Constantinople III
Pape du concile

Contexte historique
Pour tenter de réconcilier les monophysites, certains théologiens proposèrent un compromis : le Christ aurait certes deux natures, mais une seule volonté (monothélisme) ou une seule opération (monoénergisme). Cette doctrine fut soutenue par plusieurs patriarches et même, de manière ambiguë, par le pape Honorius Iᵉʳ. Le concile, convoqué par l'empereur Constantin IV, rassembla les évêques pour trancher définitivement.
Enseignements principaux
- Les deux volontés du Christ : Le concile proclama que le Christ possède deux volontés naturelles, divine et humaine, et deux opérations naturelles, « sans division, sans changement, sans séparation, sans confusion ». La volonté humaine du Christ est librement soumise à sa volonté divine, sans y être contrainte.
- Condamnation du monothélisme : La doctrine d'une seule volonté dans le Christ fut rejetée comme contraire à la plénitude de son humanité.
- Condamnation d'Honorius : Le pape Honorius Iᵉʳ fut condamné pour avoir favorisé l'hérésie par sa négligence, bien qu'il n'ait pas défini de doctrine erronée ex cathedra.
Textes clés
Définition conciliaire sur les deux volontés
Nous proclamons également, selon l'enseignement des saints Pères, deux volontés naturelles en lui et deux opérations naturelles, sans division, sans changement, sans séparation, sans confusion. Les deux volontés naturelles ne sont pas contraires l'une à l'autre [...] mais sa volonté humaine suit, sans résistance ni opposition, ou plutôt elle est soumise à sa volonté divine et toute-puissante.
Déroulement du concile
CONSTANTINOPLE (Concile de), sixième
cuménique, l'an 680. L'empereur Constantin Pogonat,
ayant procuré la tranquillité à ses États
par une paix de trente années conclue en 677 avec le calife
Moavia, et par un autre traité passé avec les Avares
et d'autres peuples d'Occident, s'appliqua aussitôt à
mettre fin aux divisions qui n'avaient cessé de troubler
l'Église depuis le règne d'Héraclius, son
bisaïeul, mort le 11 mai 641. Il écrivit à
cet effet au pape Donus, pour le prier d'envoyer à Constantinople
des personnes sages et bien instruites, qui apportassent les livres
nécessaires pour discuter et décider toutes les
matières avec les patriarches de Constantinople et d'Antioche :
car ce prince ne croyait pas qu'on pût faire venir au concile
les patriarches d'Alexandrie et de Jérusalem, à
cause que la Palestine et l'Égypte étaient sous
la domination des Musulmans. Outre les députés du
saint-siège, l'empereur demandait encore des évêques
d'Occident, au nombre de douze, y compris les métropolitains.
Avant que sa lettre arrivât à Rome, le pape Donus
était mort ; on la rendit à Agathon, son successeur,
qui se mit aussitôt en devoir de satisfaire à toutes
les demandes de l'empereur. Il assembla à Rome un concile
de cent vingt-cinq évêques, où l'on choisit
pour députés au concile de Constantinople, les évêques
Abundantius, Jean et un autre Jean, Théodore et George,
prêtres, Jean, diacre, et Constantin, sous-diacre de l'Église
de Rome, Théodore, prêtre, légat de l'Église
de Ravenne, avec quelques moines. Ils arrivèrent à
Constantinople le dixième jour de septembre de l'an 680.
Constantin les reçut avec honneur. Quand ils lui présentèrent
les lettres du pape Agathon, ce prince les exhorta à traiter
les matières de la foi sans contention et sans aigreur,
avec un esprit de paix, en ne se servant point d'arguments philosophiques,
mais de l'autorité de l'Écriture et des Pères,
et des décrets des conciles. Il leur donna le loisir de
repasser leurs instructions ; et dès le jour même
de leur arrivée, il écrivit à George, patriarche
de Constantinople, d'assembler en cette ville tous les métropolitains
et les évêques dépendants de son siège,
et d'avertir Macaire, patriarche d'Antioche, d'en faire de même,
pour examiner la question de la foi avec les députés
du pape Agathon et du concile de Rome.
La première session de celui de Constantinople
fut tenue le sept novembre de l'an 680, treizième du règne
de Constantin depuis la mort de son père, dans un salon
du palais appelé en latin Trullus, c'est-à-dire,
Dôme. Il ne se trouva à cette session qu'environ
quarante évêques, dont les légats du pape,
savoir, les prêtres Théodore et George, et le diacre
Jean sont nommés les premiers. Les légats du concile
de Rome, savoir, Jean, évêque de Porto, Abundantius,
évêque de Palestrine, Jean de Reggio, sont nommés
après les patriarches de Constantinople, d'Alexandrie,
d'Antioche et de Jérusalem, ou de leurs députés :
car le patriarche d'Alexandrie et celui de Jérusalem, ou
son vicaire, n'avaient pu venir au concile, pour la raison que
nous avons dite plus haut, non plus que les évêques
d'Afrique. Après les quarante évêques ou leurs
députés, qui tiennent le rang des sièges
dont ils étaient députés, quoique simples
prêtres, sont nommés six prêtres tant abbés
que moines. L'empereur était placé au milieu, ayant
ses officiers à ses côtés : les légats
du pape et de son concile, avec celui de Jérusalem, étaient
à sa gauche, comme dans la place la plus honorable. Les
deux patriarches de Constantinople et d'Antioche avec le député
d'Alexandrie étaient à sa droite. On plaça
les livres des Évangiles au milieu de l'assemblée.
Tout étant ainsi disposé, les légats du pape,
adressant la parole à Constantin, dirent qu'il y avait
environ quarante-six ans que Sergius, évêque de Constantinople,
et d'autres avaient introduit de nouvelles expressions contre
la foi orthodoxe, enseignant qu'il n'y a en Jésus-Christ
qu'une seule volonté et une seule opération ;
que cette erreur avait jeté le trouble dans les Églises ;
qu'elle avait été rejetée par le saint-siège,
qui avait inutilement exhorté ceux qui en étaient
les auteurs à l'abandonner. " C'est pourquoi,
ajoutèrent-ils, nous demandons à Votre Majesté,
que ceux qui sont ici de la part de l'Église de Constantinople,
disent d'où est venue cette nouveauté. "
Ce prince ordonna à George, patriarche de Constantinople,
et à Macaire, patriarche d'Antioche, de s'expliquer là-dessus.
