Constantinople IV
Pape du concile

Contexte historique
Photius avait été élevé irrégulièrement au patriarcat de Constantinople après la déposition du patriarche légitime Ignace. Le conflit entre Photius et Rome envenima les relations entre l'Orient et l'Occident. Ce concile, le dernier tenu en Orient et reconnu par l'Église catholique, régla cette crise disciplinaire.
Enseignements principaux
- Déposition de Photius : Le concile déposa Photius et rétablit Ignace comme patriarche légitime de Constantinople.
- Autorité pontificale : Les légats du pape présidèrent le concile, réaffirmant la primauté romaine dans le jugement des causes ecclésiastiques majeures.
- Canons disciplinaires : Le concile promulgua 27 canons sur la discipline ecclésiastique, condamnant les ordinations irrégulières et l'ingérence du pouvoir civil dans les affaires de l'Église.
Déroulement du concile
CONSTANTINOPLE (Concile de), huitième
cuménique, l'an 869. L'empereur Basile ayant envoyé
des députés au pape Adrien II, pour rendre grâces
à l'Église romaine d'avoir éteint le schisme
de Constantinople, Adrien envoya de son côté trois
légats à Constantinople, avec ordre d'y assembler
un concile pour régler diverses affaires importantes, mais
surtout pour mettre la dernière main à la réunion.
Ces légats étaient Donat, évêque d'Ostie,
Étienne, évêque de Népi, et Marin,
un des sept diacres de l'Église romaine. Le pape les chargea
de deux lettres, en réponse à celles qu'il avait
reçues de l'empereur Basile et du patriarche Ignace. Les
légats, étant arrivés à Constantinople
le 24 septembre, indiquèrent le concile au 5 octobre, dans
l'église de Sainte-Sophie. On y avait exposé la
vraie croix et le livre des Évangiles. Les légats
tinrent la première place ; puis Ignace, patriarche
de Constantinople ; ensuite les députés des
autres patriarches d'Orient : celui d'Alexandrie n'y envoya
personne. Douze évêques qui avaient été
maltraités pour avoir pris la défense d'Ignace y
prirent séance selon leur rang ; et onze des principaux
officiers de la cour y furent présents par l'ordre de l'empereur.
Il y eut dix sessions.
Ire session.
Dans cette session, qui se tint le 5 octobre, le patrice Bahanes
fit lire par un secrétaire le discours de l'empereur adressé
au concile. On lut ensuite les lettres du pape à l'empereur
et au patriarche Ignace ; la lettre de Théodose, patriarche
de Jérusalem, adressée à Ignace ; la
formule de réunion apportée par les légats,
qui était la même que le pape Hormisdas envoya, en
519, pour la réunion de l'Église de Constantinople,
si ce n'est qu'on y avait changé les noms des hérésies
et des personnes, etc.
IIe session.
Elle fut tenue le 27 octobre. On y reçut d'abord dix évêques
qui avaient prévariqué sous Photius. Ils entrèrent,
tenant en leurs mains un libelle de confession de la faute qu'ils
avaient faite contre le patriarche Ignace, et dont la lecture
fit connaître qu'ils n'avaient pris le parti de Photius
que par la crainte des supplices qu'il faisait souffrir à
ceux qui lui étaient contraires. Le concile les reçut
après qu'ils eurent souscrit la formule de satisfaction
que les légats avaient apportée de Rome, et ils
prirent séance selon leur rang. Le concile reçut
à la même condition onze prêtres, neuf diacres
et sept sous-diacres, qui avaient été ordonnés
par Méthodius ou par Ignace, mais qui s'étaient
depuis rangés du côté de Photius. On leur
rendit les marques de leur ordre, puis le patriarche Ignace fit
lire à haute voix les pénitences qu'il leur imposait.
IIIe session.
Dans cette session, qui se tint le onzième jour d'octobre,
quelques évêques ordonnés par Méthodius
et par Ignace n'ayant point voulu souscrire à la formule
apportée de Rome, on ordonna la lecture des lettres de
l'empereur Basile, et du patriarche Ignace au pape Nicolas, et
la réponse du pape Adrien à ce patriarche.
IVe session.
Il y eut au commencement de cette session, tenue le 13 octobre,
quelque contestation au sujet de deux évêques ordonnés
par Méthodius, mais qui communiquaient encore avec Photius.
Ces évêques, dont l'un se nommait Théophile
et l'autre Zacharie, n'ayant point voulu signer une formule
qui contenait l'engagement de tenir et de défendre la foi
catholique, et de suivre en tout le jugement de l'Église
romaine, furent chassés du concile où on les avait
admis.
