Constantinople II
Pape du concile

Contexte historique
L'empereur Justinien, désireux de réconcilier les monophysites avec l'Église, chercha à condamner les écrits de trois théologiens (Théodore de Mopsueste, Théodoret de Cyr et Ibas d'Édesse) accusés de tendances nestoriennes. C'est la querelle dite des « Trois Chapitres ». Le concile, réunissant 165 évêques, visa à confirmer la christologie de Chalcédoine tout en faisant un geste envers les monophysites.
Enseignements principaux
- Confirmation de Chalcédoine : Le concile réaffirma la définition des deux natures du Christ en une seule personne, tout en précisant que c'est le Verbe de Dieu lui-même qui a souffert dans la chair.
- Condamnation des Trois Chapitres : Les écrits de Théodore de Mopsueste, certains textes de Théodoret de Cyr et la lettre d'Ibas d'Édesse furent condamnés comme favorisant le nestorianisme.
- Précisions christologiques : Le concile enseigna que c'est la même personne divine, le Verbe, qui opère les miracles et qui souffre selon la chair, confirmant l'unité du sujet dans le Christ.
Déroulement du concile
CONSTANTINOPLE (Concile de),
cinquième cuménique, l'an 553. Le motif de
la tenue de ce concile fut l'examen des trois chapitres, c'est-à-dire,
des écrits de Théodore de Mopsueste, des anathématismes
de Théodoret opposés à ceux de saint Cyrille,
et de la lettre d'Ibas à Maris. Le pape avait demandé
à l'empereur que le concile fût tenu en Italie ou
du moins en Sicile, et que les évêques d'Afrique
et des autres provinces latines y fussent appelés ;
mais, au mépris de toutes les conventions, Justinien convoqua
subitement le concile, par un édit adressé aux patriarches
et aux évêques qui se trouvaient alors réunis
dans la capitale de l'empire.
Ce concile, tout irrégulier qu'il était
dans sa convocation, ne laissa pas de s'assembler le 4 mai 553.
On put y compter cent cinquante et un évêques, et
dans ce nombre cinq africains, dont l'un, Sextilius, évêque
de Tunis, représentait Primase de Carthage, ordonné
l'année précédente malgré le clergé
et le peuple, et intronisé avec grande effusion de sang
à la place de l'évêque Réparat, envoyé
en exil sur une accusation calomnieuse. D'après les ordres
de l'empereur, le gouverneur d'Afrique envoya, pour soutenir le
parti de la cour, les évêques les plus intéressés
et les plus ignorants qu'il put réunir ; l'un d'eux
avait été convaincu d'adultère six ans auparavant
à Constantinople. C'est ce que dit le clergé d'Italie
dans son mémoire aux ambassadeurs de Théodebald
d'Austrasie. Tels étaient les évêques d'Afrique
qui, seuls de tout l'Occident, assistèrent au concile de
Constantinople.
Le concile étant donc assemblé,
on lut d'abord l'édit impérial de convocation ;
ensuite la confession de foi que le patriarche Eutychius avait
présentée au pape Vigile, et la réponse approbative
que le pape y avait faite. Après quoi, lui envoyant une
députation solennelle, composée des trois patriarches
de Constantinople, d'Alexandrie et d'Antioche, et de seize métropolitains,
le concile pria le très saint pape Vigile de vouloir bien
discuter l'affaire des trois chapitres avec les autres évêques,
comme il l'avait promis dans ses lettres à Eutychius. Le
pape répondit qu'il ne pouvait répondre pour le
moment, à cause d'une indisposition, mais que le lendemain
il ferait connaître sa résolution touchant l'assemblée.
Ainsi finit la première conférence ou séance
de ce concile.
Dans la seconde, les patriarches et les métropolitains
qui étaient allés retrouver le pape pour le prier
de se rendre au concile, firent le rapport du mauvais succès
de leur députation. Le pape leur avait répondu nettement
qu'il ne pouvait se rendre à leur assemblée, parce
qu'il s'y trouvait beaucoup d'évêques orientaux contre
très peu d'occidentaux ; mais qu'il mettrait son avis
par écrit, et l'enverrait à l'empereur. Les députés
avaient insisté sur la promesse qu'il avait faite d'entrer
en délibération avec les évêques réunis,
et sur l'exemple des quatre premiers conciles cuméniques,
où très peu d'occidentaux avaient assisté :
le pape s'était constamment refusé à leur
demande, qui n'était fondée que sur de vaines allégations,
puisque la promesse qu'ils lui rappelaient n'avait été
que conditionnelle, et que, quant aux conciles précédents
dont ils lui opposaient l'exemple, tous les occidentaux y avaient
été du moins convoqués. Les patrices qui
avaient accompagné les évêques dans leur députation
au nom de l'empereur rapportèrent de même pour réponse
que le pape leur avait promis simplement de faire savoir à
l'empereur dans quelques jours ce qu'il pensait sur cette affaire.
