des conciles
d'Ancyre, de Néocésarée * et de
Gangres, qui n'ont point fait de règlement contre ce désordre,
parce qu'ils le jugeaient irrémédiable.
*
Le concile de Néocésarée (can. 1)
porte la peine de déposition contre le prêtre qui
se marie : " Presbyter, si uxorem acceperit,
deponatur. " Il ne dit rien de ceux qui, étant
déjà mariés, auraient reçu l'ordre
de prêtrise. Quant au concile d'Ancyre, le canon par lequel
il permet le mariage aux diacres qui protesteraient dans leur
ordination qu'ils ne veulent pas rester célibataires, a
été universellement rejeté, comme l'observe
Benoît XIV, d'après Balsamon, Zonare et Aristène.
Nous disons le canon de ce concile, et non le concile même,
forcé que nous sommes de contredire en ce point M. Jager
(pag. 72 de sa brochure). Le canon dont il s'agit
a été depuis rejeté par l'Église orientale
elle-même, comme contraire à celui du concile in
Trullo ; mais cette amélioration opérée
dans la discipline n'ôte rien de l'autorité intrinsèque
dont le concile d'Ancyre a toujours joui quant à ses décisions
en général, et nous ne sachions pas que Benoît
XIV l'ait révoquée en doute.
Mais quand Socrate dit que l'ancienne
tradition de l'Église défendait seulement aux clercs
supérieurs de se marier, sans leur ôter l'usage du
mariage contracté par avance, nous en appelons à
Eusèbe, à saint Épiphane et à saint
Jérôme, qui, d'ailleurs, plus anciens que lui, étaient
incomparablement mieux instruits des anciens usages de l'Église.
Ainsi, Socrate a mis dans la bouche du saint évêque
Paphnuce une harangue qui n'en sortit jamais. Ce saint prélat
put juger avec tout le concile, et avec toute l'Église
grecque dans les siècles suivants, qu'il valait mieux tolérer
cet abus que d'exposer l'Église au schisme, et ses clercs
à une incontinence plus criminelle ; mais il ne put
ignorer que ce fut un abus et un violement des anciens canons
et de la discipline plus pure établie par les apôtres. "
Thomass. Discipl. eccl. v. 1, l. II, c.
60. On voit par ce seul extrait que Thomassin faisait remonter
jusqu'à Jésus-Christ, ou du moins jusqu'aux apôtres,
la loi du célibat des clercs majeurs.
M. Jager (pag. 98 de la dissertation
citée plus haut) nie même que le fond de cette histoire
soit véritable : " Si une affaire de cette
importance, dit-il, s'était passée au milieu de
cette célèbre assemblée, on la trouverait
certainement dans les actes du concile, des écrivains contemporains
en auraient parlé. Or, les actes du concile n'en font pas
la plus légère mention ; le nom de Paphnuce
ne se trouve pas sur la liste des évêques qui ont
signé les décrets du concile. Eusèbe et saint
Athanase ne disent pas un mot de Paphnuce, et les Pères
de cette époque, qui se font gloire de suivre les décrets
de Nicée, parlent de la continence comme rigoureusement
prescrite aux prêtres après l'ordination. "
Selon le quatrième canon, " L'évêque
doit être ordonné par tous ceux de la province, autant
que faire se peut. Mais si cela est difficile, soit à cause
d'une nécessité pressante, soit à cause de
la longueur du chemin, il est du moins nécessaire qu'il
y en ait trois présents, qui fassent l'ordination avec
le suffrage et le consentement par écrit des absents. Mais
c'est au métropolitain, en chaque province, à confirmer
ce qui s'y est fait ; en sorte, selon Rufin (l. I,
Hist. c. 6), que l'ordination est nulle, si elle n'est
faite en présence ou par l'autorité du métropolitain.
On voit ici, dit Fleury, la division des provinces établie,
et le nom de métropolitain donné dès lors
à l'évêque de la capitale, que les Grecs nomment
métropole, comme qui dirait mère-ville ; et
ces provinces étaient réglées suivant la
division de l'empire romain. Ce canon est cité dans le
concile de Constantinople de l'an 382, avec cette addition, que
les évêques de la province pourront appeler leurs
voisins à une élection, s'ils le jugent à
propos.
On a douté si ce canon devait s'entendre
de l'ordination, ou seulement de l'élection de l'évêque.
Les interprètes grecs, comme Zonare et Balsamon, suivis
nouvellement par Guillaume Bévérégius, savant
prêtre anglais, dans ses notes sur ce canon, croient qu'il
ne doit s'entendre que de l'élection ; d'autres, de
l'ordination seulement ; d'autres enfin, de l'élection
et de l'ordination tout ensemble ; et ce dernier sentiment
paraît plus conforme au texte original de ce canon, qui
est le grec, et à la discipline de ce temps-là.
Le texte grec de ce canon a deux parties. Le terme employé
dans la première partie signifie proprement être
établi, en faisant abstraction de l'élection
et de l'ordination, ou de la consécration de l'évêque.
Le terme employé dans la seconde partie du canon signifie
l'imposition des mains, et par conséquent, l'ordination,
ou la consécration. Le vrai sens du canon est donc
celui-ci : " L'évêque doit être
établi, ou élu par tous les évêques
de la province, et si cela ne peut se faire, au moins par trois
évêques présents, avec le consentement de
ceux qui sont absents, lesquels ayant consenti à l'élection,
ceux qui sont présents font l'imposition des mains ou l'ordination. "
Cette interprétation convient parfaitement à la
discipline de ce temps-là, où il était ordinaire
de faire l'élection et la consécration des évêques
tout ensemble. La raison de ce canon, comme le dit Innocent I
dans sa lettre à Victrice, est pour que les évêques
n'entrent point furtivement dans la bergerie, mais avec l'approbation
de toute l'Église, qui est représentée par
celle de la province où l'on consacre un nouvel évêque.
Au reste, il faut observer que, quoique l'ordination épiscopale
faite par un seul évêque soit illicite, elle ne serait
pas nulle et invalide par cela même. Le pouvoir de dispenser
à cet égard et de permettre qu'un évêque
tout seul confère l'ordination épiscopale a plusieurs
fois été exercé par le saint-siège,
mais le pape ne l'a jamais fait sans exiger qu'au moins deux prêtres,
tenant lieu d'évêques, assistassent à leur
défaut le prélat consécrateur. Le P. Sirmond,
dans la préface de l'appendice du deuxième tome
des Conciles de France, croit que le concile de Nicée établit
un nouveau droit, en ôtant au peuple la part qu'il avait
eue dans les élections des évêques, mais qu'il
n'y eut que les Églises orientales qui s'y soumirent, celles
d'Occident étant demeurées dans leur ancienne pratique.
Le 5e canon est exprimé
en ces termes : " Touchant les excommuniés,
clercs ou laïques, la sentence doit être observée
par tous les évêques de chaque province, suivant
le canon qui défend que les uns reçoivent ceux que
les autres ont chassés ; mais il faut examiner si
l'évêque ne les a point excommuniés par faiblesse,
par animosité ou par quelque passion semblable. Afin qu'on
puisse l'examiner dans l'ordre, il a été jugé
à propos de tenir tous les ans deux conciles en chaque
province, où tous les évêques traiteront en
commun ces sortes de questions ; et tous déclareront
légitimement excommuniés ceux qui seront reconnus
avoir offensé leur évêque, jusqu'à
ce qu'il plaise à l'assemblée de prononcer un jugement
plus favorable pour eux. Or ces conciles se tiendront, l'un avant
le carême, afin qu'ayant banni toute animosité, on
présente à Dieu une offrande pure ; le second,
vers la saison de l'automne. L'ancien canon mentionné dans
celui-ci est le 33e de ceux que l'on nomme apostoliques,
par lequel il est déclaré qu'un prêtre ou
un diacre excommunié par son évêque ne peut
être reçu par un autre. Celui de Nicée fut
cité par les évêques d'Afrique dans l'affaire
d'Apiarius. Il était encore ordonné dans le 38e
canon des apôtres de tenir deux fois l'année un concile
dans chaque province, et on ne manquait guère de le faire
en Afrique du temps de saint Cyprien, lorsque l'Église
était en paix. Le concile de Nicée veut que le premier
se tienne avant le carême : ce qui montre que le temps
du jeûne qui précédait la fête de Pâques
était fixé à quarante jours dans toute l'Église,
quoique en quelques endroits la manière de jeûner
en ces jours ne fût pas uniforme.
