Chalcédoine
Pape du concile

Contexte historique
Après le concile d'Éphèse, le moine Eutychès tomba dans l'erreur inverse du nestorianisme : il enseignait que les deux natures du Christ s'étaient « mélangées » en une seule nature divine (monophysisme). Le « Brigandage d'Éphèse » (449), un faux concile dominé par Dioscore d'Alexandrie, avait réhabilité Eutychès. Le pape Léon le Grand demanda la convocation d'un vrai concile, qui réunit environ 600 évêques.
Enseignements principaux
- Les deux natures du Christ : Le concile formula la définition christologique la plus précise de l'Antiquité : le Christ possède deux natures, divine et humaine, unies en une seule personne « sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation ». Cette formule reste la référence de la christologie catholique.
- Condamnation du monophysisme : La doctrine d'Eutychès, selon laquelle la nature humaine du Christ aurait été absorbée par la nature divine, fut rejetée.
- Autorité du Tome de Léon : La lettre dogmatique du pape Léon à Flavien de Constantinople fut reçue comme expression authentique de la foi de l'Église.
Textes clés
Définition de Chalcédoine (451)
Suivant donc les saints Pères, nous enseignons tous unanimement que nous confessons un seul et même Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, le même parfait en divinité et parfait en humanité, le même vraiment Dieu et vraiment homme, composé d'une âme raisonnable et d'un corps, consubstantiel au Père selon la divinité et consubstantiel à nous selon l'humanité, en tout semblable à nous sauf le péché ; engendré du Père avant tous les siècles selon la divinité, et dans les derniers jours, le même, pour nous et pour notre salut, [engendré] de la Vierge Marie, Mère de Dieu, selon l'humanité ; un seul et même Christ, Fils, Seigneur, l'unique engendré, reconnu en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation, la différence des natures n'étant nullement supprimée par l'union, la propriété de chaque nature étant plutôt sauvegardée et concourant à une seule personne et une seule hypostase.
Déroulement du concile
CALCÉDOINE (Concile de) Chalcedonense,
l'an 451. Saint Léon, regardant la tenue d'un concile général
comme la suite nécessaire de l'appel interjeté par
saint Flavien, et comme le véritable remède aux
troubles qui agitaient l'Église, l'avait fait demander
à l'empereur Théodose par Valentinien III et par
les impératrices Placidie et Eudoxie. Les évêques
déposés dans le conciliabule d'Éphèse
le demandèrent avec instance à Marcien, successeur
de Théodose, et ils employèrent pour l'obtenir les
personnes les plus puissantes de la cour. Soit que Marcien eût
égard à leurs remontrances, soit qu'il jugeât
lui-même qu'un concile général était
le seul moyen de faire cesser les maux de l'Église, il
forma le dessein d'en assembler un presqu'aussitôt qu'il
fut parvenu à l'empire. Il en écrivit à saint
Léon en lui faisant part de son élection, et l'impératrice
Pulchérie, sa femme, pria aussi ce saint pape de contribuer
de son côté à la convocation de ce concile.
Par une seconde lettre du 22 novembre de l'an 450, Marcien invita
saint Léon à venir lui-même en Orient pour
y tenir le concile. Que si ce n'est pas, ajoutait-il, votre commodité,
faites-le nous savoir par vos lettres, afin que nous envoyions
les nôtres par tout l'Orient, la Thrace et l'Illyrie, pour
convoquer tous les évêques en un lieu certain, tel
qu'il nous plaira, et régler ce qui regarde la paix de
l'Église et la foi catholique, comme vous l'avez défini
suivant les canons. Saint Léon répondit à
l'empereur par une lettre du 7 juin 451, qu'il avait lui-même
demandé ce concile ; mais que l'état présent
des affaires ne permettait point d'assembler les évêques
de toutes les provinces, parce que celles dont on devait principalement
les appeler, c'est-à-dire, celles d'Occident, étaient
tellement troublées par les guerres, qu'ils ne pouvaient
quitter leurs Églises ; il priait donc ce prince de
remettre le concile à un temps plus propre, quand, par
la miséricorde de Dieu, la sûreté publique
serait rétablie. Dans une autre lettre du 19 juillet, il
témoignait souhaiter que ce concile se tînt en Italie,
afin que tous les évêques d'Occident pussent s'y
trouver. Mais l'empereur, persistant dans la résolution
de convoquer au plus tôt un concile, qu'il regardait comme
également nécessaire au bien de l'Église
et de l'État, et de le convoquer même en Orient,
adressa à Anatolius et à tous les métropolitains,
une lettre du 17 mai 451, où, après leur avoir témoigné
sa douleur de voir l'Église agitée de divers troubles,
il leur déclarait que son intention était qu'ils
se rendissent à Nicée en Bithynie, avec autant d'évêques
de leur dépendance qu'ils jugeraient à propos, pour
le premier de septembre, afin d'y terminer tous ces troubles.
Ce prince promettait, dans la même lettre, de se trouver
en personne au concile, si les affaires de l'empire le lui permettaient.
Saint Léon qui ne voyait rien que de louable dans le dessein
de Marcien, crut qu'il devait le seconder : c'est pourquoi,
outre Lucentius, évêque d'Ascoli, et Basile, prêtre,
qu'il avait envoyés depuis peu pour travailler avec Anatolius
à la réunion et à la paix, il choisit encore
deux autres légats, Pascasin, évêque de Lilybée,
et Boniface, prêtre de l'Église romaine. Il chargea
ce dernier d'un mémoire instructif, qui réglait
la manière dont ses légats se devaient conduire
dans le concile, et envoya à Pascasin la lettre à
Flavien, avec quelques passages choisis des Pères sur le
mystère de l'Incarnation, dont ses premiers légats
à Constantinople avaient déjà fait usage.
Les lettres de la légation sont datées du vingt-six
juin 451. Il y en a deux à l'empereur Marcien, une à
Anatolius, et une quatrième au concile. Il recommanda à
ses légats de se comporter avec tant de sagesse et de prudence,
que la paix fût rétablie dans les Églises
d'Orient, toutes les disputes sur la foi assoupies, et les erreurs
de Nestorius et d'Eutychès entièrement détruites ;
d'admettre à la réconciliation tous ceux qui la
demanderaient sincèrement ; de condamner et de déposer
ceux qui s'obstineraient dans l'hérésie ; de
s'opposer à l'ambition de ceux qui, s'appuyant sur les
privilèges de leurs villes, voudraient s'attribuer de nouveaux
droits ; de demander le rétablissement des évêques
chassés de leurs sièges pour la foi catholique,
et de ne point souffrir que Dioscore parût dans le concile
comme juge, mais seulement comme accusé. Saint Léon
voulut aussi que ses légats présidassent au concile
en son nom, particulièrement Pascasin. Il écrivit
sur ce sujet à l'empereur, le 26 juin, une lettre différente
de celles dont il chargea le même jour le prêtre Boniface,
apparemment par quelqu'un qui devait arriver avant lui à
Constantinople. Comme Julien de Cos était depuis longtemps
en Orient, qu'il avait assisté au concile d'Éphèse,
et qu'il était très instruit de l'affaire qu'on
devait traiter dans celui de Calcédoine, saint Léon
le joignit à ses autres légats, afin de les aider
de ses conseils. Julien n'eut pas néanmoins le même
rang que les légats ; on se contenta de le placer
entre les premiers métropolitains, et il n'est nommé
qu'après le prêtre Boniface.
Pendant que les évêques s'assemblaient
à Nicée suivant l'ordre de l'empereur, l'Illyrie
se trouva agitée de divers troubles, qui obligèrent
ce prince à donner les soins nécessaires pour les
faire cesser ; en sorte que, ne pouvant se rendre à
Nicée au temps marqué pour le concile, c'est-à-dire
au premier de septembre, il écrivit aux évêques
qui y étaient déjà invités, pour les
prier de l'attendre. Ce délai leur causa de l'ennui, et
il y en eut plusieurs qui tombèrent malades : ils
en écrivirent à Marcien, qui leur répondit
que les légats du pape jugeaient sa présence si
nécessaire au concile, qu'ils ne voulaient point s'y trouver
en son absence ; que, d'ailleurs, la situation des affaires
de l'État ne lui permettait point de s'éloigner
du lieu où il était ; mais comme il souhaitait
autant que les évêques que le concile se tînt
au plus tôt, il les pria de passer à Calcédoine,
disant qu'il lui serait plus facile d'y venir de Constantinople,
qui n'en est séparé que par le Bosphore, large en
cet endroit d'un mille, et qu'eux-mêmes seraient beaucoup
mieux à Calcédoine qu'à Nicée, ville
trop petite pour un si grand nombre d'évêques. Ils
eurent peine à se rendre aux raisons de l'empereur ;
c'est pourquoi ils lui députèrent Atticus, archidiacre
de Constantinople, pour lui représenter que Calcédoine
étant si proche de Constantinople, ils craignaient que
ce ne fût aux eutychiens ou à d'autres, une occasion
d'exciter du trouble. Marcien, par une troisième lettre
datée d'Héraclée le 22 de septembre, leur
manda de ne rien craindre et de venir sans délai à
Calcédoine, afin qu'après avoir terminé les
affaires de l'Église, ils pussent s'en retourner dans leurs
villes épiscopales, et qu'il pût aussi aller lui-même
où les besoins de l'empire l'appelleraient. Ce prince,
pour prévenir tous les troubles, avait donné une
loi datée du 18 de juillet, portant défense d'exciter
aucun trouble dans les Églises par des acclamations ou
par un concours affecté, et de faire aucune assemblée
ou conventicule à Constantinople, sous peine du dernier
supplice contre les séditieux. L'impératrice Pulchérie
avait aussi ordonné au gouverneur de Bithynie de chasser
de Nicée et des environs les moines, les laïques et
même les ecclésiastiques, que rien n'obligeait d'être
au concile.
Les évêques vinrent donc de Nicée
à Calcédoine sur la fin de septembre, et ils s'y
trouvèrent en plus grand nombre que dans aucun concile
précédent. Selon la lettre du concile à saint
Léon, ils étaient cinq cent vingt. Lucentius dit
dans le concile même qu'il y en avait six cents, et saint
Léon met le même nombre dans sa lettre aux évêques
des Gaules. Tous les évêques du concile étaient
de l'empire d'Orient, excepté les légats du saint-siège
et deux évêques d'Afrique, Aurèle d'Adrumet
et Resticien ou Rufin, dont le siège épiscopal n'est
pas marqué. Ces deux évêques souscrivirent
les derniers dans la première session ; elle se tint
dans l'église de Sainte-Euphémie, martyre, située
hors de la ville de Calcédoine, à cent cinquante
pas du Bosphore, le huitième jour d'octobre 451. Il y avait
dix-neuf des premiers officiers de l'empire, savoir, Anatholius,
maître de la milice ; Pallade, préfet du prétoire ;
Tatien, préfet de Constantinople ; Dincomale, maître
des offices ; Sporatius, comte des gardes ; Généthélius,
intendant du domaine du prince, et plusieurs autres qui, après
avoir rempli les premières dignités de l'empire,
composaient alors le sénat. Il n'est pas dit que l'empereur
se soit trouvé au commencement de cette première
session ; mais on ne peut douter qu'il n'ait été
présent aux délibérations qui la précédèrent,
puisqu'il est marqué que Théodoret lui présenta
une requête sur les injustices et les violences qu'il avait
souffertes ; et que ce prince ordonna qu'il assisterait au
concile. Il paraît même qu'il était présent
lorsqu'on lut la remontrance d'Eustathe de Béryte. Nous
verrons dans la suite qu'il assista à la sixième
session. Les évêques nommés dans les actes
de la première sont au nombre de cent soixante, dont les
premiers sont les légats du pape, Pascasin, Lucentius et
le prêtre Boniface ; ensuite Anatolius de Constantinople,
Dioscore d'Alexandrie, Maxime d'Antioche, et Juvénal de
Jérusalem. Eusèbe de Dorylée y est nommé
parmi les évêques, sans qu'on voie qu'il ait été
rétabli dans le concile ; il y paraît même
comme accusateur de Dioscore. Peut-être avait-il obtenu
son rétablissement dans les conférences préliminaires
entre les évêques et l'empereur. Il fut réglé
qu'avant les séances les diacres Domnin et Cyriaque iraient
avertir les évêques de se trouver au concile. Les
officiers de l'empereur se placèrent au milieu de l'église,
devant la balustrade de l'autel, ayant à leur gauche les
légats du pape, puis Anatolius de Constantinople, Maxime
d'Antioche, Thalassius de Césarée, Étienne
d'Éphèse, et les autres évêques des
diocèses de l'Orient, du Pont, de l'Asie et de la Thrace,
à la réserve de ceux de la Palestine ; à
la droite étaient assis Dioscore d'Alexandrie, Juvénal
de Jérusalem, Quintillus d'Héraclée en Macédoine,
qui tenait la place d'Anastase de Thessalonique, et les autres
évêques de l'Égypte, de la Palestine et de
l'Illyrie ; on eut égard dans cette disposition à
la différence des sentiments ; le parti de Dioscore,
comme suspect d'erreur, eut le côté qui était
le moins honorable. Le saint Évangile fut placé
au milieu de l'assemblée ; mais il semble qu'on ne
l'y mettait pas toujours, puisque dans une séance il fut
apporté à la demande des magistrats. Outre les évêques
il y avait plusieurs autres ecclésiastiques, parmi lesquels
l'archidiacre Aétius parut avec éclat ; il
y avait aussi des notaires.