Alors les juges que l'empereur avait nommés pour maintenir
l'ordre dans l'assemblée ordonnèrent aux évêques
de tenir leur concile, malgré le refus que faisait le pape
d'y prendre part. En conséquence, les évêques
assemblés envoyèrent prier quatre évêques
du patriarcat d'Occident, qui se trouvaient aussi à Constantinople,
de venir partager leurs délibérations. Le premier
de ces évêques, Primase d'Adrumet en Afrique, répondit
à la députation qui lui fut envoyée, qu'il
ne pouvait se rendre dans un concile où le pape ne se trouvait
pas. Les trois autres, qui étaient de la province d'Illyrie,
déclarèrent à leur tour qu'ils consulteraient
à ce sujet leur métropolitain. La réponse
de ces derniers ne déplut pas au concile, parce qu'on savait
que Bénénatus, le métropolitain, qu'ils invoquaient,
était dans les sentiments des Orientaux. C'est à
quoi se termina l'objet de la deuxième conférence.
Le neuf mai, les évêques de l'assemblée
tinrent la troisième, où ils ne firent que déclarer
qu'ils tenaient la foi des quatre conciles généraux,
et condamnaient tout ce qui pourrait leur être contraire
ou injurieux ; et qu'ils suivaient aussi tous les Pères
orthodoxes, nommément saint Athanase, saint Hilaire, saint
Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint Grégoire
de Nysse, saint Ambroise, saint Augustin, Théophile, saint
Jean Chrysostome, saint Cyrille, saint Léon et Proclus.
Quant aux trois chapitres, ils en remirent l'examen à un
autre jour.
Ce fut le douzième de mai, à
la quatrième conférence, qu'ils commencèrent
l'examen de la doctrine de Théodore de Mopsueste.
Un diacre notaire en lut divers extraits,
au nombre de soixante-onze articles, par lesquels il fut clairement
démontré que cet auteur avait enseigné la
doctrine de Nestorius et plusieurs autres impiétés
déjà condamnées par l'Église. Il soutient
en effet dans ses livres contre Apollinaire, que ce n'est pas
Dieu le Verbe consubstantiel au Père, qui est né
de la Vierge, mais son temple ; il doute même si le
Verbe y a habité dès le moment de sa formation,
et il croit que le Verbe perfectionna ce temple peu à peu,
et qu'on l'adore à cause de son union avec le Verbe. Dans
ses commentaires sur saint Jean, il prétend qu'il y a de
la folie à croire que le Sauveur, en soufflant sur ses
apôtres après sa résurrection, leur a donné
le Saint-Esprit, et que quand saint Thomas s'est écrié
" Mon Seigneur et mon Dieu, " ce n'était
pas à Jésus-Christ qu'il parlait, mais à
Dieu, qu'il louait de l'avoir ressuscité ; il enseigne
que nous sommes baptisés en Jésus-Christ, comme
les Israélites le furent en Moïse, et que nous sommes
appelés chrétiens, comme on appelle les platoniciens,
les épicuriens, les marcionites et les manichéens
du nom des auteurs de leur secte. Dans ses livres sur l'Incarnation,
il dit que Jésus-Christ est l'image de Dieu et qu'on l'honore
de même qu'on honore l'image de l'empereur. Dans ses commentaires
sur saint Luc, il soutient que Jésus-Christ est fils adoptif
comme les autres. Dans ses commentaires sur saint Matthieu, il
prétend que les anges qui s'approchèrent de Jésus-Christ
dans le désert pour le servir, l'ont servi comme serviteur
et ami de Dieu. Il enseigne aussi que Jésus-Christ a combattu
contre les passions de l'âme, contre les souffrances de
son corps, et qu'il s'exerçait à les vaincre par
la vertu de la divinité qui habitait en lui. A ces paroles,
tous les évêques du concile s'écrièrent :
" Nous avons déjà condamné ces
blasphèmes. Anathème à Théodore de
Mopsueste et à ses écrits. Cela est contraire à
la doctrine de l'Église et des Pères, plein d'impiété ;
Théodore et Judas, c'est tout un. " Il dit autre
part que Dieu le Verbe n'habitait en Jésus-Christ ni quant
à la substance, ni quant à l'opération, mais
seulement comme dans un homme juste en qui il mettait ses complaisances ;
que Jésus-Christ a reçu l'onction du St-Esprit comme
une récompense de son mérite et de son innocence,
selon cette parole du Psalmiste : " Parce que vous
avez aimé la justice et haï l'iniquité, c'est
pour cela que (1) vous avez mérité l'onction la
plus précieuse (2) ; " que l'on doit dire
de Marie qu'elle est mère de Dieu et mère de l'homme ;
mère de l'homme par nature, mère de Dieu par relation,
parce que Dieu était en l'homme qui est né d'elle.