Ils répondirent qu'ils n'avaient proposé que ce
qu'ils avaient appris des conciles cuméniques et
des Pères approuvés, et en particulier de Sergius,
Paul, Pyrrhus et Pierre, qui avaient successivement rempli le
siège de Constantinople ; d'Honorius, pape de l'ancienne
Rome, et de Cyrus, évêque d'Alexandrie ; qu'ils
croyaient et enseignaient, comme eux, touchant la volonté
et l'opération, et qu'ils étaient prêts à
établir leur doctrine sur ce sujet. L'empereur le leur
permit, à condition qu'ils n'apporteraient d'autres preuves
que des conciles généraux et des Pères approuvés.
Sur cela, Macaire, archevêque d'Antioche, et ceux qui étaient
avec lui, prièrent ce prince d'ordonner que le garde des
chartes de l'église de Constantinople apportât les
livres des conciles de la maison patriarcale. Constantin l'ordonna
ainsi ; et Macaire, patriarche d'Antioche, ayant pris le
premier volume du concile d'Éphèse, lut le discours
de saint Cyrille à l'empereur Théodose, et s'arrêtant
sur ces paroles : L'appui de votre empire est le même
Jésus-Christ par qui les rois règnent, et les princes
rendent justice : car sa volonté est toute-puissante,
dit : " Le voilà, seigneur, j'ai prouvé
une volonté en Jésus-Christ. " Mais les légats
et quelques autres évêques s'écrièrent
que Macaire abusait de ce passage ; que saint Cyrille ne
parlait que de la volonté divine de Jésus-Christ ;
ce qui était clair, en ce qu'il la nommait toute-puissante ;
que d'ailleurs ce Père ne disait point une volonté
pour marquer le nombre. Après qu'on eut achevé la
lecture du premier volume du concile d'Éphèse, l'empereur
fit lire aussi le second par Salomon, diacre et notaire de Constantinople ;
puis il fit lever la séance, disant qu'à la suivante
on lirait les actes du concile de Chalcédoine.
Elle se tint le 10e novembre. Antiochus,
lecteur et notaire du patriarche de Constantinople, la commença
en lisant, par ordre de l'empereur, les actes du concile de Chalcédoine.
Quand il en fut à l'endroit de la lettre de saint Léon
à Flavien, où il est dit que chaque nature fait
ce qui lui est propre avec la participation de l'autre ;
que le Verbe opère ce qui convient au Verbe, et la chair
ce qui convient à la chair ; que l'un brille par ses
miracles, l'autre succombe aux mauvais traitements ; les
légats de Rome se levèrent en disant : " Vous
voyez, seigneur, que ce Père enseigne clairement deux opérations
naturelles en Jésus-Christ, sans confusion et sans division,
et qu'il enseigne cette doctrine dans un discours que le concile
de Chalcédoine a dit être l'appui de la foi orthodoxe,
et la condamnation de toutes les hérésies. "
Macaire, patriarche d'Antioche, prenant la parole, dit qu'il ne
croyait point que le pape Léon eût marqué
en ce passage deux opérations, mais seulement l'opération
théandrique, suivant saint Denis. L'empereur lui demanda
comment il entendait ces opérations théandriques.
Macaire n'ayant pas voulu s'expliquer, on acheva de lire les actes
du concile de Chalcédoine, et l'on remit à la session
suivante la lecture de ceux du 5e concile, c'est-à-dire,
du second de Constantinople.
La première pièce qu'on lut
était intitulée : Discours de Mennas, archevêque
de Constantinople, à Vigile, pape de Rome, sur ce qu'il
n'y a qu'une volonté en Jésus-Christ. A ces
mots les légats de Rome s'écrièrent que ce
livre était falsifié, et prièrent l'empereur
d'empêcher la lecture de ce discours, comme d'une pièce
supposée, ils en donnèrent pour preuve, que Mennas
était mort la 21e année de Justinien,
et que le 5e concile n'avait été assemblé
que la 27e, lorsqu'Eutychius était évêque
de Constantinople. L'empereur et les magistrats avec quelques
évêques, ayant en effet examiné le volume
des actes du 5e concile, remarquèrent qu'on
avait ajouté au commencement trois cahiers qui n'avaient
ni le chiffre, ni la signature ordinaire, et que l'écriture
en était différente de celle du reste du volume.
Ainsi rejetant ce discours, ce prince fit lire la préface
du 5e concile, et de suite tous les actes jusqu'à
la 7e session. On y avait inséré deux
livres sous le nom du pape Vigile ; l'un adressé à
l'empereur Justinien ; l'autre à l'impératrice
Théodora, où se lisaient ces paroles : Anathème
à Théodore de Mopsueste, qui ne confesse pas que
Jésus-Christ soit une hypostase, une personne, une opération.
Les légats, se levant de nouveau, soutinrent que ces deux
écrits portaient à faux le nom de Vigile, et qu'on
les avait ajoutés aux actes du concile de Chalcédoine.
Ils en donnèrent pour preuve, que si Vigile avait enseigné
une opération, et que le concile eût approuvé
cette doctrine, on aurait employé le terme d'une opération
dans la définition de foi. On la lut tout entière,
et il ne s'y trouva rien de semblable. Les légats demandèrent
que les livres produits sous le nom du pape Vigile fussent examinés
pour qu'on pût s'assurer de la supposition ; mais l'empereur
remit cet examen après la lecture de tous les actes de
Chalcédoine. Quand on l'eut finie, ce prince demanda au
concile et aux magistrats, s'ils voyaient que Macaire, patriarche
d'Antioche, eût prouvé, comme il s'y était
engagé, qu'il n'y a en Jésus-Christ qu'une volonté
et une opération. Sur leur réponse négative,
Constantin ordonna que Macaire et ceux de son parti prouvassent,
selon leur promesse, leur sentiment par les témoignages
des Pères approuvés. Macaire et les siens demandèrent
du temps. Cependant George de Constantinople et les évêques
dépendants de son siège prièrent qu'on lût
les lettres du pape Agathon et de son concile à l'empereur.