Tous les évêques s'étant
assis, Pascasin, légat du pape, se leva et, s'avançant
vers le milieu, dit aux magistrats que lui et les autres légats
avaient ordre du bienheureux évêque de Rome, chef
de toutes les Églises, de ne point rester dans le concile,
si l'on n'en faisait sortir Dioscore. Pascasin parla en latin,
et son discours fut expliqué par Béronicien, secrétaire
du consistoire. Les magistrats demandèrent s'il y avait
quelque plainte particulière contre Dioscore. Il doit,
répondirent les légats, rendre raison du jugement
qu'il a prononcé à Éphèse, où
il a usurpé la qualité de juge, et osé tenir
un concile (a) sans l'autorité du saint-siège,
ce qui ne s'est jamais fait, et n'a jamais été permis.
(a) Synodum ausus est facere
sine auctoritate sedis apostolicæ, quod numquam licuit,
numquam factum est. Labb. IV, pag. 95.
Pascasin ajouta : Nous ne pouvons contrevenir
aux ordres du pape, ni aux canons de l'Église. Les magistrats,
après quelques contestations, ordonnèrent à
Dioscore de s'asseoir au milieu en qualité d'accusé.
Alors Eusèbe de Dorylée, s'avançant, demanda
qu'on lût la requête qu'il avait présentée
à l'empereur contre Dioscore. Ce prince l'avait renvoyée
au concile. Les magistrats en ordonnèrent la lecture, et
firent asseoir Eusèbe au milieu de l'assemblée avec
Dioscore. Cette requête chargeait Dioscore d'avoir violé
la foi pour établir l'hérésie d'Eutychès,
et d'avoir condamné Eusèbe injustement. Celui-ci
demanda pour le prouver, qu'on lût les actes du faux concile
d'Éphèse ; ce que Dioscore demanda aussi. Mais
quand les magistrats en eurent ordonné la lecture, Dioscore
s'y opposa, demandant qu'on traitât d'abord la question
de la foi. Les magistrats, sans avoir égard à sa
demande, firent lire les actes. On en commença la lecture
par la lettre de l'empereur Théodose, pour la convocation
du concile. Comme il y était fait défense à
Théodoret de s'y trouver, les magistrats le firent entrer
suivant l'ordre de l'empereur Marcien. Aussitôt qu'il parut
dans l'assemblée, les Égyptiens et tous ceux qui
étaient du côté de Dioscore crièrent
que c'était violer les canons, renverser la foi, chasser
saint Cyrille, qu'il fallait mettre Théodoret dehors. Les
évêques de l'autre côté, criaient au
contraire qu'il fallait chasser Dioscore avec tous ses homicides
et ses manichéens, comme étant tous ennemis de la
foi et de Flavien. Les magistrats, ne voulant point forcer la
répugnance du parti de Dioscore, demandèrent que
Théodoret demeurât en qualité d'accusateur,
disant que sa présence ne porterait aucun préjudice
aux droits des parties. Théodoret prit donc place au milieu
des évêques avec Eusèbe de Dorylée ;
il se fit des clameurs des deux côtés ; les
Orientaux s'écriant que Théodoret était digne
de s'asseoir parmi eux, qu'il était orthodoxe ; les
Égyptiens ne voulant pas le reconnaître pour évêque,
en criant qu'il fallait le chasser comme l'ennemi de Dieu. Les
magistrats, ayant fait sentir aux évêques l'indécence
de ces sortes de cris populaires, firent continuer la lecture
des actes du faux concile d'Éphèse. Dioscore fit
remarquer sur la lettre de convocation, que le jugement prononcé
dans ce concile lui était commun avec Juvénal de
Jérusalem et Thalassius de Césarée, à
qui l'empereur avait écrit comme à lui. Les Orientaux,
peu en peine de le réfuter sur cela, ne se plaignirent
que des violences qu'ils avaient souffertes. On nous a, disaient-ils,
forcés, on nous a frappés, nous avons souscrit sur
un papier blanc. On nous a menacés d'exil ; des soldats
nous ont pressés avec des bâtons et des épées ;
les soldats ont déposé Flavien. Étienne d'Éphèse
se plaignit que tout s'était passé par force et
par violence à Éphèse, et qu'on ne l'avait
pas laissé sortir de l'église, qu'il n'eût
souscrit à la sentence rendue par Dioscore, Juvénal
et Thalassius, et par les autres évêques à
qui les lettres de l'empereur étaient adressées.
Théodore de Claudiopolis ajouta que ces mêmes évêques
avaient concerté entre eux pour l'engager, lui et les autres
qui n'étaient point de leur parti, à signer sans
connaissance de cause. Tous les Orientaux ayant dit la même
chose qu'Étienne et Théodore, Dioscore leur dit
comme en se raillant, qu'ils ne devaient pas souscrire, sans être
bien informés de ce qu'avait fait le concile. Les Orientaux
se plaignirent ensuite qu'on avait chassé du concile Jules
de Pouzzoles, légat du pape ; qu'on n'y avait donné
à Flavien que la cinquième place ; qu'on n'y
avait pas lu la lettre de saint Léon au concile, et que
Dioscore l'avait retenue sans la faire lire, quoiqu'il eût
juré sept fois devant tout le monde qu'il en ferait faire
lecture. Les magistrats, après avoir examiné pourquoi
on n'avait pas lu les lettres de saint Léon, trouvèrent
que Dioscore ne l'avait pas voulu, quoiqu'il l'eût promis
plusieurs fois avec serment. Eusèbe de Dorylée se
plaignit en particulier, de ce qu'étant accusateur d'Eutychès,
on lui avait refusé l'entrée dans le concile, quoique
Flavien l'eût demandé. Dioscore, interrogé
sur ce fait par les magistrats, s'excusa sur le comte Elpide,
qui avait empêché par ordre de l'empereur, de laisser
entrer Eusèbe. Cette excuse leur parut insuffisante, parce
qu'il s'agissait de la foi. Dioscore reprocha aux magistrats qu'ils
avaient violé eux-mêmes les canons, en faisant entrer
Théodoret. Ils répondirent : L'évêque
Eusèbe et l'évêque Théodoret sont assis
au rang des accusateurs ; vous êtes assis au rang des
accusés. Il y eut des contestations sur la manière
dont la profession de foi qu'Eutychès présenta à
Éphèse était conçue, et sur ce qu'il
avait dit dans sa requête que le concile cuménique
d'Éphèse défendait de rien ajouter au symbole
de Nicée. Voy. ÉPHÈSE,
l'an 431 et 449.
Après la lecture des actes du faux
concile d'Éphèse, on lut ceux du concile de Constantinople.
Quand on eut lu la seconde lettre de saint Cyrille à Nestorius,
et celle qu'il avait écrite aux Orientaux, tous les évêques
en général s'écrièrent : Anathème
à qui ne croit pas ainsi ! Théodoret dit en
particulier : Anathème à qui reconnaît
deux Fils : Nous n'en adorons qu'un, Notre-Seigneur Jésus-Christ
le Fils unique. Les Orientaux ajoutèrent : Flavien
croyait ainsi. C'est ce qu'il a défendu ; c'est pour
cela qu'il a été déposé. Les Égyptiens
se trouvent d'accord sur la foi contenue dans ces lettres avec
les Orientaux, les magistrats dirent aux premiers : Comment
donc avez-vous reçu Eutychès, qui disait le contraire,
et déposé Flavien et Eusèbe qui soutenaient
cette vérité ? Dioscore dit : Les actes
le feront voir. On lut la remontrance d'Eustathe, évêque
de Béryte, où il disait, qu'on ne doit point croire
deux natures en Jésus-Christ, mais une seule nature incarnée.
Tout le concile s'écria, que c'est ce que disaient Eutychès
et Dioscore. Les magistrats demandèrent si cette doctrine
était conforme aux lettres de saint Cyrille qu'on avait
lues. Eustathe prévint la réponse du concile, en
lisant dans un livre de saint Cyrille les paroles dont il s'était
servi, puis il ajouta : Anathème à qui dit
une nature, pour nier que la chair de Jésus-Christ nous
soit consubstantielle ; et anathème à qui dit
deux natures, pour diviser le Fils de Dieu. Il prétendit
que Flavien avait parlé comme lui. Pourquoi donc, lui dirent
les magistrats, avez-vous déposé Flavien ?
Eustathe répondit : J'ai failli. On fit la lecture
de la déclaration que Flavien avait faite de sa foi dans
le concile de Constantinople. Les magistrats demandèrent
aux évêques ce qu'ils en pensaient, si Flavien leur
paraissait catholique ou non ? Le légat Pascasin dit :
Il a exposé la foi purement et entièrement, et cette
exposition est d'accord avec la lettre de l'évêque
de Rome. Anatolius, Lucentius, Maxime d'Antioche, Thalassius de
Césarée, Eustathe de Béryte et Eusèbe
d'Ancyre, déclarèrent tous la doctrine de Flavien
orthodoxe et parfaitement conforme aux règles de la foi
et aux lettres de saint Cyrille. Les Orientaux en dirent autant,
et Juvénal de Jérusalem ayant opiné de même,
passa du côté droit, où était Dioscore,
au côté gauche, où étaient les légats
du pape et les Orientaux, qui le reçurent avec joie. Pierre,
évêque de Corinthe, avec les évêques
de l'Achaïe, de la Macédoine, de l'ancienne Épire,
et un grand nombre d'autres passèrent aussi du côté
des Orientaux ; de sorte que Dioscore se trouvant seul de
son parti, se plaignit qu'on le chassait avec les Pères ;
il voulait dire saint Athanase, saint Grégoire et saint
Cyrille, qui ont, disait-il, enseigné qu'il ne faut pas
dire après l'union deux natures, mais une nature incarnée
du Verbe. La suite des actes du faux concile d'Éphèse
fit voir clairement de quelle violence Dioscore s'était
servi pour établir le dogme d'Eutychès, et pour
déposer saint Flavien. Les magistrats croyant donc avoir
suffisamment vérifié l'innocence de ce saint martyr
et celle d'Eusèbe, remirent au lendemain à examiner
ce qui regardait la foi, en priant les évêques de
mettre chacun leur croyance par écrit, et leur déclarant
que l'empereur était résolu de ne se séparer
jamais de celle qui est contenue dans les symboles de Nicée,
de Constantinople et dans les écrits des saints Pères
de l'Église, Grégoire, Basile, Athanase, Hilaire,
Ambroise, Cyrille. Ils ajoutèrent que, puisque par la lecture
des actes et l'aveu de quelques-uns des chefs du concile, il paraissait
que Flavien de sainte mémoire et le très pieux évêque
Eusèbe avaient été injustement condamnés,
il était juste que sous le bon plaisir de Dieu et de l'empereur,
l'évêque d'Alexandrie, Juvénal de Jérusalem,
Thalassius de Césarée, Eusèbe d'Ancyre, Eustathe
de Bérythe, et Basile de Séleucie, qui présidaient
à ce concile, subissent la même peine et fussent
privés de la dignité épiscopale, selon les
canons, à la charge néanmoins que tout ce qui s'était
passé serait rapporté à l'empereur. Les Orientaux
s'écrièrent : Ce jugement est juste :
Jésus-Christ a déposé Dioscore, il a déposé
l'homicide. Mais ils ne dirent rien des autres. Les Illyriens
demandèrent, qu'ayant tous failli, le pardon fût
aussi général pour tous. Tous les évêques
souhaitèrent de longues années au sénat,
et mêlèrent à leurs acclamations le trisagion.
Ensuite l'archidiacre Aétius ayant déclaré
que la séance était finie, chacun se retira, parce
qu'il était tard.
La seconde session se tint le mercredi 10
octobre dans l'église de Sainte-Euphémie. On ne
voit point que Dioscore, Juvénal, Thalassius, Eusèbe
d'Ancyre et Basile de Séleucie y aient assisté.
Les magistrats, après avoir répété
en peu de mots ce qui s'était passé dans la première
au sujet de la justification de saint Flavien et d'Eusèbe
de Dorylée, proposèrent aux évêques
d'établir la vérité de la foi. Les évêques
répondirent qu'elle l'était suffisamment par les
expositions de foi des Pères de Nicée, qu'il fallait
s'en tenir à ce qu'eux et les autres Pères en avaient
dit ; que s'il y avait quelque chose à éclaircir
au sujet de l'hérésie d'Eutychès, l'archevêque
de Rome l'avait fait dans sa lettre à Flavien, à
laquelle ils avaient tous souscrit, et qu'il ne leur était
pas permis de faire de nouvelles expositions de foi. Cécropius,
évêque de Sébastopolis, fut celui qui s'opposa
le plus à une nouvelle formule de foi ; mais il demanda
qu'on lût le symbole de Nicée et les écrits
des saints Pères Athanase, Cyrille, Célestin, Hilaire,
Basile, Grégoire, et la lettre de saint Léon. Eunomius,
évêque de Nicomédie, lut le symbole de Nicée ;
l'archidiacre Aétius, celui de Constantinople et les deux
lettres de saint Cyrille, l'une à Nestorius, l'autre aux
Orientaux ; et le secrétaire Béronicien lut
la lettre de saint Léon à Flavien, traduite en grec,
avec les passages des Pères qui y étaient joints.
Les évêques, après la lecture de chacune de
ces pièces, témoignèrent à haute voix,
qu'ils croyaient ainsi. Il n'y eut que ceux de Palestine et d'Illyrie
qui trouvèrent quelque difficulté sur trois endroits
de la lettre de saint Léon. Mais Aétius et Théodoret
ayant justifié tous ces endroits par des passages tout
semblables de saint Cyrille, ils en parurent satisfaits, de sorte
que tous les évêques s'écrièrent :
C'est la foi des Pères et des apôtres ; nous
croyons ainsi. Anathème à qui ne le croit pas. Pierre
a parlé ainsi par Léon ; les apôtres
ont ainsi enseigné. La doctrine de Léon est sainte
et vraie ; Cyrille a ainsi enseigné. Aétius
de Nicopolis, qui trouvait apparemment de la difficulté
dans la troisième lettre de saint Cyrille qui contient
les douze anathématismes, demanda du temps pour l'examiner.