(1) Propterea, c'est pourquoi. C'est le sens de la Vulgate, en supposant que le prophète parle ici, non de la première onction qui précéda tout mérite dans son humanité mais de celle dont il fut oint dans sa résurrection, par la gloire ineffable dont le Père combla son humanité. D'autres traduisent le mot hébreu par propterea quod, et lui donnent le même sens qu'il a au troisième verset de ce psaume : " Vous avez aimé la justice et vous haïssez l'iniquité, parce que Dieu vous a oint, etc. ; " et ceux-ci l'entendent de la première onction que reçut l'humanité de Jésus-Christ ; mais on doit s'en tenir au sens de la Vulgate, que saint Jérôme a conservé dans la traduction qu'il a faite sur l'hébreu.
(2) Psaume XLIV, V. 8.
En d'autres endroits de ses écrits
il parle avec mépris du livre de Job et du Cantique des
Cantiques. On lut aussi la profession de foi nestorienne attribuée
à Théodore de Mopsueste et condamnée par
le concile général d'Éphèse dans sa
sixième session. Les évêques s'écrièrent
alors : " C'est Satan qui a composé ce symbole.
Nous ne connaissons que le symbole de Nicée. Anathème
à qui n'anathématise pas Théodore de Mopsueste.
Nous l'anathématisons lui et ses écrits. "
On renvoya à une autre conférence l'examen de ce
que les Pères, les lois impériales et les historiens
ecclésiastiques avaient dit contre cet auteur.
Le 17 mai, à la 5e conférence,
(3) on lut cinq lettres de saint Cyrille contre Théodore
de Mopsueste ; un livre du même patriarche où
le nom et la doctrine de ce dernier sont également flétris ;
la requête présentée contre lui à Proclus
de Constantinople par les clercs et les moines d'Arménie ;
une partie de la réponse de Proclus ; un extrait de
l'histoire d'Hésychius (4), où ce prêtre de
Jérusalem assurait que Théodore de Mopsueste était
celui à qui saint Jean Chrysostome écrivit deux
livres pour le retirer de ses dérèglements et de
ses erreurs sur l'Incarnation du Verbe ; deux lois des empereurs
Théodose et Valentinien contre Nestorius, Diodore de Tarse
et Théodore de Mopsueste ; une lettre de Théophile
d'Alexandrie à Porphyre, évêque d'Antioche ;
une autre de saint Grégoire de Nysse à Théophile.
(3) Baluze (Concil., p. 1510) soutient sur l'autorité des anciens manuscrits que cette conférence fut tenue le 17 mai et non le 13, comme semble le dire l'archidiacre Diodore au commencement de cette conférence, et comme le prétendent la plupart des collecteurs. Le P. Alexandre dit : octavo idus maias ; c'est une erreur qu'il n'a fait que copier.
(4) Cette histoire n'est point venue
jusqu'à nous.
Tous ces témoignages furent cités,
afin de montrer que Théodore de Mopsueste s'était
efforcé dans ses écrits d'anéantir le mystère
de l'Incarnation ; que suivant les principes des juifs il
détournait le sens des prophéties relatives à
Jésus-Christ ; en un mot, qu'il avait enseigné
les mêmes erreurs que Nestorius, son disciple, enseigna
depuis. On cita même en témoignage divers endroits
des écrits de Théodoret contre saint Cyrille, qui
prouvèrent que le saint patriarche d'Alexandrie avait accusé
Théodore de toutes ces impiétés. On lut aussi
des extraits du second livre de saint Cyrille contre Théodore,
où il loue son travail et condamne sa doctrine comme impie.
Le concile ordonna ensuite la lecture des lettres de saint Grégoire
de Nazianze, que quelques-uns disaient avoir été
écrites à Théodore de Mopsueste ; mais
Euphratas de Tyane et Théodose de Justinianople prouvèrent
que ces lettres n'avaient point été adressées
à Théodore de Mopsueste, mais à Théodore
de Tyane, dont ils assurèrent qu'on lisait encore le nom
dans les diptyques de cette Église. Après quoi on
examina la question s'il est permis de condamner les morts, et
on cita pour le prouver quelques passages de saint Cyrille et
de saint Augustin, plusieurs exemples anciens ou récents,
et spécialement la condamnation de l'impie Dioscore par
Boniface II, et celle d'Origène par Théophile d'Alexandrie.
On s'autorisa surtout de l'exemple du pape Vigile lui-même,
qui avait souscrit comme les autres évêques à
l'édit de Justinien contre Origène. Et cette conférence
se termina par la lecture de divers extraits des écrits
de Théodoret, pour montrer qu'il avait favorisé
les erreurs de Nestorius.
