Job
Jb · Ancien Testament
· 42 chapitres
1
1IL ETAIT UNE FOIS, au pays de Ouç, un homme appelé Job. Cet homme, intègre et droit, craignait Dieu et s’écartait du mal.2Sept fils et trois filles lui étaient nés.3Il avait un troupeau de sept mille brebis, trois mille chameaux, cinq cents paires de bœufs, cinq cents ânesses, et il possédait un grand nombre de serviteurs. Cet homme était le plus riche de tous les fils de l’Orient.4Or ses fils avaient coutume d’aller festoyer les uns chez les autres à tour de rôle, et ils faisaient inviter leurs trois sœurs à manger et à boire avec eux.5Une fois terminé le cycle des festins, Job les faisait venir pour les purifier. Levé de bon matin, il offrait un holocauste pour chacun d’eux. Car Job se disait : « Peut-être mes fils ont-ils péché et maudit Dieu dans leur cœur. » C’est ainsi que Job agissait, chaque fois.6Le jour où les fils de Dieu se rendaient à l’audience du Seigneur, le Satan, l’Adversaire, lui aussi, vint parmi eux.7Le Seigneur lui dit : « D’où viens-tu ? » L’Adversaire répondit : « De parcourir la terre et d’y rôder. »8Le Seigneur reprit : « As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n’a pas son pareil sur la terre : c’est un homme intègre et droit, qui craint Dieu et s’écarte du mal. »9L’Adversaire riposta : « Est-ce pour rien que Job craint Dieu ?10N’as-tu pas élevé une clôture pour le protéger, lui, sa maison et tout ce qu’il possède ? Tu as béni son travail, et ses troupeaux se multiplient dans le pays.11Mais étends seulement la main, et touche à tout ce qu’il possède : je parie qu’il te maudira en face ! »12Le Seigneur dit à l’Adversaire : « Soit ! Tu as pouvoir sur tout ce qu’il possède, mais tu ne porteras pas la main sur lui. » Et l’Adversaire se retira.13Le jour où les fils et les filles de Job étaient en train de festoyer et de boire du vin dans la maison de leur frère aîné,14un messager arriva auprès de Job et lui dit : « Les bœufs étaient en train de labourer et les ânesses étaient au pâturage non loin de là.15Les Bédouins se sont jetés sur eux et les ont enlevés, et ils ont passé les serviteurs au fil de l’épée. Moi seul, j’ai pu m’échapper pour te l’annoncer. »16Il parlait encore quand un autre survint et lui dit : « Le feu du ciel est tombé, il a brûlé troupeaux et serviteurs, et les a dévorés. Moi seul, j’ai pu m’échapper pour te l’annoncer. »17Il parlait encore quand un troisième survint et lui dit : « Trois bandes de Chaldéens se sont emparées des chameaux, ils les ont enlevés et ils ont passé les serviteurs au fil de l’épée. Moi seul, j’ai pu m’échapper pour te l’annoncer. »18Il parlait encore quand un quatrième survint et lui dit : « Tes fils et tes filles étaient en train de festoyer et de boire du vin dans la maison de leur frère aîné,19lorsqu’un ouragan s’est levé du fond du désert et s’est rué contre la maison. Ébranlée aux quatre coins, elle s’est écroulée sur les jeunes gens, et ils sont morts. Moi seul, j’ai pu m’échapper pour te l’annoncer. »20Alors Job se leva, il déchira son manteau et se rasa la tête, il se jeta à terre et se prosterna.21Puis il dit : « Nu je suis sorti du ventre de ma mère, nu j’y retournerai. Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris : Que le nom du Seigneur soit béni ! »22En tout cela, Job ne commit pas de péché. Il n’adressa à Dieu aucune parole déplacée.
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1Le jour où les fils de Dieu se rendaient à l’audience du Seigneur, l’Adversaire, lui aussi, vint parmi eux à l’audience.2Le Seigneur lui dit : « D’où viens-tu ? » L’Adversaire répondit : « De parcourir la terre et d’y rôder ».3Le Seigneur reprit : « As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n’a pas son pareil sur la terre : c’est un homme intègre et droit, qui craint Dieu et s’écarte du mal ; il persiste encore dans son intégrité, et c’est pour rien que tu m’as incité à le détruire. »4Mais l’Adversaire répliqua au Seigneur : « Peau pour peau ! L’homme donne tout ce qu’il a pour sauver sa vie.5Mais étends la main, touche à ses os et à sa chair, je parie qu’il te maudira en face ! »6Le Seigneur dit à l’Adversaire : « Soit ! le voici en ton pouvoir, mais préserve sa vie. »7Et l’Adversaire, quittant la présence du Seigneur, frappa Job d’un ulcère malin depuis la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête.8Job prit un tesson pour se gratter, assis parmi les cendres.9Sa femme lui dit : « Tu persistes encore dans ton intégrité ! Maudis Dieu et meurs ! »10Il lui répondit : « Tu parles comme une insensée. Si nous accueillons le bonheur comme venant de Dieu, comment ne pas accueillir de même le malheur ? » En tout cela, Job ne commit pas de péché par ses lèvres.11Trois amis de Job apprirent tout ce malheur qui lui était advenu. Ils arrivèrent chacun de son pays, Élifaz de Témane, Bildad de Shouah et Sofar de Naama, et ils se concertèrent pour venir le plaindre et le consoler.12De loin, levant les yeux sur lui, ils ne le reconnurent pas. Alors, ils éclatèrent en sanglots. Ils déchirèrent chacun son manteau et projetèrent de la poussière sur leur tête.13Sept jours et sept nuits, ils restèrent assis par terre auprès de lui et, à la vue d’une si grande douleur, personne ne lui disait mot.
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1Après cela, Job ouvrit la bouche et maudit le jour de sa naissance.2Il prit la parole et dit :3« Périssent le jour qui m’a vu naître et la nuit qui a déclaré : “Un homme vient d’être conçu !”4Ce jour-là, qu’il soit ténèbres ; que Dieu, de là-haut, ne le convoque pas, que nulle clarté sur lui ne resplendisse !5Que le revendiquent ténèbres et ombre de mort, qu’une nuée sur lui repose, que les éclipses l’épouvantent !6Cette nuit-là, que l’obscurité s’en empare, qu’elle ne s’ajoute pas aux jours de l’année, qu’elle n’entre pas dans le compte des mois !7Oui, que cette nuit soit stérile, que nul cri d’allégresse n’y résonne !8Qu’elle soit malédiction pour ceux qui maudissent le jour, ceux qui sont prêts à réveiller Léviathan !9Que s’éteignent les étoiles de son aube, que cette nuit attende en vain la lumière, et n’entrevoie pas les paupières de l’aurore !10Car elle n’a pas scellé pour moi les portes de la matrice ni voilé à ma vue la misère.11Pourquoi ne suis-je pas mort dès le sein de ma mère, n’ai-je pas expiré au sortir de son ventre ?12Pourquoi s’est-il trouvé deux genoux pour me recevoir, deux seins pour m’allaiter ?13Maintenant je serais étendu, au calme, je dormirais d’un sommeil reposant,14avec les rois et les conseillers de la terre qui se bâtissent des mausolées,15ou avec les princes qui ont de l’or et remplissent d’argent leurs demeures.16Ou bien, comme l’avorton que l’on dissimule, je n’aurais pas connu l’existence, comme les petits qui n’ont pas vu le jour.17Là, au séjour des morts, prend fin l’agitation des méchants, là reposent ceux qui sont exténués.18De même, les prisonniers sont en paix, ils n’entendent plus les cris du gardien.19Petits et grands, là, sont égaux, et l’esclave est affranchi de son maître.20Pourquoi Dieu donne-t-il la lumière à un malheureux, la vie à ceux qui sont pleins d’amertume,21qui aspirent à la mort sans qu’elle vienne, qui la recherchent plus avidement qu’un trésor ?22Ils se réjouiraient, ils seraient dans l’allégresse, ils exulteraient s’ils trouvaient le tombeau.23Pourquoi Dieu donne-t-il la vie à un homme dont la route est sans issue, et qu’il enferme de toutes parts ?24En guise de pain, je n’ai que mes sanglots ; comme les eaux, mes rugissements déferlent.25La terreur qui me terrifie se réalise, et ce que je redoute m’arrive.26Ni calme pour moi, ni tranquillité, ni repos, rien que tourment ! »
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1Élifaz de Témane prit la parole et dit :2« Allons-nous t’adresser une parole ? Tu n’en peux plus ! Mais qui pourrait garder le silence ?3Tu faisais la leçon à beaucoup, tu soutenais les mains défaillantes ;4tes propos redressaient celui qui perdait pied, tu fortifiais les genoux chancelants.5Et maintenant que cela t’arrive, tu te décourages ; te voici atteint, et tu es bouleversé.6Ta piété n’est-elle pas ton appui, ta vie intègre n’est-elle pas ton espérance ?7Souviens-toi : quel innocent a jamais péri ? En quel lieu des hommes droits ont-ils disparu ?8Je l’ai bien vu, moi : les laboureurs d’iniquité et les semeurs de misère eux-mêmes la moissonnent.9Sous l’haleine de Dieu ils périssent, au souffle de sa colère ils sont anéantis.10Le lion a beau rugir, le fauve gronder : les crocs des lionceaux seront brisés.11Le lion adulte périt faute de proie, les petits de la lionne se dispersent.12Une parole furtive m’est venue, mon oreille en a perçu le murmure.13Dans les cauchemars, les visions de la nuit, quand tombe une torpeur sur les humains,14un effroi m’a saisi, un frisson a fait trembler tous mes os :15un souffle a glissé sur ma face, il a hérissé les poils de ma chair.16Quelqu’un se tenait là, inconnu de moi, une forme devant mes yeux. Un silence… puis une voix s’est fait entendre :17“Le mortel aurait-il raison contre Dieu, l’homme serait-il pur devant son Auteur ?18Si Dieu ne fait pas même confiance à ses serviteurs, et qu’il persuade ses anges d’égarement,19que dire alors des habitants de ces maisons d’argile, fondées elles-mêmes sur la poussière ! On les écrase comme une teigne ;20en l’espace d’un jour, ils sont pulvérisés ; sans qu’on y prenne garde, à jamais ils périssent.21Leurs attaches ne sont-elles pas rompues ? Ils meurent, faute de sagesse.”
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1Fais donc appel ! Y a-t-il quelqu’un pour te répondre ? Parmi les saints, auquel pourras-tu t’adresser ?2En vérité, la hargne tue l’insensé, la jalousie fait mourir le sot.3J’ai vu, moi, l’insensé prendre racine, mais aussitôt j’ai maudit sa demeure :4“Que ses fils soient écartés du salut, accablés au tribunal sans que personne les délivre !5Ce qu’il a récolté, que l’affamé le dévore, que malgré les épines on s’en empare, et sa fortune, que les assoiffés l’engloutissent !”6L’iniquité ne sourd pas de la terre, la misère ne germe pas du sol ;7l’homme, lui, est né pour la misère, comme les aigles sont faits pour s’envoler.8Quant à moi, j’aurai recours à Dieu ; à Dieu, j’exposerai ma cause.9Il est l’auteur de grandes œuvres, insondables, d’innombrables merveilles.10Il répand la pluie à la surface de la terre, il arrose les campagnes ;11il élève les humbles, les affligés parviennent au salut ;12il déjoue les astuces des fourbes, empêchés de mener à bien leurs intrigues ;13il attrape les sages à leur astuce, il prend de vitesse le conseil des retors.14Ceux-là, en plein jour, se heurtent aux ténèbres, à midi ils tâtonnent comme en pleine nuit.15Le Seigneur sauve le pauvre du glaive, de leur bouche et de leur main puissante.16Alors le faible renaît à l’espoir et l’injustice se trouve muselée.17Oui, heureux l’homme que Dieu corrige ! Ne va pas dédaigner la leçon du Puissant !18Car c’est lui qui blesse et panse la plaie, lui qui meurtrit et dont les mains guérissent.19De six angoisses il te préservera ; à la septième, le mal ne t’atteindra pas.20Dans la famine, il t’affranchira de la mort, dans le combat, des atteintes du glaive.21Du fouet de la langue tu seras à l’abri ; rien à craindre à l’approche du pillage.22Désastre, famine, tu t’en riras ; des bêtes de la terre, n’aie pas peur !23Tu concluras une alliance avec les pierres des champs, et la bête sauvage sera en paix avec toi.24La tente où tu habites, tu la trouveras en paix ; quand tu visiteras ta demeure, rien n’y manquera.25Ta postérité, tu la verras nombreuse, tes rejetons, comme la verdure de la terre.26Tu entreras dans la tombe mûr comme la gerbe mise en meule en son temps.27Voilà ce que nous avons observé : c’est ainsi. Écoute, et fais-en ton profit. »
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1Job prit la parole et dit :2« Ah ! Si l’on pouvait peser mon affliction, et sur la balance mettre aussi ma détresse !3Mais elles sont plus pesantes que le sable des mers. C’est pourquoi mes paroles s’étranglent.4Les flèches du Puissant me transpercent, c’est leur venin que boit mon esprit. Les terreurs de Dieu se rangent contre moi.5L’âne sauvage va-t-il braire devant l’herbe tendre, le bœuf meugler auprès de son fourrage ?6Un mets fade se mange-t-il sans sel, le blanc de l’œuf a-t-il quelque saveur ?7Je me refuse à y toucher ; ce n’est que nourriture écœurante.8Ah, si seulement se réalisait ma requête, si Dieu répondait à mon attente,9si Dieu consentait à me broyer, s’il étendait sa main et me retranchait !10J’aurais du moins la consolation – sursaut de joie dans une torture insoutenable – de n’avoir pas renié les décrets du Dieu Saint.11Quelle est ma force pour que j’espère ? Qu’y a-t-il au terme pour que je prolonge ma vie ?12Ma force est-elle celle du roc, ma chair est-elle de bronze ?13Ne suis-je pas sans appui, et toute ressource ne m’a-t-elle pas quitté ?14À l’homme découragé devrait aller la pitié de son prochain, même s’il rejette la crainte du Puissant.15Mes frères, eux, ont trahi comme un torrent, comme le lit des torrents passagers :16la glace les assombrit, sur eux s’amoncelle la neige ;17mais à la saison brûlante, ils tarissent, sous l’ardeur du soleil, sur place, ils s’évaporent.18À leur recherche, les caravanes quittent la piste, s’enfoncent dans le désert et périssent.19Les caravanes de Téma les cherchent du regard, en eux espèrent les convois de Saba.20Mais ils sont déçus dans leur confiance ; arrivés sur les lieux, ils restent confondus.21Ainsi êtes-vous pour moi à présent : à ma vue, saisis d’effroi, vous êtes pris de panique.22Vous ai-je dit : “Faites-moi un cadeau, et sur votre fortune offrez-moi un présent ;23de la main de l’ennemi arrachez-moi, libérez-moi du pouvoir des tyrans” ?24Instruisez-moi, alors je me tairai ; montrez-moi en quoi j’ai failli !25En quoi peuvent blesser des paroles de droiture ? Que trouvez-vous à critiquer ?26Prétendez-vous censurer des mots ? Les paroles d’un désespéré, le vent les emporte.27Vous iriez jusqu’à tirer au sort l’orphelin, jusqu’à mettre aux enchères votre ami !28Et maintenant, décidez-vous, tournez-vous vers moi ! Vous mentirais-je en face ?29Revenez donc ! Pas de perfidie ! Encore une fois, revenez : il y va de ma justice !30Y a-t-il de la perfidie sur ma langue ? Mon palais ne sait-il pas discerner l’infortune ?