Ce qui fut renvoyé à la session suivante.
On la tint le 15 de novembre. Diogène,
secrétaire de l'empereur, avait traduit en grec ces deux
lettres. Elles furent lues l'une et l'autre : et comme elles
sont très longues et chargées de passages des Pères
et de l'Écriture, on employa la session entière
à en entendre la lecture. Agathon et son concile y établissaient
clairement la doctrine de l'Église, touchant les deux volontés
et les deux opérations ; ils y condamnaient les monothélites,
et approuvaient ce qui s'était fait contre cette nouvelle
hérésie dans le premier concile de Latran (1).
(1) On y lit de plus ces paroles remarquables,
que l'Église Apostolique Romaine ne s'est jamais écartée
du chemin de la vérité pour prendre celui de l'erreur,
et que l'autorité du chef des apôtres, qui y préside,
a toujours été suivie en tout avec fidélité
par l'Église catholique de Jésus-Christ et par les
conciles généraux. Aussi le pape affirmait-il, dans
la même lettre adressée à l'empereur qu'il
avait donné commission à ses légats de rapporter
simplement la tradition du siège apostolique, telle qu'elle
avait été établie par les pontifes, ses prédécesseurs,
sans rien y ajouter ni changer. Ici nulle mention de la faute
d'Honorius.
Dans la cinquième session, qui ne fut
tenue que le 7 décembre, Macaire d'Antioche produisit deux
volumes de passages tirés des écrits des Pères,
et un troisième dans la session suivante qui se tint deux
mois après, c'est-à-dire, le 12 février 681.
Après qu'on en eut fait la lecture, et que Macaire eut
déclaré qu'il n'avait point d'autres passages à
produire pour la défense de sa cause, l'empereur ordonna
que l'on mît à ces trois volumes le sceau des juges,
des légats de Rome et de l'Église de Constantinople.
Alors les députés du pape dirent que tous les passages
allégués par Macaire ne faisaient rien à
la question présente, et qu'aucun ne prouvait qu'il n'y
eût en Jésus-Christ qu'une volonté et une
opération ; qu'il en avait tronqué la plupart,
afin de pouvoir appliquer à l'incarnation ce qui devait
naturellement s'entendre de la volonté unique des personnes
de la Trinité. Ils demandèrent que l'on produisît
les livres originaux d'où ces passages avaient été
tirés, afin qu'en les collationnant, on en fît voir
la falsification. Nous avons en mains, ajoutèrent-ils,
un volume de passages des Pères, qui prouvent nettement
les deux volontés et les deux opérations, et plusieurs
passages des hérétiques qui ont enseigné,
comme Macaire, une seule volonté : nous demandons
que la lecture en soit faite. Cela se fera dans la prochaine session,
répondit Constantin.
Elle fut tenue le lendemain 13 de février.
On y produisit le volume que les légats avaient présenté
la veille ; et après qu'on en eut lu les passages,
l'empereur demanda aux légats s'ils en avaient encore d'autres
à produire. Ils répondirent qu'ils se contentaient
de ceux-ci, pour ne point l'ennuyer ; mais ils supplièrent
ce prince de demander aux patriarches de Constantinople et d'Antioche
s'ils convenaient de ce qui était porté dans les
deux lettres du pape Agathon et de son concile. George et Macaire
demandèrent qu'on leur délivrât copie de ces
lettres, pour qu'ils pussent en vérifier les passages avant
de faire réponse. Cela leur fut accordé ; et,
par ordre de l'empereur, on scella le recueil des passages produits
par les légats, de même qu'on l'avait fait pour ceux
qu'avait allégués Macaire.
Dans la huitième session, qui est datée
du 7e jour de mars, Constantin demanda aux deux patriarches
s'ils convenaient du sens des lettres du pape Agathon et de son
concile. George, patriarche de Constantinople, avoua qu'en ayant
confronté tous les passages, il les avait trouvés
conformes aux originaux ; qu'il pensait comme le pape et
croyait de même. Théodore, évêque d'Éphèse,
confessa aussi les deux volontés et les deux opérations,
conformément aux lettres d'Agathon. Sisinnius d'Héraclée
et plusieurs autres évêques n'opinèrent pas
différemment. Mais Théodore, évêque
de Mélitine en Arménie, présenta un mémoire,
tant en son nom qu'en celui de trois autres évêques
et de quelques officiers de l'Église de Constantinople,
par lequel il demandait que l'on ne condamnât ni ceux qui
avaient enseigné une opération et une volonté,
ni ceux qui avaient reconnu deux opérations et deux volontés,
attendu que les conciles généraux n'avaient rien
prononcé là-dessus. Son mémoire fut désavoué
par les trois évêques au nom desquels il l'avait
présenté ; et il n'y eut que l'abbé
Étienne, disciple du patriarche d'Antioche, qui ne désavoua
point ce mémoire. On continua à recevoir les suffrages
des évêques dépendants de Constantinople ;
et George de Camuliane dit qu'il se conformait aux lettres du
pape Agathon, et qu'il croyait, comme lui, deux volontés
naturelles et deux opérations. Les autres évêques
s'écrièrent qu'ils étaient de même
sentiment, et prononcèrent anathème contre ceux
qui n'admettaient en Jésus-Christ qu'une volonté
et une opération. Après cette déclaration
des évêques de la dépendance de Constantinople,
on exigea que ceux que Théodore de Mélitine avait
nommés, comme étant de même opinion que lui,
donneraient en une autre session leur confession de foi par écrit,
en présence des saints Évangiles, pour effacer le
soupçon qu'ils avaient occasionné par le mémoire
présenté en leur nom, quoiqu'ils l'eussent désavoué
depuis. Alors George, patriarche de Constantinople, s'approchant
de l'empereur, le pria d'ordonner que l'on mît dans les
diptyques le nom du pape Vitalien, qui n'en avait été
ôté par ses prédécesseurs qu'à
cause du retardement des légats envoyés de Rome.