6e Conférence, 19
mai. On lut la lettre d'Ibas à Maris, dont on releva aussi
les erreurs ; et après l'examen de toutes les pièces
relatives à cette affaire, on reconnut que cette lettre
n'avait point été approuvée par le concile
de Chalcédoine, et qu'Ibas lui-même avait été
obligé de la rétracter au moins indirectement, en
prononçant l'anathème contre Nestorius. Les Pères
de Constantinople, jugeant donc que cette lettre était
contraire aux définitions du concile de Chalcédoine,
la déclarèrent unanimement hérétique,
et déclarèrent aussi hérétiques tous
ceux qui ne l'anathématiseraient pas.
Sur ces entrefaites, le pape Vigile prononça
son jugement par une constitution raisonnée et fort longue,
appelée Constitutum, et adressée à
l'empereur. Il y rapporte d'abord les deux professions de foi
qui lui avaient été remises par les patriarches
Mennas et Eutychius, et le motif qui l'avait empêché
d'assister au concile ; puis il examine successivement soixante
articles extraits des écrits de Théodore de Mopsueste,
à peu près les mêmes qui avaient été
cités dans la quatrième conférence du concile,
en fait ressortir l'impiété et les frappe d'anathème.
Mais quant à la personne de Théodore, il déclare
qu'on doit imiter la sage discrétion du concile d'Éphèse,
qui s'abstint de prononcer contre cet évêque, tout
en condamnant le symbole qui lui était attribué.
A l'égard d'Ibas et de Théodoret, il décide
que ces deux évêques ayant été reconnus
orthodoxes par le concile de Chalcédoine, il n'est pas
permis d'imprimer une flétrissure à leur mémoire,
et qu'il suffit de condamner en général les écrits
et les propositions favorables aux nestoriens ou aux eutychiens,
sans toutefois condamner nommément des évêques
morts dans la communion de l'Église. Enfin il établit
l'autorité inviolable du concile de Chalcédoine
et défend à toute personne de porter un jugement
contraire à cette constitution. Le pape envoya ce Constitutum
à l'empereur le 25 mai (1) par Servusdei, sous-diacre de
l'Église romaine ; mais Justinien, craignant que ce
décret ne fût pas conforme à ses désirs,
refusa de le recevoir.
(1) Il est daté du 14 mai. Dix-sept
évêques, un archidiacre et deux diacres de l'Église
romaine le souscrivirent après le pape.
7e Conférence, 26
mai. Le concile tint le lendemain sa septième conférence.
Le questeur Constantin y remit de la part de l'empereur différentes
pièces aux évêques assemblés, pour
montrer que le pape Vigile ayant déjà condamné
lui-même les trois chapitres, le concile ne devait pas hésiter
à prononcer le même jugement. Ces pièces,
dont les Pères de Constantinople ordonnèrent la
lecture, étaient la sentence prononcée par le pape
Vigile contre les diacres Rustique et Sébastien ;
sa lettre à saint Aurélien, évêque
d'Arles ; une autre à Valentinien, ou Valérien,
évêque de Tomes en Scythie, et une promesse que ce
pape avait faite, en retirant sa première décision,
de concourir de tout son pouvoir à faire prononcer dans
un concile la condamnation des trois chapitres (2). Le concile,
après avoir loué le zèle de l'empereur pour
la défense de l'Église, remit le jugement des trois
chapitres à la conférence suivante.
(2) Baluze (Coll. conc.), Fleury (Liv. XXXIII, ch. 49), Dupin (T. IV, p. 482), disent qu'on lut dans cette conférence un ordre de l'empereur pour faire ôter des diptyques le nom du pape Vigile, tout en conservant l'unité avec le siège apostolique. On retrouve en effet dans quelques exemplaires des actes de cette conférence une lettre de l'empereur qui contient cet ordre. Mais comme cette lettre du 14 juillet est d'une date postérieure à la dernière conférence du concile, qui eut lieu le 2 juin, il est visible qu'elle y a été ajoutée dans un mauvais dessein ; elle ne peut donc servir à prouver autre chose que la témérité audacieuse de l'empereur Justinien.
On lit aussi, disent quelques auteurs,
deux lettres adressées, l'une à l'empereur Justinien,
écrite de la main de Vigile, et l'autre à l'impératrice
Théodora, souscrite seulement par ce pape. Baluze (Coll.
conc., p. 1545) rapporte ces deux lettres d'après un
manuscrit de la bibliothèque de Joly. Lorsqu'elles furent
citées dans les sessions 13 et 14 du sixième concile
cuménique tenu à Constantinople l'an 681,
les légats du pape les accusèrent de fausseté ;
et dès qu'on eut reconnu, soit par la différence
d'écriture et l'absence de numéros, soit par l'inspection
de plusieurs exemplaires anciens et authentiques où ces
pièces ne se trouvaient point, soit enfin par des témoins
qui firent connaître et les auteurs et les circonstances
de cette falsification, qu'elles avaient été fabriquées
par les monothélites, le sixième concile général
frappa d'anathème ceux qui les avaient fabriquées
ou insérées dans les actes du cinquième concile
général.