Ve session.
Photius fut amené malgré lui à cette session,
qui se tint le 19 octobre. Les légats lui firent diverses
questions auxquelles il ne voulut point répondre, non plus
qu'à celles que lui firent les députés d'Orient :
ce qui fit qu'on lut à haute voix les lettres envoyées
à son sujet par l'Église romaine, tant à
l'empereur Michel qu'à Photius lui-même. La lecture
de ces lettres achevée, Élie, député
de Théodose, patriarche de Jérusalem, dit, au nom
des autres députés d'Orient, que, depuis sept années
qu'il faisait les fonctions de syncelle dans l'Église de
Jérusalem, il pouvait rendre ce témoignage, que
l'Église à laquelle il était attaché
n'avait point accepté de lettres de Photius ; qu'elle
ne lui en avait point envoyé non plus, et qu'il en était
de même de l'Église d'Antioche ; que Photius
était condamné, dès là qu'il n'avait
été reçu par aucune Église patriarcale ;
et qu'il ne l'était pas moins pour s'être emparé
avec violence du siège de Constantinople. La conclusion
du discours d'Élie fut que Photius devait reconnaître
son péché et s'en repentir sincèrement, sous
l'espérance d'être reçu dans l'Église
comme un simple fidèle. L'avis du concile, conforme à
celui des légats, fut que, sans prononcer un nouveau jugement
contre Photius, on pouvait s'en tenir à celui qui avait
été rendu par le pape Nicolas et confirmé
par Adrien. Photius, pressé par le patrice Bahanes de se
justifier, répondit : " Mes justifications
ne sont point en ce monde ; si elles étaient en ce
monde, vous les verriez. " Cette réponse fit
croire qu'il avait l'esprit troublé, et on le renvoya en
lui donnant du temps pour penser à son salut.
VIe session.
L'empereur Basile assista à cette session, qui se tint
le 25 octobre, et ordonna la lecture d'un mémoire des légats
du pape, où ils faisaient en abrégé le récit
de toute l'affaire qui avait occasionné le concile, et
concluaient que toute l'Église étant d'avis de rejeter
Photius, il était inutile d'écouter ses partisans.
On ne laissa pas de les faire entrer. On lut en leur présence
les lettres du pape Nicolas Ier à l'empereur
Michel et à Photius ; ensuite Élie, syncelle
de Jérusalem, raconta ce qui s'était passé
dans la déposition d'Ignace et dans l'ordination de Photius ;
et, s'autorisant de l'exemple du second concile de Constantinople,
sous l'empereur Théodose, où Maxime le Cynique fut
rejeté avec tous ceux qui avaient reçu de lui leur
ordination, sans qu'on rejetât ceux qui l'avaient ordonné
lui-même, il dit qu'il ne condamnait point les évêques
qui avaient assisté à l'ordination de Photius, parce
qu'ils y avaient été contraints par l'empereur ;
et qu'il ne condamnait que le seul Grégoire de Syracuse,
son ordinateur, déposé il y avait déjà
longtemps. Son discours fut suivi de la soumission des évêques
du parti de Photius, et le concile leur accorda le pardon.