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1Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée, il fait des journées de manœuvre.2Comme l’esclave qui désire un peu d’ombre, comme le manœuvre qui attend sa paye,3depuis des mois je n’ai en partage que le néant, je ne compte que des nuits de souffrance.4À peine couché, je me dis : “Quand pourrai-je me lever ?” Le soir n’en finit pas : je suis envahi de cauchemars jusqu’à l’aube.5Ma chair s’est revêtue de vermine et de croûtes terreuses, ma peau se crevasse et suppure.6Mes jours sont plus rapides que la navette du tisserand, ils s’achèvent faute de fil.7Souviens-toi, Seigneur : ma vie n’est qu’un souffle, mes yeux ne verront plus le bonheur.8Je serai invisible aux yeux qui me voyaient ; tes yeux seront sur moi, mais je ne serai plus.9Comme la nuée se dissipe et s’évanouit, celui qui descend au séjour des morts n’en remonte pas ;10il ne retourne pas dans sa maison, sa demeure ne le connaît plus.11C’est pourquoi je ne peux retenir ma langue, dans mon angoisse je parlerai, dans mon amertume je me plaindrai.12Et moi, suis-je la Mer, ou le Dragon, pour que tu postes une garde contre moi ?13Je me dis : “Le sommeil me consolera, la nuit apaisera mes plaintes.”14Mais alors tu m’effraies par des songes, tu m’épouvantes par des cauchemars.15J’en arrive à souhaiter qu’on m’étrangle : la mort plutôt que mes douleurs !16Je suis à bout de patience, je ne vivrai pas toujours ; laisse-moi donc : mes jours ne sont qu’un souffle !17Qu’est-ce que l’homme, pour que tu en fasses tant de cas ? Tu fixes sur lui ton attention,18tu l’inspectes chaque matin, tu le scrutes à tout instant.19Ne peux-tu cesser de me regarder, le temps que j’avale ma salive ?20Si j’ai péché, en quoi t’ai-je offensé, “toi, le gardien de l’homme ?” Pourquoi me prendre pour cible, pourquoi te serais-je un fardeau ?21Ne peux-tu tolérer mes péchés, passer sur mes fautes ? Me voici bientôt étendu dans la poussière ; tu me chercheras, mais je ne serai plus. »
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1Bildad de Shouah prit la parole et dit :2« Vas-tu longtemps encore tenir de tels propos, et donner libre cours à ce vent de paroles ?3Dieu peut-il fausser le droit, le Puissant, fausser la justice ?4Si tes fils pèchent contre lui, il les livre au pouvoir de leur crime.5Quant à toi, si tu cherches Dieu, si tu supplies le Puissant,6si tu es honnête et droit, alors, il veillera sur toi et rétablira ta demeure dans la justice.7Ta condition ancienne sera peu de chose au regard de la nouvelle.8Interroge la génération passée, médite sur l’expérience de ses pères.9Puisque, nés d’hier, nous ne savons rien et que nos jours passent comme une ombre sur terre,10ne vont-ils pas, eux, t’instruire et t’enseigner, et de leur cœur tirer des sentences ?11“Le jonc pousse-t-il hors des marais ? Privé d’eau, le roseau peut-il croître ?12Encore en sa fleur et sans qu’on l’ait cueilli, avant toute herbe il se dessèche.”13Tel est le sort de ceux qui oublient Dieu, ainsi périt l’espoir de l’impie.14Son assurance n’est qu’un fil, sa confiance, une toile d’araignée.15S’appuie-t-il sur sa maison, elle ne tient pas, s’y cramponne-t-il, elle ne résiste pas.16Plein de sève au soleil, il étend ses jeunes pousses par-dessus son jardin,17ses racines se nouent dans un amas de pierres, il explore les creux des rochers.18Mais si on l’arrache de son lieu, celui-ci le renie : “Je ne t’ai jamais vu !”19Et voilà que son destin se corrompt, tandis que du sol quelqu’un d’autre va germer.20Vois : Dieu ne rejette pas l’homme intègre, ni ne prête main-forte aux malfaiteurs.21De rire encore il emplira ta bouche, et tes lèvres d’ovations.22Tes ennemis seront couverts de honte, et les tentes des méchants disparaîtront. »
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1Job prit la parole et dit :2« En vérité, je sais bien qu’il en est ainsi : Comment l’homme pourrait-il avoir raison contre Dieu ?3Si l’on s’avise de discuter avec lui, on ne trouvera pas à lui répondre une fois sur mille.4Il est plein de sagesse et d’une force invincible, on ne lui tient pas tête impunément.5C’est lui qui déplace les montagnes à leur insu, qui les renverse dans sa colère ;6il secoue la terre sur sa base, et fait vaciller ses colonnes.7Il donne un ordre, et le soleil ne se lève pas, et sur les étoiles il appose un sceau.8À lui seul il déploie les cieux, il marche sur la crête des vagues.9Il fabrique la Grande Ourse, Orion, les Pléiades et les constellations du Sud.10Il est l’auteur de grandes œuvres, insondables, d’innombrables merveilles.11S’il passe à côté de moi, je ne le vois pas ; s’il me frôle, je ne m’en aperçois pas.12S’il s’empare d’une proie, qui donc lui fera lâcher prise, qui donc osera lui demander : “Que fais-tu là ?”13Dieu ne retient pas sa colère : sous ses pieds se prosternent les auxiliaires de Rahab.14Et moi, je prétendrais lui répliquer ! je chercherais des arguments contre lui !15Même si j’ai raison, à quoi bon me défendre ? Je ne puis que demander grâce à mon juge.16Même s’il répond quand je fais appel, je ne suis pas sûr qu’il écoute ma voix !17Lui qui dans la tempête m’écrase et multiplie sans raison mes blessures,18il ne me laisse même pas reprendre haleine, tant il m’abreuve d’amertume.19Recourir à la force ? Il est la puissance même. Faire appel au droit ? Mais qui l’assignera ?20Même si je suis juste, ma bouche me condamne ; innocent, elle me déclare pervers.21Suis-je un homme intègre ? Je ne sais plus moi-même. Vivre me répugne.22C’est tout un, je l’ai bien dit : il extermine pareillement l’homme intègre et le criminel.23Si un fléau répand soudain la mort, lui se moque de la détresse des innocents.24Un pays est-il livré aux mains du criminel, il met un voile sur la face de ses juges. Si ce n’est lui, qui est-ce donc ?25Mes jours, plus rapides qu’un coureur, ont fui sans voir le bonheur.26Ils ont glissé comme barques de jonc, comme l’aigle qui fond sur sa proie.27Si je me dis : “Oublie ta plainte, déride ton visage, montre ta joie”,28je redoute tous mes tourments, je sais que tu ne m’acquitteras pas.29Si je suis coupable, à quoi bon me fatiguer en vain ?30Si je me lave avec de la neige, si je purifie mes mains à la soude,31tu me plonges dans la fange, et mes vêtements ont horreur de moi.32Car lui n’est pas comme moi un humain pour que je lui réplique et qu’ensemble nous allions en justice.33Pas d’arbitre entre nous pour poser la main sur nous deux,34pour écarter de moi son bâton, et pour que sa terreur ne m’épouvante plus.35Alors je parlerais sans avoir peur de lui. Mais il n’en est rien : je suis face à moi-même.