Tous les évêques ayant appuyé sa demande,
les magistrats différèrent de cinq jours la session
suivante ; en même temps ils ordonnèrent qu'Anatolius
choisirait entre les évêques qui avaient souscrit,
ceux qu'il croirait les plus propres pour instruire ceux à
qui il restait quelque doute, et qu'il s'assemblerait avec eux.
Les évêques d'Illyrie et de Palestine demandèrent
avec instance qu'on pardonnât aux chefs du faux concile
d'Éphèse, et qu'on leur permît de venir au
concile. Les magistrats ne répondirent autre chose, sinon
que ce qui avait été réglé pour les
cinq jours de délai et les conférences chez Anatolius
serait exécuté.
La troisième session fut tenue le samedi
13 octobre, trois jours avant le terme marqué par les magistrats ;
aussi n'y assistèrent-ils point, et on ne la tint que pour
juger l'affaire de Dioscore, ce qui n'était pas de leur
ressort, n'étant pas convenable que des laïques jugeassent
des crimes canoniques. Aétius, qui y faisait les fonctions
de promoteur, remontra qu'Eusèbe de Dorylée avait
présenté une requête au concile contre Dioscore.
Eusèbe y parlait aussi pour l'intérêt de la
foi catholique, pour la défense de Flavien et pour la sienne
propre. Pascasin de Lilybée, président du concile
à la place de saint Léon, ordonna de la lire. Elle
tendait à faire casser tout ce qui avait été
fait contre lui et contre Flavien dans le faux concile d'Éphèse ;
à faire confirmer la véritable doctrine ; à
faire anathématiser l'hérésie d'Eutychès,
et à faire souffrir à Dioscore la juste punition
des crimes dont il avait été convaincu par la lecture
des actes de ce conciliabule. Après qu'on eut lu sa requête,
Eusèbe demanda que Dioscore fût appelé pour
lui répondre en sa présence. Pascasin l'ordonna
ainsi. Épiphane et Elpide, prêtres, chargés
de le chercher dans les environs de l'église, déclarèrent
qu'ils ne l'avaient pas trouvé. On députa trois
évêques pour aller à son logis, Constantin
de Bostres, Acace d'Ariarathie, et Acticus de Zèle, avec
Himérius, lecteur et notaire. Ils avaient un ordre par
écrit. Dioscore s'excusa de venir au concile, sur ce qu'il
était gardé par les magistrats. Eleusinius qui était,
ce semble, commandant de ces gardes, dit à Dioscore qu'il
pouvait aller au concile. Mais il s'en défendit, disant
que les officiers de l'empereur n'étant point à
cette séance, il ne pouvait y assister, s'ils n'y venaient
eux-mêmes ; à quoi il ajouta qu'il demandait
que la requête présentée contre lui par Eusèbe
fût examinée devant les magistrats et le sénat.
Le notaire Himérius dressa un acte de ce qui se passa dans
cette première citation, dont il fit lecture dans le concile,
au retour des députés. Amphilogue, évêque
de Side en Pamphylie, aurait souhaité qu'on différât
d'un jour ou deux la seconde citation. Un autre évêque
s'y opposa, disant qu'on ne devait pas demeurer à Chalcédoine
trois mois pour un seul homme qui avait troublé toute la
terre : ainsi, l'on envoya pour faire la seconde citation,
Pergamius, métropolitain d'Antioche de Pisidie, Cécropius
de Sébastopolis et Rufin de Samosate, avec Hypatius, lecteur
et notaire. Dioscore répondit qu'il avait déjà
fait déclarer au concile, qu'il était retenu dans
sa maison par maladie ; qu'au surplus il demandait que les
magistrats fussent présents à l'audience. Il demanda
aux députés si Juvénal et les autres évêques
que l'on avait exclus avec lui étaient au concile. Pergamius
lui dit qu'il n'était point chargé de la part du
concile de lui répondre sur cette question ; mais
que la requête d'Eusèbe étant contre lui seul,
il ne pouvait, sans trahir sa cause et contrevenir aux canons,
manquer de comparaître. Le notaire Hypatius ayant lu dans
le concile le procès-verbal qu'il avait fait de cette seconde
citation, Eusèbe de Dorylée déclara qu'il
ne se plaignait que de Dioscore, et non des autres qui ne lui
avaient fait aucun tort, et conclut à ce qu'il fût
cité pour une troisième fois. On en était
là, lorsque plusieurs clercs et laïques d'Alexandrie
donnèrent des requêtes au concile contre Dioscore.
Dans l'une Théodore, diacre de cette église, se
plaignait qu'après l'avoir servi louablement pendant quinze
ans, Dioscore l'avait chassé du clergé, sans qu'il
eût contre lui ni accusation ni plainte, et uniquement pour
l'amour qu'il portait à saint Cyrille, et fait retomber
ensuite sa haine sur ses parents et ses amis, jusqu'à vouloir
attenter à leur vie, comme étant ennemis de la doctrine.
Il disait encore dans sa requête, que Dioscore avait commis
des homicides, coupé des arbres, brûlé et
abattu des maisons, et mené habituellement une vie infâme.
Il s'offrait de vérifier tous ces faits par cinq témoins,
priant qu'on les mît en sûreté. Ischirion,
diacre de la même église, accusait Dioscore de n'avoir
pas permis aux évêques de recevoir le blé
que les empereurs fournissaient aux églises de Lybie, tant
pour le sacrifice non sanglant que pour les étrangers et
les pauvres, et de l'avoir acheté pour le revendre bien
cher en temps de disette, en sorte que depuis on n'avait plus
offert le terrible sacrifice, ni soulagé les pauvres du
pays, ni les étrangers ; de s'être fait donner
et d'avoir distribué à des danseuses et à
d'autres gens de théâtre, une grande quantité
d'or qu'une dame de piété avait laissée par
son testament, pour être distribuée aux pauvres et
aux hôpitaux ; d'admettre continuellement dans son
évêché et dans son bain des femmes déshonnêtes,
nommément Pansophie, surnommée la Montagnarde ;
de l'avoir, lui Ischirion, réduit à la mendicité,
en lui faisant brûler ses maisons et ravager ses héritages ;
de l'avoir ensuite enfermé dans un hôpital d'estropiés,
où par les ordres de Dioscore on avait attenté à
sa vie. Il citait pour témoins de la plupart de ces faits,
des domestiques de Dioscore même. La troisième requête
était d'Athanase, prêtre d'Alexandrie, neveu de saint
Cyrille. Il y disait : Dioscore, dès le commencement
de son épiscopat, nous menaça de mort, mon frère
et moi, et nous fit quitter Alexandrie pour venir à Constantinople,
où nous espérions trouver de la protection ;
mais il écrivit à Chrysaphe et à Nomus, qui
gouvernaient alors toutes les affaires de l'empire, de nous faire
périr. On nous mit en prison et on nous maltraita jusqu'à
ce que nous eussions donné tous nos meubles : il nous
fallut même emprunter de grosses sommes à usure.
Mon frère est mort dans ces mauvais traitements, laissant
une femme et des enfants chargés de ses dettes ; et
afin qu'il ne nous restât aucun lieu de retraite, Dioscore
a fait convertir nos maisons en églises ; il m'a de
plus déposé de la prêtrise sans aucun sujet,
sans me permettre de demeurer dans aucune église ou dans
quelque monastère, en sorte que je suis réduit à
mendier mon pain. Sophronius, laïque, en présenta
une quatrième, où il accusait Dioscore de blasphèmes
contre la Trinité, d'adultères et d'entreprises
contre le service de l'empereur. Ces quatre requêtes ayant
été lues et insérées aux actes, le
concile fit citer Dioscore pour la troisième fois, non
pas pour répondre à Eusèbe seul, mais aux
quatre accusateurs qui venaient de se déclarer contre lui.
Les députés pour cette dernière citation
furent Francion, évêque de Philippopolis, Lucien
de Dize, et Jean de Germanicie, avec Pallade, diacre et notaire.
Par le billet dont ils étaient chargés, le concile
déclarait à Dioscore qu'il ne recevait point ses
excuses ; que s'il eût demandé à l'empereur
que Juvénal et les autres évêques de son parti
fussent présents, ce prince le lui aurait refusé,
puisqu'il laissait au concile une liberté entière
de décider cette affaire ; qu'ainsi, il ne pouvait
refuser de venir se défendre, sans s'exposer après
cette dernière citation, à être jugé
par contumace. Toute la réponse que les députés
purent tirer de lui, fut qu'il n'avait rien à ajouter à
celles qu'il avait déjà faites. Sur le rapport que
l'on en fit au concile, Pascasin demanda plusieurs fois aux évêques
ce qu'il y avait à faire. Tous ayant répondu que
Dioscore témoignant un si grand mépris pour les
canons, il méritait d'en éprouver la rigueur, les
trois légats, Pascasin, Lucentius et Boniface, prononcèrent
la sentence en ces termes : Les excès commis contre
les canons par Dioscore, ci-devant évêque d'Alexandrie,
sont manifestes, tant par la séance précédente
que par celle-ci, il a reçu à sa communion Eutychès
condamné par son évêque. Il persiste à
soutenir ce qu'il a fait à Éphèse, dont il
devrait demander pardon comme les autres. Il n'a pas permis de
lire la lettre du pape Léon à Flavien ; il
a même excommunié le pape. On a présenté
contre lui plusieurs plaintes au concile ; il a été
cité jusqu'à trois fois et n'a pas voulu obéir ;
c'est pourquoi le très saint archevêque de Rome Léon,
par nous et par le présent concile avec l'apôtre
saint Pierre, qui est la pierre et la base de l'Église
catholique et de la foi orthodoxe, l'a dépouillé
de la dignité épiscopale et de tout ministère
sacerdotal. Anatolius de Constantinople, Maxime d'Antioche, Étienne
d'Éphèse et les autres évêques, consentirent
au jugement rendu par les légats et y souscrivirent, les
trois légats les premiers, puis Anatolius et les autres
au nombre de trois cents. Il y eut un évêque de Perse
qui souscrivit en Persan. Le concile fit ensuite un acte adressé
à Dioscore pour lui signifier sa sentence. Il portait qu'on
l'avait déposé pour ses crimes et pour sa désobéissance
formelle aux trois citations que le concile lui avait fait faire.
On la signifia aussi le dimanche 14 d'octobre à Charmosine,
prêtre et économe, à Euthalius, archidiacre,
et aux autres clercs d'Alexandrie, qui se trouvaient à
Calcédoine, en leur recommandant de conserver avec soin
les biens de l'Église, pour en rendre compte à celui
qui en serait choisi évêque par l'ordre de Dieu et
avec le consentement de l'empereur. Afin que le jugement du concile
ne fût ignoré de personne, on le publia par une affiche
adressée à tout le peuple de Constantinople et de
Calcédoine, où il était dit qu'il ne restait
à Dioscore aucune espérance d'être rétabli,
comme il en faisait courir le bruit ; il fut relégué
à Gangres en Paphlagonie, où il mourut en 454. Le
concile écrivit à l'empereur Marcien les raisons
qu'on avait eues de déposer Dioscore, en priant ce prince
d'agréer cette déposition, et en le remerciant du
soin qu'il prenait des intérêts de l'Église.
Il écrivit aussi à l'impératrice Pulchérie
sur le même sujet. Nous avons encore ces deux lettres, mais
seulement en latin ; tous les évêques souscrivirent
à la première.
Les magistrats assistèrent à
la quatrième session, tenue le 17 octobre : on la
commença par la lecture de la conclusion de la seconde
session, où ils avaient donné aux évêques
un délai de cinq jours pour l'examen de la question de
la foi ; ensuite ils prièrent les légats de
dire ce que l'on avait résolu sur cette matière
dans le concile. Pascasin dit que le concile suivait le symbole
de Nicée et celui de Constantinople, avec l'exposition
de foi donnée à Éphèse par saint Cyrille,
et les écrits de saint Léon contre l'hérésie
de Nestorius et d'Eutychès, c'est-à-dire sa lettre
à Flavien, sans vouloir en retrancher ni ajouter quoi que
ce fût. La déclaration de Pascasin ayant été
expliquée en grec, les évêques dirent à
haute voix qu'ils étaient dans les mêmes sentiments ;
en sorte que les magistrats voyant qu'ils persistaient à
ne point vouloir de nouvelles expositions de foi, se contentèrent
de leur demander s'ils reconnaissaient que la lettre de saint
Léon à Flavien fût conforme aux symboles de
Nicée et de Constantinople. Anatolius, et après
lui tous les évêques du concile déclarèrent
qu'ils recevaient cette lettre comme conforme aux décrets
de ces deux conciles et à la foi des Pères. Cent
cinquante évêques firent leur déclaration
par écrit, les autres la firent de vive voix. Cette unanimité
de sentiments leur donna lieu de croire qu'ils pouvaient obtenir
le rétablissement de Juvénal de Jérusalem,
de Thalassius de Césarée, d'Eusèbe d'Ancyre,
de Basile de Séleucie, et d'Eustathe de Béryte,
qui avaient été les chefs du concile d'Éphèse
avec Dioscore, et jugés dignes de déposition dans
la première session de celui de Calcédoine. Les
magistrats leur répondirent qu'ils en avaient fait leur
rapport à l'empereur, et qu'ils attendaient sa réponse.
Au reste, ajoutèrent-ils, vous rendrez compte à
Dieu d'avoir déposé Dioscore à l'insu de
l'empereur et de nous, de ces cinq évêques dont vous
demandez le rétablissement, et de tout ce qui s'est passé
dans le concile. Les évêques s'écrièrent
que Dioscore avait été justement déposé.