Il n'en fut pas de même des évêques
ordonnés par Photius. Ils contestèrent l'autorité
du pape ; et, pour montrer qu'on n'y avait pas toujours égard,
ils citèrent les exemples de Marcel d'Ancyre, qui, quoique
reçu par le pape Jules et par le concile de Sardique, était
à présent anathématisé comme hérétique ;
d'Apiarius, qui, justifié par les évêques
de Rome, fut rejeté par le concile d'Afrique. Ils soutinrent
qu'encore que Photius eût été tiré
d'entre les laïques, ce n'était pas un sujet de le
condamner ; que Taraise, Nicéphore, Nectaire et Ambroise
avaient été tirés de même de l'état
laïque, pour être promus à l'épiscopat ;
que la déposition de Grégoire de Syracuse ne rendait
pas nulle l'ordination de Photius ; que, quoique Pierre Monge
eût été déposé par Protorius,
on ne laissa pas de l'élire patriarche d'Alexandrie après
Timothée, et qu'on ne condamna aucun de ceux qu'il avait
ordonnés. Ils ajoutèrent : " Si donc
quelque canon nous dépose, nous acquiesçons, et
non autrement. "
Métrophane de Smyrne répondit
qu'ayant demandé pour juge le pape Nicolas, ils n'étaient
plus recevables à se plaindre de son jugement, parce qu'autrement
il n'y aurait jamais de jugement certain, personne n'approuvant
le jugement qui le condamne ; qu'à l'égard
des laïques qu'ils disaient avoir été choisis
évêques, leur élection était bien différente
de celle de Photius ; que Nectaire avait été
élu et ordonné patriarche de Constantinople par
un concile général et par des patriarches, sans
que l'empereur fît aucune violence aux électeurs
ni aux ordinateurs, ni que l'on chassât de ce siège
quelqu'un qui l'occupât ; qu'il y avait eu la même
liberté dans l'ordination de saint Ambroise ; que
Taraise fut choisi sur le témoignage de Paul, son prédécesseur,
et du consentement des évêques catholiques, sans
aucune violence ; que Nicéphore fut ordonné
librement par les évêques assemblés ;
qu'au contraire Photius avait chassé le patriarche Ignace
pour usurper sa place ; que les évêques qui
l'avaient ordonné y avaient été forcés
par l'autorité impériale, et qu'il n'avait été
reconnu par aucune des chaires patriarcales ; que si Marcel
d'Ancyre, après avoir été reçu de
l'Église romaine, avait été anathématisé
depuis, c'est qu'il était retourné à l'hérésie
qu'il avait anathématisée sous le pape Jules ;
que le concile d'Afrique, loin de résister au décret
du pape Zosime touchant Apiarius, y avait déféré,
se contentant de borner l'interdiction de ce prêtre à
l'Église de Sicque, où il avait causé du
scandale ; que si l'on n'avait point déposé
les évêques ordonnés par Pierre Monge, cela
ne faisait rien à l'affaire présente, les canons
distinguant les hérétiques convertis d'avec ceux
qui ont été ordonnés par des usurpateurs.
Zacharie, l'un des évêques ordonnés par Photius,
et qui avait fait les objections, voulut répliquer aux
réponses de Métrophane, mais les légats lui
en ôtèrent le droit ; et l'empereur termina
lui-même cette session par un discours pathétique
qu'il adressa aux évêques schismatiques pour les
exhorter à se soumettre, en donnant sept jours, tant à
Métrophane qu'aux autres d'entre eux ordonnés par
Photius, pour prendre sur ce sujet leur dernière résolution.
VIIe session.
L'empereur assista encore à cette session, qui fut tenue
le 29 octobre. Photius y parut aussi, et refusa de donner son
libelle d'abjuration. Les évêques de son parti en
firent autant. Ils ne voulurent pas non plus rejeter Photius et
les actes de ses conciles, anathématiser Grégoire
de Syracuse, se soumettre au patriarche Ignace, et exécuter
les décrets de l'Église romaine. On fit la lecture
de la dernière monition à Photius et à ceux
de son parti pour les engager, sous peine d'anathème, à
se soumettre au jugement du concile ; et l'on prononça
contre eux les anathèmes dont on les avait menacés.
VIIIe session.
On brûla dans cette session, tenue le 5 novembre, un plein
sac de promesses que Photius avait exigées du clergé
et des laïques de toutes conditions ; les livres qu'il
avait fabriqués contre le pape Nicolas, et les actes des
conciles contre le patriarche Ignace, puis on fit entrer ceux
qui avaient assisté au concile de Photius contre le pape
Nicolas, ou qui avaient donné des libelles contre l'Église
romaine, ou qui avaient paru dans ce concile en qualité
de légats ; et il se trouva qu'après les avoir
interrogés, aucun d'eux n'avait été présent
à ce concile, ni n'en connaissait les actes, qui, par cet
examen, furent convaincus de supposition. La découverte
de cette imposture engagea les légats du pape à
demander qu'on fît la lecture du dernier canon du concile
de Latran de l'an 649, dressé contre les faussaires. On
lut aussi le décret du pape Nicolas touchant les images,
rendu au concile de Rome en 863. Quelques iconoclastes, qu'on
fit entrer dans le concile, abjurèrent leur erreur, et
dirent anathème à ses chefs, nommément à
Théodore, surnommé Crithin. Ensuite on fit
la lecture, au nom du concile, d'un anathème solennel contre
les iconoclastes, contre leur faux concile et contre leurs chefs ;
et on répéta les anathèmes contre Photius.
IXe session.
Le député de Michel, patriarche d'Alexandrie, se
trouva à cette session, qui ne se tint que le 12 février
870. On examina ceux qui avaient porté un faux témoignage
contre le patriarche Ignace ; et on leur imposa une pénitence.