Constantin l'ordonna ainsi ; puis, à la prière
du concile, il obligea Macaire, patriarche d'Antioche, à
déclarer sa foi sur les deux volontés. Macaire répondit
qu'il ne disait point deux volontés ni deux opérations,
mais une volonté et une opération théandrique.
Sur cette déclaration, on lui ordonna de se lever de sa
place pour répondre ; et en même temps, cinq
évêques de la dépendance d'Antioche l'abandonnèrent,
déclarant qu'ils recevaient les lettres d'Agathon et sa
doctrine. Ensuite l'empereur, ayant fait venir les trois volumes
produits par Macaire, lui demanda à quel dessein il avait
extrait les passages contenus dans ces volumes. Macaire avoua
que c'était pour prouver la volonté unique du Père,
de Notre-Seigneur Jésus-Christ et du Saint-Esprit. Ce prince
l'ayant pressé de s'expliquer sur l'incarnation, Macaire,
en expliquant sa créance, fit mention d'une profession
de foi qu'il avait donnée à l'empereur. On en fit
la lecture, et on y remarqua qu'il soutenait en termes formels
qu'il n'y a en Jésus-Christ qu'une opération ;
qu'il y condamnait saint Maxime comme hérétique ;
qu'il y comptait, entre les docteurs dont il s'appuyait, le pape
Honorius, avec Sergius et Cyrus. On le pressa de s'expliquer de
vive voix sur les deux volontés. Il répondit qu'il
ne dirait point deux volontés ni deux opérations,
quand on devrait lui couper tous les membres. On conféra
ensuite un volume de saint Athanase avec le premier des extraits
de Macaire, et il se trouva qu'il avait retranché la suite
du passage de ce Père, qui faisait en effet contre Macaire.
On en conféra un second, qui se trouva aussi tronqué :
sur quoi le concile, le voyant opiniâtre, lui dit anathème,
et demanda qu'il fût privé de l'épiscopat
et dépouillé de son pallium. On le lui ôta
en effet. Après quoi, comme il était debout au milieu
de l'assemblée, avec Étienne, son disciple, l'abbé
Théophane leur demanda si Jésus-Christ avait une
volonté humaine. Ils répondirent qu'ils ne lui en
connaissaient point, et s'autorisèrent d'un passage de
saint Athanase, qui toutefois ne faisait point pour eux, parce
que ce Père n'exclut de Jésus-Christ que les volontés
charnelles et les pensées humaines et voluptueuses, qui
viennent de la suggestion du démon. Théophane les
pressa de dire si Adam avait une volonté naturelle. Ils
ne voulurent ni en convenir ni le nier, prévoyant bien
la conséquence que l'on tirerait de leur réponse.
C'est pourquoi cet abbé, à la demande du concile,
apporta deux passages, l'un de saint Athanase, l'autre de saint
Augustin, qui disaient nettement qu'Adam avait eu une volonté
naturelle : d'où les évêques de l'assemblée
inférèrent que le premier Adam ayant eu une volonté
naturelle, le second Adam devait aussi en avoir eu une dans sa
nature humaine. Le reste du temps de la huitième session
fut employé à vérifier quelques autres passages
du premier volume de Macaire, un de saint Ambroise, un des livres
attribués à saint Denis l'Aréopagite, et
un de saint Jean Chrysostome ; mais on trouva qu'il les avait
tous tronqués.
Macaire n'assista point à la neuvième
session, qui fut tenue le 8 mars ; on ne voit même
personne de sa part dans les suivantes, jusqu'à la quatorzième.
On admit dans la neuvième les trois évêques
qui dans la précédente avaient présenté
un mémoire par Théodore de Mélitine. Ils
étaient accompagnés de Théodore même
et de sept clercs, du nombre desquels était Étienne,
disciple de Macaire d'Antioche. On continua l'examen des passages
allégués par ce dernier dans son premier volume,
et on trouva, ou qu'il les avait tronqués, ou que ceux
qu'il n'avait point altérés prouvaient clairement
deux volontés en Jésus-Christ. Basile, évêque
de Gortyne, le fit remarquer, à l'empereur quand on vint
à la lecture d'un passage de saint Athanase sur ces paroles
de Jésus-Christ. Mon Père, s'il est possible,
que ce calice s'éloigne de moi, où ce Père
dit : Jésus-Christ montre ici deux volontés :
l'une humaine, qui est de la chair, et l'autre divine. Macaire,
convaincu d'avoir corrompu la doctrine des Pères, fut déclaré
déchu de toute dignité et fonction sacerdotale.
Il fut au contraire décidé que Théodore de
Mélitine et les trois autres évêques qui s'étaient
repentis et avaient confessé la foi orthodoxe reprendraient
leurs places, à la charge de donner leur confession de
foi par écrit à la session suivante. Mais Étienne,
disciple de Macaire, persévérant dans l'erreur de
son maître, fut chassé de l'assemblée. On
ne jugea pas à propos de vérifier les passages des
deux autres volumes de Macaire, parce qu'ils ne faisaient rien
à la question présente.
Douze évêques, qui n'avaient
pu arriver à Constantinople pour les sessions précédentes,
s'y rendirent pour la dixième, qui fut tenue le 18e
jour de mars. On la commença par la lecture des passages
contenus dans le recueil produit par les députés
du pape Agathon et de son concile. Le premier passage était
de la seconde lettre de saint Léon à l'empereur
de même nom ; on le confronta avec l'original, tiré
du trésor de l'Église de Constantinople, écrit
en parchemin et couvert d'argent. Le second était de saint
Ambroise, dans son deuxième livre à Gratien ;
il fut collationné avec un livre en papier, fort ancien,
tiré de la bibliothèque patriarcale. Tous les autres
passages, au nombre de trente-neuf, furent collationnés
de suite et trouvés conformes aux livres de la même
bibliothèque ; ils contenaient tous la doctrine de
deux volontés et de deux opérations en Jésus-Christ.