On croit que Mélèce donna occasion
au 6e canon, par les entreprises qu'il avait faites
contre la juridiction de l'évêque d'Alexandrie. Ce
canon porte : " Que l'on observe les anciennes
coutumes établies dans l'Égypte, la Libye et la
Pentapole ; en sorte que l'évêque d'Alexandrie
ait l'autorité sur tontes ces provinces, puisque l'évêque
de Rome a le même avantage. A Antioche aussi et dans les
autres provinces, que chaque Église conserve ses privilèges.
En général, qu'il soit notoire que, si quelqu'un
est fait évêque sans le consentement du métropolitain,
ce grand concile déclare qu'il ne doit point être
évêque. Mais si l'élection étant raisonnable
et conforme aux canons, deux ou trois s'y opposent par une opiniâtreté
particulière, la pluralité des voix doit l'emporter. "
Les évêques de Rome, d'Alexandrie et d'Antioche,
avaient donc juridiction sur plusieurs provinces, en qualité
de patriarches ; mais cette juridiction particulière
de l'évêque de Rome sur certaines provinces ne préjudiciait
en rien à sa qualité de chef de l'Église
universelle, qui ne lui a jamais été commune avec
aucun autre évêque, et qui est incontestable.
Il est une autre interprétation, appuyée
sur l'autorité de Rufin, d'après laquelle il ne
s'agirait dans ce canon que des droits de métropolitain
que l'évêque de Rome exerçait sur les Églises
suburbicaires, c'est-à-dire sur celles qui n'étaient
pas distantes de plus de onze cents pas de la ville de Rome. Mais,
1° l'autorité de Rufin est de nulle valeur, comme
le dit fort bien le P. Alexandre (Hist. eccl. sæc. quart,
diss. 20) ; son esprit de partialité nous est
assez connu par les démêlés qu'il eut avec
saint Jérôme ; et si personne ne doit être
juge dans sa propre cause, cela est vrai de Rufin dans les limites
qu'il pose à la juridiction de l'Église romaine,
qu'il était intéressé à combattre,
puisqu'elle l'avait exclu de son sein, par l'organe de son pontife
Anastase I, avant même qu'il eût commencé à
écrire son Histoire. 2° Dès le temps
de Rufin, les droits du pontife romain, en sa simple qualité
de métropolitain, s'étendaient bien au delà
des villes suburbicaires, puisqu'il ordonnait à ce titre,
et convoquait à ses conciles les évêques des
sept provinces de l'Italie, depuis le Pô jusqu'au Talon,
ceux des îles de Sicile, de Corse et de Sardaigne, qui formaient
trois autres provinces, et ceux même de Sicile, comme le
prouve une lettre de saint Léon I. 3° Le 6e
canon du concile de Nicée attribue aux sièges d'Alexandrie
et d'Antioche une juridiction de même nature que celle dont
jouissait celui de Rome ; or la juridiction qu'il accorde
à l'évêque d'Alexandrie sur l'Égypte,
la Libye et la Pentapole, n'est assurément pas celle d'un
métropolitain sur une province, mais un droit tout au moins
primatial ; et cela posé, qui empêche de dire
que ce ne fût un droit patriarcal proprement dit, puisque
toute l'histoire ecclésiastique dépose en faveur
de ce fait ? Il faut donc abandonner l'interprétation
de Rufin, quelque soutenue qu'elle soit par le docteur Launoy,
et même par les docteurs protestants, et dire avec tous
les catholiques les plus instruits que le 6e canon
du concile de Nicée, bien loin d'affaiblir ou de contester
l'autorité du pontife romain, reconnaît au contraire
cette autorité, qu'il n'établit pas, mais qu'il
suppose comme établie de tout temps ; et la présidence
déférée dans ce concile même aux légats
du pape saint Sylvestre démontre avec évidence qu'outre
le droit patriarcal du siège de Rome, modèle primitif
de tous les droits patriarcaux, le concile révérait
dans l'évêque assis à la place de Pierre cette
même pierre fondamentale sur laquelle toute l'Église
a été bâtie.
D'autres ont été plus loin et
ont prétendu avec Baronius et Bellarmin que l'autorité
suprême du siège de Rome non seulement n'est pas
contredite, mais est clairement démontrée par ce
canon même. On cite en effet un manuscrit du Vatican, où
ce canon a pour titre : De la primauté de l'Église
romaine, d'où Baronius et Labbe après lui ont
conclu que nous ne l'avions pas entier : et ils appuient
leur opinion de l'autorité de Paschasin, légat du
pape saint Léon au concile de Chalcédoine, qui lisait
ainsi le commencement de ce canon : L'Église romaine
a toujours eu la primauté. Mais il est à remarquer
qu'aussitôt que Paschasin eut fini la lecture de ce canon,
selon qu'il était dans son exemplaire, Constantin, secrétaire
de l'Église de Constantinople, ayant reçu des mains
du diacre Aétius un autre exemplaire que celui de Paschasin,
lut ce même canon conçu en la manière que
nous le lisons encore aujourd'hui dans l'original grec et dans
les versions latines, où il n'est fait aucune mention de
la primauté de l'Église romaine. On n'en trouve
rien non plus dans le Code des canons de l'Église romaine
donné par Justel, ni dans la version de ces canons par
Denys le Petit, que le même Justel fit imprimer à
Paris en 1628, sur de très anciens manuscrits. Il est donc
à croire, dit D. Ceillier, que ces paroles : L'Église
romaine a toujours eu la primauté, ont été
ajoutées au texte dans quelque exemplaire de Rome, et cela
par une personne peu habile. Car il ne s'agit nullement dans le
canon 6e de Nicée, de la primauté de
l'évêque de Rome dans toute l'Église, mais
de quelques droits qui lui étaient communs avec les évêques
d'Alexandrie et d'Antioche, semblables à celui que l'on
a depuis appelé patriarcal.
Le septième maintient l'évêque
de Jérusalem dans les prérogatives d'honneur dont
il avait joui jusqu'alors. " Puisque, suivant la coutume,
y est-il dit, et la tradition ancienne, l'évêque
d'Ælia, ou de Jérusalem, est en possession d'être
honoré, il continuera à jouir de cet honneur, sans
préjudice pour la dignité du métropolitain ",
qui était l'évêque de Césarée
en Palestine. Cet honneur, qui consistait apparemment dans la
préséance sur les autres évêques de
la province, lui était dû comme à l'évêque
d'un des sièges apostoliques, ainsi que l'appelle Sozomène
(l. I, c. 17) : et en effet, nous voyons un
concile de Palestine au sujet de la Pâque, où saint
Narcisse de Jérusalem présida avec Théophile
de Césarée. Dans l'histoire du concile d'Antioche
contre Paul de Samosate, Hyménée de Jérusalem
est nommé après Hélène de Tarse, et
avant Théotechne de Césarée ; et Juvénal
de Jérusalem tint aussi un des premiers rangs dans les
deux conciles d'Éphèse et dans celui de Constantinople.
Il est encore remarquable qu'Eusèbe, qui ne nous a point
donné la suite des évêques de son Église,
a pris soin de marquer les noms des évêques de Jérusalem,
comme des autres sièges apostoliques. Néanmoins
il se trouve plusieurs conciles où l'évêque
de Césarée est mis avant celui de Jérusalem,
comme dans celui de Diospolis en 415 ; et ce ne fut qu'au
concile de Chalcédoine, tenu l'an 451, que l'évêque
de Jérusalem fut regardé comme le cinquième
patriarche.