Le concile en imposa aussi une à Marin, à Basile
et à George, écuyers de l'empereur Michel, qui,
par dérision des cérémonies de l'Église,
avaient représenté les saints mystères étant
revêtus d'habits sacerdotaux. On fit encore comparaître
les faux légats de Photius, afin que ses impostures fussent
connues de Joseph, député du patriarche d'Alexandrie,
qui n'était pas présent lorsqu'ils comparurent dans
la huitième session. Ils avouèrent une seconde fois
qu'ils avaient été forcés de faire le personnage
de légats ; et on leur fit grâce, à cause
de la violence qu'ils avaient soufferte.
Xe session.
L'empereur Basile, accompagné de son fils Constantin et
de vingt patrices, fut présent à cette session,
qui se tint le 28 février. Les ambassadeurs de Louis, empereur
d'Italie et de France, et ceux de Michel, roi de Bulgarie, s'y
trouvèrent aussi. Les évêques étaient
au nombre de plus de cent. On lut les vingt-sept canons suivants :
1 et 2. " On observera les canons,
tant des conciles généraux que particuliers, et
la doctrine transmise par les saints Pères, de même
que les décrets des conciles tenus par les papes Nicolas
et Adrien, touchant le rétablissement d'Ignace et l'expulsion
de Photius. "
3. " On honorera et on adorera l'image
de Notre-Seigneur, les livres des saints Évangiles, l'image
de la croix, celles de la Mère de Dieu et de tous les saints ;
mais en rapportant le culte qu'on leur rend aux prototypes, c'est-à-dire
à Jésus-Christ et à ses saints. "
Il faut se souvenir que le terme d'adoration,
usité chez les Grecs, ne signifie point ici un culte de
latrie, qui n'est dû qu'à Dieu seul, mais seulement
un culte de respect et de vénération.
4. " Photius n'ayant jamais été
évêque, toutes les ordinations qu'il a faites seront
censées nulles ; et l'on consacrera de nouveau les
églises qu'il a consacrées. "
5. " On renouvelle les anciens canons
qui défendent d'élever à l'épiscopat
quiconque aura pris l'habit clérical ou monastique dans
ce dessein, quand même on l'aurait fait passer par tous
les degrés du ministère. Mais, si quelqu'un s'est
fait clerc ou moine par de bons motifs, et sans aucune vue d'ambition
ni d'intérêt, il sera un an lecteur, deux ans sous-diacre,
trois ans diacre, et quatre ans prêtre. "
Quoique ce temps d'épreuves fût
de dix ans, le concile permettait néanmoins d'abréger
le temps prescrit par les anciens canons, selon le mérite
du sujet qu'on voudrait promouvoir.
6. " Anathème à Photius,
pour avoir supposé de faux légats d'Orient et de
faux actes contre le pape Nicolas, et à tous ceux qui à
l'avenir useront de pareilles supercheries. "
7. " Quoiqu'il soit bon de peindre
de saintes images, et d'enseigner les sciences divines et humaines,
il est bon aussi que cela ne se fasse que par des personnes sages :
c'est pourquoi le concile défend à tous ceux qu'il
a excommuniés de peindre des images et d'enseigner, jusqu'à
ce qu'ils se convertissent. "
La première partie de ce canon est
contre Grégoire de Syracuse, qui était peintre ;
la seconde, contre Photius, qui avait enseigné les lettres.
8. " Défense à tout
patriarche d'exiger autre chose des évêques, à
leur ordination, que la profession de foi ordinaire. "
9. " On déclare nulles toutes
les promesses exigées par Photius de ceux à qui
il enseignait les lettres, et des autres qu'il voulait s'attacher. "
10. " Personne ne se séparera
de son évêque que celui-ci n'ait été
juridiquement condamné ; et il en sera de même
de l'évêque à l'égard du métropolitain
ou du patriarche ; et cela sous peine de déposition
pour les clercs et les évêques, et d'excommunication
pour les moines et les laïques. "
11. " Anathème à quiconque
soutient qu'il y a deux âmes dans l'homme. "
Cette erreur est attribuée à
Photius, dans les vers qui se lisent à la fin de la neuvième
session.