L'empereur leur fit savoir qu'il laissait à leur jugement
ce qui regardait ces cinq évêques, sur quoi ils prièrent
les magistrats de leur accorder l'entrée dans le concile ;
ils l'accordèrent, et alors on les fit asseoir au rang
des évêques et on les déclara orthodoxes.
Ils firent aussi entrer treize évêques qui avaient
présenté une requête à l'empereur,
dans laquelle ils disaient au nom de tous les évêques
d'Égypte, qu'ils suivaient la foi catholique, et qu'ils
condamnaient tous les hérétiques, particulièrement
ceux qui enseignent que la chair de Notre-Seigneur est venue du
ciel, et non de la sainte Vierge. Les évêques du
concile à qui Marcien avait renvoyé cette requête,
remarquèrent qu'on n'y condamnait point Eutychès,
ni l'erreur d'une seule nature, ce qui leur fit dire que ceux
qui l'avaient présentée étaient des imposteurs.
On voulut les obliger de condamner Eutychès et son erreur,
et de souscrire à la lettre de saint Léon à
Flavien ; mais ils répondirent qu'ils ne le pouvaient
jusqu'à ce qu'ils eussent un patriarche, sans lequel il
ne leur était pas permis de faire quoi que ce fût.
Ils prirent Anatolius à témoin, que tel était
l'ordre de leur province, et que s'ils allaient au contraire,
les autres évêques les chasseraient de leur pays.
Ils alléguèrent encore l'autorité du concile
de Nicée, qu'ils n'entendaient pas. Mais on n'eut aucun
égard à leurs raisons, et on leur fit sentir le
ridicule qu'il y avait que des évêques, dont plusieurs
étaient avancés en âge, ne sussent pas encore
la croyance catholique, et attendissent le sentiment d'un autre.
On les pressa donc de nouveau de dire anathème à
Eutychès et à ses sectateurs, et de signer la lettre
de saint Léon. Ils consentirent à prononcer cet
anathème ; mais ils ne purent se résoudre à
souscrire à la lettre de saint Léon, ni à
la déposition de Dioscore. Les magistrats obtinrent qu'on
les laisserait en l'état où ils étaient à
Constantinople, d'où toutefois ils ne sortiraient pas jusqu'à
ce qu'on eût ordonné un évêque d'Alexandrie.
En effet, ils ne retournèrent en Égypte qu'après
que saint Protérius eut été ordonné
à la place de Dioscore par les quatre évêques,
dont celui-ci avait été abandonné dès
le commencement du concile : ainsi, il y a toute apparence
que ces treize évêques ne firent plus de difficulté
de souscrire à la lettre de saint Léon à
Flavien, et à la déposition de Dioscore ; il
paraît même par une lettre de saint Léon à
Protérius, que ce dernier faisait lire publiquement dans
les églises la lettre à Flavien.
On fit ensuite entrer dans le concile des
moines d'Égypte, dont quelques-uns étaient abbés,
d'autres de simples gardiens d'églises de martyrs, et d'autres
que l'on ne connaissait pas ; ils étaient dix-huit
en tout. Parmi eux étaient Barsumas le Syrien et l'évêque
Calépodius. On leur fit reconnaître la requête
qu'ils avaient d'abord présentée à l'empereur,
puis on en fit la lecture ; on lut aussi une autre requête
qu'ils adressaient au concile. Dans la première, ils demandaient
à l'empereur sa protection contre la persécution
des clercs qui voulaient exiger d'eux des souscriptions forcées,
et les chasser de leurs monastères et des autres églises
où ils demeuraient. Dans la seconde, ils priaient que Dioscore
et les évêques venus avec lui d'Égypte fussent
présents au concile. A ces paroles, les évêques
s'écrièrent : Anathème à Dioscore ;
et demandèrent qu'on chassât ces moines. Comme leur
requête tendait principalement au rétablissement
de Dioscore, qu'ils appelaient le conservateur de la foi de Nicée,
et qu'ils menaçaient de renoncer à la communion
du concile, si on leur refusait leur demande ; l'archidiacre
Aétius lut le cinquième canon d'Antioche, qui ordonne
que le prêtre ou le diacre, qui se sépare de la communion
de son évêque pour tenir à part des assemblées,
doit être déposé et ensuite chassé
comme séditieux par la puissance séculière,
s'il persiste dans son schisme. Les évêques dirent :
Le canon est juste. Les magistrats demandèrent à
ces moines s'ils se soumettaient aux décisions du concile ?
Ils répondirent qu'ils connaissaient la foi de Nicée,
dans laquelle ils avaient été baptisés. Aétius
les pressa de la part du concile de condamner Eutychès ;
ils le refusèrent, disant que l'Évangile leur défendait
de juger. L'un d'eux nommé Dorothée voulut même
soutenir qu'Eutychès était catholique et qu'il suffisait
de dire que celui qui a souffert est de la Trinité. Les
évêques voulurent les obliger de souscrire à
la lettre de saint Léon à Flavien ; ils répondirent
qu'ils n'en feraient rien. Les magistrats prièrent qu'on
leur donnât un délai de deux ou trois jours. Dorothée
et Carose répondirent qu'ils n'en avaient pas besoin, et
que le concile pouvait dès lors ordonner ce qu'il voudrait ;
que pour eux, ils ne changeraient pas de sentiment. Mais leur
affaire fut renvoyée à la session suivante :
elle n'est point marquée dans les anciens exemplaires,
et on ne la regarde aujourd'hui que comme une suite de la précédente,
quoiqu'elle se soit tenue trois jours après, c'est-à-dire
le 20 d'octobre. On y accorda à Dorothée et aux
autres, un mois de délai pour se déterminer à
obéir au concile, avec menace d'être privés,
eux et leurs moines, de toutes les fonctions et de toutes les
dignités ecclésiastiques, de la conduite de leurs
monastères et de la communion de l'Église, si, dans
ce temps, ils ne se soumettaient au concile. On ajouta, qu'en
cas d'opiniâtreté de leur part, le concile demanderait
le secours de l'autorité séculière, pour
exécuter ce qui aurait été statué
contre eux, et que cela regarderait aussi ceux qui, pour ne pas
obéir, auraient pris le parti de la fuite. Le même
jour le concile jugea le différend qui était entre
Photius de Tyr, et Eustathe de Béryte. Photius, qui prétendait
être seul métropolitain de la première Phénicie,
se plaignait qu'Eustathe, par le crédit qu'il avait sous
le pontificat de Dioscore, avait obtenu de Théodose II
une loi pour ériger Béryte en métropole ;
et qu'en conséquence, il s'attribuait la juridiction et
les ordinations sur les églises de Biblos, de Botrys, de
Tripoli, d'Orthosiade, d'Arcas et d'Antarade, qui appartenaient
auparavant à la métropole de Tyr. L'empereur Théodose,
dans sa loi (Cod. 9, 11, tit. 21), n'avait point
parlé de ce démembrement ; il avait été
fait par les évêques du concile de Constantinople
en 449. Eustathe, voulant éloigner le jugement de cette
affaire, représenta qu'il fallait avant toutes choses signer
la définition de foi dont nous parlerons dans la suite.
Il ajouta néanmoins qu'il était prêt à
répondre. Après qu'on eut lu la requête de
Photius, Eustathe lui demanda comment il voulait que leur différend
fût jugé, selon les canons, ou selon les lois impériales ?
Selon les canons, dit Photius. Les magistrats déclarèrent
que l'empereur Marcien voulait qu'ils servissent de règle
dans les affaires des évêques, sans avoir aucun égard
aux rescrits de la cour. Eustathe ne pouvait alléguer en
sa faveur que le décret du concile de Constantinople de
449 ; voyant qu'il n'avait pas assez d'autorité, il
avoua que les plaintes de Photius étaient fondées.
Seulement il pria les évêques de ne pas croire qu'il
eût sollicité le démembrement qu'on avait
fait de sa métropole de Tyr. On lut le quatrième
canon de Nicée, qui donne au métropolitain les ordinations
avec les évêques de la province : sur quoi les
magistrats demandèrent s'il pouvait y avoir deux métropolitains
dans une même province : le concile ayant répondu
que non, ils déclarèrent que, suivant les canons
de Nicée et le jugement du concile, Photius aurait tout
le pouvoir d'ordonner dans toutes les villes de la province de
la première Phénicie, et que l'évêque
Eustathe n'aurait rien, en vertu de la loi de Théodose,
au-dessus des autres évêques de la province. Ce jugement
fut approuvé unanimement. Quant aux évêques
ordonnés par Photius et déposés par Eustathe,
il fut décidé qu'ils seraient rétablis dans
leur dignité et même dans leurs sièges, comme
ayant été ordonnés légitimement par
le métropolitain. On ne parla point des évêques
ordonnés par Eustathe. Cécropius de Sébastopolis
demanda qu'on fît un règlement pour faire observer
partout les canons sans égard aux lois impériales ;
et il fut ainsi ordonné de l'avis du concile. Evagre et
Libérat ne disent rien de ces deux affaires, ni des sessions
particulières, où elles furent réglées,
parce qu'elles ne sont pas décrites dans plusieurs exemplaires
du concile ; mais il est parlé de celle de Photius
dans la dixième session.
Celle que l'on compte pour la cinquième
est du 22 octobre. On y lut, à la requête des magistrats,
une définition de foi dressée par les principaux
évêques du concile. Elle avait déjà
été lue le 21, qui était un dimanche, devant
les évêques, qui l'avaient approuvée. Mais
dans le concile elle souffrit des difficultés, surtout
de la part des légats, parce qu'elle disait seulement que
Jésus-Christ est de deux natures, et non en deux
natures, comme saint Léon l'avait dit dans sa lettre
à Flavien. Ils demandèrent qu'on s'arrêtât
uniquement à la lettre de ce saint pape, ou qu'on leur
fît donner un rescrit pour s'en retourner et pour célébrer
un concile en Occident. Il était connu que Dioscore n'avait
condamné Flavien que parce que ce saint évêque
disait qu'il y a deux natures en Jésus-Christ. Ainsi ç'aurait
été autoriser la condamnation de saint Flavien,
que de ne pas se servir de ce terme, que Dioscore rejetait, tandis
qu'il admettait lui-même celui de deux natures. Il
s'éleva là-dessus de grands débats entre
les évêques. Pour les terminer, les magistrats firent
aux évêques cette question : " A qui
voulez-vous adhérer ? Est-ce à Léon,
ou bien à Dioscore ? " Nous croyons comme
Léon, répondirent aussitôt les évêques ;
l'exposition que l'on a faite de la foi est la seule orthodoxe.
" Ajoutez donc à votre définition, répliquèrent
les magistrats, en vous soumettant au jugement de notre très-saint
Père Léon, qu'il y a en Jésus-Christ deux
natures, distinctes quoique non séparées, et inconvertibles
l'une dans l'autre. " Les magistrats proposèrent
ensuite, d'après l'avis de l'empereur, d'assembler six
évêques d'Orient, trois d'Asie, trois du Pont, trois
d'Illyrie et trois de Thrace, l'archevêque Anatolius et
les Romains, dans l'oratoire de l'église, pour convenir
d'une définition de foi qui plût à tout le
monde. L'empereur ordonna que la proposition fût exécutée
ou que le concile fût transféré en Occident.
Après quelque résistance, les évêques
convinrent que la chose se traiterait par commissaires. On les
choisit au nombre de vingt-deux ; mais on n'en prit point
des évêques d'Égypte, peut-être parce
qu'on craignait qu'ils ne fussent trop favorables à Dioscore.
Les vingt-deux commissaires étant entrés avec les
magistrats dans la chapelle de Sainte-Euphémie, examinèrent
le décret de la foi qui avait d'abord été
proposé, et le mirent dans la forme que nous l'avons aujourd'hui.
C'est le seul qui fut inséré aux actes, après
qu'Aétius en eut fait la lecture en présence du
concile. C'est plutôt un discours qu'un symbole. Celui de
Nicée et celui de Constantinople y sont rapportés
tout au long ; puis on ajoute : Ce symbole suffisait
pour la connaissance parfaite de la religion ; mais les ennemis
de la vérité ont inventé de nouvelles expressions ;
les uns voulant anéantir le mystère de l'Incarnation,
et refusant à la Vierge le titre de Mère de Dieu ;
les autres introduisant une confusion et un mélange, et
forgeant une opinion insensée et monstrueuse, qu'il n'y
a qu'une nature de la chair et de la divinité, et que la
nature divine du Fils de Dieu est passible. C'est pourquoi le
saint concile cuménique, voulant obvier à
toutes leurs entreprises et montrer que la doctrine de l'Église
est toujours inébranlable, a défini premièrement,
que la foi des trois cent dix-huit Pères demeurera inviolable.