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1La vie me dégoûte, je veux donner libre cours à ma plainte, d’un cœur amer, je parlerai.2Je dirai à Dieu : Ne me condamne pas, fais-moi connaître tes griefs contre moi.3Est-ce un bien pour toi d’opprimer, de renier l’œuvre de tes mains et de favoriser les intrigues des méchants ?4As-tu des yeux de chair, et ton regard est-il celui des humains ?5tes jours sont-ils comme les jours d’un mortel, et tes années, comme celles d’un homme,6pour que tu recherches mon crime et que tu enquêtes sur mon péché,7bien que tu me saches non coupable et que nul ne puisse délivrer de ta main ?8Tes mains m’ont façonné, créé, de toutes pièces, et tu voudrais me détruire !9Souviens-toi : tu m’as pétri comme l’argile, et tu me ramènerais à la poussière !10Ne m’as-tu pas versé comme le lait, et fait prendre comme le fromage ?11De peau et de chair tu m’as vêtu, d’os et de nerfs tu m’as tissé.12Tu m’as donné vie et amour, veillant sur mon souffle avec sollicitude.13Mais tu as gardé une arrière-pensée, je sais ce que tu trames :14si je commets un péché, tu me prends sur le fait et ne me tiens pas quitte de ma faute.15Si je suis coupable, malheur à moi ! Si j’ai raison, je n’ose lever la tête, gorgé de honte, abreuvé d’affliction.16Si je me relève, tel un lion tu me pourchasses, tu redoubles contre moi tes exploits,17tu m’opposes de nouveaux témoins, tu augmentes ta colère envers moi, des troupes contre moi se relayent.18Pourquoi donc m’as-tu fait sortir du sein maternel ? J’aurais expiré, nul œil ne m’aurait vu ;19je serais comme n’ayant pas été, on m’aurait porté du ventre à la tombe.20N’est-ce pas peu de chose que la durée de mes jours ? Retire-toi de moi pour que j’éprouve un peu de joie,21avant que je m’en aille sans retour au pays des ténèbres et de l’ombre de mort,22pays où le crépuscule est obscurité, ombre de mort et désordre, où la clarté même est obscure. »
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1Sofar de Naama prit la parole et dit :2« Un tel flot de paroles restera-t-il sans réponse ? Suffit-il d’être verbeux pour avoir raison ?3Tes bavardages feront-ils taire les gens, te moqueras-tu sans que nul te confonde ?4Tu as dit : “Mon savoir est irréprochable, je suis pur à tes yeux !”5Mais si seulement Dieu voulait parler, si pour toi il desserrait les lèvres,6s’il te dévoilait les secrets de la sagesse tellement subtils à entendre, alors tu saurais que Dieu oublie une part de tes fautes.7Prétends-tu sonder la profondeur de Dieu, atteindre la perfection du Puissant ?8Elle est haute comme les cieux : que feras-tu ? plus abyssale que le séjour des morts : qu’en sauras-tu ?9Plus longue que la terre est son étendue, et plus vaste que la mer !10S’il vient à passer, s’il emprisonne, s’il convoque en justice, qui l’en détournera ?11Car lui connaît les hommes de rien, sans peine il discerne le mal.12Un écervelé peut accéder à la raison, un ânon sauvage devenir un homme !13Et toi, si tu affermis ton cœur et tends les paumes vers Dieu,14si tu écartes le mal dont tu es responsable et n’héberges pas l’injustice sous ta tente,15alors tu lèveras un visage sans reproche, tu seras ferme et sans crainte.16Ta peine, tu l’oublieras, tu t’en souviendras comme d’une eau déjà écoulée.17Plus radieuse que midi ta vie se lèvera, le crépuscule brillera comme le matin.18Tu seras confiant car il y aura de l’espoir, et, protégé, tu dormiras tranquille.19Ton repos, nul ne le troublera, et beaucoup rechercheront tes faveurs.20Quant aux méchants, leurs yeux se consument, tout refuge leur fait défaut. Leur espoir, c’est de rendre l’âme. »
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1Job prit la parole et dit :2« Vraiment, c’est vous qui êtes la voix du peuple, et avec vous mourra la sagesse !3Moi aussi, comme vous, je sais réfléchir, je ne vous suis nullement inférieur. Et qui ne disposerait d’arguments semblables ?4Je suis la risée du prochain, moi qui appelle vers Dieu pour qu’il réponde. Objet de risée, le juste parfait !5Au malchanceux, le mépris ! pense l’homme heureux. Un coup de plus à ceux dont le pied chancelle !6Elles sont en paix, les tentes des pillards ; ils sont tranquilles, ceux qui provoquent Dieu et celui qui veut mettre Dieu en son pouvoir.7Mais interroge donc le bétail, il t’instruira, l’oiseau du ciel, il te renseignera ;8parle avec la terre, elle t’apprendra ; ils te raconteront, les poissons de la mer.9Qui ne sait, parmi tous ces êtres, que la main du Seigneur a fait cela,10lui qui tient dans sa main l’âme de tout vivant et le souffle de toute créature humaine ?11N’est-ce pas l’oreille qui apprécie les mots, le palais qui goûte les mets ?12N’est-ce pas chez les vieillards que se trouve la sagesse, dans le grand âge le discernement ?13En Dieu sagesse et puissance, à lui conseil et intelligence.14S’il détruit, nul ne peut rebâtir ; s’il enferme un homme, nul n’ouvrira.15S’il retient les eaux, c’est la sécheresse ; s’il les relâche, elles bouleversent la terre.16En lui force et prudence, à lui l’homme égaré et celui qui égare.17Il fait marcher nu-pieds les conseillers et frappe les juges de folie.18Il enlève le baudrier des rois et leur passe une corde aux reins.19Il fait marcher nu-pieds les prêtres et renverse les puissants.20Il ôte le langage aux hommes les plus sûrs, retire aux vieillards la sagacité.21Il déverse le mépris sur les notables, dénoue le ceinturon des forts.22Il met à découvert les profondeurs des ténèbres, fait sortir à la lumière l’ombre de mort.23Il agrandit les nations, et les fait périr, laisse les peuples s’étendre, et les déporte.24Il ôte l’intelligence aux chefs de la populace, les égare dans un chaos sans chemin ;25là ils tâtonnent dans les ténèbres, sans lumière, égarés comme des ivrognes.
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1Oui, tout cela, mon œil l’a vu, mon oreille l’a entendu et compris.2Ce que vous savez, je le sais, moi aussi, je ne vous suis nullement inférieur.3Mais moi, c’est au Puissant que je veux parler, c’est contre Dieu que je veux récriminer.4Vous, vous n’êtes que badigeonneurs de mensonge, guérisseurs de néant !5Ah ! Si seulement vous gardiez une bonne fois le silence, il vous tiendrait lieu de sagesse !6Écoutez donc ma récrimination, au plaidoyer de mes lèvres, prêtez l’oreille.7Est-ce pour Dieu que vous dites des paroles injustes, pour lui que vous débitez des faussetés ?8Prenez-vous donc son parti ? Est-ce pour Dieu que vous plaidez ?9Serait-il bon qu’il enquête sur vous ? Se moque-t-on de lui comme on se joue d’un homme ?10Il vous reprocherait sûrement d’avoir pris parti en secret !11Sa grandeur ne vous effraie donc pas ? Est-ce que sa terreur ne fond pas sur vous ?12Vos références : des maximes de cendre ! Vos défenses : des défenses d’argile !13Taisez-vous devant moi ! C’est moi qui vais parler, et m’advienne que pourra !14J’emporte ma chair entre mes dents, je mets ma vie en jeu.15S’il doit me tuer, je n’ai plus d’espoir : je veux seulement, face à lui, justifier ma conduite.16Et cela même sera mon salut, car nul impie ne viendrait en sa présence.17Écoutez, écoutez ma parole, prêtez l’oreille à mon explication.18Voici : j’ai intenté un procès ; c’est moi qui ai raison, je le sais.19Y aurait-il quelqu’un pour plaider contre moi ? À l’instant, je n’aurais qu’à me taire et à expirer !20Épargne-moi seulement deux choses, alors je ne me cacherai pas devant ta face :21éloigne ta main qui pèse sur moi, et que ta terreur ne m’épouvante plus.22Puis appelle, et moi je répondrai ; ou bien je parlerai, et tu me répliqueras.23Combien ai-je commis de fautes et de péchés ? Ma transgression et mon péché, fais-les moi connaître.24Pourquoi caches-tu ta face et me considères-tu comme un ennemi ?25Veux-tu faire trembler une feuille qui s’envole, et poursuivre une paille sèche,26pour que tu rédiges contre moi d’amères sentences, que tu m’imputes des fautes de jeunesse,27que tu fixes mes pieds dans des blocs de bois, que tu observes toutes mes démarches et relèves l’empreinte de mes pas ?28Et tout cela contre un être qui se désagrège comme bois vermoulu, comme vêtement dévoré par la teigne !
14
1L’homme, né de la femme, vit peu de jours, rassasié de tourments ;2comme fleur, il germe et se fane ; tel une ombre, il fuit sans s’arrêter.3Et toi, Dieu, c’est sur lui que tu fixes ton regard, c’est moi que tu obliges à comparaître avec toi !4Qui tirera le pur de l’impur ? Personne !5Puisque ses jours sont décrétés, que tu as décidé du nombre de ses mois, et fixé sa limite, infranchissable,6détourne de lui ton regard, et laisse-le, jusqu’à ce que, tel un salarié, il s’acquitte de sa journée !7Car il y a pour l’arbre un espoir : une fois coupé, il peut verdir encore et les jeunes pousses ne lui feront pas défaut.8Quand bien même sa racine aurait vieilli en terre, et que la souche serait morte dans le sol,9dès qu’il flaire l’eau, il bourgeonne et se fait une ramure comme un jeune plant.10L’homme qui meurt reste inerte ; quand un humain expire, où donc est-il ?11Les eaux pourront quitter la mer, les fleuves, tarir et se dessécher :12mais l’homme, une fois couché, ne se relèvera plus. Les cieux disparaîtront avant qu’il ne s’éveille, qu’il ne sorte de son sommeil.13Ah ! Si seulement tu me cachais au séjour des morts et me dissimulais jusqu’à ce que reflue ta colère ! Tu me fixerais un terme où tu te souviendrais de moi.14– Mais l’homme qui meurt va-t-il revivre ? Tous les jours de mon service, j’attendrais, jusqu’à ce que vienne ma relève.15Tu m’appellerais et je te répondrais, tu languirais après l’œuvre de tes mains.16Alors que maintenant tu dénombres mes pas, tu n’épierais plus mon péché ;17scellée dans un coffret serait ma transgression, et tu blanchirais ma faute.18Mais la montagne tombe et s’écroule, le rocher bouge de sa place,19l’eau creuse les pierres, l’averse emporte la poussière du sol : ainsi, l’espoir de l’homme, tu l’anéantis.20Tu terrasses l’homme pour toujours et il s’en va ; tu le défigures, puis tu le renvoies.21Ses fils sont-ils honorés, il n’en sait rien ; sont-ils méprisés, il l’ignore.22Sa chair ne ressent que ses propres souffrances, son âme ne gémit que sur lui-même. »
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1Élifaz de Témane prit la parole et dit :2« Le sage répond-il par des raisons en l’air, gonfle-t-il ses poumons de vent,3pour argumenter avec des discours sans valeur, des mots inutiles ?4Tu en viens à saper la piété, tu discrédites la méditation devant Dieu.5C’est ta faute qui inspire ta bouche, et tu adoptes le langage des fourbes.6Ce qui te condamne, c’est ta bouche, ce n’est pas moi, tes lèvres mêmes témoignent contre toi.7Es-tu né le premier des hommes, as-tu été enfanté avant les collines ?8Aurais-tu écouté au conseil de Dieu, aurais-tu accaparé la sagesse ?9Que sais-tu que nous ne sachions ? Qu’as-tu compris qui ne nous soit familier ?10Parmi nous aussi il y a des cheveux blancs et des vieillards, plus chargés de jours que ton père.11Est-ce trop peu pour toi que le réconfort de Dieu et la parole modérée qui t’est adressée ?12Pourquoi te laisser emporter par ton cœur et pourquoi cligner des yeux13quand tu tournes contre Dieu ta colère et que ta bouche profère des discours ?14Qu’est-ce que l’homme pour se dire intègre, l’enfant de la femme, pour se prétendre juste ?15Dieu, même à ses saints, ne fait pas confiance et le ciel n’est pas pur à ses yeux.16Encore moins le répugnant, le corrompu, l’homme qui boit la perfidie comme de l’eau !17Je vais t’instruire, écoute-moi : ce que j’ai vu, je vais le raconter,18ce que les sages, sans rien dissimuler, relatent d’après leurs pères,19eux à qui seul le pays fut donné sans qu’aucun étranger se soit infiltré parmi eux.20Tous les jours de sa vie, le méchant se tourmente, les années du tyran sont strictement comptées.21Des voix effrayantes hurlent à ses tympans ; en pleine paix, le dévastateur vient l’attaquer.22Il ne croit plus pouvoir échapper aux ténèbres et se voit promis au glaive.23Il erre çà et là, mais où trouver du pain ? Il le sait : le sort qui l’attend, c’est un jour de ténèbres.24La détresse et l’angoisse l’envahissent, elles le terrassent comme un roi qui se prépare à l’assaut.25Car il a levé la main contre Dieu, il a bravé le Puissant.26Il fonçait sur lui tête baissée, sous le dos épais de ses boucliers.27Oui, son visage s’est couvert de graisse, ses reins ont pris de l’embonpoint.28Il a occupé des villes détruites, des maisons inhabitables, qui menaçaient ruine.29Il ne s’enrichira pas, sa fortune ne tiendra pas, il n’étendra pas ses possessions dans le pays.30Il n’échappera pas aux ténèbres, une flamme desséchera ses jeunes pousses et il s’enfuira au souffle de la bouche de Dieu.31Qu’il ne mise pas sur la fraude, il ferait fausse route, car la fraude serait son salaire.32Cela s’accomplira avant le temps et sa ramure ne reverdira plus.33Comme la vigne, il laissera choir ses fruits encore verts, il perdra, comme l’olivier, sa floraison.34Car stérile est l’engeance de l’impie, et le feu dévore les tentes de la corruption.35Qui conçoit le méfait enfante le malheur et c’est la perfidie qui mûrit dans son sein. »
16
1Job prit la parole et dit :2« Que de fois ai-je entendu de tels propos ! Vous êtes tous de piètres consolateurs !3À ces paroles de vent, y aura-t-il une fin ? Et qu’est-ce qui t’incite, toi, à répliquer ?4Moi aussi, je parlerais comme vous, si vous étiez à ma place ; je vous accablerais de discours et je hocherais la tête à votre sujet.5Je vous réconforterais par mes paroles, et le mouvement de mes lèvres vous serait un soulagement.6À présent, si je parle, ma douleur n’est pas soulagée ; si je m’abstiens, va-t-elle pour autant s’en aller ?7Or maintenant on m’a poussé à bout. – Oui, tu as ravagé tout mon entourage,8tu m’as couvert de rides. Ma maigreur se fait témoin ; elle se dresse devant moi et m’accuse en face.9Mon adversaire, dans sa colère, me déchire, me traque, il grince des dents contre moi, il aiguise sur moi ses regards.10Les gens ouvrent leur bouche contre moi ; ils me giflent en m’insultant ; ensemble, contre moi ils s’ameutent.11Dieu me livre à des garnements, aux mains des méchants il me jette.12J’étais paisible, il m’a brisé, il m’a saisi par la nuque et mis en pièces ; il m’a dressé comme cible,13ses flèches me cernent, il transperce mes reins sans pitié, il répand ma bile sur le sol.14Il ouvre en moi brèche sur brèche, fonce sur moi, tel un guerrier.15J’ai cousu le sac de deuil sur ma peau, traîné mon front dans la poussière.16Mon visage est rougi par les pleurs, sur mes paupières s’étend l’ombre de mort.17Pourtant, nulle violence en mes mains et ma prière est pure !18Terre, ne couvre pas mon sang, et que rien n’arrête mes cris !19Même maintenant, j’ai dans le ciel mon témoin, dans les hauteurs mon répondant.20Mes amis se moquent de moi, c’est vers Dieu que pleurent mes yeux.21Ah, si Dieu pouvait être arbitre entre l’homme et lui-même, comme entre un fils d’homme et son semblable !22Car elles sont comptées, les années à venir, et je vais prendre un chemin sans retour.