12. " Il est défendu d'ordonner
des évêques par l'autorité et le commandement
du prince, sous peine de déposition pour ceux qui seront
parvenus à l'épiscopat par cette voie tyrannique,
étant évident que leur ordination ne vient point
de la volonté de Dieu, mais des désirs de la chair. "
13. " On fera monter les clercs
de la grande église d'un degré inférieur
au supérieur, pour récompense de leur service, s'ils
se sont bien comportés ; et on n'admettra pas dans
le clergé ceux qui auront gouverné les maisons ou
les métairies des grands. "
14. " Ceux qui sont élevés
à l'épiscopat, ne l'aviliront point en s'éloignant
de leurs églises pour aller
au-devant des gouverneurs ; bien moins s'humilieront-ils
en descendant de cheval et en se prosternant devant eux ;
mais, en rendant aux grands les honneurs qui leurs sont dus, ils
conserveront l'autorité nécessaire pour les reprendre
dans le besoin. "
15. " Ils ne pourront vendre les meubles
ni les ornements des églises, si ce n'est pour les causes
spécifiées dans les canons, ni en vendre les terres,
ni en laisser les revenus à baux emphytéotiques :
au contraire, ils seront obligés d'améliorer les
possessions de l'église, dont les revenus servent à
l'entretien des ministres et au soulagement des pauvres. "
16. " Défense aux laïques,
de quelque condition qu'ils soient, de relever leurs cheveux pour
imiter les clercs, de porter des habits sacerdotaux, et de contrefaire
les cérémonies de l'Église, sous peine d'être
privés des sacrements. Ordre aux patriarches et à
leurs suffragants d'empêcher ces sortes d'impiétés,
sous peine de déposition, en cas de tolérance ou
de négligence de leur part. "
Ce canon regarde ceux qui avaient contrefait
les cérémonies de l'Église, par ordre de
l'empereur Michel. La pénitence qu'on leur impose ici est
d'être trois ans séparés de la communion ;
un an pleurant hors de l'église, un an debout avec les
catéchumènes, la troisième année avec
les fidèles.
17. " Il sera au pouvoir des patriarches
de convoquer dans le besoin des conciles, et d'y appeler tous
les métropolitains de leur ressort, sans que ceux-ci puissent
s'en dispenser, sous prétexte qu'ils seraient retenus par
quelque prince. En effet, puisque les princes de la terre tiennent
des assemblées quand il leur plaît, ils ne peuvent
sans impiété empêcher les patriarches d'en
tenir, ni les évêques d'y assister, pour traiter
des affaires de l'Église. "
18. " Les églises et ceux
qui y président jouiront des biens et des privilèges
dont ils sont en possession depuis trente ans ; défense
à tout laïque de les en priver, sous peine d'anathème,
jusqu'à restitution desdits biens et privilèges. "
19. " Il est aussi défendu
aux archevêques d'aller, sous prétexte de visite,
séjourner sans nécessité chez leurs suffragants,
et consumer les revenus des églises qui sont de leur juridiction. "
20. " Si un censitaire emphytéotique
néglige, pendant trois ans, de payer à l'église
le cens convenu, l'évêque se pourvoira devant les
juges de la ville ou du pays, pour faire rendre la terre ou la
possession laissée en emphytéose. "
21. " Les cinq patriarches seront
honorés de tout le monde, même des plus puissants
seigneurs : on n'entreprendra pas de les déposséder
de leurs sièges ; on ne fera rien contre l'honneur
qui leur est dû, mais on les traitera avec toute sorte de
respect, mettant avant tous les autres le très saint pape
de l'ancienne Rome, puis le patriarche de Constantinople, ensuite
les patriarches d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem.
Personne ne se donnera non plus la licence d'écrire ou
de parler contre le très saint pape de l'ancienne Rome,
sous prétexte de quelque prévarication dont il se
serait rendu coupable, comme l'a fait dernièrement Photius,
et longtemps avant lui Dioscore. En cas toutefois qu'il s'élève
dans un concile général quelque difficulté
au sujet de l'Église romaine, on proposera la question
avec respect, et on recevra la décision ou l'on donnera
son avis, sans toutefois s'élever avec insolence contre
les pontifes souverains de l'ancienne Rome. "
22. " Défense aux laïques
puissants d'intervenir à l'élection ou à
la promotion d'un patriarche, d'un métropolitain ou d'un
évêque quelconque, de peur qu'il n'en résulte
des désordres ou des débats fâcheux ;
puisque d'ailleurs les puissances temporelles n'ont aucun droit
en ces sortes de matières, et qu'elles n'ont rien de mieux
à faire que d'attendre en silence les élections
qui se font dans l'Église conformément aux règles.