De plus, il confirme la doctrine que les 150 Pères assemblés
à Constantinople ont enseigné, touchant la personne
du Saint-Esprit, à cause de ceux qui l'attaquaient, mais
non qu'ils crussent que quelque chose manquât à l'exposition
précédente ; et à cause de ceux qui
veulent détruire le mystère de l'Incarnation, le
concile reçoit les lettres synodales du bienheureux Cyrille,
tant à Nestorius qu'aux Orientaux, comme propres à
réfuter l'erreur de Nestorius, et à expliquer le
sens du symbole. Le concile y joint avec raison la lettre du très-saint
archevêque Léon à Flavien contre l'erreur
d'Eutychès, comme conforme à la confession de saint
Pierre, et également propre à détruire les
erreurs et à affermir la vérité. Suivant
donc les saints Pères, nous déclarons tout d'une
voix que l'on doit confesser un seul et même Jésus-Christ
notre Seigneur, le même parfait dans la Divinité,
et parfait dans l'humanité ; vraiment Dieu et vraiment
homme ; le même composé d'une âme raisonnable
et d'un corps ; consubstantiel au Père, selon la Divinité,
et consubstantiel à nous, selon l'humanité ;
en tout semblable à nous hormis le péché ;
engendré du Père avant les siècles selon
la Divinité ; dans les derniers temps né de
la Vierge Marie, Mère de Dieu, selon l'humanité,
pour nous et pour notre salut ; un seul et même Jésus-Christ
Fils unique, Seigneur en deux natures, sans confusion, sans changement,
sans division, sans séparation ; sans que l'union
ôte la différence des natures ; au contraire
la propriété de chacune est conservée et
concourt en une seule personne et une seule hypostase ; en
sorte qu'il n'est pas divisé ou séparé en
deux personnes ; mais que c'est un seul et même Fils
unique, Dieu Verbe Notre-Seigneur Jésus-Christ. Le concile
défend à qui que ce soit d'enseigner ou de penser
autrement, sous peine, aux évêques et aux clercs,
de déposition ; aux moines et aux laïques d'anathème.
Il défend encore de composer ni de suivre aucune autre
foi, ni aucun autre symbole que celui de Nicée. Ce décret
fut lu et ensuite approuvé de tous les évêques.
Le texte grec, au lieu de dire que Jésus-Christ est
en deux natures, dit de deux natures. Mais on ne peut
douter que ce ne soit une faute, sans qu'on puisse dire de quelle
manière elle s'est glissée dans le texte. Evagre,
qui le rapporte entier, lit en deux natures. On convint,
dans la dispute entre les catholiques et les sévériens,
en 533, que le concile avait mis en deux natures. On lit
de même dans Euthymius et dans Léon de Bysance. Ce
dernier assure même que le concile de Calcédoine
ne parle point du terme de deux natures, parce qu'il ne voulait
ni le rejeter ni s'en contenter ; aussi les anciennes versions
latines disent sans variation, en deux natures.
Le 25 octobre, les évêques étant
assemblés, l'empereur Marcien vint au concile accompagné
des magistrats qui avaient coutume de s'y trouver, et de plusieurs
autres officiers. Il harangua les évêques en latin,
qui était la langue de l'empire, puis en grec, pour leur
témoigner que son intention en les convoquant avait été
de conserver la pureté de la foi, altérée
depuis quelque temps par l'avarice et l'ambition de quelques personnes.
Il ajouta que l'on ne devait tenir d'autre doctrine sur le mystère
de l'incarnation, que celle que les Pères de Nicée
ont enseignée dans leur symbole, et saint Léon dans
sa lettre à Flavien ; que s'il avait voulu, à
l'exemple de Constantin, assister au concile, ce n'était
que pour confirmer la foi, et non pour exercer sa puissance. Son
discours fini, on fit les acclamations ordinaires, après
quoi on lut, par ordre de ce prince, la définition de foi
faite le jour précédent. Elle fut souscrite par
trois cent cinquante évêques, les légats à
la tête. Diogène de Cyzique et quatorze autres métropolitains
souscrivirent pour ceux de leurs suffragants qui étaient
absents. Marcien demanda si la confession de foi qu'on venait
de signer avait été faite d'un consentement unanime.
Tous les évêques répondirent qu'ils l'avaient
signée, parce qu'ils y reconnaissaient la foi des apôtres ;
ce qu'ils accompagnèrent de grands éloges pour l'empereur
et pour l'impératrice Pulchérie. Marcien dit ensuite :
Pour ôter à l'avenir tout prétexte de division,
quiconque fera du tumulte en public en parlant de la foi, sera
banni de Constantinople, au cas qu'il soit simple particulier ;
mais s'il est officier, il sera cassé ; et déposé
si c'est un clerc. Tout le concile fut de cet avis. L'empereur
déclara qu'il avait quelques articles à proposer,
et qu'il souhaitait les voir réglés plutôt
par l'autorité de l'Église que par la sienne :
le premier, que personne ne bâtirait un monastère
sans le consentement de l'évêque de la ville, et
du propriétaire de la terre ; que les moines tant
des villes que de la campagne seraient soumis à l'évêque,
qu'ils vivraient en repos, ne s'appliquant qu'au jeûne et
à la prière, sans s'embarrasser d'affaires ecclésiastiques
ou séculières, s'ils n'en étaient chargés
par l'évêque pour quelque nécessité,
et qu'ils ne pourraient recevoir dans leurs monastères
des esclaves sans la volonté de leurs maîtres ;
le second, qu'il serait défendu aux clercs de prendre à
ferme des terres, ou de se charger de quelque intendance et recette,
si ce n'est des biens de l'église, et par commission de
l'évêque, sous peine aux contrevenants d'être
dépouillés de leur dignité, en cas d'opiniâtreté ;
le troisième, que les clercs qui servent une église
ne pourront être envoyés à l'église
d'une autre ville, mais qu'ils se contenteront de celle à
laquelle ils ont été premièrement destinés,
hormis ceux qui, étant chassés de leur pays, ont
passé dans une autre église par nécessité.
Il devait y avoir peine d'excommunication, tant pour le clerc
qui passait d'une église à une autre, que pour celui
qui l'y recevait. Ces trois articles ayant été lus
par le secrétaire Béronicien, l'empereur les donna
à Anatolius, et on en fit ensuite le troisième,
le quatrième, le cinquième, et le vingtième
canon, en y changeant quelque chose. Ce prince ordonna, avec l'approbation
du concile, que la ville de Calcédoine, en considération,
tant de Sainte-Euphémie que parce que le concile y avait
été assemblé, aurait à l'avenir les
privilèges de métropole, mais pour le nom seulement,
sauf la dignité de la métropole de Nicomédie.
Les évêques le supplièrent de leur permettre
de retourner à leurs églises ; mais Marcien
les pria de patienter encore trois ou quatre jours pour terminer
en présence des magistrats les affaires dont on leur demandait
la décision. C'est ainsi que finit la sixième session,
que quelques-uns ont regardée comme la dernière
du concile, parce qu'on y acheva de régler ce qui regardait
la foi et les affaires générales de l'Église.
On remarque que beaucoup d'églises n'avaient dans leurs
copies que six sessions avec les canons, que le pape Pélage
considérait comme faisant partie de la sixième session.
Evagre, qui s'étend beaucoup sur les six premières,
passe légèrement sur les suivantes. Ce qui n'empêche
pas qu'on ne doive regarder les choses qui y furent traitées,
comme appartenant au concile.
La septième, la huitième et
la neuvième session sont datées du 26 octobre, parce
qu'elles furent tenues toutes les trois dans ce jour. Dans la
septième, le concile confirma l'accord fait entre Maxime
d'Antioche et Juvénal de Jérusalem, par lequel la
Phénicie et l'Arabie demeurèrent sous la juridiction
de l'Église d'Antioche, et les trois Palestines sous la
juridiction de l'Église de Jérusalem. On traita
dans la huitième l'affaire de Théodoret. Il avait
déjà été rétabli dans son siège
par le pape saint Léon. Il anathématisa, en présence
du concile, Nestorius, et quiconque ne disait pas que la Vierge
est Mère de Dieu, et quiconque divisait en deux le Fils
unique. Il souscrivit à la définition de foi qui
y fut dressée ; il avait dès auparavant souscrit
à la lettre de saint Léon à Flavien. Les
magistrats ne trouvant donc aucune difficulté sur son rétablissement,
demandèrent qu'il rentrât dans son siège,
comme saint Léon l'avait jugé : ce que tous
les évêques accordèrent. Ibas demanda dans
la neuvième session que l'on cassât tout ce qui avait
été fait à Éphèse en son absence,
et qu'on le rendît à son église. On lut d'abord
la sentence arbitrale de Photius de Tyr et d'Eustathe de Béryte,
rendue à Tyr, le 25 février 448, par laquelle il
paraissait qu'Ibas avait déclaré sa foi et pardonné
à ses accusateurs ; et comme il y avait beaucoup d'autres
pièces à lire, on remit l'affaire à la session
suivante, qui se tint le lendemain 27 octobre. On y lut les actes
du synode tenu à Béryte, le 1 septembre 448, où
Ibas avait été renvoyé absous. Les magistrats
proposèrent ensuite la lecture de ce qui avait été
fait contre lui dans le faux concile d'Éphèse. Mais
les légats s'y opposèrent, disant que l'évêque
de Rome avait rejeté et déclaré nul tout
ce qui avait été fait dans ce concile, excepté
l'ordination de Maxime d'Antioche, que ce pape avait reçu
à sa communion, et qu'il fallait demander une loi à
l'empereur qui défendît même de donner le nom
de concile à cette assemblée. Sans faire donc lecture
des actes d'Éphèse, Pascasin et les autres légats
opinèrent que, suivant les pièces qui avaient été
lues, Ibas devait être reconnu pour orthodoxe et recouvrer
l'honneur de l'épiscopat et son église dont il avait
été chassé injustement ; qu'à
l'égard de Nonnus, ordonné évêque d'Édesse
à la place d'Ibas, c'était à l'évêque
d'Antioche de statuer sur ce qu'il jugerait plus à propos.
Son avis fut que Nonnus conserverait les honneurs de l'épiscopat
jusqu'à ce qu'on eût examiné son ordination
dans une assemblée des évêques de la province :
ce qui fut approuvé du concile et des magistrats. On demanda
seulement qu'Ibas anathématisât Nestorius et Eutychès ;
ce qu'il fit à l'instant. Dans la même session, Maxime,
qui avait été élu évêque d'Antioche
en la place de Domnus déposé dans le faux concile
d'Éphèse, demanda que l'on accordât à
son prédécesseur une pension sur les revenus de
l'Église d'Antioche ; les magistrats et les évêques
du concile y consentirent, mais en laissant à la discrétion
de Maxime la quantité de la pension.
La onzième et la douzième session,
quoique tenues en différents jours, l'une le 29 octobre,
l'autre le 30 du même mois, ne traitèrent que d'une
seule affaire, qui était celle de Bassien et d'Étienne
d'Éphèse. Bassien, ordonné par force évêque
d'Evazes, ville de la province d'Asie, ne voulut pas aller à
l'Église pour laquelle on l'avait ordonné ;
mais celle d'Éphèse étant devenue vacante
par la mort de Basile, en 444, Bassien en prit le gouvernement,
contraint, disait-il, de l'accepter par les évêques,
le clergé et le peuple. Il fut maintenu dans ce siège
par l'empereur Théodose II et par saint Procle, qui n'avait
pas d'abord approuvé sou intronisation. Après quatre
ans d'épiscopat, c'est-à-dire en 448, comme il offrait
le sacrifice avec tout son peuple et son clergé, ceux qui
avaient accoutumé de recevoir de sa main les saints mystères,
se saisirent de lui, lui arrachèrent son habit sacerdotal,
et le traînèrent en prison, où ils le retinrent
pendant trois mois. Durant ce temps-là, les mêmes
évêques qui avaient ordonné Bassien, ordonnèrent
à sa place Étienne, prêtre d'Éphèse,
qui en fut évêque jusqu'en 451, que Bassien demanda
à être rétabli dans son siège. A cet
effet, il présenta sa requête dans la session du
29 octobre. Il l'avait présentée auparavant à
l'empereur Marcien, et ce prince l'avait renvoyée au concile.
Elle y fut lue. Comme il se plaignait qu'Étienne, alors
évêque d'Éphèse, lui retenait son siège
et son bien, les magistrats ordonnèrent à Étienne
de répondre. Étienne dit que Bassien n'avait point
été ordonné évêque d'Éphèse ;
mais que cette église étant devenue vacante, il
y était entré de force et s'y était assis,
à la faveur d'une troupe de gladiateurs et d'autres gens
armés ; qu'après qu'on l'en avait chassé,
suivant les canons, quarante évêques d'Asie l'avaient
ordonné à la place de Bassien, par le suffrage des
nobles, du peuple, du clergé et de la ville, dont il était
bien connu, puisqu'il y avait quarante ans qu'il était
dans le clergé d'Éphèse. Bassien, de son
côté, fit au concile le détail de ses bonnes
uvres depuis sa jeunesse, disant qu'il avait fait bâtir
un hôpital, où il avait mis soixante et dix lits,
qu'il y recevait tous les malades et les étrangers ;
que l'évêque Memnon, jaloux de sa vertu, l'avait
ordonné malgré lui évêque d'Evazes,
pour l'obliger par là à sortir d'Éphèse ;
que Basile, successeur de Memnon, étant mort, on lui fit
violence pour le mettre lui-même sur le siège d'Éphèse ;
que son intronisation fut confirmée par l'empereur Théodose
et par saint Procle de Constantinople ; qu'il était
demeuré paisible dans cette église, pendant quatre
ans ; en sorte qu'il avait ordonné dix évêques
et plusieurs clercs. Il déclara ensuite de quelle manière
on l'avait maltraité, en lui ôtant ses habits sacerdotaux,
en l'enfermant en prison, et en lui prenant tout son bien ;
il rejeta toutes ces violences en partie sur Étienne. Après
quelques autres contestations de part et d'autre, les magistrats,
voyant qu'aucun des deux n'avait été ordonné
par le concile de la province, qu'au contraire, ils avaient été
l'un et l'autre faits évêques par violence, opinèrent
qu'il fallait les déposer tous deux, et élire un
autre évêque d'Éphèse. Ce jugement
parut juste ; mais, sur la remontrance des évêques
d'Asie, on suspendit pour quelque temps cette nouvelle élection,
dans la crainte que si l'on envoyait à Éphèse
un évêque élu à Calcédoine,
cela n'occasionnât quelque sédition. Cette affaire
fut encore discutée dans la douzième session, qui
se tint le lendemain. On convint qu'Étienne et Bassien
seraient déposés et qu'on élirait un autre
évêque à leur place ; mais qu'ils garderaient
l'un et l'autre la dignité d'évêque, avec
une pension de deux cents pièces d'or par an, sur les revenus
de l'Église d'Éphèse. On accorda encore à
Bassien la permission de poursuivre, suivant les formes des lois,
Étienne ou tout autre qu'il voudrait, pour se faire rendre
ce qu'on lui avait enlevé de son bien.