Dans le huitième canon on règle
la manière dont on devait recevoir les novatiens qui revenaient
à l'Église catholique. Ils y étaient reçus
en promettant par écrit de suivre tous les dogmes de l'Église,
et de communiquer avec les bigames et avec ceux qui, étant
tombés pendant la persécution, avaient fait la pénitence
prescrite par les lois de l'Église. Car l'erreur des novatiens,
qui se nommaient en grec cathares, c'est-à-dire
purs, consistait en ce qu'ils condamnaient la pénitence
que l'Église accordait aux apostats, et les secondes noces,
traitant d'adultères les veuves qui se remariaient. Il
fut encore arrêté que ceux d'entre les novatiens
qui seraient dans les degrés ecclésiastiques, y
demeureraient après avoir reçu l'imposition des
mains, c'est-à-dire (a) la confirmation, que ces
hérétiques ne conféraient point ; et
que, dans les lieux, soit villes, soit villages, où il
ne se trouverait point d'autres clercs, ils garderaient le rang
qu'ils auraient reçu dans l'ordination.
(a) " On demande,
dit le P. Richard, si l'imposition des mains, dont il est parlé
dans ce canon, doit s'entendre de la réordination, en sorte
que le concile ait commandé de réordonner les novatiens
déjà ordonnés dans leur secte, comme si l'ordination
qu'ils y avaient reçue eut été nulle et invalide.
Isidore et Gratien l'ont entendu ainsi. D'autres ont entendu,
par cette imposition des mains, la confirmation que les novatiens
ne conféraient pas ; mais le texte grec de ce canon
doit être entendu de l'imposition des mains, c'est-à-dire
de l'ordination que les novatiens avaient reçue dans leur
secte, et que le concile ratifie, en voulant que les novatiens
ainsi ordonnés restent dans les ordres qu'ils ont reçus,
lorsqu'ils reviennent à l'Église. Isidore a donc
mal traduit ce canon, en disant : Ut impositionem manus
accipientes, sic in clero permaneant. Il devait dire :
Manu impositionem acceptum habentes, sic in clero permaneant.
C'est ainsi que ce canon a été traduit et entendu
par Ferrand, Rufin, Balsamon, Zonare, Christianus Lupus, Bévérégius,
Van-Espen, etc. " Anal. des Conc., t.
1. Il faut avouer que plusieurs des autorités que cite
ici le P. Richard sont bien faibles et de bien peu de poids aux
yeux d'un catholique. Voy. ARLES, l'an 314, t. Ier
de ce Dictionnaire, col. 195.
Mais, ajoute le canon, si quelques-uns viennent
dans un lieu où il y ait un évêque ou un prêtre
catholique, il est évident que l'évêque de
l'Église catholique aura la dignité épiscopale,
et celui qui porte le nom d'évêque chez les prétendus
purs aura le nom de prêtre ; si ce n'est que l'évêque
catholique veuille bien lui faire part du titre d'évêque.
Autrement il lui trouvera une place de chorévêque
ou de prêtre, afin qu'il paraisse effectivement faire partie
du clergé, et qu'il n'y ait pas deux évêques
dans la même ville. Les évêques catholiques,
tant en Afrique qu'à Rome, usèrent d'une semblable
indulgence à l'égard des donatistes. Contents d'avoir
condamné l'auteur de leur schisme, ils conservèrent
les dignités à ceux qui revinrent à l'unité
de l'Église, quoiqu'ils les eussent obtenues étant
dans le schisme. Le bien de la paix et de l'unité, de même
que le salut des peuples, engagea l'Église à se
relâcher en ces occasions de la sévérité
de sa discipline, pour faire rentrer dans son sein ceux qui en
étaient sortis. Ce fut une plaie, dit saint Augustin, que
l'Église fit à sa discipline, mais une plaie salutaire,
comme celle que l'on fait à un arbre pour le greffer. Constantin,
dans la vue de réunir les Églises, avait fait venir
au concile un évêque novatien, nommé Acésius,
et apparemment il y avait aussi appelé les chefs des autres
hérésies dans le même dessein. Après
que le concile eut arrêté et écrit le décret
de la foi et celui qui regardait la fête de Pâques,
l'empereur demanda à Acésius s'il pensait ainsi.
Il répondit : Seigneur, le concile n'a rien ordonné
de nouveau : c'est, comme je l'ai appris, ce qui s'est observé
depuis le commencement et depuis les apôtres, touchant la
règle de la foi et le temps de la Pâque. Pourquoi
donc, dit l'empereur, vous séparez-vous de la communion
des autres ? Acésius lui expliqua ce qui était
arrivé sous la persécution de Dèce et la
sévérité du canon qui défendait, à
ce que prétendaient les novatiens, de recevoir à
la participation des saints mystères ceux qui après
le baptême avaient commis quelqu'un de ces péchés
que l'Écriture (I Joan. V, 16) appelle dignes
de mort ; qu'il fallait les exciter à la pénitence,
sans leur faire espérer le pardon par le ministère
des prêtres, mais par la seule bonté de Dieu, qui
a toute puissance de remettre les péchés. Sur quoi
Constantin, se moquant de ces personnes qui se croyaient impeccables,
lui fit cette réponse : Acésius, prenez une
échelle et montez tout seul au ciel.
Le neuvième canon prive du sacerdoce
celui qui y aura été élevé sans examen,
ou qui dans l'examen se sera avoué coupable de quelques
crimes, parce que l'Église catholique ne veut pour ministres
que ceux dont la conduite est irrépréhensible. Ainsi
on n'admettait point aux ordres celui qui était tombé
dans quelque faute considérable depuis son baptême,
quelque pénitence qu'il eût faite. On peut voir dans
saint Cyprien de quelles précautions on usait pour ne recevoir
dans le clergé que des personnes d'une vie pure et intègre.
On n'en prenait pas moins du temps d'Origène et de Tertullien,
et l'exactitude des évêques à cet égard
était admirée des païens mêmes :
en sorte qu'Alexandre Sévère, croyant devoir les
imiter dans le choix de ses gouverneurs des provinces, faisait
afficher les noms de ceux qu'il destinait à ces emplois
ou à d'autres quelquefois moins importants, et exhortait
tout le monde à venir déclarer si on les savait
coupables de quelques crimes.
Le dixième canon est une suite du précédent.
Il ordonne que ceux qui, après être tombés
durant la persécution, auront été pourvus
dans le clergé, par ignorance ou avec connaissance de la
part des ordinateurs, soient déposés.
Le onzième canon règle en ces
termes la pénitence de ceux qui, sans aucune violence,
avaient renoncé la foi dans la persécution. " Quant
à ceux qui ont apostasié sans contrainte, sans perte
de leurs biens, sans péril ou rien de semblable, comme
il est arrivé sous la tyrannie de Licinius, le concile
a trouvé bon d'user envers eux d'indulgence, bien qu'ils
en soient indignes. Ceux donc qui se repentiront sincèrement
seront trois ans entre les auditeurs, quoique fidèles ;
six ans prosternés, et pendant deux ans ils participeront
aux prières du peuple sans offrir. " Outre ces
degrés de pénitence, si connus dans les premiers
siècles, il y en avait un qui était le premier de
tous, et qui consistait à pleurer pendant quelques années
hors de la porte de l'église. Comme le concile n'en fait
point ici mention, il est à croire qu'il en dispensait
les apostats pénitents.
Il est parlé dans le douzième
canon d'une autre sorte d'apostats : c'étaient ceux
qui, après avoir montré de la fermeté dans
la foi, et quitté la ceinture militaire, plutôt que
de renoncer à Jésus-Christ, étaient retournés
aux emplois qu'ils avaient dans les armées, et même
les avaient redemandés avec de grandes sollicitations,
jusqu'à donner de l'argent et des présents. Comme
ils n'avaient pu faire cette démarche sous Licinius qu'en
renonçant la foi, parce que ce prince ne souffrait dans
ses troupes aucun soldat qui ne sacrifiât, le concile ordonne
qu'ils soient dix ans prosternés, après avoir été
trois ans auditeurs ; mais il veut que l'on examine leurs
dispositions et le genre de leur pénitence. " Car
ceux, dit-il, qui vivent dans la crainte, les larmes, les souffrances,
les bonnes uvres, et qui montrent leur conversion, non par
l'extérieur, mais par les effets, ceux-là, ayant
accompli leur temps d'auditeurs, pourront participer aux prières,
et il sera libre à l'évêque d'user envers
eux d'une plus grande indulgence. Mais ceux qui ont montré
de l'indifférence, et qui ont cru que de fréquenter
extérieurement l'église était une preuve
suffisante de leur conversion, ceux-là accompliront tout
le temps qui est prescrit pour la pénitence. "
Nous avons remarqué ailleurs (t. 1, col.