17
1Mon souffle s’épuise, mes jours s’éteignent ; pour moi le cimetière !2Ne suis-je pas objet de raillerie, l’œil tenu éveillé par leurs provocations ?3Dépose donc ma caution près de toi : qui d’autre accepterait un gage de ma main ?4Puisque tu as fermé leur cœur à la raison, tu ne vas pas les faire triompher !5“Tel homme invite ses amis à un partage, alors que se consument les yeux de ses enfants.”6Voilà le proverbe que les gens m’appliquent, je suis celui à qui l’on crache au visage.7De chagrin mon œil s’éteint, tous mes membres sont comme l’ombre.8Les hommes droits en sont stupéfaits et l’innocent contre l’impie s’indigne.9Cependant le juste tient ferme son chemin, et celui qui a les mains pures redouble d’efforts.10Quant à vous, revenez tous, venez donc ! Je ne trouverai aucun sage parmi vous.11Mes jours ont passé, brisés sont mes plans, les désirs de mon cœur.12On veut faire de la nuit le jour ; face aux ténèbres, on prétend que la lumière est proche.13Si je dois espérer le séjour des morts comme demeure, étendre dans les ténèbres ma couche,14appeler la fosse “mon père”, la vermine “ma mère et ma sœur”,15où donc est mon espoir ? mon espérance, qui l’entrevoit ?16Elle descendra jusqu’au fond du séjour des morts, quand ensemble nous enfoncerons dans la poussière. »
18
1Bildad de Shouah prit la parole et dit :2« Quand donc mettrez-vous un terme aux discours ? Réfléchissez, ensuite nous parlerons.3Pourquoi passerions-nous pour des bêtes et serions-nous stupides à vos yeux ?4Ô toi, qui te déchires dans ta colère, à cause de toi la terre sera-t-elle désolée, le rocher, changé de place ?5Oui, la lumière du méchant s’éteint, la flamme de son feu ne brille plus.6La lumière s’obscurcit dans sa tente, sa lampe au-dessus de lui s’éteint.7Ses pas vigoureux se raccourcissent, ses intrigues le font trébucher,8car il se prend les pieds dans le filet, il marche sur un piège.9Un lacet le saisit au talon ; un collet se referme sur lui.10Cachée dans la terre, une corde l’attend, et sur le sentier, une trappe.11Autour de lui des terreurs l’épouvantent et s’accrochent à ses pas.12En pleine vigueur il souffre la faim, et le malheur se tient à ses côtés.13Il dévore sa peau, le démon de la mort, il la dévore par lambeaux.14On l’arrache à la sécurité de sa tente, on le conduit vers le roi des terreurs.15Un autre habite sous sa tente qui ne lui appartient plus ; sur sa demeure on répand du soufre.16En bas, ses racines se dessèchent ; en haut, ses rameaux se flétrissent.17Sa mémoire est effacée de la terre, il n’a plus de nom dans la contrée.18De la lumière on le pousse dans les ténèbres, et du monde on le chasse.19Pas de lignée pour lui, ni de postérité dans son peuple, et point de survivant en ses lieux de séjour.20Son destin stupéfie ceux de l’Occident, ceux de l’Orient sont saisis d’effroi.21Oui, telles sont les demeures du criminel, le lieu de qui ne connaît pas Dieu. »
19
1Job prit la parole et dit :2« Allez-vous longtemps encore affliger mon âme et m’écraser avec des mots ?3Voilà dix fois que vous m’outragez, que sans vergogne vous me rudoyez.4S’il est vrai que j’ai fait un faux pas, mon faux pas ne regarde que moi.5Si vraiment avec moi vous le prenez de haut et me reprochez mon déshonneur,6sachez alors que c’est Dieu qui a violé mon droit et qui m’a pris dans son filet.7Si je crie à la violence, pas de réponse ; j’ai beau appeler, pas de jugement !8Il a barré ma route pour que je ne passe pas, et sur mes sentiers il a mis des ténèbres.9De ma gloire il m’a dépouillé, il a enlevé la couronne de ma tête.10Il me ruine de toutes parts, et je m’en vais ; il déracine, comme un arbre, mon espérance.11Enflammé de colère contre moi, il me traite comme ses ennemis.12Ensemble arrivent ses troupes, elles remblayent leur route jusqu’à moi, elles campent autour de ma tente.13Mes frères, il les a éloignés de moi ; ceux qui me connaissent prennent soin de m’éviter.14Mes proches ont disparu, mes intimes m’ont oublié.15Les hôtes de ma maison et mes servantes me considèrent comme un inconnu ; à leurs yeux, je suis devenu un étranger.16Si j’appelle mon serviteur, il ne répond pas, je dois le supplier de ma bouche.17Mon haleine répugne à ma femme, mon souffle à mes propres enfants.18Même les garnements ont pour moi du mépris ; si je me lève, ils parlent contre moi.19Tous mes confidents m’ont en horreur, ceux que j’aimais se sont tournés contre moi.20Mes os collent à ma peau et à ma chair, et je n’ai pu sauver que ma peau et mes dents !21Ayez pitié de moi, ayez pitié de moi, vous du moins, mes amis, car la main de Dieu m’a frappé.22Pourquoi me poursuivre comme Dieu lui-même ? Ne serez-vous jamais rassasiés de ma chair ?23Ah, si seulement on écrivait mes paroles, si on les gravait sur une stèle24avec un ciseau de fer et du plomb, si on les sculptait dans le roc pour toujours !25Mais je sais, moi, que mon rédempteur est vivant, que, le dernier, il se lèvera sur la poussière ;26et quand bien même on m’arracherait la peau, de ma chair je verrai Dieu.27Je le verrai, moi en personne, et si mes yeux le regardent, il ne sera plus un étranger. Mon cœur en défaille au-dedans de moi.28Lorsque vous dites : “Comment le poursuivre et trouver en lui prétexte à procès ?”,29craignez pour vous-mêmes le glaive, car la colère mérite châtiment par le glaive. Ainsi vous saurez qu’il y a une justice. »
20
1Sofar de Naama prit la parole et dit :2« Eh bien ! Mon trouble m’incite à répliquer à cause de l’émotion que je ressens.3J’entends une leçon qui m’outrage : ma raison me souffle la réponse.4Ne le sais-tu pas ? Depuis toujours, depuis que l’homme a été mis sur la terre,5la jubilation des méchants tourne court et la joie de l’impie ne dure qu’un instant.6Quand sa taille s’élèverait jusqu’au ciel et que sa tête toucherait aux nuages,7comme son ordure, il disparaît à jamais ; ceux qui le voyaient disent : “Où est-il ?”8Comme un songe il s’envole, on ne le trouve plus ; il est chassé comme une vision nocturne.9L’œil qui le regardait le perd de vue et la place où il était ne l’aperçoit plus.10Ses fils doivent mendier auprès des pauvres, et ses propres mains restituer sa fortune.11Ses os étaient pleins de jeunesse : les voilà étendus avec lui sur la poussière.12Même si dans sa bouche le mal est doux, s’il le cache sous sa langue,13le conserve, ne l’abandonne pas, et le retient au fond de son palais,14dans ses entrailles sa nourriture s’altère, dans son intestin c’est un venin d’aspic.15Les richesses qu’il a englouties, il les vomit ; de son ventre, Dieu les expulse.16Il suçait du venin d’aspic : la langue de la vipère le tue.17Il ne verra plus les ruisseaux, les fleuves, les torrents de miel et de crème.18Il rendra son gain, sans pouvoir l’engloutir ; il ne jouira pas non plus du fruit de son commerce.19Parce qu’il a maltraité, abandonné les pauvres, s’est emparé d’une maison au lieu de la bâtir,20parce qu’il n’a pas su modérer son appétit, il ne sauvera aucun de ses trésors.21Nul ne pouvait se soustraire à sa voracité, voilà pourquoi son bonheur ne dure pas.22Au comble de l’abondance, il connaît la gêne ; tous les malheureux portent la main sur lui.23Quand il est sur le point de se remplir le ventre, Dieu lui envoie l’ardeur de sa colère et la fait pleuvoir sur lui en guise de nourriture.24S’il fuit devant l’arme de fer, l’arc de bronze le transperce.25Quand on retire la flèche, qu’elle sort de son dos, que la pointe étincelante sort de son foie, sur lui passent les terreurs.26Toutes les ténèbres menacent ses trésors, un feu le dévore que nul homme n’attise, il ravage ce qui reste dans sa tente.27Les cieux révèlent son crime, et la terre se dresse contre lui.28Les biens de sa maison sont dispersés : grandes eaux, au jour de la colère !29Telle est la part que Dieu réserve à l’homme méchant, l’héritage que Dieu lui promet. »
21
1Job prit la parole et dit :2« Écoutez, écoutez mes paroles, et que s’arrêtent là vos consolations.3Supportez que je parle à mon tour, et quand j’aurai parlé, tu pourras te moquer.4Est-ce d’un homme que je me plains ? Pourquoi, dès lors, ne perdrais-je point patience ?5Tournez-vous vers moi, soyez stupéfaits ; mettez la main sur la bouche.6Quand j’y repense, je suis effrayé et ma chair est saisie d’un frisson.7Pourquoi les méchants demeurent-ils en vie, et même, en vieillissant, accroissent-ils leur fortune ?8Ils voient leur postérité s’affermir auprès d’eux, et leurs rejetons sous leurs yeux.9Leurs maisons en paix ignorent la peur, la férule de Dieu les épargne.10Leur taureau féconde à coup sûr, leur vache met bas sans avorter.11Ils laissent courir leurs gamins comme des brebis, et danser leurs enfants.12Ils saisissent le tambourin et la cithare, ils se réjouissent au son de la flûte.13Ils achèvent leurs jours dans le bonheur, et descendent en paix au séjour des morts.14Pourtant, ils disent à Dieu : “Écarte-toi de nous ; nous ne désirons pas connaître tes chemins !15Qu’est-ce que le Puissant pour que nous le servions ? Quel profit avons-nous à le supplier ?”16– En fait, leur bonheur n’est pas dans leur main : je rejette ces pensées des méchants !17Voit-on souvent la lampe des méchants s’éteindre, le malheur fondre sur eux, et Dieu, dans sa colère, leur donner en partage des souffrances ?18Sont-ils comme paille au vent, comme la bale qu’enlève le tourbillon ?19Dieu réserverait-il pour leurs fils le châtiment ? Qu’il punisse le coupable lui-même, pour qu’il sache !20Que ses propres yeux voient son infortune, et qu’il s’abreuve à la colère du Puissant.21En effet, que lui importe, après lui, sa maison, une fois qu’est tranché le nombre de ses mois !22Est-ce à Dieu qu’on enseigne la science, alors qu’il juge les êtres célestes !23Tel meurt en pleine force, tout tranquille et paisible,24les flancs chargés de graisse, la moelle de ses os encore fraîche.25Tel autre meurt, l’amertume dans l’âme, sans avoir goûté au bonheur.26L’un comme l’autre, dans la poussière ils se couchent, et la vermine les recouvre.27Certes, je connais vos pensées, les plans que vous forgez contre moi.28Quand vous dites : “Où est la maison du notable, où est la tente qu’habitent les méchants ?”,29n’avez-vous pas questionné les voyageurs, ignorez-vous leurs témoignages ?30Au jour du désastre, le méchant est épargné ; au jour de la fureur, il en réchappe.31Qui lui reproche en face sa conduite, et ce qu’il a commis, qui le lui fait payer ?32Lui, on l’escorte au cimetière et on veille sur son tertre.33Douces lui sont les mottes de la vallée, derrière lui tout un peuple défile, devant lui une foule innombrable.34Comment pouvez-vous m’offrir d’aussi vaines consolations ? De vos réponses il ne reste que tromperie. »
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1Élifaz de Témane prit la parole et dit :2« Est-ce à Dieu qu’un homme est utile ? Non, l’homme avisé n’est utile qu’à lui-même.3Qu’importe au Puissant que tu sois juste, que gagne-t-il si tu améliores ta conduite ?4Est-ce à cause de ta piété qu’il te reprend, qu’il vient en jugement avec toi ?5Ta malice n’est-elle pas considérable, et tes fautes sans limite ?6Car tu prenais indûment des gages à tes frères, tu dépouillais de leurs vêtements ceux qui étaient démunis.7Tu n’abreuvais pas d’eau l’homme altéré ; à l’affamé tu refusais le pain.8L’homme de poigne s’emparait de la terre, et son protégé s’y installait.9Tu renvoyais les veuves les mains vides, et tu broyais les bras des orphelins.10Voilà pourquoi des pièges t’environnent, et une terreur soudaine t’épouvante.11Ou bien c’est l’obscurité, tu n’y vois plus, et une masse d’eau te recouvre.12Dieu n’est-il pas là-haut dans le ciel ? Regarde la cime des étoiles : comme elles sont élevées !13Et tu disais : “Que peut savoir Dieu ? Peut-il juger derrière la nuée sombre ?14Les nuages lui forment un voile et lui cachent la vue, il se déplace sur le pourtour des cieux.”15Veux-tu donc suivre la route de jadis que foulèrent les hommes d’iniquité ?16Ils furent emportés avant le temps, quand un fleuve submergea leurs fondations,17eux qui disaient à Dieu : “Écarte-toi de nous !” Or, que faisait pour eux le Puissant ?18Il avait rempli leurs maisons de bonheur ! – Je rejette, moi aussi, les pensées des méchants !19Que les justes voient et se réjouissent, et que l’innocent se moque d’eux :20“Voilà nos adversaires anéantis ! Un feu a consumé leurs biens !”21Allons ! Accorde-toi avec Dieu et fais la paix ; ainsi te reviendra le bonheur.22Accueille de sa bouche l’enseignement, et mets ses paroles dans ton cœur.23Si tu reviens au Puissant, si tu éloignes de ta tente l’iniquité, tu seras rétabli.24Jette à la poussière ton or et aux cailloux du torrent, le métal d’Ophir.25Le Puissant sera ton or et, pour toi, des monceaux d’argent.26Ainsi, tu trouveras tes délices dans le Puissant, et vers Dieu tu élèveras ta face.27Tu le supplieras, il t’écoutera, et tu accompliras tes offrandes votives.28Si tu prends une décision, elle te réussira, et sur tes sentiers brillera la lumière.29Quand Dieu humilie quelqu’un, tu peux dire : “C’est pour son orgueil !”, car celui qui baisse les yeux, il le sauve.30Il délivrera même l’homme qui n’est pas innocent ; celui-ci sera délivré par la pureté de tes mains. »
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1Job prit la parole et dit :2« Aujourd’hui encore ma plainte se révolte, quand de la main je retiens mon gémissement.3Ah ! Qui me donnera de savoir où le trouver, de parvenir jusqu’à sa demeure !4J’organiserais devant lui un procès, et ma bouche serait remplie d’arguments.5Je saurais en quels termes il me répondrait et je comprendrais ce qu’il me dirait.6Lui faudrait-il une grande force pour débattre avec moi ? Non, il n’aurait qu’à me prêter attention.7Là, un homme droit argumenterait avec lui ; pour toujours je serais quitte envers mon juge.8Mais si je vais à l’orient, il n’y est pas ; à l’occident, je ne l’aperçois pas ;9agit-il au nord ? je ne l’atteins pas ; se cache-t-il au midi ? je ne le vois pas.10Lui connaît mon chemin. Qu’il me passe au creuset : j’en sortirai comme l’or.11Mon pied s’est attaché à son pas ; j’ai suivi son chemin sans dévier.12Le précepte de ses lèvres, je ne m’en suis pas écarté ; au-delà de mon devoir j’ai gardé les paroles de sa bouche.13Lui est immuable : qui le fera changer ? Ce qu’il désire, il l’exécute.14Il accomplira son décret sur moi ; et de tels projets, il en a d’innombrables.15Voilà pourquoi, devant lui, je suis effrayé ; plus je réfléchis, plus j’ai peur de lui.16Dieu a découragé mon cœur, le Puissant m’a effrayé :17certes, je n’ai pas été anéanti face aux ténèbres, mais pour autant il n’a pas épargné à mon visage l’obscurité.