8e et dernière Conférence,
2 Juin. Callonymus, diacre et notaire, lut la décision
du concile, qui était toute dressée ; et comme
elle ne faisait que résumer ce qui avait été
jugé précédemment, on ne crut pas nécessaire
de prendre les voix des évêques en particulier. Cette
décision contient d'abord un résumé de ce
qui avait été fait pour l'examen des trois chapitres,
avec une courte réfutation de ce qu'on alléguait
pour leur défense ; puis les évêques
ajoutent : " Nous recevons les quatre conciles
de Nicée, de Constantinople, d'Éphèse et
de Chalcédoine ; nous avons enseigné ce qu'ils
ont défini sur la foi, et nous jugeons séparés
de l'Église catholique ceux qui ne les reçoivent
pas. Mais nous condamnons Théodore de Mopsueste avec ses
écrits impies ; les impiétés écrites
par Théodoret contre la vraie foi, contre les douze anathématismes
de saint Cyrille, contre le concile d'Éphèse et
pour la défense de Théodore et de Nestorius ;
enfin la lettre impie d'Ibas, qui nie que le Verbe se soit incarné
et fait homme dans le sein de la vierge Marie, qui accuse saint
Cyrille d'hérésie, qui blâme le concile d'Éphèse
et défend Théodore et Nestorius avec leurs écrits ;
nous anathématisons donc les trois chapitres avec leurs
défenseurs, qui prétendent les soutenir par l'autorité
des Pères ou du concile de Chalcédoine. "
Cette décision se termine par les quatorze anathématismes
suivants, qui renferment toute la doctrine catholique, contre
les nestoriens et les eutychiens. Les évêques ont
soin de rappeler, dans le préambule de leur jugement, que
le pape Vigile avait condamné plusieurs fois les trois
chapitres de vive voix et par écrit.
1er Anathématisme.
Si quelqu'un ne confesse pas que la nature ou substance divine
est une et consubstantielle en trois personnes, le Père,
le Fils et le Saint-Esprit ; qu'il soit anathème.
2e Anathématisme.
Si quelqu'un ne confesse pas dans le Verbe de Dieu deux naissances,
l'une incorporelle par laquelle il est né du Père
avant tous les siècles, l'autre selon laquelle il est né
dans les derniers temps de la vierge Marie, Mère de Dieu ;
qu'il soit anathème.
3e Anathématisme.
Si quelqu'un dit que ce n'est pas le même Christ-Dieu-Verbe,
né de la femme, qui a fait des miracles et qui a souffert ;
qu'il soit anathème.
4e Anathématisme.
Si quelqu'un ne confesse pas que la chair a été
substantiellement unie à Dieu le Verbe et qu'elle était
animée par une âme raisonnable et intellectuelle ;
qu'il soit anathème.
5e Anathématisme.
Si quelqu'un dit qu'il y a deux substances ou deux personnes en
Notre-Seigneur Jésus-Christ, et qu'il ne faut en adorer
qu'une seule, comme l'ont écrit follement Théodore
et Nestorius ; qu'il soit anathème.
6e Anathématisme.
Si quelqu'un ne confesse pas que la sainte Vierge est véritablement
et réellement Mère de Dieu, qu'il soit anathème.
7e Anathématisme.
Si quelqu'un ne veut pas reconnaître que les deux natures
ont été unies en Jésus-Christ, sans diminution,
sans confusion, mais que par ces deux natures il entende deux
personnes ; qu'il soit anathème.
8e Anathématisme.
Si quelqu'un ne confesse pas que les deux natures ont été
unies en Jésus-Christ en une seule personne ; qu'il
soit anathème.
9e Anathématisme.
Si quelqu'un dit que nous devons adorer Jésus-Christ en
deux natures, ce qui serait introduire deux adorations que l'on
rendrait séparément à Dieu le Verbe et séparément
aussi à l'homme ; et qu'il n'adore pas par une seule
adoration le Verbe de Dieu incarné avec sa propre chair,
ainsi que l'Église l'a appris dès le commencement
par tradition ; qu'il soit anathème.
10e Anathématisme.
Si quelqu'un nie que Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui a
été crucifié dans sa chair, soit vrai Dieu,
Seigneur de gloire, l'un de la Trinité ; qu'il soit
anathème.
11e Anathématisme.
Si quelqu'un n'anathématise pas Arius, Eunomius, Macédonius,
Apollinaire, Nestorius, Eutychès, Origène, avec
tous leurs écrits impies ; qu'il soit anathème
(1).