191) que le concile d'Arles séparait de la communion les
soldats qui quittaient les armes pendant la paix. Celui de Nicée
n'a rien de contraire à cette disposition, et ne défend
le service de la guerre qu'autant qu'on ne peut le faire sans
s'exposer à l'idolâtrie.
Le treizième canon porte : " Qu'à
l'égard des mourants, on gardera toujours la loi ancienne
et canonique, en sorte que, si quelqu'un décède,
il ne sera point privé du dernier viatique si nécessaire.
Que si quelqu'un a reçu la communion étant à
l'extrémité, et qu'il revienne en santé,
il sera avec ceux qui ne participent qu'à la prière.
En général, à l'égard de tous les
mourants qui demandent la participation de l'eucharistie, l'évêque
l'accordera avec examen. " Le viatique dont il est parlé
ici était l'eucharistie. Quelques-uns l'ont pris pour l'absolution,
et rien n'empêche qu'on ne lui donne aussi ce sens, l'absolution
et la participation de l'eucharistie ayant été dans
les premiers siècles deux choses inséparables et
regardées comme nécessaires aux mourants. Avant
le concile de Nicée, les pénitents réconciliés
pendant la maladie, à cause du danger de mort, n'étaient
pas remis de nouveau en pénitence lorsqu'ils revenaient
en santé. Mais comme la plupart abusaient de l'indulgence
de l'Église à leur égard, les Pères
de Nicée décrétèrent qu'ils seraient
renvoyés avec ceux qui ne participaient qu'à la
prière, c'est-à-dire, qu'ils seraient remis dans
le degré des consistants, pour s'assurer davantage de la
sincérité de leur conversion.
Le quatorzième regarde les catéchumènes
qui étaient tombés dans quelque faute considérable.
Le concile ordonne qu'ils soient trois ans entre les auditeurs,
et qu'ensuite ils prient avec ceux des catéchumènes
que l'on appelait compétents. Car il y avait divers degrés
de catéchumènes : les auditeurs, qui n'étaient
admis qu'aux instructions, et les compétents, qui assistaient
aux prières qui précédaient le sacrifice.
Ces derniers étaient en état de recevoir le baptême.
Dans le quinzième on défend
en ces termes les translations des évêques. " A
cause des grands troubles et des séditions qui sont arrivées,
il a été résolu d'abolir entièrement
la coutume qui s'est introduite en quelques lieux contre la règle ;
en sorte que l'on ne transfère d'une ville à une
autre, ni évêque, ni prêtre, ni diacre. Que
si quelqu'un, après la définition du saint concile,
entreprend rien de semblable, ou qu'il y consente, on cassera
entièrement cet attentat, et il sera rendu à l'Église
dans laquelle il a été ordonné évêque
ou prêtre. " Eusèbe de Nicomédie,
qui paraît avoir donné occasion à ce décret
en passant du siège de Béryte à celui de
Nicomédie, s'empara (l. I Hist. c.
18) depuis de l'Église de Constantinople, sans respecter,
dit Théodoret, les règles qu'il avait faites un
peu auparavant avec les autres prélats à Nicée.
Comme il eut dans la suite beaucoup d'imitateurs, on fut contraint
dans le concile de Sardique de défendre ces sortes de translations,
sous peine de privation de la communion laïque, même
à la mort. Saint Jérôme (Epist. 82
ad Ocean.) les traite d'adultères, et combat avec
force les vains prétextes dont les évêques
couvraient leur ambition et leur avarice, pour avoir lieu de passer
d'une Église pauvre à une plus riche.
Le canon suivant traite la même matière.
Il défend aux prêtres, aux diacres et aux clercs
d'une Église, de passer à une autre, et ordonne
qu'ils retournent dans leurs diocèses, sous peine d'excommunication
s'ils refusent. Il ajoute que, si quelqu'un a la hardiesse d'enlever
celui qui dépend d'un autre, et de l'ordonner dans son
Église, sans le consentement du propre évêque
d'avec lequel le clerc s'est retiré, l'ordination sera
sans effet. La stabilité était donc également
pour les prêtres, les diacres et les autres clercs, comme
pour les évêques ; et comme il était
juste d'attacher les ecclésiastiques aux Églises
pour lesquelles ils avaient été ordonnés,
il ne l'était pas moins de régler les bornes des
diocèses, afin que les évêques n'entreprissent
pas sur les droits de leurs confrères.
Le dix-septième canon renouvelle la
défense que le concile d'Elvire avait faite aux clercs
de prêter à usure. Il est conçu en ces termes :
" Parce que plusieurs ecclésiastiques, s'adonnant
à l'avarice et à un intérêt sordide,
oublient l'Écriture divine, qui dit : Il n'a point
donné son argent à usure (Psal. XIV,
5), et prêtent à douze pour cent, le saint et grand
concile a décrété que, si, après ce
règlement, il se trouve quelqu'un qui prenne des usures
d'un prêt, qui fasse quelque trafic semblable, qui exige
une moitié au delà du principal, ou qui use de quelque
autre invention pour faire un gain sordide, il sera déposé
et mis hors du clergé. " Constantin avait borné
les usures du prêt en argent au centième denier par
chaque mois : mais, à l'égard des fruits qu'il
appelle humides, comme le vin et l'huile, et ceux qu'il appelle
secs, comme le blé et l'avoine, il permettait d'en tirer
jusqu'à la moitié, en sorte que celui qui prêtait
deux boisseaux de blé pouvait en exiger un troisième
pour l'intérêt. Il y a quelque lieu de croire que
cette loi impériale donna lieu aux Pères de Nicée
de faire ce canon, pour empêcher que les ecclésiastiques
ne s'autorisassent des lois du prince pour faire de leur argent
ou de leurs denrées un trafic qui ne convenait pas à
leur état.
Il y avait parmi les. diacres un autre abus.
En quelques endroits, ils donnaient l'eucharistie aux prêtres,
contre les canons et la coutume, qui ne permettaient pas que ceux
qui n'avaient pas le pouvoir d'offrir donnassent le corps de Jésus-Christ
à ceux qui l'offraient. Il y en avait encore qui prenaient
l'eucharistie même avant les évêques, et qui
s'asseyaient entre les prêtres, c'est-à-dire, qui
s'asseyaient dans l'église comme les prêtres, ce
qui était contre les canons et contre l'ordre. Le concile
ayant reçu des plaintes touchant ces abus, ordonna dans
son dix-huitième canon qu'on les abolît, voulant
que les diacres se continssent dans leurs bornes, qu'ils se regardassent
comme les ministres des évêques et comme inférieurs
aux prêtres, qu'ils reçussent l'eucharistie en leur
rang, après les prêtres, de la main de l'évêque
ou du prêtre, et qu'ils demeurassent debout dans l'église.
On voit par saint Jérôme (Ep. 101 ad Evang.),
qu'à Rome, où les diacres s'attribuaient beaucoup
d'autorité, ils demeuraient néanmoins debout, tandis
que les prêtres étaient assis, quoiqu'ils violassent
quelquefois cette règle, surtout lorsque l'évêque
n'était pas présent. " Que si quelqu'un,
dit le concile, ne veut pas obéir, même après
ce règlement, qu'il soit interdit des fonctions de son
ministère. " Elles consistaient à servir,
surtout à l'autel, à distribuer le corps de Jésus-Christ
aux assistants, sous les espèces du pain et du vin, et
à le porter aux absents ; les pauvres recevaient d'eux
les aumônes, et les clercs leurs rétributions. Rufin
lisait ce dix-huitième canon de Nicée autrement
qu'il n'est dans les exemplaires grecs et latins. Selon lui, il
défendait aux diacres de distribuer l'eucharistie en présence
des prêtres, et leur permettait de le faire en leur absence.