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1Puisque les occasions favorables ne sont pas cachées au Puissant, pourquoi ses fidèles ne le voient-ils pas intervenir ?2Les méchants repoussent les bornes, ils conduisent au pâturage des troupeaux volés,3ils emmènent l’âne des orphelins, ils prennent en gage le bœuf de la veuve,4ils écartent du chemin les nécessiteux. Les malheureux du pays doivent se terrer ensemble.5Tels les ânes sauvages du désert, ils sortent pour leur ouvrage en quête de nourriture ; le pain pour leurs petits, c’est la steppe.6Dans les champs, ils coupent du fourrage, et ils grappillent la vigne du méchant.7La nuit, ils la passent nus, faute de vêtements, sans couverture dans le froid.8Trempés par la pluie des montagnes, privés d’abri, ils se blottissent contre le rocher.9On arrache l’orphelin du sein de sa mère et on réclame des gages au pauvre.10Ils s’en vont nus, faute de vêtements ; affamés, ils doivent porter des gerbes ;11dans les enclos des autres, ils extraient de l’huile ; ils foulent aux pressoirs, alors qu’ils sont assoiffés.12Dans la ville, les gens se lamentent ; les blessés, dans un souffle, appellent à l’aide ; mais Dieu ne prête pas attention à la prière !13Quant aux méchants, ils se rebellent contre la lumière, ils n’en reconnaissent pas les chemins et n’en fréquentent pas les sentiers.14Le meurtrier se lève au point du jour, il assassine le pauvre et l’indigent, et, la nuit, il se fait voleur.15L’œil de l’adultère guette le crépuscule ; « Personne ne me verra », dit-il, et il se met un masque sur le visage.16Un autre, dans l’obscurité, force les maisons. Le jour, ils se tiennent claquemurés, ils ne connaissent pas la lumière.17Car pour eux tous, l’ombre de mort est clair matin, accoutumés qu’ils sont aux terreurs de cette ombre.18Ils sont emportés à la surface des eaux, leur part est maudite dans le pays, ils ne prennent plus le chemin des vignes.19Comme la chaleur et l’aridité absorbent l’eau des neiges, le séjour des morts engloutit les pécheurs.20Le sein maternel les oublie, la vermine fait d’eux ses délices, personne ne garde leur souvenir. La perfidie est brisée comme un arbre.21Ils maltraitent la femme stérile, parce qu’elle ne donne pas d’enfant ; ils ne veillent pas au bien-être de la veuve.22Dieu, par sa force, fait durer les puissants, mais quand il se dresse pour juger, l’homme n’est plus sûr de vivre.23S’il leur accorde la confiance pour appui, il garde pourtant les yeux sur leur conduite :24élevés pour un temps, ils ne sont plus ; rabaissés, ils sont moissonnés comme tous les hommes et se fanent comme la tête d’un épi.25N’en est-il pas ainsi ? Qui me démentira ? Qui réduira mes paroles à néant ? »
25
1Bildad de Shouah prit la parole et dit :2« À lui l’empire et la terreur, lui qui établit la paix dans ses hauteurs.3Peut-on dénombrer ses légions, et sur qui sa lumière ne se lève-t-elle pas ?4Comment le mortel pourrait-il avoir raison contre Dieu, comment serait-il pur, l’enfant de la femme ?5Si même la lune perd son éclat, si les étoiles ne sont pas pures à ses yeux,6que dire du mortel, ce ver, du fils d’homme, ce vermisseau ! »
26
1Job prit la parole et dit :2« Comme tu assistes celui qui est sans force et secours le bras sans vigueur !3Comme tu conseilles qui n’a pas de sagesse et dispenses largement le savoir-faire !4À qui adresses-tu des paroles, et qui t’inspire ce qui sort de toi ?5Les ombres tremblent au-dessous des eaux et de leurs habitants.6Le séjour des morts est à nu devant lui, et l’abîme est sans voile.7Il étend les espaces du nord au-dessus du chaos, suspend la terre sur le vide.8Il enserre les eaux dans ses nuages, sans que la nuée crève sous leur poids.9Il dérobe la vue de son trône en déployant sur lui sa nuée.10Il a tracé un cercle sur la face des eaux, à la limite de la lumière et des ténèbres.11Les colonnes du ciel vacillent, épouvantées, à sa menace.12Par sa force il a dompté la mer et, par son intelligence, écrasé le Monstre marin.13Par son souffle il a rendu le ciel serein, sa main a transpercé le Serpent fuyard.14Tels sont les contours de ses œuvres : nous n’en percevons qu’un simple murmure, mais le tonnerre de sa puissance, qui le comprendra ? »
27
1Job reprit le fil de son propos et dit :2« Par la vie de Dieu qui a récusé mon droit, par le Puissant qui m’a rempli d’amertume,3tant que la respiration sera en moi, et le souffle de Dieu dans mes narines,4mes lèvres ne vont pas dire de paroles injustes, ni ma langue murmurer la fausseté.5Loin de moi la pensée de vous donner raison ! Tant que je vivrai, je ne renoncerai pas à mon intégrité.6Je tiens à ma justice, et n’en démordrai pas ; mon cœur ne condamne aucun de mes jours.7Que mon ennemi ait le sort du méchant, et mon adversaire celui de l’injuste !8Car quel sera l’espoir de l’impie quand Dieu le retranchera, quand il ravira son âme ?9Dieu entendra-t-il son cri, quand fondra sur lui la détresse ?10Dans le Puissant trouvait-il ses délices, invoquait-il Dieu en tout temps ?11Je vous enseignerai la manière divine, je ne vous cacherai pas la pensée du Puissant.12Si tous, vous avez vu ce qu’il en est, pourquoi tenir vainement de si vains discours ?13Voici la part que le méchant trouve auprès de Dieu, l’héritage que les tyrans reçoivent du Puissant.14Si ses enfants se multiplient, le glaive les attend ; ses descendants ne pourront se rassasier de pain.15Ses survivants n’auront que la Mort pour les ensevelir, sans que ses veuves puissent pleurer.16S’il amasse l’argent comme poussière, s’il empile des vêtements comme du limon,17qu’il empile ! c’est le juste qui s’en vêtira, et l’argent, c’est l’innocent qui l’aura en partage.18La maison qu’il construit est comme celle de la mite, comme la hutte bâtie par le gardien.19Riche il se couche, mais c’est la fin ; il ouvre les yeux : il n’est plus.20Les terreurs l’assaillent comme les flots ; la nuit, l’ouragan l’emporte.21Soulevé par le vent d’est, il s’en va, un tourbillon le chasse loin de sa demeure.22Sans pitié, on tire sur lui, il cherche à fuir la main qui le frappe.23On applaudit à ce qui lui arrive, il quitte sa demeure sous les sifflets.
28
1Certes, il y a une mine pour l’argent, un lieu pour l’or que l’on affine.2Le fer est tiré du sol, et le cuivre s’obtient d’une pierre fondue.3On met fin aux ténèbres, jusqu’au tréfonds on fouille la pierre obscure et sombre.4On creuse une galerie à l’écart des habitants. Ignorés des passants, les mineurs sont suspendus ; loin de tout être humain, ils oscillent.5La terre d’où sort le pain est bouleversée en ses entrailles comme par un feu.6Ses pierres recèlent des saphirs et l’on y voit des poussières d’or.7Sentier qu’ignore le rapace, que l’œil du vautour n’a pas aperçu.8Les fauves orgueilleux ne l’ont pas foulé, le lion n’y est jamais passé.9Sur le silex le mineur a porté la main, il a bouleversé les montagnes par la racine.10Dans les rochers il a percé des galeries, et tout ce qui est précieux, son œil l’a vu.11Il a colmaté les suintements des fleuves, et amené au jour ce qui était caché.12Mais la Sagesse, où la trouver ? L’Intelligence, quel est son lieu ?13L’homme n’en connaît pas la valeur, elle ne se trouve pas sur la terre des vivants.14L’Abîme a dit : “Elle n’est pas en moi.” Et la Mer a déclaré : “Elle n’est pas chez moi.”15On ne peut l’échanger contre de l’or massif, ni peser l’argent pour son prix.16L’or d’Ophir ne saurait la payer, ni la cornaline précieuse, ni le saphir.17Même l’or et le verre ne peuvent l’égaler ; on ne l’obtiendrait pas contre un vase d’or fin.18Corail et cristal, n’en parlons pas ! Mieux vaut recueillir la Sagesse que les perles !19La topaze de Nubie ne l’égale pas, et l’or pur ne saurait la payer.20Mais la Sagesse, où la trouver ? L’Intelligence, quel est son lieu ?21Elle a été cachée aux yeux de tout vivant, et dissimulée à l’oiseau du ciel.22L’Abîme et la Mort ont dit : “Nos oreilles ont perçu sa renommée.”23Dieu en a discerné le chemin ; il a su, lui, où elle était.24Lorsque du regard il atteignait les confins de la terre et voyait partout sous les cieux,25pour régler le poids du vent et fixer la mesure des eaux,26lorsqu’à la pluie il assignait sa limite, et son chemin au nuage qui tonne,27c’est alors qu’il la vit et l’évalua, qu’il l’établit et même l’explora.28Puis il dit à l’homme : “La crainte du Seigneur, voilà la Sagesse, s’éloigner du mal, voilà l’Intelligence.” »
29
1Job reprit le fil de son propos et dit :2« Ah, qui me rendra tel que j’étais au temps jadis, aux jours où Dieu me tenait en sa garde,3lorsqu’il faisait briller sa lampe sur ma tête et que dans la ténèbre je marchais à sa lumière,4tel que j’étais à l’automne de mes jours, quand Dieu était le familier de ma demeure,5quand le Puissant était encore avec moi, et que mes garçons m’entouraient,6quand je lavais mes pieds dans le lait et que le rocher près de moi ruisselait d’huile à flots !7Lorsque je sortais aux portes de la cité et que sur la place j’installais mon siège,8à ma vue les jeunes gens s’esquivaient, les vieillards se levaient et restaient debout.9Les notables retenaient leurs paroles et mettaient la main sur leur bouche.10La voix des chefs s’atténuait, la langue leur collait au palais.11L’oreille qui m’entendait me proclamait heureux, et l’œil qui me voyait me rendait témoignage.12Car je délivrais le pauvre qui appelait, l’orphelin et l’homme sans recours.13La bénédiction du mourant venait sur moi et je faisais crier de joie le cœur de la veuve.14Je revêtais la justice, c’était mon vêtement ; mon droit me servait de manteau et de turban.15J’étais les yeux de l’aveugle et les pieds du boiteux.16Pour les indigents, j’étais un père ; la cause d’un inconnu, je l’étudiais à fond.17Je brisais les crocs de l’injuste, de ses dents j’arrachais la proie.18Et je disais : “Je mourrai dans mon nid, comme le phénix je multiplierai mes jours.19Vers les eaux mes racines s’étirent, la rosée se dépose la nuit sur mes rameaux.20Ma gloire sera en moi toujours neuve, mon arc dans ma main se retendra sans cesse.”21Les gens m’écoutaient, ils attendaient, ils accueillaient en silence mes avis.22Quand j’avais parlé, nul ne répliquait ; sur eux, goutte à goutte, tombait ma parole.23Ils m’attendaient comme la pluie, ils ouvraient leur bouche à l’ondée de printemps.24Si je leur souriais, ils n’osaient y croire, et la lumière de mon visage, ils n’en laissaient rien perdre.25Je choisissais leur route et siégeais à leur tête, je m’installais tel un roi dans la troupe quand il console les affligés.