12e Anathématisme.
Si quelqu'un défend l'impie Théodore de Mopsueste ;
qu'il soit anathème.
13e Anathématisme.
Si quelqu'un défend les écrits impies de Théodoret,
qu'il soit anathème.
14e Anathématisme.
Si quelqu'un défend la lettre que l'on dit avoir été
écrite par Ibas à Maris ; qu'il soit anathème
(2).
(1) M. Rohrbacher ne s'est pas rappelé ce 11e anathématisme, lorsqu'il a prétendu (Hist. univ. de l'Egl., t. IX, p. 254) que dans les actes du concile il n'est pas dit un mot de la condamnation d'Origène.
(2) Par le 12e anathématisme,
les Pères du concile frappent la personne de Théodore
de Mopsueste avec ses écrits ; par le 13e
et le 14e ils frappent, il est vrai, certains écrits
de Théodoret et d'Ibas, mais ils épargnent leurs
personnes, parce que ces deux derniers étaient morts dans
la paix de l'Église.
Tous les évêques souscrivirent
ensuite à la sentence et aux quatorze anathématismes
de ce concile, et généralement à tout ce
qui s'était fait dans cette assemblée.
Telle fut la conclusion de ce concile, que
l'on compte pour le cinquième général, quoiqu'il
n'ait pas eu d'abord ce caractère ; car non seulement
le pape n'y présida pas, mais encore on n'y avait pas convoqué
tous les évêques de l'Église catholique. Toutefois,
s'il a eu quelque chose d'irrégulier dans sa célébration,
il est certain que ses décisions furent très orthodoxes,
et qu'on n'y fit rien qui pût préjudicier aux définitions
du concile de Chalcédoine. Au contraire, on le confirma
solennellement avec ceux de Nicée, de Constantinople et
d'Éphèse, et l'on condamna en termes exprès
l'hérésie d'Eutychès et la confusion des
natures en Jésus-Christ. Si le concile de Chalcédoine
s'était abstenu par une sage discrétion de condamner
les trois chapitres, parce qu'il était assemblé
pour un objet différent, on a pu remarquer aussi qu'il
ne les avait nullement approuvés et qu'il en avait même
exigé une rétractation directe, en obligeant Ibas
et Théodoret à prononcer anathème contre
Nestorius et sa doctrine, avant de les recevoir à la communion
catholique. Le cinquième concile général
suivit donc l'esprit du concile de Chalcédoine, au lieu
de le contredire, en condamnant ces écrits quand les circonstances
ne furent plus les mêmes. Ce qui manqua d'abord à
ce concile pour être cuménique, fut suppléé
bientôt après par l'approbation du pape et par l'adhésion
de l'Église universelle. Toutefois, une partie des évêques
occidentaux refusèrent pendant plusieurs années
de le reconnaître ; mais le zèle et les lumières
de saint Grégoire le Grand dissipèrent les préventions
et firent cesser une opposition qui avait uniquement pour cause
l'obscurité répandue sur les faits par la distance
des lieux et la diversité des idiomes. Ce concile prit
insensiblement le rang de cinquième concile général ;
et les Églises des Gaules, d'Espagne et d'Afrique le reçurent,
lorsque les trois chapitres furent tombés dans l'oubli.
Six mois après la célébration
de ce concile, le pape Vigile en approuva les décisions
par une lettre adressée au patriarche Eutychius, dans laquelle
il condamne les trois chapitres et défend, sous peine d'anathème,
d'entreprendre de les soutenir. " Nous reconnaissons,
ajoute-t-il, pour nos frères et nos collègues tous
ceux qui les ont condamnés, et nous annulons tout ce qui
a été fait par moi ou par d'autres pour justifier
ces écrits. " Après cette lettre, datée
du 8 décembre de l'an 553, le pape publia le 23 février
suivant une constitution pour le même objet. Il y rapporte
d'abord la définition de foi du concile de Chalcédoine
et la lettre de saint Léon à Flavien ; mais,
après avoir soigneusement exposé les erreurs des
trois chapitres, il prononce anathème contre Théodore
de Mopsueste et ses écrits, et condamne les écrits
de Théodoret contre saint Cyrille et la lettre à
Maris. Il soutient du reste que cette lettre attribuée
à Ibas a été fabriquée sous le nom
de cet évêque par les nestoriens ; qu'elle a
été condamnée au concile de Chalcédoine,
et constamment désavouée par Ibas lui-même,
et que ce fut la lettre écrite en sa faveur par le clergé
d'Édesse, dont la lecture le fit déclarer catholique
par ce concile (1). Ce sont sans doute ces deux pièces
qui ont déterminé le sixième concile général
à faire honneur de l'heureuse issue du cinquième
concile autant au pape Vigile qu'à l'empereur Justinien.