Ce qu'il y a de plus remarquable dans ce canon, c'est qu'il y
est dit en termes clairs et précis que les prêtres
offraient le corps de Jésus-Christ, à l'exclusion
des diacres : ce qui montre que les Pères de Nicée
ne doutaient pas qu'on n'offrît dans l'Église un
vrai sacrifice, et que les prêtres, qui en étaient
les ministres, n'eussent un pouvoir au-dessus de celui des diacres.
On traite dans le dix-neuvième canon
de la manière de recevoir dans l'Église les sectateurs
de Paul de Samosate : " Quant aux paulianistes
qui reviennent à l'Église catholique, dit le concile,
il est décidé qu'il faut absolument les rebaptiser.
Que si quelques-uns ont été autrefois dans le clergé,
et qu'ils soient trouvés sans reproche, une fois rebaptisés,
ils seront ordonnés par l'évêque de l'Église
catholique ; mais si dans l'examen on les trouve indignes,
il faut les déposer. On gardera la même règle
à l'égard des diaconesses, et généralement
de tous ceux qui sont comptés dans le clergé. On
parle des diaconesses que l'on trouve portant l'habit ; mais
comme elles n'ont reçu aucune imposition des mains, elles
doivent être comptées absolument entre les laïques. "
Le concile n'ordonna point de baptiser les novatiens avant de
les réconcilier à l'Église, parce qu'ils
n'erraient ni dans la foi de la Trinité, ni dans la forme
du baptême ; au lieu que les paulianistes erraient
dans l'un et dans l'autre de ces points, ils ne croyaient Jésus-Christ
qu'un pur homme, et n'admettaient en Dieu qu'une seule personne,
suivant la doctrine de leur maître. A l'égard de
la forme essentielle au baptême, ils ne l'observaient pas,
soit qu'ils ne baptisassent pas au nom du Père, et du Fils,
et du Saint-Esprit ; soit qu'en nommant ces trois personnes
ils ajoutassent certaines explications hérétiques
qui ôtaient à ces paroles toute leur efficacité.
Quant aux diaconesses, dont il est aussi parlé dans ce
canon, leurs fonctions étaient d'aider les évêques
ou les prêtres lorsqu'ils baptisaient les personnes du sexe,
d'ouvrir et de fermer les portes de l'église, d'instruire
les femmes, de soulager les pauvres, etc. Elles étaient
choisies entre les vierges ou entre les veuves qui n'avaient été
mariées qu'une fois ; l'évêque les ordonnait
par l'imposition des mains et par la prière, en présence
des prêtres, des diacres et des autres diaconesses, et elles
étaient censées être du clergé. Mais
celles qui se trouvaient parmi les paulianistes ne pouvaient avoir
ce privilège, n'ayant point reçu l'imposition des
mains de l'évêque. Ainsi le concile les réduisit
au rang des laïques. Au reste, cette imposition des mains
n'était qu'une simple cérémonie, qui ne leur
donnait aucune part au sacerdoce.
Le vingtième et dernier canon rétablit
l'uniformité de l'usage où l'on était dans
les siècles précédents de prier debout, et
non à genoux, les dimanches et les cinquante jours du temps
de Pâques : " Parce qu'il y en a, dit-il,
qui fléchissent les genoux pendant le temps pascal, afin
que tout soit uniforme dans tous les diocèses, le saint
concile a décidé que l'on fera debout les prières
que l'on doit à Dieu. " Saint Irénée
fait remonter cette cérémonie jusqu'aux apôtres ;
et elle s'observait exactement du temps de Tertullien et de saint
Pierre d'Alexandrie, mort dans les commencements du quatrième
siècle. Il est à observer cependant que ce canon
ne se trouve point dans le Code de l'Église romaine, et
qu'il y a été apparemment omis à dessein,
parce que cet usage n'était point encore reçu dans
cette Église, ni peut-être dans le reste de l'Occident,
quoiqu'il y ait été reçu depuis que Denys
le Petit eut inséré ce canon dans son Code.
Ce sont là les vingt canons du concile
de Nicée, les seuls dont les anciens fassent mention et
qui soient venus jusqu'à nous. Rufin (l. I Hist.,
c. 6) en compte vingt-deux, mais c'est qu'il en divise
quelques-uns en deux. Ce concile fit néanmoins plusieurs
autres décrets, qui ne sont point renfermés dans
ces canons ; un en particulier pour célébrer
la Pâque en un même jour dans toute l'Église
(Epiphan. hær. 70, n. 9), et un autre pour
la réception des méléciens (Theodoret.,
l. I, c. 10). On voit outre cela, par la lettre
du pape Jules (Ap. Athan. Apolog.), que le concile confirma
par écrit une ancienne coutume de l'Église, qui
permettait d'examiner dans un concile postérieur ce qui
avait été décidé dans un précédent.
Saint Augustin cite (Ep. 213) un décret de Nicée
qui défendait de donner un évêque à
une Église qui en avait un vivant. Mais on croit que ce
décret est compris dans les dernières paroles du
huitième canon, où l'on voit que, quoique le concile
souhaitât qu'il n'y eût qu'un évêque
dans chaque Église, il tolérait néanmoins
le contraire en faveur des novatiens qui revenaient à l'unité
et pour le bien de la paix. Les Pères du douzième
concile de Tolède (can. 4) citèrent ce canon,
comme défendant qu'il y eût deux évêques
dans une ville. Saint Ambroise dit (Ep. 63 ad Eccl.
Vercell.) que dans le concile de Nicée on exclut les
bigames non seulement du sacerdoce, mais aussi de la cléricature.
On ne trouve rien de semblable dans ce qui nous reste de ce concile :
ainsi il faut dire, ou que ce décret est perdu, ou que
saint Ambroise, lisant ce décret touchant les bigames à
la suite de ceux de Nicée dans son exemplaire, a cité
sous le nom de ce concile ce qui avait été ordonné
dans un autre. Au siècle de Walafride Strabon, on attribuait
au concile de Nicée le verset : Gloire au Père,
au Fils et au Saint-Esprit. Sozomène (l. III,
c. 20) semble favoriser ce sentiment, lorsqu'il dit que
Léonce de Bysance, évêque arien, n'osa défendre
de glorifier Dieu en des termes conformes à la doctrine
de Nicée. Mais il peut s'expliquer de la doctrine de ce
verset, aussi bien que des paroles. Théodoret, plus ancien
que Sozomène, fait (Hær. fab. c.1)
remonter jusqu'aux apôtres la pratique de glorifier le Père,
le Fils et le Saint-Esprit ; et il nous apprend qu'Arius,
qui trouvait dans cette formule la condamnation de son hérésie,
y fit quelque changement, faisant chanter parmi ceux de sa secte :
Gloire au Père, par le Fils, dans le Saint-Esprit.
Saint Basile (lib. de Spir. S., c. 7 et 27)
dit aussi que ce verset était dans l'usage de l'Église
depuis un temps immémorial, et il en allègue pour
témoins, non seulement Dianius, évêque de
Césarée, de qui il avait reçu le baptême,
mais les plus anciens docteurs de l'Église, comme saint
Clément de Rome, saint Irénée, saint Denys
de Rome et plusieurs autres. Ces autres paroles : Comme
il était au commencement, se disaient à la suite
de ce verset dans le sixième siècle de l'Église
à Rome, dans tout l'Orient et en Afrique ; et le concile
de Vaison, en 529, fut d'avis qu'on les dirait aussi dans les
Gaules, à cause des hérétiques qui enseignaient
que le Fils de Dieu n'avait pas toujours été avec
son Père, mais qu'il avait commencé dans le temps.
On attribue encore au concile de Nicée
un catalogue des livres canoniques, qu'on dit avoir été
cité par saint Jérôme ; mais nous ne
trouvons rien de semblable dans les écrits de ce Père :
seulement il dit (Prol. in lib. Judith) avoir lu quelque
part que ce concile avait mis le livre de Judith au rang des divines
Écritures, c'est-à-dire, qu'il l'avait cité
comme canonique dans quelques-uns de ses décrets ou dans
les actes de ce concile. Nous ne connaissons pas de concile qui
ait fait un catalogue des livres canoniques de l'Ancien et du
Nouveau Testament, avant celui de Laodicée. Saint Athanase,
qui, dans ses épîtres festales, fait le dénombrement
des livres saints, ne dit point que le concile de Nicée
ait traité cette matière : et s'il l'eût
fait, y aurait-il eu dans la suite des contestations sur ce point ?