30
1Et maintenant, je suis la risée de plus jeunes que moi, dont je méprisais trop les pères pour les mettre avec les chiens de mon troupeau.2Même la force de leurs mains, à quoi m’eût-elle servi ? Toute énergie en eux avait péri.3Épuisés par la disette et la famine, ils rongeaient la steppe, crépuscule de malheur et de désolation.4Ils cueillaient sur les buissons une herbe au goût de sel ; racine de genêts : c’était là tout leur pain !5On les bannissait de la société, on criait sur eux comme sur un voleur.6Ils faisaient leur logis dans le creux des ravins, les cavités du sol et les rochers.7Ils vociféraient au milieu des buissons ; sous les chardons, ils s’entassaient.8Fils d’insensé, pire : fils d’un homme sans nom, ils étaient expulsés du pays !9Je suis maintenant leur chanson, et ils parlent sur moi.10Ils m’ont en horreur et prennent leur distance, à mon visage ils n’épargnent pas le crachat.11Parce que Dieu a relâché la corde de mon arc et m’a humilié, eux, devant moi, perdent toute retenue.12À ma droite surgit la canaille ; ils me font lâcher pied ; ils élèvent contre moi leurs rampes de malheur.13Ils détruisent mon sentier et s’affairent à ma ruine, sans avoir besoin d’aide.14Ils arrivent comme par une large brèche, sous les décombres ils se bousculent.15Les terreurs se tournent contre moi. Ma dignité est emportée par le vent, mon salut est passé comme nuage !16Et maintenant mon âme en moi s’épanche ; des jours d’affliction m’ont saisi.17La nuit transperce mes os, et ce qui me ronge n’a pas de répit.18Avec une grande violence Dieu saisit mon vêtement, il me serre au col de ma tunique.19Il m’a jeté dans la fange : me voici pareil à la poussière et à la cendre.20Vers toi je crie, et tu ne réponds pas ; je me tiens devant toi, et tu me fixes du regard !21Tu es devenu cruel pour moi, de ta poigne vigoureuse tu t’acharnes sur moi.22Tu m’emportes sur le vent, tu m’y fais chevaucher, tu me dissous dans l’orage.23Oui, je le sais, tu me ramènes à la mort, au rendez-vous de tout vivant.24Pourtant on ne porte pas la main sur celui qui s’effondre, si, dans son malheur, il crie.25N’ai-je pas pleuré sur l’homme à la vie dure ? Mon âme ne s’est-elle pas émue sur l’indigent ?26J’espérais le bonheur, et le malheur survient ; j’attendais la lumière, et vient l’obscurité !27Mes entrailles bouillonnent sans repos ; des jours d’affliction viennent à ma rencontre.28Je marche, assombri, sans soleil ; je me lève dans l’assemblée et je crie.29Me voici devenu le frère des chacals, le compagnon des autruches.30Ma peau a noirci sur moi, mes os brûlent de fièvre.31Ma cithare sert à la plainte, et ma flûte à la voix des pleureurs.
31
1J’avais conclu un pacte avec mes yeux : comment, alors, aurais-je fixé du regard une jeune fille vierge ?2Quel est donc le sort que de là-haut Dieu assigne ? Quelle part le Puissant réserve-t-il depuis les hauteurs célestes ?3N’est-ce pas le malheur pour l’injuste, et l’infortune pour les artisans du mal ?4Ne voit-il pas mes chemins, de toutes mes démarches ne fait-il point le compte ?5Si j’ai fait route avec le mensonge, si j’ai hâté le pas vers la fausseté,6qu’il me pèse sur une juste balance ! Dieu reconnaîtra mon intégrité.7Si mon pas a dévié du chemin, si mon cœur a suivi mes yeux et si une tache me colle aux mains,8qu’un autre mange ce que je sème, et que soient déracinées mes jeunes pousses !9Si mon cœur a été séduit par une femme et si j’ai guetté à la porte du voisin,10que ma femme tourne la meule pour autrui et que d’autres la possèdent !11Car c’est une infamie, une faute relevant des juges ;12oui, c’est un feu qui dévore jusqu’à l’abîme, capable de détruire à la racine toute ma récolte.13Si j’ai méprisé le droit de mon serviteur ou de ma servante en litige avec moi,14que ferai-je quand Dieu se lèvera ? quand il enquêtera, quelle sera ma réponse ?15Ne les a-t-il pas formés dans le ventre tout comme moi ? N’est-ce pas le même qui nous a façonnés dans le sein maternel ?16Ai-je repoussé les désirs des pauvres, ai-je laissé s’éteindre le regard de la veuve ?17Ai-je mangé seul mon morceau de pain, sans que l’orphelin en mange aussi ?18Au contraire, dès ma jeunesse, il a grandi avec moi comme avec un père ; dès mon enfance, j’étais le guide de la veuve.19Si je voyais un miséreux sans vêtements, un indigent sans rien sur le dos,20est-ce que ses reins ne me bénissaient pas, réchauffés par la toison de mes agneaux ?21Si contre l’orphelin j’ai brandi la main, parce que je me voyais soutenu par les notables,22que mon épaule tombe de ma nuque, que mon bras se brise au coude !23Car le châtiment de Dieu serait ma terreur ; devant sa majesté je ne pourrais tenir.24Ai-je fait de l’or mon appui, ai-je dit à l’or pur : “C’est toi ma confiance” ?25Me suis-je réjoui de posséder de grandes richesses, d’avoir mis la main sur une fortune ?26À la vue de la lumière dans son éclat, de la lune splendide en sa marche,27mon cœur, secrètement, a-t-il été séduit ? la main à la bouche, leur ai-je fait un baiser ?28Cela aussi serait une faute relevant du juge, car j’aurais renié le Dieu d’en haut.29Me suis-je réjoui de la ruine de mon ennemi ? Ai-je bondi de joie quand le malheur le frappait ?30Jamais je n’ai laissé ma langue pécher en réclamant sa vie par une imprécation !31Ceux qui logeaient sous ma tente le disaient bien : “Qui n’a-t-il pas rassasié de viande ?”32Jamais un étranger ne passait la nuit dehors, ma porte restait ouverte au voyageur.33Comme tout un chacun ai-je dissimulé mes transgressions, en cachant ma faute dans un repli de ma tunique,34parce que je craignais la rumeur de la foule et que me terrifiait le mépris des familles, au point de rester figé au seuil de ma maison ?35Si j’avais seulement quelqu’un pour m’écouter ! Voilà mon dernier mot. Que le Puissant me réponde ! Que la partie adverse rédige son mémoire !36Je le porterai sur l’épaule, comme un diadème je le ceindrai.37Je rendrai compte au Puissant du nombre de mes pas ; tel un prince, je m’avancerai vers lui.38Si ma terre crie contre moi, si ensemble pleurent ses sillons,39si je mange ses fruits sans donner d’argent, si à ses métayers je fais rendre l’âme,40qu’au lieu de blé pousse la ronce, et à la place de l’orge, l’herbe fétide ! » Fin des paroles de Job.
32
1Ces trois hommes cessèrent de répondre à Job, puisqu’il était juste à ses propres yeux.2Alors s’enflamma la colère d’Élihou, fils de Barakéel, le Bouzite, du clan de Ram. Envers Job s’enflamma sa colère, parce qu’il prétendait avoir raison contre Dieu.3Sa colère s’enflamma envers ses trois amis parce que ceux-ci n’avaient pas trouvé de réponse pour donner tort à Job.4Élihou avait attendu pour s’adresser à Job, parce qu’ils étaient plus âgés que lui.5Mais quand Élihou vit que ces trois hommes n’avaient plus de réponse à la bouche, sa colère s’enflamma.6Élihou, fils de Barakéel, le Bouzite, prit la parole et dit : « Je suis jeune, moi, et vous êtes des anciens. C’est pourquoi, intimidé, je craignais de vous manifester mon savoir.7Je me disais : “Il faut que l’âge parle et que le nombre des années fasse connaître la sagesse !”8En réalité, c’est l’esprit dans l’homme, le souffle du Puissant, qui le rend intelligent.9Les plus âgés ne sont pas les plus sages, ce ne sont pas les vieillards qui discernent le droit.10C’est pourquoi je dis : “Écoute-moi, je veux, moi aussi, manifester mon savoir.”11Voici : je comptais sur vos paroles, je prêtais l’oreille à vos raisonnements, tandis que vous cherchiez des mots.12Sur vous je fixais mon attention, et voici que nul n’a réfuté Job, aucun de vous n’a répondu à ses déclarations.13N’allez pas dire : “Nous avons trouvé la sagesse : Dieu seul le confondra, non un homme.”14Ce n’est pas contre moi qu’il alignait les mots et ce n’est pas avec vos paroles que je lui répliquerai.15Stupéfaits, ils n’ont plus répondu, les mots leur ont manqué !16Vais-je attendre, puisqu’ils ne parlent pas, se sont arrêtés et ne répondent plus ?17Je répondrai, pour ma part, moi aussi ; je manifesterai, moi aussi, mon savoir.18Car je suis rempli de paroles, un souffle intérieur me contraint.19C’est en moi comme un vin sous pression, comme dans des outres neuves qui vont éclater.20Parler me soulagera, j’ouvrirai les lèvres et je répondrai !21Je ne prendrai le parti d’aucun, et je ne flatterai personne.22Je ne sais pas flatter : en un rien de temps, mon Créateur m’emporterait.