(1) Hardouin, II ; Baluze.
Nous n'avons plus l'original grec des actes
de ce concile général, mais seulement une ancienne
version latine, probablement la même qui fut faite pour
être communiquée au pape Vigile ; et c'est peut-être
pour cette raison qu'on n'y trouve rien, si ce n'est un seul mot
au 11e anathématisme touchant la condamnation
d'Origène ; car on se borna sans doute à traduire
ce qui était relatif à l'affaire des trois chapitres,
sur laquelle seule on n'était pas d'accord avec le souverain
pontife. Mais il est certain que l'origénisme fut condamné
avec éclat par ce concile, à qui l'empereur envoya
son édit publié contre cet amas d'erreurs, avec
une requête présentée au nom du patriarche
de Jérusalem par quelques abbés catholiques de la
Palestine. Le concile, ayant lu cette requête, condamna
unanimement Origène, avec Didyme et Evagre du Pont, ses
sectateurs. Il nous reste quinze canons en langue grecque qui
prononcent anathème contre les principales erreurs de l'origénisme,
et qui sont attribués par leur titre, au cinquième
concile général tenu à Constantinople. Les
voici, tels que Baluze les rapporte d'après Lambecius,
qui les a tirés d'un manuscrit grec de la bibliothèque
impériale de Vienne.
1er Anathématisme.
Si quelqu'un croit à la fabuleuse préexistence des
âmes, qui a pour conséquence l'idée monstrueuse
qu'elles retournent (dans la suite des temps à leur état
primitif) ; qu'il soit anathème.
2e Anathématisme.
Si quelqu'un dit que la création de tous les êtres
doués de raison a eu pour résultat la production
d'êtres incorporels et immatériels, sans aucun mode
arrêté d'existence (absque ullo numero ac nomine),
de telle sorte que tous ces êtres soient un par l'identité
de substance, de puissance et de vertu, par leur union avec le
Verbe-Dieu et aussi par la connaissance qu'ils ont de lui ;
mais que, rassasiés de la contemplation divine, ils sont
descendus dans une condition inférieure ; qu'ils y
ont pris, chacun suivant sa tendance, les uns un corps subtil,
les autres un corps grossier et tous un nom ; que la différence
des corps résulte de celle qui existe entre les Vertus
(Virtutes) supérieures, les uns étant devenus
et appelés chérubins, les autres séraphins,
ceux-ci principautés et puissances, ceux-là dominations,
trônes et anges, sans parler des autres ordres de la céleste
armée ; qu'il soit anathème.
3e Anathématisme.
Si quelqu'un dit que le soleil, la lune et les astres sont dans
cette même union avec les êtres doués de raison,
et que depuis leur chute ils sont devenus ce qu'ils sont ;
qu'il soit anathème.
4e Anathématisme.
Si quelqu'un dit que les êtres doués de raison, depuis
qu'ils n'ont plus un ardent amour de Dieu, ont été
enchaînés à des corps grossiers semblables
aux nôtres et ont été appelés hommes,
tandis que d'autres, parvenus au dernier degré de la malice,
ont été enchaînés à des corps
froids et ténébreux et qu'ils ont été
appelés et sont devenus démons ou esprits d'iniquité ;
qu'il soit anathème.
5e Anathématisme.
Si quelqu'un dit que de l'état angélique et archangélique
on peut descendre à la condition animale, ou passer dans
celle des démons et de l'homme ; que de la condition
humaine on peut devenir ange ou démon, et faire ensuite
partie de chaque ordre des célestes Vertus, et que tous
ceux des ordres inférieurs peuvent être formés
des ordres supérieurs, et ceux des ordres supérieurs
être aussi formés des ordres inférieurs ;
qu'il soit anathème.
6e Anathématisme.
Si quelqu'un dit qu'il y a deux espèces de démons,
l'une composée des âmes des hommes et l'autre d'esprits
supérieurs déchus ; qu'un seul de tous les
êtres doués de raison est demeuré immuable
dans l'amour et la contemplation de Dieu ; que cet être,
c'est le Christ, le roi de tous les êtres doués de
raison ; que cet être a créé toute la
nature corporelle, le ciel et la terre avec tout ce qui existe
entre l'un et l'autre, que ce monde ayant en soi les éléments
de son existence antérieurs à lui-même, savoir
la sécheresse, l'humidité, la chaleur, le froid
et l'idée pour laquelle il a été fait, de
sorte que la très sainte et consubstantielle Trinité
ne l'aurait pas créé, mais qu'ayant par lui-même
sa propre puissance créatrice avant la création
du monde, il se serait lui-même engendré ; qu'il
soit anathème.
7e Anathématisme.