C'est encore sans fondement qu'on fait honneur à ce concile
de l'institution de certaines lettres formées appelées
ecclésiastiques. Ces sortes de lettres sont plus
anciennes que ce concile, et, dès le second siècle
de l'Église, on en donnait aux chrétiens, surtout
aux prêtres, aux diacres et aux autres ministres, pour qu'ils
pussent être reçus des fidèles dans les églises
des villes et des provinces où ils allaient, et communiquer
avec eux. Saint Basile parle de ces lettres, et dit (Ep.
203 ad maritim. episc.) que les Pères qui l'avaient
précédé avaient institué certains
petits caractères, pour les former, par le moyen desquels
la communion se portait jusqu'aux extrémités da
la terre. Mais il ne dit point que les Pères, instituteurs
de ces sortes de caractères, fussent ceux de Nicée ;
il paraît, au contraire, qu'il les croyait beaucoup plus
anciens. On croit avec plus de vraisemblance, que la formule que
nous en avons dans le recueil des conciles est de l'invention
d'Isidore Mercator. On peut voir dans Baronius avec quel art elle
est composée. Il y a plusieurs autres choses qui passent
sous le nom du concile de Nicée, et qui sont, ou du concile
de Sardique, ou tirées de quelques monuments supposés.
Les Églises d'Orient ont pour fondement
de leur discipline certains canons qu'elles croient être
du concile de Nicée. Ce sont ceux qu'on appelle Arabiques,
inconnus en Europe avant la traduction que Turrien en fit faire
sur la fin du seizième siècle. Alphonse Pisani,
à qui Turrien communiqua cette traduction, l'inséra
dans sa collection des Conciles. Celle que nous avons dans la
collection du Père Labbe est de la façon d'Abraham
Echellensis, maronite, professeur royal en arabe et en syriaque,
qui l'avait auparavant fait imprimer. Turrien et Abraham Echellensis
soutiennent également que ces canons sont du concile de
Nicée ; mais les preuves qu'ils en ont données
n'ont persuadé presque personne, tant elles sont faibles.
Le premier ne se fonde que sur la lettre d'Isidore Mercator, sur
une autre faussement attribuée au pape Jules, et sur ce
que les anciens ont cité plusieurs décrets de Nicée,
qui ne se trouvent pas dans les vingt canons que nous en avons.
Le second n'a ajouté à ces preuves que quelques
témoignages des Orientaux du dernier âge, qui, en
ce qui regarde l'histoire ecclésiastique des premiers siècles,
n'ont que peu ou point d'autorité. Tous ceux d'entre eux
qui ont écrit en arabe, orthodoxes, jacobites, nestoriens,
et même les mahométans (a), se sont également
trompés en ce qu'ils ont dit du concile de Nicée,
savoir qu'il s'y trouva deux mille quarante-huit évêques,
qu'ils tinrent leurs séances près de trois ans,
et qu'ils composèrent non seulement les vingt canons reçus
dans toute l'Église, mais les autres et plusieurs constitutions.
(a) Renaudot, dans le cinquième
tome de la Perpétuité de la foi, liv. IX,
cap. 6. anc. édit.
Car la tradition constante de toutes les Églises
est qu'il n'y eut à ce concile que trois cent dix-huit
évêques, et saint Athanase, qui y était présent,
le dit (Ep. ad Afros) en termes exprès. Il n'est
pas moins certain que le concile se termina la même année
qu'il s'était assemblé, puisque au rapport d'Eusèbe
(in vita Const., l. III, c. 14), témoin
oculaire, la fête que Constantin fit après la fin
de ce concile, pour rendre grâces à Dieu de ce que
l'hérésie arienne y avait été détruite,
se rencontra avec le temps de la vingtième année
de son règne, laquelle commençait le 25 juillet
de l'an 325, un mois et quelques jours après le commencement
du concile. A l'égard des décrets faits à
Nicée, il est vrai que l'on y en fit quelques-uns qui ne
sont pas venus jusqu'à nous, comme nous venons de le remarquer ;
mais il est vrai aussi qu'on en a attribué à ce
concile qui sont de celui de Sardique, les deux en particulier
que le pape Zosime allégua, pour montrer qu'il était
permis aux évêques, et même aux autres ecclésiastiques,
d'appeler au pape. On en a cité d'autres sous le nom de
Nicée, parce que dans le Code universel ils étaient
à la suite des vingt canons qui ont été faits
dans ce concile. Mais aucun auteur contemporain, ni ceux même
qui ont écrit l'histoire de ce concile dans les quatre
siècles suivants, n'ont fait mention des canons arabiques.
A qui persuadera-t-on qu'on n'ait conservé qu'en une langue
qui n'était pas alors connue hors du pays où elle
était naturelle, des décrets qui devaient avoir
été faits originairement en grec et en latin, et
qui n'intéressaient pas moins les Églises d'Occident
que celles d'Orient ? Les versions syriaques des canons de
Nicée, plus anciennes que les arabes, ne contiennent que
les vingt canons ordinaires, sans faire aucune mention des arabiques,
ni de l'histoire qui les accompagne : ce qui paraît
en particulier par le manuscrit syriaque de la bibliothèque
de Florence (a). A quoi il faut ajouter que l'on trouve
dans les canons arabiques plusieurs termes et plusieurs rites
qui (b) n'ont été en usage qu'après
le quatrième siècle de l'Église.
(a) Renaudot, ubi supra.
(b) On ne connaissait point
de patriarches au concile de Nicée. Cependant il est parlé
dans les XXXIIIe, XXXIVe, XXXVe,
XXXVIe Canons arabiques du patriarche d'Antioche et
des patriarches des autres villes considérables, comme
d'une dignité commune dans l'Église. Dans le XXXVIe,
on voit que l'on donnait à certains évêques
le titre de Catholiques, qui ne s'est donné à
aucun évêque des quatre premiers siècles.
Ces canons sont au nombre de quatre-vingts.
Le premier est le LXXIXe des Apôtres (Voy.
à la Table chronologique, fin du Ier
siècle, à la suite de ce Dictionnaire). Les suivants
sont les XX véritables canons de Nicée, mais dans
un ordre différent. Les XXXVIe, XLVIIe,
XLVIIIe, XLIXe et Le sont tirés
du premier concile de Constantinople ; le XXXVIIe,
touchant la métropole de Chypre, est pris du concile d'Éphèse ;
les LIe et LIIe sont formés sur les
IIe, IIIe et Ve du concile d'Antioche ;
le LIIIe est le IIe de Chalcédoine :
ce qui est dit dans le XXXIVe de la dignité
des évêques de Séleucie, n'était pas
en usage dans le temps du concile de Nicée ; mais
ils obtinrent depuis les prérogatives d'honneur marquées
dans ces canons. Dans le XXXVIe, il est défendu
aux Éthiopiens d'élire un patriarche, et ordonné
qu'ils se soumettent à celui d'Alexandrie. Or cette discipline
n'est guère plus ancienne que le mahométisme, qui
prit naissance dans le septième siècle. Par là
il paraît clairement que les canons arabiques ne sont ni
du concile de Nicée, ni de celui de Constantinople, ou
de Chalcédoine, ou d'Éphèse, ou d'Antioche ;
mais une compilation de plusieurs canons faits dans ces conciles,
auxquels l'auteur a ajouté ce qui convenait à la
discipline de son temps. Il était Arabe, et ne savait le
grec (c) qu'imparfaitement : ce que l'on remarque
en plusieurs endroits de sa traduction, particulièrement
dans la manière dont il a rendu le premier canon de Nicée,
qui est le second dans sa collection ; car il entend de la
circoncision ce qui y est dit de la mutilation : peut-être
aussi a-t-il fait ce changement dans ce canon avec connaissance.