Ensuite on vérifie quinze passages rapportés dans
le même recueil et tirés des écrits de six
hérétiques qui ne reconnaissaient qu'une seule volonté
et qu'une seule opération en Jésus-Christ, savoir :
de Thémistius, d'Anthime, de Sévère, de Paul,
de Théodose et de Théodore. Il n'y en avait point
d'Apollinaire, quoiqu'il eût aussi enseigné une volonté
et une opération. Les légats demandèrent
donc que l'on en insérât aussi un passage dans leur
recueil : ce qui leur fut accordé, après la
vérification de ce passage sur un livre en papier de la
bibliothèque patriarcale. Ensuite Théodore de Mélitine
et les trois autres évêques, avec les six clercs,
qui avaient été regardés comme suspects dans
la foi, présentèrent leurs confessions de foi, ainsi
qu'il avait été ordonné dans la neuvième
session, et firent serment, sur les saints Évangiles, de
croire ce qu'elles contenaient. On en fit la lecture, de même
que de celle de Pierre, évêque de Nicomédie,
qui fut insérée dans les actes. On n'y inséra
point celles des quatre évêques et des six clercs,
parce qu'elles étaient conformes à celle de Pierre
de Nicomédie.
La onzième session, tenue le 20e
jour de mars, fut encore plus nombreuse que la précédente,
par l'arrivée d'environ trente évêques. On
lut, à la requête des députés de l'Église
de Jérusalem, la lettre de saint Sophrone, évêque
de cette ville, à Sergius de Constantinople, et de suite
le libelle présenté à l'empereur par Macaire
d'Antioche, avec un de ses discours au même prince. L'abbé
Théophane se plaignit de ce que Macaire avait, contre les
lois de l'Église, envoyé ce discours en Sardaigne,
à Rome et en d'autres lieux, avant qu'il eût été
présenté et lu dans le sénat. Sur quoi l'empereur
assura qu'il n'en avait eu aucune connaissance. On vit, par la
lecture de ce discours, qu'il était plein d'erreurs, et
que Macaire y soutenait manifestement l'unité de volonté
et d'opération en Jésus-Christ. On lut encore d'autres
écrits de Macaire, auxquels Étienne, son disciple,
avait eu part ; mais le concile, voyant qu'ils ne contenaient
qu'une doctrine contraire à celle des Pères, en
interrompit la lecture, en statuant que l'on en extrairait quelques
passages conformes à ceux des hérétiques
produits par les légats, et qu'ils seraient insérés
aux actes, pour faire la comparaison des uns et des autres. Sur
la fin de cette session, l'empereur déclara que, les affaires
de l'État l'appelant ailleurs, il avait ordonné
aux patrices Constantin et Anastase, et aux ex-consuls Polyeucte
et Pierre, de se trouver au concile de sa part. Ainsi il n'assista
point en personne aux sessions suivantes, si ce n'est à
la dernière, c'est-à-dire, à la dix-huitième.
La douzième est du 22 mars. Quoique
l'empereur n'y fût point présent, son siège
y était, et aux deux côtés, les quatre magistrats
nommés ci-dessus. Il s'y trouve environ quatre-vingts évêques,
mais personne de la part de l'Église d'Antioche, parce
que Macaire était regardé comme privé de
sa dignité. On lut le recueil de pièces qu'il avait
donné à l'empereur, et que ce prince avait fait
remettre au concile. Ce recueil contenait la lettre de Sergius
à Cyrus ; les prétendus discours de Mennas
à Vigile et de Vigile à Justinien et à Théodora,
et la lettre de Sergius à Honorius, avec la réponse
de ce pape. Toutes ces pièces furent vérifiés
sur les registres et les autres originaux, gardés dans
le trásor des chartes de l'Église de Constantinople :
après quoi le concile députa les notaires, avec
trois évêques, à Macaire, pour lui faire reconnaître
ses écrits. Les ayant pris, ouverts et vérifiés,
il les reconnut pour ses ouvrages. Ceux qu'on avait députés
en ayant fait leur rapport, les magistrats demandèrent,
de la part de l'empereur, si l'on pourrait rétablir Macaire
dans son siège en cas qu'il se repentit. Les évêques,
ayant délibéré sur cela, et repris en peu
de mots les crimes dont Macaire était convaincu, répondirent
qu'il n'était point possible de le reconnaître jamais
pour évêque : ils prièrent au contraire
les magistrats d'obtenir de l'empereur que Macaire fût banni
de Constantinople, avec tous ceux qui pensaient comme lui. Alors
les évêques et les clercs qui dépendaient
du siège d'Antioche, s'approchant des magistrats, leur
demandèrent de s'intéresser auprès de l'empereur
pour leur faire donner un autre archevêque à la place
de Macaire, afin que l'Église d'Antioche ne demeurât
pas veuve. Les magistrats promirent tout ce qu'on leur avait demandé.