La treizième session fut tenue le même
jour que la précédente, le 30 octobre, Eunomius
de Nicomédie y présenta une requête en plainte
de ce qu'Anastase de Nicée, entreprenant sur les droits
de métropolitain, avait excommunié des clercs de
l'église de Basilinople, qui était de la dépendance
de Nicomédie. Anastase soutenait au contraire que Basilinople
ayant été autrefois tirée de l'Église
de Nicée, par Julien qui en fit une ville à qui
il donna le nom de sa mère, Basiline, elle devait dépendre
de Nicée, et la reconnaître comme sa métropole.
Les parties alléguèrent diverses raisons pour appuyer
leurs prétentions ; mais les magistrats voulant aller
au fond de l'affaire, demandèrent ce que portaient les
canons. On lut le quatrième de Nicée, où
il est dit que les ordinations de chaque province se doivent faire
par l'autorité du métropolitain. Anastase répondit
que l'empereur Valens avait par une loi attribué à
Nicée le droit de métropole. Eunomius cita une loi
de Valentinien, postérieure à la précédente,
qui portait que le titre de métropole, donné par
honneur à Nicée, ne préjudicierait en rien
aux privilèges de Nicomédie. Sur quoi les magistrats,
de l'avis de tout le concile, déclarèrent que le
canon de Nicée ne voulant qu'un métropolitain dans
chaque province, l'évêque de Nicomédie, qui
était de toute antiquité métropolitain dans
la Bithynie, serait reconnu en cette qualité par l'évêque
de Basilinople et même par celui de Nicée, qui conserverait
toutefois le titre de métropolitain, par honneur seulement.
Aétius, archidiacre de Constantinople, prétendit
que l'évêque de cette ville était en possession
d'ordonner celui de Basilinople, et demanda que ce droit lui fût
conservé. Le concile répondit qu'il fallait s'en
tenir aux canons. A quoi les magistrats ajoutèrent que
l'évêque de Nicomédie devait être métropolitain
de toute la province ; et qu'à l'égard des
privilèges de l'Église de Constantinople, on les
examinerait en un autre temps.
Dans la quatorzième session, qui se
tint le 31 octobre, on lut deux requêtes de Sabinien, évêque
de Perrha en Syrie, l'une adressée à l'empereur,
l'autre aux archevêques Léon, Anatolius et Maxime,
portant qu'ayant été ordonné évêque
de Perrha par les évêques de la province, à
la place d'Athanase, chassé de son siège, parce
qu'accusé de crimes atroces, il n'avait pas voulu comparaître,
néanmoins le concile d'Éphèse, sous Dioscore,
avait renvoyé Athanase à Perrha, et l'en avait chassé
lui-même, contre le gré des habitants de cette ville.
Athanase se défendit, en disant que sa cause avait été
jugée par saint Cyrille et saint Procle ; mais qu'après
la mort de saint Cyrille, Domnus d'Antioche l'ayant fait citer
en jugement, il lui avait répondu que si l'on voulait s'en
tenir aux lettres de saint Cyrille et de saint Procle, il était
prêt à comparaître et à répondre
à la citation. Il demanda qu'on lût ces lettres.
Elles portaient qu'Athanase s'était plaint à un
concile de Constantinople de quelques-uns de ses ecclésiastiques
qui avaient voulu mettre les économes de l'église
à leur choix, et ôter son nom des diptyques. Sur
quoi saint Cyrille et saint Procle avaient prié Domnus
d'Antioche de nommer des commissaires pour juger Athanase sur
les lieux, s'il ne pouvait y aller lui-même, à cause
que cette ville était trop éloignée d'Antioche.
Suivant les canons, c'était au métropolitain d'Athanase
à le juger ; mais il l'avait récusé
comme suspect. Domnus nomma pour commissaire Panolbius, évêque
d'Hiéraple, ami d'Athanase. Néanmoins celui-ci ne
voulut pas comparaître ; il offrit même de se
défaire de son évêché. Jean, successeur
de Panolbius, cita aussi Athanase, et enfin Domnus le cita à
son concile. Athanase fit défaut partout. Au contraire,
les clercs de Perrha ayant comparu pour l'accuser, les évêques
du concile d'Antioche le condamnèrent, comme ayant exposé
faux à saint Cyrille et à saint Procle. Sabinien
demanda qu'on lût les actes de ce concile. Après
qu'on en eut fait la lecture, les magistrats demandèrent
si quelques-uns de ceux qui avaient déposé Athanase
avec Domnus étaient présents au concile. Théodore
de Damas et six autres évêques s'étant avancés,
dirent que les clercs de Perrha avaient formé des plaintes
contre Athanase ; qu'étant appelé jusqu'à
trois fois, et ne s'étant pas présenté, on
avait prononcé contre lui la sentence de déposition.
Les magistrats demandèrent à Athanase pourquoi il
n'avait pas comparu au concile d'Antioche ? Il répondit :
Parce que l'évêque d'Antioche, qui y présidait,
était mon ennemi. Les magistrats jugèrent qu'Athanase
ayant été déposé pour sa contumace,
Sabinien devait demeurer possesseur de l'église de Perrha,
puisqu'il avait été ordonné par le concile
de la province. Ils déclarèrent qu'Athanase avait
été mal rétabli par Dioscore dans le faux
concile d'Éphèse, et Sabinien mal déposé ;
que toutefois Maxime d'Antioche avec son concile prendrait connaissance
de l'affaire, en sorte qu'elle fût terminée dans
huit mois ; que si Athanase se trouvait convaincu, ne fût-ce
que d'un seul crime digne de déposition, il serait non
seulement déchu de l'épiscopat, mais encore soumis
aux peines des lois ; et que si, dans cet espace de temps,
il n'était ni poursuivi, ni convaincu, on le remettrait
dans son siège, dont Sabinien serait coadjuteur, avec une
pension proportionnée aux revenus de l'église de
Perrha. Le concile approuva ce jugement.
Le même jour, 31 octobre, après
qu'on eut réglé toutes les affaires particulières
portées au concile, l'archidiacre Aétius représenta
qu'il y en avait aussi une à régler, par rapport
à l'Église de Constantinople. Il avait proposé
la même chose dès la veille, et les magistrats en
avaient renvoyé l'examen à un autre moment. Il pria
donc les légats et les magistrats d'être présents
aux délibérations qui devaient être prises
à ce sujet. Les légats s'y refusèrent, disant
qu'ils n'en avaient point reçu d'ordre du pape ; les
magistrats s'en excusèrent aussi et dirent que le concile
pouvait examiner la chose sans leur concours. Les légats
s'étant retirés avec les magistrats, les évêques
d'Orient, qui composaient le reste du concile, firent un canon
en faveur de l'Église de Constantinople, portant que l'évêque
de cette ville appelée la nouvelle Rome aurait non seulement
la préséance d'honneur sur tous les autres évêques
après celui de l'ancienne Rome, mais encore un droit étendu
de juridiction sur les trois métropoles du Pont, de l'Asie
et de la Thrace. Ce canon, contre lequel l'Église romaine
a toujours réclamé, jusqu'à l'époque
du quatrième concile de Latran, où le second rang
parmi les patriarches a été enfin accordé
par le pape Innocent III à celui de Constantinople, est
compté pour le vingt-huitième des canons de Calcédoine,
que nous allons rapporter ici, quoique les vingt-sept premiers
appartiennent plutôt aux précédentes sessions
du concile.
Le 1er confirme tous les canons
faits dans les conciles précédents, et en ordonne
l'observation.
Ce canon doit s'entendre de tous les conciles
tant généraux que particuliers qui ont précédé
celui de Calcédoine, et, par conséquent, du code
de l'Église grecque donné par Justel, qui contient
cent soixante-dix canons tirés des conciles de Nicée,
d'Ancyre, de Néocésarée, de Gangres, d'Antioche,
de Laodicée et de Constantinople ; car il y avait
dès lors un recueil de canons, comme on le voit par divers
endroits des actes du concile de Calcédoine. Il est attribué,
dans un ancien manuscrit, à Étienne d'Éphèse ;
mais peut-être celui-ci n'y ajouta-t-il que les canons des
conciles d'Éphèse et de Calcédoine.
Le 2e porte que, si un évêque
a mis en commerce la grâce, qui n'est point vénale,
et ordonné pour de l'argent un évêque, un
chorévêque, un prêtre, un diacre ou quelque
autre clerc ; ou s'il a établi pour de l'argent un
économe, un défenseur, un concierge, ou quelque
autre de ceux qui sont désignés dans le canon, l'ordinateur
sera en danger de perdre son rang ; et celui qui sera ordonné
ou pourvu ne profitera point de la place qu'il aura voulu acheter :
l'entremetteur même de cet infâme trafic, s'il est
clerc, sera déposé ; s'il est laïque ou
moine, il sera anathématisé.
Ce canon condamne et punit toute espèce
de simonie commise, non seulement dans l'ordination, mais aussi
dans la nomination des officiers de l'Église, quels qu'ils
puissent être, tels que les économes, ses défenseurs
ou avocats, ses concierges, etc. Ce canon se trouve dans la lettre
encyclique du concile de Constantinople, de l'an 459, et dans
les actes du concile de Paris, de l'an 829. On le trouve aussi
dans les actes de l'assemblée du clergé de France,
de l'an 1655 ; et les prélats de cette assemblée
en firent usage contre les secrétaires des évêques,
qui exigent des salaires excessifs pour le sceau et les autres
droits de l'évêque ; d'où vient que Michel
Amelot, archevêque de Tours, défendit, par un mandement
de l'an 1675, de rien donner et de rien recevoir pour les lettres
d'ordres, ni pour toute autre expédition.
Le 3e canon défend aux évêques,
aux clercs et aux moines, de prendre à ferme des terres,
ou de se charger des affaires temporelles, si ce n'est que les
lois les appellent à une tutelle dont ils ne puissent s'excuser,
ou que l'évêque les charge du soin des affaires de
l'Église ou de personnes misérables comme les veuves
et les orphelins.
Les tutelles et les curatelles étaient
défendues aux clercs, dès le temps de saint Cyprien.
Dans la suite, les clercs et les moines en ont été
déchargés par les empereurs. Justinian. in l.
LI, Cod. de Episcopis et Clericis.
Le 4e déclare que, quoiqu'on
doive honorer ceux qui mènent une vie vraiment solitaire,
néanmoins, parce qu'il y a des personnes qui, sous prétexte
d'embrasser la profession monastique, troublent l'Église
et l'État, en parcourant les villes pour se bâtir
des monastères, il sera défendu de bâtir un
monastère ou un oratoire, c'est-à-dire une chapelle,
un petit monastère, sans le consentement de l'évêque
de la ville et du propriétaire de la terre. Il veut aussi
que les moines, tant des villes que de la campagne, soient soumis
à l'évêque et vivent en repos, ne s'appliquant
qu'au jeûne et à la prière, sans s'embarrasser
d'affaires séculières, s'ils n'en sont chargés
par l'évêque pour quelque nécessité.
Il leur défend en même temps de recevoir des esclaves
dans leurs monastères, sans la volonté des maîtres.
Le 5e ordonne l'observation des
anciens canons, à l'égard des évêques
et des clercs qui passent d'une église à une autre.
Le 6e défend d'ordonner
aucun ecclésiastique, soit prêtre, soit diacre, sans
l'attacher à une église de la ville ou de la campagne,
ou à un monastère, et déclare nulles les
ordinations absolues, en défendant à ceux qui les
ont reçues d'en faire aucune fonction, à la honte
de ceux qui les auront ordonnés.
Il y a deux choses surtout dignes de remarque
dans ce canon : la première, qu'on ordonnait des prêtres
qu'on attachait aux monastères, qui n'étaient pour
l'ordinaire composés que de laïques, afin d'y dire
la messe et d'y faire les autres fonctions sacerdotales ;
et ces prêtres étaient différents des supérieurs
de ces mêmes monastères, comme on le voit par la
règle et par les lettres de saint Augustin ; la seconde,
que les ordinations réprouvées par ce canon n'étaient
pas seulement illicites, mais encore nulles et invalides, selon
plusieurs anciens scolastiques cités par le P. Morin, De
SS. Ordinat. part. III, excercit. 5, cap. 49.
Le septième défend, sous peine
d'anathème, à ceux qui sont entrés une fois
dans le clergé ou dans l'état monastique, de quitter
l'un et l'autre de ces états qu'ils ont embrassés
à cause de Dieu, pour s'engager dans la milice ou dans
une dignité séculière.
Pour bien prendre le sens de ce canon, il
est nécessaire d'observer que, quoique le mariage ne fût
pas interdit aux clercs inférieurs, les anciens étaient
néanmoins persuadés que ni les clercs, quels qu'ils
fussent, ni les moines, ne pouvaient, sans une sorte d'apostasie,
quitter la vie cléricale ou monastique, pour s'engager
dans la milice ou dans une dignité séculière,
parce qu'ils regardaient ces sortes d'états comme essentiellement
contraires à la vie cléricale et monastique :
tel est le sens de ce canon, qui était encore en vigueur
dans le treizième siècle, comme l'assure le P. Thomassin,
De Disciplin. eccl. part. IV, lib. II, cap.
4.