Car comme (d) il arrivait souvent que des chrétiens
enlevés dans leur jeunesse par les Mahométans étaient
circoncis par force, l'interprète se sera apparemment conformé,
autant que la matière le permettait, à ce qui avait
été décidé à Nicée touchant
les eunuques. Il paraît qu'il était orthodoxe (e)
ou melchite ; autrement il n'aurait pas inséré
dans sa compilation des canons des conciles d'Éphèse
et de Chalcédoine que les nestoriens et les jacobites ne
reçoivent pas. Comme les canons arabiques ne se trouvent
point dans la collection syriaque de Florence, faite, comme l'on
croit (f), vers l'an 686, il y a toute apparence qu'ils
n'étaient pas encore connus alors.
(c) Renaudot, ubi supra.
(d) Ibidem.
(e) Ibidem.
(f) Ibidem.
Après que le concile de Nicée
eut terminé toutes les contestations touchant la foi et
réglé la discipline, il écrivit une lettre
synodale adressée à l'Église d'Alexandrie
et à tous les fidèles de l'Égypte, de la
Libye et de la Pentapole, comme les plus intéressés
à tout ce qui s'y était fait. Elle était
conçue en ces termes :
" Puisque, par la grâce de
Dieu et par l'ordre du très religieux empereur Constantin,
nous nous sommes assemblés de différentes provinces
et de différentes villes, il paraît nécessaire
de vous écrire, au nom de tout le concile, pour vous informer
de ce qui y a été proposé, examiné,
résolu et décidé. Avant toutes choses, l'impiété
d'Arius et de ses sectateurs a été examinée
en présence de l'empereur, et on a résolu tout d'une
voix de l'anathématiser, lui, sa doctrine impie, ses paroles
et ses pensées, par lesquelles il blasphémait contre
le Fils de Dieu en disant qu'il est tiré du néant,
qu'il n'était point avant d'être engendré,
et qu'il y a eu un temps auquel il n'était pas ; que
par son libre arbitre il est capable du vice et de la vertu, et
qu'il est créature. Le saint concile a anathématisé
tout cela, souffrant même avec peine d'entendre prononcer
ces blasphèmes. Pour ce qui regarde la personne d'Arius,
vous avez déjà appris, ou vous apprendrez assez
comment il a été traité. Nous ne voulons
pas paraître insulter à un homme qui a reçu
la digne récompense de son crime, par l'exil auquel l'empereur
l'a condamné. Son impiété a eu la force ne
perdre avec lui Théonas de Marmarique et Second de Ptolémaïde,
et ils ont été traités de même :
ainsi, par la miséricorde de Dieu, vous êtes délivrés
de l'impiété et de la contagion de cette erreur
et de ces blasphèmes, et de ces hommes inquiets qui ont
osé troubler par leurs contestations la paix des fidèles.
Quant à Mélèce et à ceux qui ont reçu
des ordres de lui, le concile témoigne avoir usé
d'indulgence à leur égard, et leur avoir conservé
leur rang en la manière et aux conditions que nous avons
marquées plus haut. " Puis il ajoute : " Quant
à ceux qui, soutenus de la grâce de Dieu et assistés
de vos prières, n'ont eu aucune part au schisme, et sont
demeurés dans l'Église catholique, sans avoir été
flétris d'aucune tache, qu'ils aient droit d'élire
et de proposer ceux qui méritent d'être admis dans
le clergé, et de tout faire selon les lois de l'Église.
Que si quelqu'un de ceux qui sont dans les dignités ecclésiastiques
vient à mourir, ou pourra lui substituer un de ceux qui
ont été reçus depuis peu, pourvu qu'il en
soit jugé digne, qu'il ait les suffrages du peuple, et
que son élection soit confirmée par Alexandre, évêque
d'Alexandrie. " Et ensuite : " Si l'on
a réglé ou défait quelque autre chose, notre
collègue Alexandre, qui y a eu la principale part, vous
en informera. Nous vous donnons aussi avis que le différend
touchant le jour auquel la fête de Pâques doit être
célébrée, a été heureusement
terminé par le secours de vos prières, en sorte
que tous nos frères d'Orient, qui faisaient autrefois la
Pâque le même jour que les Juifs, la célébreront
à l'avenir le même jour que les Romains et les autres
qui la célèbrent de tous temps avec nous. Réjouissez-vous
donc de tant d'heureux succès, de la paix et de l'union
de l'Église, et de l'extirpation de toutes les hérésies,
et recevez avec beaucoup d'honneur et de charité notre
collègue votre évêque Alexandre, qui nous
a réjouis par sa présence, et qui dans un âge
si avancé a pris tant de peine pour vous procurer la paix.
Offrez à Dieu vos prières pour nous, afin que ce
qui a été décidé et ordonné
demeure ferme et immuable. "
Constantin écrivit aussi deux lettres
qui peuvent en quelque manière passer pour synodiques,
puisqu'elles apprennent à diverses Églises les définitions
du concile. La première s'adresse à toutes les Églises
en général, et ce prince l'écrivit pour apprendre
aux évêques qui n'avaient pu se trouver au concile,
ce qui s'y était passé, principalement en ce qui
regarde la célébration de la Pâque :
il dit qu'il y avait été résolu tout d'une
voix que cette fête serait partout célébrée
le même jour ; n'étant pas convenable que les
chrétiens soient divisés dans cette grande solennité,
qui est, dit-il, la fête de notre délivrance. Il
y dit aussi que la question de la foi a été examinée
et si bien éclaircie, qu'il n'y est resté aucune
difficulté. Il exhorte tout le monde à se soumettre
aux décisions du concile comme à un ordre venu du
ciel : car, dit-il, tout ce qui se fait dans les saints conciles
des évêques doit être rapporté à
la volonté de Dieu. Il envoya des copies de cette lettre
dans toutes les provinces, quoiqu'elle regardât particulièrement
les Églises de Syrie, de Mésopotamie, et quelques
autres qui célébraient la Pâque avec les Juifs.
La seconde est adressée en particulier à l'Église
catholique d'Alexandrie. Après avoir loué Dieu de
la réunion des chrétiens en une même foi,
il ajoute : " C'est pour y parvenir que par sa
volonté j'ai assemblé à Nicée la plupart
des évêques, avec lesquels moi-même, comme
un d'entre vous, car je me fais un souverain plaisir de servir
le même maître, je me suis appliqué à
l'examen de la vérité. On a donc discuté
très exactement tout ce qui semblait donner prétexte
à la division, et, Dieu veuille nous le pardonner !
quels horribles blasphèmes a-t-on osé avancer touchant
notre Sauveur, notre espérance et notre vie, contre l'autorité
de la sainte Écriture et contre la vérité
de notre foi ! Plus de trois cents évêques,
très vertueux et très éclairés, sont
convenus de la même foi, qui est en effet celle de la loi
divine. Arius seul a été convaincu d'avoir, par
l'opération du démon, semé cette doctrine
impie, premièrement parmi vous, et ensuite ailleurs. Recevez
donc la foi que Dieu tout-puissant nous a enseignée ;
retournons à nos frères, dont un ministre impudent
du démon nous a séparés. Car ce que trois
cents évêques ont ordonné n'est autre chose
que la sentence du Fils unique de Dieu ; le Saint-Esprit
a déclaré la volonté de Dieu par ces grands
hommes qu'il inspirait. Donc, que personne ne doute, que personne
ne diffère ; mais revenez tous de bon cur dans
le chemin de la vérité, afin que, quand je vous
irai trouver, je puisse rendre grâces à Dieu de vous
avoir réunis dans la vérité par les liens
de la charité. " Outre ces deux lettres, Constantin
en écrivit d'autres contre Arius et contre ses sectateurs,
par lesquelles il condamnait et la doctrine et les écrits
de cet hérésiarque.