Dans la treizième session, qui est
du 28e jour de mars, on fit de nouveau la lecture des
lettres de Sergius et d'Honorius ; et le concile, les ayant
trouvées contraires à la doctrine des apôtres,
des conciles et des Pères, et conformes aux sentiments
des hérétiques, les rejeta et les détesta,
comme propres à corrompre les âmes. Il dit anathème,
non seulement à Sergius, à Cyrus, à Pyrrhus,
à Paul et à Pierre, tous infectés des erreurs
des monothélites, mais encore à Honorius, disant
avoir trouvé dans sa lettre à Sergius, qu'il suivait
en tout son erreur et qu'il autorisait sa doctrine impie. A l'égard
de la lettre de Sophrone, évêque de Jérusalem,
le concile, après l'avoir examinée, trouva qu'elle
était conforme à la doctrine orthodoxe et utile
à l'Église : en conséquence de quoi
il ordonna que son nom fût mis dans les diptyques. Les magistrats
demandèrent que l'on produisît tous les écrits
des personnes qui venaient d'être condamnées. Pendant
que le garde des chartes se mettait en devoir de les présenter,
les magistrats dirent qu'ayant demandé, de la part des
évêques et des clercs de la dépendance d'Antioche,
un évêque à la place de Macaire, l'empereur
avait ordonné qu'ils fissent à l'ordinaire un décret
d'élection, qui lui serait communiqué. C'est ce
qui s'exécuta avant la fin du concile, et l'abbé
Théophane, qui avait témoigné tant de zèle
pour la défense de la foi dans la 8e session,
fut ordonné patriarche d'Antioche. Cependant le garde des
chartes représenta les écrits des évêques
qui venaient d'être condamnés : et on lut premièrement
la lettre de Cyrus à Sergius ; puis celle qu'il écrivit
au même Sergius avec les neuf articles de réunion,
dont nous avons parlé plus haut ;
ensuite plusieurs passages du discours de Théodore de Pharan
à Sergius ; un passage d'un discours de Pyrrhus ;
un de la lettre de Paul de Constantinople au pape Théodore ;
et un de la lettre de Pierre, évêque de la même
ville, au pape Vitalien. Par la lecture de toutes ces pièces,
il parut clairement que leurs auteurs avaient soutenu une opération
et une volonté en Jésus-Christ. C'est pourquoi le
concile décréta qu'ils seraient ôtés
des sacrés diptyques, frappés d'anathème,
et leurs écrits supprimés. On examina après
cela les lettres synodiques de Thomas, de Jean et de Constantin,
successeur de Pierre dans le siège de Constantinople :
le concile n'y ayant rien trouvé de contraire à
la foi, déclara que ces trois patriarches seraient mis
dans les diptyques, après avoir toutefois exigé
le serment du garde des chartes, qu'il ne connaissait personne
qui leur eût donné des libelles où l'on soutînt
une seule volonté et une seule opération en Jésus-Christ.
Il n'est rien dit dans cette session de Théodore, successeur
de Constantin, peut-être parce qu'il vivait encore, et qu'on
l'avait fait expliquer lui-même. Le garde des chartes ayant
encore apporté diverses pièces, entre autres une
seconde lettre du pape Honorius à Sergius, et une de Pyrrhus
au pape Jean, le concile jugea qu'elles devaient être brûlées
sur-le-champ, comme tendant à établir l'impiété
du monothélisme.
La quatorzième session, tenue le 5
avril, fut presque entièrement employée à
examiner les trois écrits dont on a déjà
parlé plus d'une fois ; savoir le prétendu
discours de Mennas au pape Vigile, et ceux de Vigile à
Justinien et à Théodora, insérés dans
les actes du 5e concile général. On apporta
deux exemplaires des actes de ce concile, l'un en parchemin, et
l'autre en papier qui était l'original. Ils se trouvèrent
conformes entre eux ; mais les évêques en ayant
examiné soigneusement la 7e session, remarquèrent
qu'on y avait ajouté les prétendus discours de Mennas
et de Vigile ; qu'ils n'avaient été faits ni
écrits dans le temps du 5e concile, mais fabriqués
malicieusement depuis par les monothélites. Ayant ensuite
conféré les mêmes exemplaires avec plusieurs
autres anciens, et un de la bibliothèque patriarcale, on
trouva que celui-ci ne rapportait ni l'écrit de Mennas
à Vigile, ni les discours de Vigile à Justinien
et à Théodora. C'est pourquoi il fut arrêté
que les exemplaires où ils se trouvaient seraient rayés
et effacés aux endroits falsifiés, et qu'on dirait
anathème aux faussaires. Comme on reconnut par diverses
informations que c'était le moine George qui avait écrit
ces trois pièces de sa main, on le fit venir au milieu
de l'assemblée, et il avoua qu'il les avait écrites
à la demande d'Étienne, disciple de Macaire, patriarche
d'Antioche. Paul de Constantinople avait fait faire la même
addition à un exemplaire latin du 5e concile,
par Constantin, prêtre de son Église. Constantin,
interrogé sur ce fait, avoua qu'il avait transcrit ces
discours par ordre de Paul, avec le diacre Sergius, sur l'exemplaire
en papier qui passait pour l'original. On interrogea le diacre
Sergius, qui confirma le même fait. Alors le concile dit
anathème au discours de Mennas à Vigile, à
ceux de Vigile à Justinien et à Théodora,
à quiconque les avait fabriqués ou écrits,
à tous ceux qui avaient falsifié les actes du 5e
concile, enfin à ceux qui ont enseigné, qui enseignent
ou enseigneront une seule volonté et une seule opération
en Jésus-Christ. Quelques évêques de Chypre
ayant ensuite demandé la lecture d'un discours de saint
Anathase sur ces paroles du Sauveur : Mon âme est
troublée maintenant, on en fit la lecture, et l'on
y trouva le dogme des deux volontés clairement établi.
Les fêtes de Pâques ayant interrompu
pour quelque temps les sessions du concile, on ne tint la 15e
que le 26 avril, trois semaines après la précédente.
Polychrone, prêtre et moine, qui était accusé
de soutenir les erreurs de Macaire, fut cité, et on lui
ordonna de déclarer sa foi. Il s'offrit de la prouver par
les uvres, en ressuscitant un mort. Les magistrats et le
concile réglèrent de concert que l'épreuve
du mort se ferait en public. Polychrone mit sur le mort sa confession
de foi, où il ne reconnaissait qu'une volonté et
une opération théandrique, mais quoiqu'il eût
parlé pendant plusieurs heures au mort, celui-ci ne ressuscita
point. C'est pourquoi le concile, voyant ce prêtre obstiné
dans son erreur, décida qu'il serait dépouillé
de tout rang et de toute fonction sacerdotale ; et après
qu'il eut été déposé de cette manière,
tous les évêques lui dirent anathème.