Si quelqu'un prétend que dans ces derniers temps, le Christ,
que l'on dit exister dans la forme de Dieu et être uni à
Dieu le Verbe avant tous les siècles, s'est anéanti
lui-même jusqu'à la nature humaine, touché
de compassion pour celle qui avait, dit-on, imité les diverses
chutes des êtres qui étaient dans le même tout ;
et que voulant les rétablir tous dans leur état
primitif, il a existé pour tous, a revêtu différents
corps, a pris différents noms, s'est fait tout à
tous ; ange avec les anges, Vertu avec les Vertus ;
qu'il s'est transformé dans les autres ordres ou espèces
d'êtres doués de raison et s'est mis en conformité
avec chacun d'eux ; qu'ensuite il a participé de la
même manière que nous à la chair et au sang,
et qu'il a aussi existé comme homme pour les hommes ;
si quelqu'un ne confesse pas que le Verbe-Dieu s'est anéanti
et s'est fait homme ; qu'il soit anathème.
8e Anathématisme.
Si quelqu'un ne dit pas que Dieu le Verbe, qui est consubstantiel
et à Dieu le Père et à Dieu le Saint-Esprit,
qui s'est incarné et s'est fait homme, qui est l'un de
la sainte Trinité, (est) proprement (et réellement)
le Christ, mais (qu'il n'est au contraire appelé ainsi
que) par un abus de mots ()
(1), parce que, comme disent ces hérétiques, il
a dépouillé sa propre intelligence (kenwsanta
eauton noun), (qui était) unie
à Dieu le Verbe lui-même et (qui n'est) proprement
appelée Christ (qu'à cause de cette union) :
mais lui, (Dieu le Verbe, appelé) Christ à cause
de (son union avec) elle, (intelligence), et elle (appelée)
Dieu à cause de (son union avec) lui, (Christ) ; qu'il
soit anathème.
(1) Le texte latin porte abusive,
mais ce mot n'a ici ni le sens, ni la force du mot grec katacrhstikvV.
9e Anathématisme.
Si quelqu'un dit que ce n'est pas Dieu le Verbe incarné
dans une chair animée, qui par son âme intelligente
et raisonnable, est descendu aux enfers et qui est de nouveau
monté aux cieux ; mais que c'est cette intelligence
qu'ils prétendent être proprement devenue le Christ
par la connaissance de l'unité (monadoV) ;
qu'il soit anathème.
10e Anathématisme.
Si quelqu'un dit que le corps du Seigneur après sa résurrection
est devenu éthéré et de figure sphérique,
et qu'à la résurrection des morts tous les corps
prendront une existence et une forme semblable ; et comme,
lorsque le Seigneur lui-même aurait le premier quitté
son propre corps et que tous les autres corps en eussent fait
autant, la nature des corps retomberait dans le néant ;
qu'il soit anathème.
11e Anathématisme.
Si quelqu'un dit que par le jugement dernier on doit entendre
la destruction entière des corps ; que la fin de cette
fable (du monde) est le commencement de la nature immatérielle,
et que rien de matériel ne subsistera dans l'avenir, mais
l'âme universelle seule ; qu'il soit anathème.
12e Anathématisme.
Si quelqu'un dit que les Vertus célestes et tous les hommes
avec le diable et les esprits de malice seront unis au Verbe-Dieu
sans aucune divinité, de sorte que l'âme elle-même,
à laquelle ces impies ont donné le nom de Christ
et qu'ils font exister dans la forme de Dieu et qui, disent-ils,
s'est anéantie elle-même, mettra fin au règne
du Christ ; qu'il soit anathème.
13e Anathématisme.
Si quelqu'un dit qu'il n'y aura aucune différence entre
le Christ et les autres créatures raisonnables, soit dans
leur essence, soit dans leur connaissance, soit dans leur puissance,
soit dans leur pouvoir, mais que tous seront à la droite
de Dieu comme leur propre Christ, et comme ils étaient,
suivant eux, dans leur fabuleuse préexistence ; qu'il
soit anathème.
14e Anathématisme.
Si quelqu'un dit que l'unique unité future de tous les
êtres doués de raison, les hypostases et les nombres
ayant été détruits avec les corps aussi bien
que la connaissance de ces êtres, doit être la conséquence
de l'anéantissement du monde, de l'abandon des corps et
de la radiation des noms et amener l'identité des connaissances
aussi bien que des personnes ; et que dans leur fabuleux
rétablissement (des êtres à leur état
primitif) ils seront nus (c'est-à-dire, dépouillés
de la matière), et de la même manière qu'ils
existaient dans leur (prétendue) préexistence ;
qu'il soit anathème.
15e Anathématisme. Si quelqu'un dit que la vie des esprits sera la même que celle dont ils jouissaient avant leur chute, de sorte que le commencement s'accordera avec la fin et que la fin sera la mesure du commencement ; qu'il soit anathème.