Le 8e ordonne que tous les clercs
des hôpitaux, des monastères et des églises
ou chapelles des martyrs, de même que tous ceux qui demeurent
en ces lieux, seront sous la puissance de l'évêque
de chaque ville, suivant la tradition des Pères, sous peine
de correction canonique pour les clercs, et d'excommunication
pour les moines et les laïques.
Il y avait autrefois des clercs et des moines
destinés à desservir des hôpitaux et des églises
des martyrs, qui se prétendaient exempts de la juridiction
de l'évêque diocésain : le concile de
Calcédoine les y soumet, selon la tradition des PP. et
des canons.
Le 9e défend aux clercs,
qui ont des affaires avec d'autres clercs, de quitter leur évêque
pour s'adresser aux tribunaux séculiers, et leur ordonne
de poursuivre leurs causes premièrement devant leur évêque
ou, par son ordre, devant celui dont les parties seront convenues ;
le tout sous les peines canoniques. Le canon ajoute que les différends
que les clercs auront avec leurs évêques, seront
jugés par le concile de la province ; mais que si
un évêque ou un clerc a une affaire avec le métropolitain,
elle sera jugée par l'exarque du département ou
par le siège de la ville royale de Constantinople.
Ce canon, qui traite du juge qui doit terminer
les causes des clercs, renferme trois cas. Ou bien un clerc a
une affaire avec un autre clerc, ou avec son évêque,
ou avec son métropolitain. Dans le premier cas, l'affaire,
soit civile, soit ecclésiastique, doit être portée,
en première instance, au tribunal de l'évêque ;
ce qui est confirmé par le chapitre 21 de la 123e
novelle de Justinien, non seulement pour les causes que les clercs
ont entre eux, mais encore pour celles que les laïques intentent
aux clercs. Dans le deuxième cas, qui est celui d'un clerc
qui a un différend avec son évêque, l'affaire
sera portée au concile de la province. Dans le troisième
cas, où un clerc, ou bien un évêque, aurait
quelque différend avec son métropolitain, il faudra
recourir à l'exarque du département ou au siège
de Constantinople. Par l'exarque du département, on n'entend
pas le simple métropolitain d'une province, comme l'observe
Balsamon ; mais celui qui présidait à tout
un diocèse, selon l'ancienne signification de ce terme,
c'est-à-dire à un district ou département
ecclésiastique qui renfermait plusieurs provinces :
c'est là ce qu'on appelait anciennement diocèse,
ainsi que l'observe encore Balsamon. Les exarques ou, comme traduit
Denys le Petit, les primats d'un diocèse étaient
donc ceux qui avaient sous eux plusieurs métropolitains
de provinces. C'est ainsi que, dans les actes mêmes du concile
de Calcédoine, Domnus, évêque d'Antioche,
est nommé exarque du diocèse oriental. L'empereur
Justinien, continuant ce canon dans le chapitre 22 de sa 123e
novelle, a substitué le mot de patriarche à
celui d'exarque ; mais le sens est le même.
Enfin le canon veut qu'on puisse, dans le troisième cas,
s'adresser directement à l'évêque de Constantinople,
que la cause puisse indifféremment être jugée,
soit par l'exarque du diocèse, soit par l'évêque
de la ville impériale, à cause sans doute des facilités
que présentait ce siège pour la discussion des affaires.
Le 10e canon : " Il
n'est pas permis à un clerc d'être inscrit en même
temps et compté dans le clergé de deux villes, savoir
de celle où il a été ordonné d'abord
et de celle où il a passé, comme plus grande, par
ambition : ceux qui l'auront fait, seront rendus à
la première église. Que si quelqu'un est déjà
transféré à une autre église, il n'aura
plus aucune part aux affaires de la première, ou des oratoires,
ou des hôpitaux qui en dépendent ; le tout,
sous peine de déposition pour ceux qui, à l'avenir,
retomberont dans cette faute. "
Le 11e veut que l'on ne donne que
des lettres de paix et de communion aux pauvres qui voyagent,
si l'on sait qu'ils sont effectivement catholiques, afin de leur
procurer par ces lettres les secours dont ils ont besoin. Il réserve
les lettres de recommandation pour les personnes d'une condition
plus relevée, parce qu'on les accompagnait ordinairement
de quelques éloges de la piété et de la vertu
de ceux qui en étaient les porteurs.
Les lettres de paix, qu'on donnait anciennement
aux pauvres qui voyageaient, sont fort bien décrites par
Sozomène, au chapitre 16 du 6e livre de son
Histoire ecclésiastique, où il rapporte que Julien
l'Apostat admirait les lettres de paix que les évêques
donnaient aux pauvres voyageurs, pour leur procurer des secours,
en quelque lieu qu'ils pussent aller. Quant aux lettres de recommandation,
dont il est parlé dans ce canon, Balsamon, Zonare, Aristhène
et les autres Grecs, suivis par Gentien Hervet, disent qu'on ne
les donnait qu'aux personnes suspectes, et lisent ainsi les dernières
paroles du canon : Quoniam litteras commendatitias iis
solis personis quæ sunt suspectæ, præberi oportet.
Les personnes suspectes, disent ces commentateurs, parce qu'elles
avaient été liées de quelque censure, avaient
besoin de lettres de recommandation, qui prouvassent qu'elles
avaient été relevées de ces censures, puisque
sans cela les évêques, dans les diocèses desquels
elles devaient voyager, n'auraient pas voulu les recevoir à
la paix et à la communion. Mais M. de l'Aubespine réfute
solidement cette explication des commentateurs grecs, et fait
voir que les lettres pacifiques étaient différentes
des lettres de recommandation, en ce que les premières
se donnaient aux pauvres ordinaires, et les autres aux personnes
d'une condition plus relevée, soit clercs, soit laïques.
Le 12e canon fut fait à
l'occasion des différends entre les évêques
de Tyr et de Béryte, de Nicomédie et de Nicée.
Il porte que les évêques ne pourront, sous peine
de déposition, s'adresser aux puissances, ni obtenir des
lettres du prince pour diviser une province en deux, et y faire
deux métropolitains, et que, quant aux villes qui ont déjà
été honorées du nom de métropoles,
elles n'en jouiront que par honneur, sans préjudice des
droits de la véritable métropole.
Le 13e défend aux clercs
étrangers et inconnus d'exercer aucune fonction dans une
autre ville, sans lettres de recommandation de leur évêque,
qui portent témoignage de leurs ordres et de leurs murs.
Le mot de lecteurs, qui se trouve chez
Isidore, chez Denys le Petit, et même dans le code de l'Église
romaine, rend ce canon obscur ; mais la leçon grecque,
qui porte ignotos, au lieu de lectores, et qui est
la meilleure, lève la difficulté. La discipline
contenue dans ce canon a été renouvelée par
le concile de Trente, sess. 22.
Le 14e déclare que, puisqu'il
est accordé en quelques provinces aux lecteurs et aux chantres
de se marier, il ne leur sera point permis de prendre des femmes
qui ne soient point catholiques, ou de faire baptiser leurs enfants
chez les hérétiques. Il ne veut pas non plus qu'ils
les marient à des hérétiques, à des
Juifs, ou à des païens, s'ils ne promettent de se
convertir ; et, à l'égard de ceux qui avaient
reçu le baptême chez les hérétiques,
il ordonne à leurs parents de les faire entrer dans la
communion de l'Église.
On voit par ce canon, que la discipline de
l'Église n'était point partout la même, touchant
la continence de ses ministres. En quelques provinces d'Orient,
il était permis aux lecteurs et aux chantres de se marier ;
et cet usage est reçu partout aujourd'hui, tant en Orient
qu'en Occident. On voit aussi l'horreur que l'Église a
eue, dans tous les temps, des mariages des catholiques avec les
hérétiques, à cause du danger de séduction,
tant pour la partie catholique, que pour les enfants.
Le 15e défend d'ordonner,
par l'imposition des mains, une diaconesse, qu'elle n'ait l'âge
de quarante ans, et qu'on ne l'ait beaucoup éprouvée.
Que si, après l'imposition des mains, et après avoir
passé quelque temps dans le service, elle vient à
se marier, au mépris de la grâce de Dieu, elle sera
anathématisée avec son mari.
Le 16e défend aussi aux
vierges consacrées à Dieu, et aux moines, de se
marier, sous peine d'être privés de la communion,
pendant autant de temps qu'il plaira à l'évêque.
Il paraît par ce canon, que, du temps
du concile de Calcédoine, les vux des vierges consacrées
à Dieu, non plus que ceux des moines, n'étaient
point encore regardés comme des empêchements dirimants
du mariage, puisque le concile n'ordonne pas de séparer
les vierges ou les moines qui s'étaient mariés après
leurs vux, mais seulement de les priver de la communion,
c'est-à-dire de les excommunier, pour autant de temps qu'il
plaira à l'évêque. Gratien, qui rapporte ce
canon, caus. 27, quæst. 1, can. 22
de la version d'Isidore, et qui l'avait déjà rapporté,
ibid. can. 12 de la version de Denys le Petit, l'attribue
au concile de Tribur ; et il paraît par là,
comme par beaucoup d'autres endroits, combien Gratien est peu
exact à indiquer les véritables sources des canons
qu'il rapporte.
Le 17e adjuge les paroisses de
la campagne aux évêques qui en sont en possession
paisible depuis trente ans ; mais on ajoute que si, dans
les trente ans, il se forme quelque difficulté, elle pourra
être poursuivie au concile de la province. Que, si le métropolitain
est partie, on ira à l'exarque du département ou
à l'évêque de Constantinople, et que, si quelque
nouvelle ville est établie par la puissance de l'empereur,
l'ordre des paroisses ecclésiastiques suivra la forme du
gouvernement politique.
La disposition adoptée à la
fin de ce canon ne doit être considérée que
comme une mesure purement arbitraire, et ne saurait contredire
le principe proclamé par l'évêque Cécropius,
dans la 4e session, aux applaudissements de tout le
concile.
Le 18e punit de déposition
et d'excommunication les ecclésiastiques et les moines
qui font des conjurations et des cabales contre leurs évêques
ou leurs confrères, ce crime étant défendu
même par les lois civiles.
Le 19e ordonne que, pour obvier
au préjudice que causait aux affaires de l'Église
le défaut des conciles, on en assemble deux chaque année,
suivant les décrets de Nicée, au lieu choisi par
le métropolitain, et que les évêques qui manqueront
de s'y trouver sans empêchement légitime en soient
repris par leurs confrères.
Le 20e déclare que, si un
évêque reçoit un clerc d'un autre diocèse,
lui et le clerc seront séparés de la communion jusqu'à
ce que le clerc soit retourné à son évêque,
si ce n'est que ce clerc soit contraint de changer d'église
à cause de la ruine de son pays.
La séparation de la communion, dont
il est parlé dans ce canon, ne doit pas s'entendre de l'anathème
ou de l'excommunication, mais seulement de l'exclusion pour un
temps de la communion avec les autres évêques, ou
de la suspension des fonctions des ordres ; et c'est dans
ce dernier sens que le code de l'Église romaine et les
conciles postérieurs, notamment celui de Trente, l'ont
entendue, lorsqu'ils ont prononcé la peine de suspense
contre l'évêque qui ordonne un sujet étranger
sans la permission de son propre évêque, et contre
le sujet ordonné de cette sorte.
Le 21e défend d'admettre
indifféremment les clercs ou les laïques à
accuser des évêques ou des clercs, sans avoir auparavant
examiné la réputation des accusateurs.
Le 22e défend aux clercs,
sous peine de déposition, ainsi qu'il leur avait été
déjà défendu par les anciens canons, de piller
les biens de leur évêque après sa mort.
Le 23e ordonne au défenseur
de l'Église de Constantinople de chasser de la ville les
clercs et les moines étrangers qui y venaient sans y être
envoyés par leur évêque, et qui y troublaient
souvent le repos de l'Église et des maisons particulières.
Le 24e porte que les monastères,
une fois consacrés par l'autorité de l'évêque,
et les biens qui leur appartiennent, ne changeront point d'état :
en sorte qu'il ne soit plus permis d'en faire des habitations
séculières, ni d'usurper les biens qui leur appartiennent.
Le 25e dit que les ordinations
des évêques se feront dans trois mois, s'il n'y a
une nécessité absolue qui oblige le métropolitain
à différer, et que le revenu de l'église
vacante sera conservé par l'économe.
Le 26e veut que chaque église
cathédrale ait un économe pris du corps de son clergé,
pour administrer ses biens, suivant l'ordre de l'évêque,
afin que l'on voie clair en cette administration, et que les biens
de l'église ne soient pas dissipés ni le sacerdoce
décrié.
Ce canon, dont le but est d'empêcher
qu'on n'accuse les évêques d'infidélité
dans l'administration des biens de l'église, a été
renouvelé par le deuxième concile de Séville,
tenu l'an 619, can. 9.
Le 27e anathématise celui
qui enlève une femme, même sous prétexte de
mariage, ses complices et ses fauteurs : si c'est un clerc,
il doit être déposé.
Le 28e accorde le second rang à
l'Église de Constantinople, en ces termes : " Les
Pères ont eu raison de donner au siège de l'ancienne
Rome ses privilèges, parce qu'elle était la ville
régnante ; et, par le même motif, les cent cinquante
évêques du concile de Constantinople ont jugé
que la nouvelle Rome, qui est honorée de l'empire, et du
sénat, doit avoir les mêmes avantages dans l'ordre
ecclésiastique et être la seconde après :
en sorte que les métropolitains des trois départements
du Pont, de l'Asie et de la Thrace, et les évêques,
leurs suffragants, qui sont chez les Barbares, soient ordonnés
par l'évêque de Constantinople, après qu'ils
auront été élus canoniquement dans leurs
églises. Mais chacun de ces métropolitains ordonnera
les évêques de sa province, assisté de ses
suffragants, selon les canons. "
Ce canon ne se trouve point dans la collection
de Denys le Petit, ni dans les autres collecteurs latins, ni même
dans les anciennes collections grecques, comme l'a prouvé
P. de Marca (De veter. can. Collect., c. 3, § 17,
18), et après lui N. Alexandre (Hist. eccl., sæc.