Il y eut trois mois d'intervalle entre cette
session et la 16e, qui ne fut tenue que le 9e
jour d'août. Cet intervalle donna lieu à plusieurs
évêques éloignés de Constantinople
de se rendre au concile. Constantin, prêtre de l'église
d'Apamée, métropole de la seconde Syrie, fut admis
à rendre compte de sa foi. II dit qu'il reconnaissait deux
natures, suivant la décision du concile de Chalcédoine,
et deux propriétés ; mais que pour les opérations,
il n'en disputerait point, et qu'il ne reconnaissait qu'une volonté
de la personne du Verbe. On lui demanda si cette unique volonté
appartenait à la nature divine ou bien à la nature
humaine, " A la nature divine ", répondit-il.
Les évêques lui demandèrent si la nature humaine
de Jésus-Christ n'avait pas aussi une volonté. Il
avoua que Jésus-Christ avait eu une volonté humaine
naturelle depuis sa naissance jusqu'à la croix ; mais
il soutint que depuis sa résurrection il n'en avait plus,
et que s'étant alors dépouillé de sa chair
mortelle et de toutes les faiblesses, il avait quitté sa
volonté humaine avec la chair et le sang. Il ajouta qu'il
avait appris cette doctrine de Macaire d'Antioche. Le concile,
ne pouvant lui persuader de changer de sentiment, lui dit anathème
et à ses dogmes, et le fit chasser de l'assemblée.
George, patriarche de Constantinople, et avec lui quelques évêques
de sa dépendance, demandèrent qu'on épargnât,
s'il était possible, les noms de Sergius, de Pyrrhus, de
Paul et de Pierre, ses prédécesseurs, et qu'ils
ne fussent pas compris dans les anathèmes. Mais le concile
déclara que puisqu'ils avaient été déclarés
coupables, et rayés des diptyques par sentence, ils devaient
aussi être nommément anathématisés.
George ayant déclaré qu'il cédait à
l'avis du plus grand nombre, on renouvela les anathèmes
déjà prononcés contre Théodore de
Pharan, Cyrus, Sergius, Honorius, Pyrrhus, Paul, Pierre, Macaire,
et tous les hérétiques.
On ne fit autre chose dans la 17e
session, qui est datée du 11e jour de septembre,
que de convenir de la définition de foi. Elle y fut lue
par Agathon, lecteur et notaire de George, patriarche de Constantinople.
On la publia de nouveau dans la session 18e, tenue
le 16 du même mois. L'empereur y assista en personne avec
plus de 160 évêques. Dans cette définition,
le concile déclare qu'il reçoit les cinq conciles
précédents ; qu'il condamne les auteurs de
la nouvelle erreur, savoir Théodore de Pharan, Sergius,
Pyrrhus, Paul et Pierre de Constantinople, le pape Honorius, Cyrus
d'Alexandrie, Macaire d'Antioche, Étienne son disciple ;
qu'il approuve les deux lettres du pape Agathon et de son concile,
comme contenant une doctrine conforme à celle du concile
de Chalcédoine, de saint Léon et de saint Cyrille.
Il fit lire les symboles de Nicée et de Constantinople :
et dans une explication du mystère de l'incarnation, il
prouve et décide qu'il y a en Jésus-Christ deux
volontés naturelles et deux opérations, que ces
deux volontés ne sont point contraires, que la volonté
humaine suit la volonté divine, et qu'elle lui est entièrement
soumise. Il défend d'enseigner une autre doctrine, soit
à ceux des juifs ou des gentils qui se convertissent à
la foi, soit à ceux qui quittent l'hérésie
pour embrasser la vérité, sous peine de déposition
pour les clercs, et d'anathème pour les laïques. Les
trois légats du pape souscrivirent les premiers ;
après eux George de Constantinople ; Pierre, prêtre,
tenant la place du patriarche d'Alexandrie ; Théophane,
patriarche d'Antioche ; George, prêtre, représentant
l'évêque de Jérusalem ; puis tous les
autres évêques. L'empereur leur demanda si la définition
de foi avait été faite et publiée de leur
consentement ; ils répondirent par des acclamations
unanimes, et prononcèrent de nouveau des anathèmes
contre tous les monothélites. Après quoi on lut
un discours adressé à ce prince, où l'on
relevait son zèle pour la foi et sa piété ;
on y louait aussi le pape Agathon, ses lettres et celles de son
concile. Ce discours fut encore souscrit des légats et
de tous les évêques. Ils prièrent l'empereur
de souscrire lui-même la définition de foi. Il le
promit, mais il demanda auparavant que le concile reçût
Citonat, archevêque de Cagliari en Sardaigne, qui s'était
justifié d'un crime d'État dont il avait été
accusé, et qu'il lui fit souscrire cette définition.
Après donc que Citonat et Théodore, évêque
d'Auréliopolis, eurent souscrit, l'empereur souscrivit
le dernier.
Il ordonna, à la requête des
évêques, que l'on dressât cinq exemplaires
de la définition de foi, un pour les légats du pape,
deux pour les patriarches de Constantinople et d'Antioche, et
deux pour ceux d'Alexandrie et de Jérusalem. Les évêques,
avant de se séparer, écrivirent une lettre synodale
au pape Agathon, pour lui témoigner que puisqu'il occupait
le premier siège de l'Église universelle, ils se
reposaient sur lui de ce qui était à faire, comme
sur la pierre ferme de la foi, en acquiesçant de grand
cur aux lettres que sa paternelle béatitude avait
écrites au très pieux empereur touchant la vraie
foi, et dans lesquelles ils avaient reconnu le langage plein d'autorité
du chef suprême des apôtres ; qu'ils s'en étaient
servis eux-mêmes pour ruiner les fondements de la nouvelle
hérésie ; et qu'ils avaient, conformément
à ces lettres, anathématisé Théodore,
Sergius et les autres chefs des monothélites, et même
Honorius, dont toutefois le pape Agathon n'avait rien dit. Ils
priaient sa paternelle sainteté de mettre le sceau, par
ses vénérables rescrits, à leur définition
de foi. Les patriarches de Constantinople et d'Antioche, et les
députés des sièges d'Alexandrie et de Jérusalem,
souscrivirent cette lettre avec cinquante-deux autres évêques,
au nombre desquels se trouve Citonat de Cagliari.