33
1Je t’en prie, Job, écoute donc mes discours, à toutes mes paroles prête l’oreille.2Voici que j’ouvre la bouche, ma langue forme des mots dans mon palais.3C’est la droiture de mon cœur que j’exprime, et mes lèvres disent clairement ce que je sais.4L’esprit de Dieu m’a créé, le souffle du Puissant me fait vivre.5Si tu le peux, réplique-moi ! Argumente devant moi, prends position !6Vois, pour Dieu je suis ton égal ; d’argile j’ai été façonné, moi aussi.7Ainsi, tu n’auras de moi ni terreur ni épouvante, et ma main ne pèsera pas sur toi.8Mais tu as dit à mes oreilles – et j’entends le son de tes paroles :9“Je suis pur, sans péché, je suis net, et en moi pas de faute.10Or Dieu invente des griefs contre moi ; il me tient pour son ennemi.11Il fixe mes pieds dans des blocs de bois, il observe toutes mes démarches !”12Eh bien ! te répondrai-je, en cela tu n’as pas raison, car Dieu est plus grand que l’homme.13Pourquoi lui cherches-tu querelle sous prétexte qu’il ne rend compte d’aucun de ses actes ?14C’est que Dieu parle une fois, deux fois, sans que l’on y prenne garde.15Dans un songe, une vision nocturne, quand tombe une torpeur sur les hommes et qu’ils sont assoupis sur leur lit,16alors, il leur ouvre l’oreille et leur adresse des sommations,17pour détourner l’être humain de ses œuvres, et pour prémunir le héros de l’orgueil.18Ainsi il préserve son âme de la fosse, sa vie, du passage au chenal de la mort.19Sur son lit, l’homme est corrigé par la douleur, quand ses os ne cessent de s’entrechoquer.20Sa vie lui donne le dégoût du pain, il perd l’appétit pour les mets délicats.21Sa chair dépérit à vue d’œil et ses os qu’on ne voyait pas deviennent saillants.22Son âme approche de la fosse, et sa vie, des exterminateurs.23S’il y a près de lui un ange, un interprète, un seul entre mille, pour signifier à l’homme son devoir,24s’il le prend en grâce et demande à Dieu : “Exempte-le de descendre dans la fosse, j’ai trouvé une rançon pour sa vie”,25alors sa chair retrouve la fraîcheur de la jeunesse, il revient aux jours de son adolescence ;26il implore Dieu et Dieu se plaît en lui, avec allégresse l’homme voit la face de celui qui le restaure en sa justice.27Il chante devant les hommes en disant : “J’avais péché, j’avais perverti le droit, et je n’ai pas eu ce que je méritais !28Il a épargné à mon âme de passer par la fosse, et mon être contemple la lumière !”29Voilà tout ce que fait Dieu, deux fois, trois fois, à l’égard de l’homme,30pour ramener son âme de la fosse, pour l’illuminer de la lumière des vivants.31Sois attentif, Job, écoute-moi, tais-toi, c’est moi qui parlerai.32Si tu trouves des mots, réplique-moi, parle, car je voudrais te donner raison.33Sinon, toi, écoute-moi ; fais silence, que je t’enseigne la sagesse ! »
34
1Élihou prit la parole et dit :2« Sages, écoutez mes paroles ; savants, prêtez-moi l’oreille.3Car l’oreille apprécie les discours comme le palais goûte la nourriture.4Mettons-nous en quête du droit, reconnaissons entre nous ce qui est bon.5Job a déclaré : “J’ai raison, mais Dieu a écarté mon droit.6Malgré mon bon droit je passe pour menteur ; une flèche est en moi, blessure incurable, sans que j’aie péché.”7Y a-t-il un homme comme Job ? Il boit le sarcasme comme de l’eau.8Il chemine en compagnie des malfaiteurs et fait route avec les hommes de méchanceté.9Car il a dit : “L’homme ne gagne rien à mettre sa joie en Dieu.”10Aussi, écoutez-moi, hommes sensés : loin de Dieu la méchanceté, loin du Puissant l’injustice !11Il rend à l’homme selon ses actes et traite chacun d’après sa conduite.12Non, certes, Dieu ne fait pas le mal, le Puissant ne fausse pas le droit.13Qui donc lui a confié la terre ? Qui l’a chargé du monde entier ?14S’il ne pensait qu’à lui-même, s’il concentrait en lui son esprit et son souffle,15toute chair expirerait à la fois et l’homme retournerait à la poussière.16Si tu as de l’intelligence, écoute ceci, prête l’oreille au son de mes paroles !17S’il détestait le droit, pourrait-il gouverner ? Condamneras-tu le Juste, le Puissant ?18Dit-on au roi : “Vaurien !” et aux notables : “Criminels !”19Dieu, lui, ne prend pas le parti des princes, ne reconnaît pas plus le nanti que le faible, car tous sont l’œuvre de ses mains.20En un instant, les princes meurent, même au milieu de la nuit, le peuple s’agite et ils disparaissent, on écarte un tyran sans effort.21Car Dieu a les yeux sur les chemins de l’homme, il voit tous ses pas.22Ni ténèbres ni ombre de mort où puissent se cacher les malfaiteurs.23Il n’a pas besoin d’observer longtemps quelqu’un pour le faire venir devant lui en jugement.24Sans enquête, il brise les puissants et met d’autres hommes à leur place.25C’est qu’il démasque leurs manœuvres ; il les renverse dans la nuit, ils sont écrasés.26Tels des criminels, il les gifle dans un lieu bien en vue,27parce qu’ils se sont détournés de lui, qu’ils ont méconnu tous ses chemins,28au point de faire monter vers lui le cri du faible, le cri des pauvres qu’il entend.29Même s’il reste inactif, qui le condamnera, s’il cache sa face, qui l’apercevra ? Il veille pourtant sur les nations et sur l’individu,30pour que ne règne aucun impie, qu’aucun piège ne soit tendu au peuple.31Supposons que l’on dise à Dieu : “J’ai expié, je ne ferai plus le mal ;32ce qui échappe à ma vue, toi, montre-le-moi ! si j’ai commis l’injustice, je ne continuerai pas.”33Dieu devrait-il alors punir selon tes convictions ? Puisque tu as critiqué, puisque c’est toi qui décides et non moi, ce que tu sais, dis-le !34Les gens sensés me diront, ainsi que tout homme sage qui m’écoute :35“Job parle sans savoir, et ses propos ne sont pas raisonnables.”36Ah ! si seulement Job était examiné jusqu’au bout pour ses réponses dignes d’un mécréant !37Car à sa faute il ajoute la révolte, il s’applaudit lui-même au milieu de nous, il multiplie ses discours contre Dieu. »
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1Élihou prit la parole et dit :2« Penses-tu être dans ton droit quand tu déclares : “J’ai raison contre Dieu”,3quand tu lui dis : “Toi, que t’importe, et pour moi quel profit, si je pèche ou non ?”4Moi, je te répliquerai, en même temps qu’à tes amis.5Considère les cieux, et vois ; regarde les nuées : elles sont plus hautes que toi.6Si tu pèches, en quoi vas-tu l’atteindre ? Et si tu multiplies les offenses, que lui fais-tu ?7Si tu es juste, que lui donnes-tu, ou que reçoit-il de ta main ?8Ta méchanceté ne touche que tes semblables, et ta justice, des fils d’homme.9Sous le poids de l’oppression ils gémissent, sous la violence des grands ils crient.10Mais on ne dit pas : “Où est Dieu qui m’a fait, qui inspire des hymnes dans la nuit,11qui nous instruit plus que les bêtes de la terre et nous rend plus sages que les oiseaux du ciel ?”12Dès lors, on crie, et lui ne répond pas, à cause de l’orgueil des malfaisants.13Assurément, ce qui est illusoire, Dieu ne l’écoute pas, le Puissant n’y prête pas attention.14Encore moins, quand tu dis : “Je ne l’aperçois pas, mon procès est ouvert devant lui et je l’attends.”15Et maintenant tu dis : “Sa colère ne châtie pas, il ne tient guère compte de l’arrogance”16C’est en vain que Job ouvre la bouche, par ignorance il accumule des mots. »
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1Élihou continua et dit :2« Patiente un peu avec moi, je vais t’instruire, car il y a d’autres choses à dire en faveur de Dieu.3J’irai chercher ma science au loin pour donner raison à celui qui m’a fait.4Car, en vérité, mes paroles ne sont pas mensonge, c’est un parfait connaisseur que tu as devant toi.5Vois : Dieu est puissant, il ne méprise pas, il est puissant et d’un cœur magnanime.6Il ne laisse pas vivre le méchant mais rend justice aux pauvres.7Il ne détourne pas ses yeux des justes ; à l’instar des rois sur le trône, il les fait siéger pour toujours, mais ils s’enorgueillissent.8Et s’ils se retrouvent prisonniers des chaînes, pris dans les liens de la misère,9Dieu leur montre leurs œuvres et leurs péchés commis par orgueil.10Il leur ouvre l’oreille pour les avertir et leur ordonne de se détourner du mal.11S’ils écoutent et se mettent à son service, leurs jours s’achèveront dans le bonheur, et leurs années dans les délices.12Mais s’ils n’écoutent pas, ils passent par le chenal de la mort et ils périssent faute d’intelligence.13Quant aux impies qui dans leur cœur se mettent en colère, ils ne crient pas vers Dieu lorsqu’il les enchaîne ;14leur âme meurt en pleine jeunesse, et leur vie s’achève dans la prostitution.15Dieu sauve le malheureux par son malheur ; par la détresse il lui ouvre l’oreille.16Toi aussi, il te fait passer de l’étreinte de l’angoisse à un espace où rien ne gêne, et la table disposée pour toi débordera de mets succulents.17Si tu dois mener à bien le jugement du méchant, que le jugement et le droit soient ton appui !18Prends garde que l’abondance ne te séduise et que de riches présents ne te fassent dévier.19Est-ce en criant que tu mettras à égalité l’homme démuni et tous les détenteurs de pouvoir ?20Ne soupire pas après la nuit où des peuples monteront pour prendre la place.21Garde-toi de te tourner vers le mal car c’est à cause de cela que tu as été éprouvé par le malheur.22Vois : Dieu est sublime en sa force. Qui enseigne comme lui ?23Qui lui a jamais dicté sa conduite ? Qui peut lui dire : “Tu as commis l’injustice ?”24Souviens-toi de magnifier son œuvre que les hommes célèbrent par des chants.25Tout homme la contemple, de loin le mortel la regarde.26Vois : Dieu est grand, au-delà de notre savoir, le nombre de ses années est sans mesure.27Il attire les gouttes d’eau, distille la pluie en un grand flot.28Les nuages en ruissellent et le répandent sur la foule des hommes.29Qui comprendra aussi les déploiements du nuage, les craquements de la hutte céleste ?30Voici qu’il s’enveloppe de sa lumière et couvre les racines de la mer.31Par les éléments il juge les peuples et donne la nourriture à profusion.32Il couvre ses deux paumes de l’éclair et lui désigne une cible.33Son tonnerre proclame sa présence, et la tempête, la passion de sa colère.
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1C’est aussi pour cela que tremble mon cœur et qu’il bondit hors de sa place.2Écoutez, écoutez la vibration de sa voix, et le grondement qui sort de sa bouche !3Il le prolonge sous tous les cieux, et son éclair atteint les extrémités de la terre.4Derrière lui rugit une voix ; il tonne de sa voix majestueuse et ne retient pas les éclairs quand sa voix se fait entendre.5Dieu tonne à pleine voix : Merveilles ! Il opère de grandes choses que nous ignorons.6Quand il dit à la neige : “Descends sur la terre”, à la pluie d’averse, à l’averse torrentielle : “Tombez dru”,7il paralyse l’activité de chaque homme pour que tous les humains qu’il a créés le reconnaissent.8La bête sauvage se retire dans son antre et se tapit dans ses tanières.9Du sud arrive l’ouragan, et des vents du nord, la froidure.10Au souffle de Dieu se forme la glace, et l’étendue des eaux se fige.11Il charge d’humidité le nuage, il disperse ses nuées de lumière ;12elles tournoient en cercles selon ses desseins, pour œuvrer à tout ce qu’il leur ordonne sur la face du monde terrestre.13Il en fait soit un fléau pour sa propre terre, soit une marque de bonté.14Prête l’oreille à ceci, Job, arrête-toi et considère les merveilles de Dieu !15Sais-tu comment Dieu leur commande et fait briller la lumière de sa nuée,16sais-tu comment il suspend le nuage ? Prodiges d’un parfait connaisseur !17Toi, dont les habits sont trop chauds, quand repose la terre au vent du midi,18as-tu avec lui tassé les nuées, durcies comme un miroir de métal fondu ?19Fais-nous savoir ce que nous devons lui dire : dans les ténèbres où nous sommes, nous manquons d’arguments.20Lui est-il rendu compte quand je parle ? Faut-il qu’un homme le dise pour qu’il soit informé ?21Et maintenant, on ne voit plus la lumière, obscurcie qu’elle est par les nuages ; mais qu’un vent passe et les dissipe,22du nord survient une lumière dorée. Sur Dieu, quelle redoutable splendeur !23Le Puissant, nous ne pouvons l’atteindre, il est sublime en force ; il ne viole pas le droit et la pleine justice.24C’est pourquoi les hommes le craignent ; il n’a pas de regard pour les prétendus sages.