V, c. 1, art. 13). On le dressa furtivement, par
les intrigues d'Anatole de Constantinople, à la suite de
la quinzième session du concile ; il devint le sujet
d'une grande contestation entre les évêques orientaux
et les légats du pape, qui s'en plaignirent dans la seizième
session, du 1er novembre, qui fut la dernière.
Saint Léon ne voulut jamais l'approuver. Outre ces vingt-huit
canons, on en trouve deux autres dans Balsamon, Zonare, Aristhène
et les autres commentateurs grecs ; mais il paraît
qu'ils sont d'une main plus récente.
Le 1er déclare qu'un évêque
ne doit jamais être réduit au rang des prêtres.
Le 2e accorde un délai aux
évêques d'Égypte pour souscrire à la
lettre de saint Léon à Flavien, jusqu'à l'élection
d'un évêque d'Alexandrie à la place de Dioscore.
Il y a une grande différence entre
les divers exemplaires du concile de Calcédoine. Les collections
ordinaires ont seize sessions ; mais plusieurs églises
n'en avaient que six avec les canons. La session qui est marquée
pour la dernière, et la seizième dans ces collections,
Libérat la compte pour la douzième, d'autres pour
la treizième. Le savant P. Mansi, depuis évêque
de Lucques, dit qu'il a trouvé dans un manuscrit de neuf
cents ans, de la même ville, une très ancienne version
des canons de Calcédoine, qui n'a point encore vu le jour,
et qui ne cède à aucune ancienne version pour la
fidélité. Elle ne contient que vingt-sept canons,
et met le concile de Calcédoine à l'an 450, quoiqu'il
se soit tenu l'an 451, et cela selon l'usage ancien, qui négligeait
l'exactitude dans la supputation des années, en faveur
du nombre rond. Cette variété des exemplaires vient
de ce que, dans les conciles généraux, les évêques
des grands sièges avaient chacun leurs notaires par lesquels
ils faisaient rédiger ou copier les actes, suivant le besoin
qu'ils en avaient. Tous étaient soigneux d'emporter avec
eux et de publier dans leurs provinces les définitions
de la foi et les canons. Mais, pour les actes relatifs aux affaires
particulières, ceux qui n'y étaient pas intéressés
n'en prenaient pas le même soin. Les uns les négligeaient
tout à fait ; d'autres n'en recueillaient qu'une partie ;
et ceux qui les recueillaient les plaçaient différemment,
suivant l'ordre des dates ou le mérite des matières.
Les légats, informés que, dans
la quinzième session, il s'était fait quelque chose
contre les canons, s'en plaignirent dans la session suivante,
qui fut tenue le 1er novembre, les magistrats présents.
Nous vous prions, leur dit Pascasin, de faire lire ce qu'on a
fait écrire, afin que tous nos frères voient s'il
est juste ou non. On lut le canon vingt-huitième avec les
signatures des évêques. Lucentius, l'un des légats,
dit qu'on avait surpris les évêques, et qu'on les
avait contraints de signer ce canon avant qu'on l'eût écrit.
Sur ce reproche, les évêques s'écrièrent
qu'on n'avait contraint personne. Comme les légats continuaient
de s'opposer au vingt-huitième canon, Aétius, archidiacre
de Constantinople, demanda s'ils en avaient reçu quelque
ordre du pape Léon. Le prêtre Boniface, qui l'avait
par écrit, le lut en ces termes : " Ne souffrez
point que l'ordonnance des Pères soit enfreinte ou diminuée
par aucune entreprise ; gardez en tout la dignité
de notre personne que vous représentez ; et si quelques-uns,
se confiant en la splendeur de leurs villes, veulent s'attribuer
quelque chose, repoussez-les avec fermeté. "
L'application de ces belles paroles ne pouvait être faite
plus à propos.
Les magistrats dirent : Qu'on propose
les canons de part et d'autre. Le légat Pascasin lut le
sixième canon de Nicée, en ces termes : " L'Église
romaine a toujours eu la primauté. Que les anciennes coutumes
soient maintenues en vigueur dans l'Égypte, la Libye et
la Pentapole, en sorte que tous y soient soumis à l'évêque
d'Alexandrie, parce que telle est la coutume du pontife romain.
Qu'il en soit de même pour ce qui concerne l'évêque
d'Antioche, et que, dans les autres provinces les églises
conservent également leurs anciens privilèges. "
Le légat lut encore de suite le canon septième :
" Puisque, suivant la coutume et la tradition ancienne,
l'évêque de Jérusalem est en possession d'être
honoré, il continuera à jouir de cet honneur, sans
préjudice de la dignité du métropolitain. "
Ce métropolitain était l'évêque de
Césarée en Palestine, dont il n'avait pas été
seulement question dans l'arrangement fait en faveur de Juvénal
de Jérusalem. Le secrétaire Constantin ne fit lecture
que du sixième canon de Nicée, et encore sans ce
préambule : L'Église romaine a toujours
eu la primauté. Mais il fit lire ensuite le décret
du premier concile général de Constantinople, contre
lequel les souverains pontifes avaient également protesté,
et où il était dit que l'évêque de
cette ville aurait la prérogative d'honneur après
l'évêque de Rome, mais sans lui attribuer de juridiction,
comme le canon de Calcédoine, sur aucune province.
Les magistrats, sans demander de plus grands
éclaircissements, conclurent, après avoir su des
évêques qu'ils avaient souscrit volontairement, que
le vingt-huitième canon de Calcédoine aurait son
exécution, avec cette réserve, que quand un des
métropolitains des diocèses d'Asie, de Pont et de
Thrace serait élu, et qu'on aurait apporté à
Constantinople le décret de son élection, il serait
au choix de l'évêque de Constantinople d'y faire
venir l'élu, pour l'ordonner, ou de donner une permission
pour le faire ordonner dans la province. Les évêques
déclarèrent que tel était leur sentiment,
et demandèrent qu'on leur permît de s'en retourner.
Mais les légats ne pouvant souffrir que le siège
apostolique fût abaissé en leur présence,
demandèrent ou que l'on révoquât tout ce qui
s'était fait la veille au préjudice des canons,
ou que leur opposition fût insérée dans les
actes, afin que le pape pût porter son jugement sur le mépris
de son siège et le renversement des canons. Leur remontrance
fut sans effet. Les magistrats finirent la session, qui fut la
dernière, en disant que le concile avait approuvé
tout ce qu'ils avaient proposé.
Les évêques, avant de se séparer,
adressèrent un discours à l'empereur Marcien. Le
titre l'attribue à tout le concile, qui y est qualifié
de saint et d'universel ; mais on croit qu'il fut composé
par les légats ; ce qui paraît, non seulement
en ce que le style du texte latin est plus élégant
et plus naturel que le grec ; mais surtout parce que ce discours
est uniquement pour justifier la lettre de saint Léon à
Flavien, ce qui regardait particulièrement les légats.
Ils y font voir que saint Léon, dont ils relèvent
le zèle, la foi et le savoir, n'avait point contrevenu,
en écrivant cette lettre, au décret du concile d'Éphèse,
qui semble défendre d'écrire sur la foi, et de proposer
d'autre règle sur cette matière que le symbole de
Nicée ; puisque cette défense n'a été
faite que pour ceux qui combattent la foi, et non pour ceux qui
en prennent la défense ; qu'il est bien vrai que nous
devons reconnaître pour unique symbole de notre foi celui
de Nicée ; qu'on n'en doit pas proposer d'autre à
ceux que l'on admet au baptême, et qu'il contient tout ce
que doivent croire ceux qui reçoivent avec simplicité
et avec soumission tout ce que l'Église leur enseigne ;
mais qu'à l'égard de ceux qui, abandonnant cette
simplicité, ont inventé de nouvelles erreurs, et
combattu les vérités de la foi par des raisonnements
captieux, ç'a toujours été l'usage, même
depuis le concile de Nicée, de les réfuter par des
écrits plus étendus, et de se servir même
contre eux de nouvelles expressions, qui, n'exprimant que les
vérités contenues dans le symbole de ce concile,
les mettaient néanmoins dans un plus grand jour, et ôtaient
toutes les équivoques dont les hérétiques
couvraient leurs mauvais sentiments. C'était assez pour
détruire l'hérésie arienne dans l'esprit
des vrais fidèles, de déclarer que le Fils est consubstantiel
au Père ; mais parce que Photin et Marcel d'Ancyre
ont avancé que les trois personnes de la Trinité
n'étaient distinguées que de nom, les Pères
qui ont combattu les hérétiques ont été
obligés d'établir la foi de trois subsistances,
ou de personnes réellement distinctes l'une de l'autre.
On s'était contenté de dire dans le symbole de Nicée :
Je crois au Saint-Esprit ; et c'était assez
pour marquer aux fidèles qu'il est véritablement
Dieu ; puisqu'on ne peut croire au Saint-Esprit comme au
Père et au Fils, qu'en les supposant d'une même nature.
Mais la nécessité où l'on s'est vu dans la
suite de combattre ceux qui ont nié la divinité
du Saint-Esprit, a obligé les évêques du concile
de Constantinople d'ajouter au symbole que le Saint-Esprit
procède du Père. Le symbole de Nicée
avait suffisamment établi la foi de l'incarnation en disant
que le Fils de Dieu est descendu du ciel, et qu'il s'est fait
chair. Mais les hérétiques qui ont attaqué
la vérité de ce mystère, soit en refusant
à la sainte Vierge le titre de Mère de Dieu, soit
en niant que le Fils de Dieu ait pris une âme raisonnable,
soit en confondant les deux natures en Jésus-Christ, soit
en distinguant en lui le Fils de Dieu d'avec le Fils de l'homme,
ont engagé les docteurs de l'Église à montrer
qu'il est Dieu parfait et homme parfait ; qu'en lui les deux
natures, la divine et l'humaine, sont unies en une seule personne
sans confusion, et qu'en conséquence on peut dire de lui
qu'il est né dans le temps, et qu'il est de toute éternité ;
qu'il est consubstantiel au Père selon sa divinité,
et consubstantiel à sa mère selon son humanité,
et qu'à ces deux égards il est passible et impassible ;
impassible en tant que Dieu, passible en tant qu'homme. La fin
de toute cette discussion est de montrer que ce que saint Basile,
le pape Damase et plusieurs autres ont fait autrefois contre les
ariens, les macédoniens et les apollinaristes, saint Léon
a été contraint de le faire contre les nouvelles
erreurs d'Eutychès. Sur la fin du discours le concile s'adresse
aux deux empereurs Marcien et Valentinien, quoiqu'il n'y ait que
le premier de nommé dans le titre ; et pour prouver
que l'on ne pouvait accuser de nouveauté la doctrine que
saint Léon établit dans sa lettre à Flavien,
le concile joint à son discours divers passages tirés
des écrits de saint Basile, de saint Ambroise, de saint
Grégoire de Nazianze, de saint Athanase, de saint Amphiloque,
d'Antiochus de Ptolémaïde, de saint Flavien d'Antioche,
de saint Chrysostome, d'Atticus, de saint Procle et de saint Cyrille,
qui tous ont cru que Jésus-Christ a deux natures, et qu'étant
consubstantiel au Père, selon sa divinité, il s'est
fait consubstantiel à nous, selon son humanité.
Les évêques du concile, en envoyant au pape les actes de tout ce qui s'était passé, lui écrivirent une lettre synodale par laquelle ils le reconnaissent pour interprète de saint Pierre, pour leur chef et leur guide, et pour celui à qui le soin de la vigne du Seigneur, qui est son Église, a été confié par lui-même. Ils lui donnent avis qu'ils ont retranché de l'Église Dioscore, qui, outre la protection qu'il avait donnée à Eutychès, avait osé condamner et déposer saint Flavien et Eusèbe de Dorylée, contre les canons. Ensuite ils prient saint Léon d'approuver et de confirmer la sentence synodale par laquelle ils avaient maintenu l'Église de Constantinople dans l'ancien usage d'ordonner les métropolitains des départements d'Asie, de Pont et de Thrace, moins pour l'avantage du siège de Constantinople que pour le repos des métropoles, où il arrivait souvent du tumulte parmi le clergé et le peuple après la mort de l'évêque, parce qu'ils étaient sans chef. Ils conviennent que les légats s'étaient opposés fortement à ce décret ; mais ils ont voulu sans doute, ajoutent les évêques, vous en laisser l'honneur, afin que l'on vous attribue la conservation de la paix comme de la foi. En honorant notre jugement par votre suffrage, vous ferez plaisir aux empereurs, et le siège de Constantinople vous en témoignera une reconnaissance éternelle en toute occasion, par son union et par son zèle. Cette lettre était souscrite par les évêques du concile, qui se disent au nombre de cinq cent vingt. On n'y lit point ce que dit saint Grégoire le Grand, que le concile offrit au pape le titre d'évêque cuménique ou universel. Saint Léon, peu sensible à un titre que ses successeurs ont regardé comme profane et téméraire, approuva tout ce qui s'était fait dans le concile de Calcédoine pour la cause de la foi ; mais il s'opposa avec vigueur au vingt-huitième canon qui regarde les prérogatives de l'Église de Constantinople, disant que ce canon était contraire à ceux de Nicée. Il chargea Julien de Cos de faire traduire en latin les actes du concile de Calcédoine, et d'en réunir toutes les sessions en un seul corps. On croit que c'est cette traduction que nous avons aujourd'hui. Labb. IV ; D. Ceill. XIV.