L'empereur donna un édit pour l'exécution
des décrets du concile. Il y condamne les auteurs du monothélisme,
Théodore, Cyrus, Sergius et Honorius, comme fauteurs de
cette hérésie ; il y explique clairement la
doctrine de l'Église sur les deux volontés et les
deux opérations, et défend d'enseigner une doctrine
contraire, sous peine de déposition pour les clercs, de
privation de dignité et de confiscation de biens pour les
laïques, et de bannissement pour les simples particuliers.
Macaire, qui avait été déposé du patriarcat
d'Antioche, Étienne son disciple, Anastase, Polychrone
et quelques autres présentèrent ensemble une requête
à l'empereur, par laquelle ils demandaient d'être
envoyés au pape. Ce prince leur accorda leur demande, laissant
au pape le jugement de leur cause.
Cependant Agathon mourut dans le mois de janvier
de l'an 682, et il eut pour successeur Léon II, qui fut
ordonné le 15 du mois d'août, ou selon d'autres le
19 d'octobre de la même année, le saint-siège
ayant vaqué plusieurs mois. Les légats n'étaient
point encore partis de Constantinople, lorsqu'on y apprit la mort
du pape Agathon. A leur départ pour Rome, où ils
arrivèrent au mois de juillet 682, l'empereur les chargea
de deux lettres, l'une au pape, l'autre à tous les conciles
d'évêques du saint-siège, c'est-à-dire,
aux évêques d'Occident qui avaient assisté
au concile de Rome, et qui avaient écrit à ce prince
par leurs députés. La lettre au pape Léon
est datée du mois de décembre, indiction dixième,
et celle aux évêques d'Occident fut écrite
en même temps. Si cette date n'est pas fausse, il faudra
dire que les légats ne furent point porteurs de ces lettres,
ce qui serait contraire aux lettres mêmes, ou qu'ils n'arrivèrent
point à Rome au mois de juillet précédent,
ce qui est détruit par la lettre du pape Léon II
à l'empereur. Le P. Labbe croit qu'au lieu du mois de décembre
dont ces lettres sont datées, il faut lire avril,
et qu'encore que le pape Léon II ait été
choisi aussitôt après la mort d'Agathon, il ne fut
toutefois ordonné que plusieurs mois après, soit
parce qu'il n'avait pas reçu la confirmation de son élection,
soit parce qu'il fut longtemps à délibérer
s'il accepterait ou non le pontificat. Baronius rejette absolument
ces deux lettres comme supposées, de même que la
réponse du pape Léon à l'empereur ;
mais elles ont trop de rapport avec les lettres de ce pape aux
évêques d'Espagne, que Baronius ne conteste pas.
Ce prince dit au pape qu'il avait fait lire publiquement la lettre
d'Agathon, qu'elle avait été acceptée de
tous les évêques, comme si saint Pierre eût
parlé, et que Macaire d'Antioche seul avait refusé
de s'y conformer. Il dit à peu près la même
chose aux évêques d'Occident. La réponse du
pape Léon à l'empereur porte, qu'ayant examiné
soigneusement les actes du concile de Constantinople, il les avait
trouvés conformes à ce que les légats lui
en avaient rapporté, et aux décrets des cinq conciles
précédents ; qu'ainsi il confirmait la définition
de ce 6e concile et anathématisait tous ceux
que ce concile avait anathématisés, nommément
Honorius, qui, au lieu de purifier l'Église apostolique
par la doctrine des apôtres, avait pensé renverser
la foi par une trahison profane. A l'égard de ceux que
l'empereur lui avait envoyés, Anastase dit que le pape
Léon en admit deux à la communion le jour de l'Épiphanie
683, après qu'ils eurent donné par écrit
leur profession de foi, et anathématisé les hérétiques.
Ces deux étaient Anastase, prêtre, et Léonce,
diacre de l'Église de Constantinople. Il dit de Macaire,
d'Étienne, de Polychrone et d'Epiphane, qui avaient aussi
été renvoyés au jugement du pape, qu'ils
furent enfermés dans divers monastères, parce qu'ils
n'avaient point voulu abjurer leurs erreurs. D. Ceill.
Une des objections les plus rebattues contre l'infaillibilité pontificale est assurément celle qu'on prétend tirer de la faute d'Honorius et de sa condamnation par le sixième concile cuménique. Cependant de quoi s'agit-il ? D'une faute personnelle, qui était plutôt une erreur dans la conduite, qu'une erreur dans la foi. Les lettres qui nous restent de ce pape démontrent en effet qu'il n'admettait pas une seule volonté en Jésus-Christ à la manière des monothélites, mais uniquement en ce sens qu'il ne saurait y avoir dans le Fils de Dieu deux volontés contraires. Comment d'ailleurs le pape Agathon aurait-il pu prescrire à ses légats, comme il l'écrivit à l'empereur, de s'en tenir simplement à la tradition reçue de ses prédécesseurs, si cette tradition avait été rompue par Honorius quelques années seulement avant lui ? Aussi Noël-Alexandre, quoique partisan des opinions gallicanes, ne fait-il pas difficulté de reconnaître ingénument que le pape Honorius n'a point enseigné l'hérésie. Baronius, Pighi et quelques autres savants ont prétendu que les actes du sixième concile général avaient été altérés, et qu'un faussaire avait substitué le nom d'un pape de Rome à celui d'un évêque de Constantinople ; mais cette opinion est sujette à de grandes difficultés, et a été abandonnée par Mansi lui-même.