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1Le Seigneur s’adressa à Job du milieu de la tempête et dit :2« Quel est celui-là qui obscurcit mes plans par des propos dénués de sens ?3Ceins donc tes reins comme un homme. Je vais t’interroger, et tu m’instruiras.4Où étais-tu quand j’ai fondé la terre ? Indique-le, si tu possèdes la science !5Qui en a fixé les mesures ? Le sais-tu ? Qui sur elle a tendu le cordeau ?6Sur quoi ses bases furent-elles appuyées, et qui posa sa pierre angulaire7tandis que chantaient ensemble les étoiles du matin et que tous les fils de Dieu criaient d’allégresse ?8Qui donc a retenu la mer avec des portes, quand elle jaillit du sein primordial ;9quand je lui mis pour vêtement la nuée, en guise de langes le nuage sombre ;10quand je lui imposai ma limite, et que je disposai verrou et portes ?11Et je dis : “Tu viendras jusqu’ici ! tu n’iras pas plus loin, ici s’arrêtera l’orgueil de tes flots !”12As-tu, une seule fois dans ta vie, donné des ordres au matin, assigné son poste à l’aurore,13pour qu’elle saisisse la terre aux quatre coins et en secoue les méchants ?14La terre alors prend forme comme argile sous le sceau et se déploie tel un vêtement ;15aux méchants est enlevée la lumière, et le bras qui se levait est brisé.16Es-tu parvenu jusqu’aux sources de la mer, as-tu circulé au fond de l’abîme ?17Les portes de la mort se sont-elles montrées à toi, les as-tu vues, les portes de l’ombre de mort ?18As-tu réfléchi à l’immensité de la terre ? Raconte, si tu sais tout cela !19Quel chemin mène à la demeure de la lumière, et l’obscurité, quel est son lieu,20pour que tu conduises chacune à son domaine et discernes les sentiers de sa maison ?21Si tu le sais, alors tu étais né, et le nombre de tes jours est bien grand !22Es-tu parvenu aux réserves de neige, as-tu vu les réserves de grêle23que j’ai ménagées pour le temps de détresse, pour le jour de combat et de guerre ?24Par quel chemin se diffuse la lumière ? par où le vent d’est se répand-il sur terre ?25Qui donc a creusé à l’ondée une rigole, une route à la nuée qui gronde,26pour faire pleuvoir sur une terre sans homme, sur un désert sans nul être humain,27pour abreuver les solitudes désolées et faire germer l’herbe de la steppe ?28La pluie a-t-elle un père ? Qui donc a engendré les gouttelettes de rosée ?29De quel ventre est sortie la glace, et le givre des cieux, qui l’enfanta ?30Les eaux se condensent comme la pierre et la surface de l’abîme se fige.31Peux-tu nouer les liens des Pléiades ou desserrer les cordes d’Orion,32faire paraître en leur temps les constellations, conduire la Grande Ourse avec ses petits ?33Connais-tu les décrets des cieux ? appliques-tu leur charte sur la terre ?34Te suffit-il d’élever la voix vers un nuage pour qu’une masse d’eau te couvre ?35Est-ce toi qui lances les éclairs pour qu’ils partent, en te disant : “Nous voici” ?36Qui a mis dans l’ibis la sagesse, qui a donné au coq l’intelligence ?37Qui peut avec sagesse dénombrer les nuées ? Qui incline les outres des cieux38tandis que s’agglomère la poussière et que les mottes s’agglutinent ?39Chasses-tu pour la lionne une proie ? Peux-tu assouvir la voracité des lionceaux40lorsqu’ils se tapissent dans les tanières et se tiennent aux aguets dans le fourré ?41Qui prépare au corbeau sa provende, quand ses petits crient vers Dieu et titubent faute de nourriture ?
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1Sais-tu quand mettent bas les chamois du rocher ? Peux-tu observer les biches en travail ?2Compteras-tu les mois de leur gestation, et sais-tu l’instant de leur délivrance ?3Elles s’accroupissent, expulsent leurs petits, et se libèrent de leurs douleurs.4Leurs petits prennent des forces, grandissent en pleine nature ; ils partent et ne reviennent plus vers elles.5Qui a lâché l’onagre en liberté ? Qui a desserré les liens de l’âne sauvage6auquel j’ai assigné la steppe pour maison, la terre salée pour demeure ?7Il se rit du vacarme de la cité, il n’entend pas les vociférations de son maître.8Il explore les montagnes, son pâturage, en quête de la moindre verdure.9Le buffle voudra-t-il te servir, passera-t-il la nuit à ta mangeoire ?10L’attacheras-tu au sillon par la bride ? Pourra-t-il herser derrière toi les vallons ?11Lui feras-tu confiance parce que sa force est grande, lui laisseras-tu ta besogne ?12Compteras-tu sur lui pour rentrer ton grain et l’entasser sur ton aire ?13L’aile de l’autruche bat allègrement. Que n’a-t-elle pennage et plumage de la fidèle cigogne !14Quand elle abandonne ses œufs à la terre et les laisse chauffer sur la poussière,15elle oublie qu’un pied peut les écraser, une bête sauvage, les fouler.16Dure pour ses petits, comme s’ils n’étaient pas les siens, elle n’a cure du mal qu’elle s’est donné en vain,17car Dieu lui a refusé la sagesse et ne lui a pas départi l’intelligence.18Mais sitôt qu’elle se dresse pour s’élancer, elle se rit du cheval et de son cavalier.19Est-ce toi qui donnes au cheval la bravoure, qui revêts son cou d’une crinière ?20Le fais-tu bondir comme la sauterelle ? Altier, son hennissement répand l’effroi.21Il piaffe dans la vallée, tout joyeux de sa force, il se jette au-devant de la mêlée.22Il se rit de la peur et ne s’effraie pas, il ne recule pas devant l’épée.23Sur lui résonnent le carquois, la lance étincelante et le javelot.24Frémissant d’impatience, il dévore l’espace, il ne se tient plus dès que sonne le cor.25Quand retentit le cor, il crie : “Héah !” De loin, il flaire la bataille, tonnerre des chefs, clameur de guerre.26Est-ce par ton intelligence que l’épervier prend son vol, qu’il déploie ses ailes vers le sud ?27Est-ce sur ton ordre que l’aigle s’élève et va nicher dans les hauteurs ?28Il habite un rocher et passe la nuit sur une dent de roc, sa forteresse.29De là, il guette sa proie, ses yeux fixent les lointains.30Ses petits se gorgent de sang, là où sont les cadavres, là il est. »
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1Le Seigneur s’adressa à Job et dit :2« Celui qui dispute avec le Puissant va-t-il le censurer ? Celui qui critique Dieu répondra-t-il à cela ? »3Job s’adressa au Seigneur et dit :4« Moi qui suis si peu de chose, que pourrais-je te répliquer ? Je mets la main sur ma bouche.5J’ai parlé une fois, je ne répondrai plus ; deux fois, je n’ajouterai plus rien. »6Le Seigneur s’adressa à Job du milieu de la tempête et dit :7« Ceins donc tes reins comme un homme. Je vais t’interroger, et tu m’instruiras.8Veux-tu me débouter de mon droit, me condamner pour avoir raison ?9As-tu un bras comme celui de Dieu, et ta voix peut-elle tonner comme la sienne ?10Pare-toi donc de fierté, de grandeur, revêts-toi de splendeur et de majesté,11répands les débordements de ta colère ; regarde tous les arrogants, abaisse-les ;12oui, regarde tous les arrogants, terrasse-les, écrase sur place les méchants !13Cache-les ensemble dans la poussière, emprisonne-les tous dans le cachot,14et moi-même, je te louerai, car alors ta droite t’aura sauvé !15Vois donc Behémoth ; je l’ai fait tout comme toi. Comme le bœuf, il mange de l’herbe.16Vois donc : sa force est dans ses reins, et sa vigueur dans les muscles de son ventre.17Il se raidit comme un cèdre, les nerfs de ses cuisses s’entrelacent !18Ses os sont des tubes de bronze, ses membres, comme des barres de fer.19C’est lui la première des œuvres de Dieu ; son Créateur lui fournit un glaive.20Les montagnes lui paient leur tribut, ainsi que toutes les bêtes sauvages qui s’y ébattent.21Sous les lotus il est couché, dans le secret des roseaux et des marais.22Les lotus le protègent de leur ombre, les saules de la rivière l’entourent.23Voici que le fleuve grossit ; lui ne bronche pas. Le Jourdain jaillirait-il vers sa gueule, il resterait calme.24C’est par les yeux qu’on va le prendre, avec des crocs, lui percer le naseau.25Et Léviathan, vas-tu le pêcher à l’hameçon, et lui serrer la langue avec une corde ?26Lui passeras-tu un jonc dans le naseau, d’un crochet lui perceras-tu la mâchoire ?27Va-t-il redoubler envers toi les supplications et te dire des mots tendres ?28Fera-t-il alliance avec toi ? Le prendras-tu pour serviteur à vie ?29Joueras-tu avec lui comme avec un oiseau, l’attacheras-tu pour tes petites filles ?30Sera-t-il mis en vente par des associés, et débité entre marchands ?31Cribleras-tu de dards sa peau, et sa tête, de harpons ?32Pose seulement la main sur lui : imagine la lutte, tu ne continueras pas !
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1Vois, la témérité est illusoire : rien qu’à son aspect, n’est-on pas terrassé ?2N’est-il pas cruel dès qu’on le réveille ? Qui donc oserait me tenir tête, à moi ?3Qui m’a donné d’avance, que je doive le payer de retour ? Tout ce qui est sous les cieux est à moi.4Je ne passerai pas ses membres sous silence, ni le détail de ses prouesses, ni l’élégance de ses proportions.5Qui a jamais soulevé le devant de sa cuirasse ? Qui pénétrera dans sa double denture ?6Qui a jamais ouvert les battants de sa gueule ? Autour de ses dents, c’est l’effroi !7Son dos : des rangées de boucliers étroitement rivés par un sceau,8si rapprochés l’un de l’autre que l’air ne passe pas entre eux.9Ils adhèrent l’un à l’autre, pris ensemble, sans fissure.10Ses éternuements font jaillir la lumière ; ses yeux sont les paupières de l’aurore.11De sa gueule partent des éclairs, des étincelles de feu s’en échappent.12De ses naseaux sort une fumée, comme d’une marmite chauffée et bouillante.13Son haleine embrase les braises, et de sa gueule sort une flamme.14En son cou réside la force, devant lui bondit l’épouvante.15Les fanons de sa chair tiennent ferme, durs sur lui et compacts.16Son cœur est dur comme pierre, dur comme la meule de dessous.17Quand il se dresse, les vaillants prennent peur et se dérobent par crainte des coups.18L’épée l’atteint sans pouvoir s’enfoncer, pas plus que lance, trait ou javeline.19Il regarde le fer comme paille, le bronze, comme bois vermoulu.20Le tir de l’arc ne le fait pas fuir ; pour lui, les pierres de fronde se changent en fétu de paille.21La massue lui semble un fétu, il se rit du sifflement du javelot.22Son ventre est garni de tessons pointus, herse qu’il traîne sur la vase.23Il fait bouillonner le gouffre comme un chaudron, transforme la mer en brûle-parfums.24Il laisse derrière lui un sillage de lumière ; on dirait que l’abîme a pris des cheveux blancs.25Sur terre il n’a pas son pareil, lui qui fut créé intrépide.26Tout ce qui est altier, il le toise, lui, le roi de tous les fauves. »
42
1Job s’adressa au Seigneur et dit :2« Je sais que tu peux tout et que nul projet pour toi n’est impossible.3“Quel est celui qui déforme tes plans sans rien y connaître ?” De fait, j’ai parlé, sans les comprendre, de merveilles hors de ma portée, dont je ne savais rien.4Daigne écouter, et moi, je parlerai ; je vais t’interroger, et tu m’instruiras.5C’est par ouï-dire que je te connaissais, mais maintenant mes yeux t’ont vu.6C’est pourquoi je me rétracte et me repens sur la poussière et sur la cendre. »7Or, après avoir adressé ces discours à Job, le Seigneur dit à Élifaz de Témane : « Ma colère s’est enflammée contre toi et contre tes deux amis, parce que vous n’avez pas parlé de moi avec justesse comme l’a fait mon serviteur Job.8Maintenant, prenez sept taureaux et sept béliers, allez trouver mon serviteur Job. Offrez un holocauste en votre faveur, et Job mon serviteur intercédera pour vous. Uniquement par égard pour lui, je ne vous infligerai pas l’infamie méritée pour n’avoir pas parlé de moi avec justesse, comme l’a fait mon serviteur Job. »9Élifaz de Témane, Bildad de Shouah et Sofar de Naama s’en allèrent et firent comme le Seigneur leur avait dit, et le Seigneur eut égard à l’intervention de Job.10Le Seigneur rétablit la condition de Job tandis qu’il intercédait pour son prochain, et le Seigneur porta au double tous les biens de Job.11Tous ses frères, toutes ses sœurs et toutes ses connaissances d’autrefois vinrent à lui. Ils mangèrent le pain avec lui dans sa maison. Ils le plaignirent et le consolèrent de tout le malheur que le Seigneur avait fait venir sur lui. Ils lui donnèrent chacun une pièce d’argent et chacun un anneau d’or.12Le Seigneur bénit la nouvelle situation de Job plus encore que l’ancienne. Job posséda quatorze mille moutons et six mille chameaux, mille paires de bœufs et mille ânesses.13Il eut encore sept fils et trois filles.14Il nomma la première Colombe, la deuxième Fleur-de-Laurier, et la troisième Ombre-du-regard.15On ne trouvait pas dans tout le pays de femmes aussi belles que les filles de Job. Leur père leur donna une part d’héritage avec leurs frères.16Après cela, Job vécut encore cent quarante ans, et il vit ses fils et les fils de ses fils : quatre générations.17Et Job mourut âgé, rassasié de jours.
Traduction liturgique de la Bible — AELF, https://www.aelf.org/bible
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