On a imprimé dans le recueil des Conciles
une lettre qui porte en tête les noms d'Osius de Cordoue,
de Macaire de Jérusalem et de Victor et Vincent, prêtres
de Rome et légats du pape saint Sylvestre, par laquelle
ils le prièrent, au nom des trois cents évêques
assemblés à Nicée, de convoquer un concile
à Rome, et d'y confirmer tout ce qui avait été
fait et décidé dans celui de Nicée. On y
a joint la réponse de saint Sylvestre à cette lettre,
où ce pape, après avoir confirmé les décrets
de Nicée, y en ajoute de nouveaux, qui regardaient ce semble
la célébration de la Pâque, qu'il croyait
avoir été mal réglée par le cycle
de Victorin. Mais on convient communément que ces deux
pièces sont supposées. Le style en est barbare et
inintelligible. On suppose, contre toute apparence de vérité,
que la lettre à saint Sylvestre fut écrite cinq
ou six jours après le commencement du concile de Nicée.
Paulin et Julien y sont appelés consuls souverains,
qualité que l'on n'a jamais donnée aux consuls.
Ce qui est dit dans celle qu'on attribue à saint Sylvestre,
des cycles pascals que Victorin assurait être faux, est
une preuve de sa supposition, puisqu'il n'y en eut jamais pour
l'année 395, et que ce Victorin n'a fleuri qu'après
la mort de ce saint pape. Il y est dit encore que cette lettre
fut écrite, Constantin étant consul pour la septième
fois, et Constantius César pour la quatrième fois.
Cependant le septième consulat de Constantin ne commença
qu'en 326, l'année d'après la tenue du concile de
Nicée. Le concile que l'on fait assembler à Rome
est inconnu à toute l'antiquité. On veut qu'il s'y
soit trouvé deux cent soixante-quinze évêques,
et qu'il se soit tenu en présence de Constantin. Or ce
prince ne vint point à Rome en 325 ; et une assemblée
aussi nombreuse, et pour une matière si considérable,
n'aurait pas été oubliée par saint Athanase,
par saint Hilaire et les autres écrivains qui nous ont
laissé l'histoire des conciles de leur temps. Les canons
de ce prétendu concile ne conviennent point à la
discipline du quatrième siècle de l'Église.
Socrate (l. I, c. 13 ) cite
un livre de saint Athanase intitulé : Des Synodes,
où on lisait les noms de tous les évêques
qui avaient assisté au concile de Nicée. Il n'y
a rien de semblable dans le livre de saint Athanase qui porte
ce titre. Il n'y est parlé qu'en passant du concile de
Nicée ; l'ouvrage regarde ceux de Séleucie
et de Rimini. Peut-être Socrate voulait-il parler d'un exemplaire
des décrets et des canons de Nicée, que saint Athanase
avait eu en main comme évêque d'Alexandrie, ou qu'il
avait copié à son usage. Baronius (ad ann.
325, n. 62) avance aussi, sur l'autorité de saint
Athanase, qu'il y avait des actes du concile de Nicée,
et saint Jérôme (Dial. adv. Lucifer.) les
cite en termes formels. Mais Baronius a été trompé
par la version latine de l'endroit qu'il cite de saint Athanase.
Dans le grec il n'est rien dit des actes du concile de Nicée ;
mais seulement que l'on a les écrits des Pères de
ce concile, savoir le symbole, les canons et les lettres synodales.
S'il y avait eu d'autres actes de ce concile, saint Athanase n'aurait
pas manqué de les citer dans sa lettre touchant les décrets
de Nicée, dans laquelle il déclare à son
ami, qu'il lui a fait un récit fidèle de ce qui
s'y était passé. A l'égard de saint Jérôme,
on voit par la suite qu'il n'entend autre chose par les actes
de Nicée que les souscriptions des évêques.
Il y a donc tout lieu de douter de l'authenticité des actes
de Nicée, extraits d'un manuscrit grec du Vatican par Alphonse
Pisani ; et de ceux que Belleforest (a) a traduits
en latin, sur un manuscrit grec que François de Noailles,
évêque d'Acqs et ambassadeur à Constantinople,
avait fait acheter des moines grecs de l'île de Chio. Ces
actes, qui sont ceux mêmes que nous avons sous le nom de
Gélase de Cyzique, et qui selon lui avaient appartenu autrefois
à Dalmace, archevêque de Cyzique, ne sont qu'une
compilation de ce qu'Eusèbe, Théodoret, Rufin, Socrate,
Sozomène et quelques autres historiens, ont dit du concile
de Nicée. Néanmoins, pour leur donner autorité,
cet auteur, qui vivait vers la fin du cinquième siècle,
dit les avoir lus dans sa jeunesse, chez son père, donnant
à entendre qu'ils avaient été recueillis
en un corps longtemps auparavant. Mais il ne s'accorde pas avec
lui-même ; car il dit ensuite que, pour trouver ce
qui s'était fait dans le concile de Nicée, il s'était
donné de grands mouvements, et avait employé pour
cela toutes sortes de moyens. Le discours sur les trois cent dix-huit
Pères de Nicée, qui porte le nom de Grégoire,
prêtre de Césarée en Cappadoce, et l'histoire
de ce qui se passa dans le concile à l'occasion de la déposition
d'Arius, tirée de Métaphraste, sont deux pièces
sans autorité.
(a) Belleforest publia à
Paris chez Morel l'histoire du concile de Nicée, par Gélase
de Cizyque, avec une version latine et des notes.
Avant que les Pères du concile se séparassent,
Constantin voulut qu'ils se ressentissent de la fête solennelle
de la vingtième année de son règne, qui commençait
le 25 juillet de l'an 325. Il les traita tous dans son palais,
et fit manger les principaux avec lui, les autres à des
tables placées aux deux côtés de la sienne.
Ce prince, ayant remarqué que quelques-uns de ces évêques
avaient l'il droit arraché, et appris que ce supplice
avait été la récompense de la fermeté
de leur foi, baisa leurs plaies, espérant tirer de cet
attouchement une bénédiction particulière.
On le remarque particulièrement de Paphnuce, que Constantin
faisait souvent venir dans son palais, par le respect qu'il lui
portait. Après le festin, il leur distribua divers présents,
à proportion de leur mérite, et y ajouta des lettres,
pour faire délivrer tous les ans dans chaque église
une certaine quantité de blé aux ecclésiastiques
et aux pauvres. Ensuite il les exhorta à la paix et à
l'union, leur demanda de prier Dieu pour lui, et les laissa retourner
chacun à leur Église.
Ainsi finit le concile de Nicée, devenu si célèbre dans la suite. Comme il avait été assemblé de toutes les parties du monde, il n'y en eut aucune qui ne reçût ses décrets. Ils furent approuvés dans les conciles qui se tinrent quelque temps après dans les Gaules, dans les Espagnes, à Rome, dans la Dalmatie, dans la Dardanie, dans la Macédoine, dans l'Épire, dans la Grèce, dans les îles de Crète, de Sicile, de Chypre, dans la Pamphylie, dans la Lycie, dans l'Isaurie, dans l'Égypte, dans la Libye. Les Églises de toute l'Afrique et de toute l'Italie, de la Bretagne, du Pont, de la Cappadoce, celles d'Orient, les reçurent (Athanas. Epist. ad Jovian.) : enfin tous les chrétiens qui se trouvèrent dans les Indes et les autres pays les plus barbares. Les ariens seuls, et ils étaient en petit nombre, refusèrent de s'y conformer. Comme la plupart des évêques de ces provinces n'avaient pu se trouver au concile, ils crurent devoir témoigner par écrit qu'ils n'avaient point d'autre foi que celle qu'on y avait publiée, et saint Athanase dit expressément qu'il avait en mains les lettres qu'ils avaient écrites à ce sujet. On voit par les lettres synodiques des conciles tenus à Rome, dans les Gaules et dans les Espagnes, qu'ils regardaient celui de Nicée comme le seul qui méritât, dans l'Église catholique, le nom de concile ; qui a élevé des trophées sur toutes les hérésies, et qui suffit seul, du jugement de saint Athanase, pour les ruiner toutes et rétablir tous les points de la foi chrétienne. Les Grecs font, le 29 mai, ou le dimanche qui précède immédiatement la Pentecôte, une mémoire générale des trois cent dix-huit évêques qui y assistèrent. D. Ceillier. t. IV ; Richard, Anal. des Conc., t. I."