Que si un prince séculier ou un laïque, de quelque
dignité qu'il soit, ose traverser une élection canonique
et appuyée par le consentement de l'Église, qu'il
soit anathème. "
23. " Il n'est point permis à
un évêque de prendre à titre de location les
terres d'une autre église, ni d'y établir des clercs,
sans le consentement de l'évêque diocésain. "
24. " Les métropolitains
ne pourront faire venir chez eux leurs suffragants, pour se décharger
sur eux de leurs fonctions épiscopales, en se livrant eux-mêmes
aux affaires temporelles ; mais ils feront ce qui est de
leur charge, sous peine d'être punis par le patriarche,
ou déposés en cas de récidive. "
25. " Le concile dépose,
sans espérance de restitution, les évêques,
les prêtres, les diacres et les autres clercs ordonnés
par Méthodius ou par Ignace, qui demeuraient obstinés
dans le parti de Photius. "
26. On autorise un clerc déposé
ou maltraité par son évêque à se pourvoir
par appel devant le métropolitain, et l'évêque
lui-même qui aurait à se plaindre de son métropolitain
à en appeler au patriarche, sans que jamais le chef d'une
simple métropole puisse juger un métropolitain comme
lui, ou un simple évêque juger son confrère.
27. Défense aux évêques
de se servir du pallium ailleurs que dans les lieux et
dans les temps marqués, et aux moines promus à l'épiscopat
de quitter l'habit de leur profession.
Après la lecture de ces canons, deux
métropolitains lurent, en même temps, une définition
de foi, semblable à celle de Nicée, mais beaucoup
plus détaillée. On y dit anathème à
Arius, à Macédonius, à Sabellius, à
Nestorius, à Eutychès, à Dioscore, à
Origène, à Théodore de Mopsueste, à
Didyme, à Evagre, à Sergius, à Honorius,
à Cyrus d'Alexandrie et aux iconoclastes. On reçoit
ensuite les sept conciles généraux, et on y joint
celui-ci, comme faisant le huitième ; puis on confirme
la sentence portée contre Photius par les papes Nicolas
et Adrien. Les légats de Rome souscrivirent les premiers
comme présidents ; le patriarche Ignace souscrivit
immédiatement après eux, puis les légats
d'Orient ; ensuite l'empereur Basile et les deux princes
ses fils, Constantin et Léon ; enfin l'archevêque
d'Éphèse et les autres évêques de suite,
au nombre de cent deux. Anastase le Bibliothécaire remarque
qu'on ne doit pas être surpris d'un si petit nombre, parce
que Photius avait déposé la plupart des évêques
ordonnés par ses prédécesseurs, et en avait
mis d'autres à leur place, qui ne furent point reconnus
pour évêques dans ce concile. Ceux qui y furent admis
avaient été sacrés par les patriarches précédents.
Il est dit dans la vie du patriarche Ignace, par Nicétas,
que les évêques souscrivirent, non avec de l'encre
simple, mais après avoir trempé le roseau dans le
sang du Sauveur. Le pape Théodore en usa de même,
lorsqu'il écrivit la déposition de Pyrrhus.
Nous avons deux lettres synodales au nom du concile : l'une circulaire, qui contient la relation de ce qui s'y est passé, avec ordre à tous les enfants de l'Église de se soumettre au jugement rendu en cette assemblée ; l'autre, au pape Adrien, où les évêques font l'éloge de ses légats, dont ils disent qu'ils ont suivi le jugement. Nous n'avons les actes entiers de ce huitième concile que dans une traduction latine que le bibliothécaire Anastase, l'un des ambassadeurs de l'empereur Louis, en fit, par ordre du pape Adrien, sur une copie de l'original grec, qu'il avait emportée à Rome par précaution, cet original grec des actes du concile ayant été pris par les Slaves, entre les mains desquels les légats tombèrent en retournant à Rome. Les actes grecs imprimés à la suite de la version d'Anastase, n'en sont qu'un abrégé, où l'on a retranché plusieurs choses de l'original. Anastase mit à la tête de sa traduction une longue préface, où il fait l'histoire du schisme de Photius et du concile tenu à cette occasion, de la conversion des Bulgares, et de la conférence que l'on tint à leur sujet, trois jours après la fin du concile, pour savoir à quelle Église ils seraient soumis, si ce serait à celle de Rome ou à celle de Constantinople : ce qui fut décidé par les députés d'Orient en faveur de l'Église de Constantinople, contre l'avis des légats de Rome. Reg. tom. XXII ; Lab. tom. VIII ; An. des Conc. I