L'affaire Galilée : ce que disent les documents

Demandez à n'importe qui ce que l'Église a fait à Galilée. La réponse vient vite : on l'a torturé, jeté au cachot, forcé à renier la vérité sous la menace du bûcher, et il a murmuré « Et pourtant, elle tourne » en se relevant. Demandez ensuite à certains apologistes, et la réponse est presque l'inverse : Galilée était un orgueilleux sans preuves, l'Église a simplement demandé de la prudence, et toute l'affaire est une fable inventée par les Lumières.
Les deux récits ont un point commun : ils se passent des documents. Or le dossier du procès existe. Il est conservé aux Archives apostoliques du Vatican, il a été publié intégralement, et il est lisible par n'importe qui. Ce qu'il raconte est moins confortable que les deux légendes. L'Église a réellement condamné un homme pour avoir défendu une thèse vraie. Mais elle l'a fait pour des raisons que ni la légende noire ni son contraire ne décrivent correctement, et en laissant dans les pièces du procès, sous la plume d'un cardinal, le principe même qui aurait dû l'en empêcher.
Une précaution de méthode : ce qu'on savait en 1616
Il est impossible de juger l'affaire sans savoir où en était l'astronomie quand elle a éclaté. Nous savons que la Terre tourne autour du Soleil, et cette connaissance nous rend rétroactivement tout évident. Ce ne l'était pas.
En 1543, Copernic avait publié son système héliocentrique. Il n'avait convaincu presque personne, non par obscurantisme, mais parce que le modèle n'expliquait pas mieux les observations que celui de Ptolémée et soulevait des objections physiques sérieuses. Si la Terre file à grande vitesse, pourquoi une pierre lâchée du haut d'une tour tombe-t-elle à son pied ? Pourquoi ne sentons-nous aucun vent ? Et surtout, si la Terre parcourt chaque année une orbite immense, les étoiles devraient sembler se déplacer légèrement selon la saison. Ce déplacement, la parallaxe stellaire, personne ne l'observait. Copernic répondait que les étoiles étaient trop lointaines. C'était vrai, mais c'était une hypothèse posée pour sauver une autre hypothèse.
Entre 1609 et 1611, Galilée bouleverse le paysage avec sa lunette. Les montagnes de la Lune, les satellites de Jupiter, les phases de Vénus, les taches du Soleil : tout cela ruine la physique céleste d'Aristote. Les astronomes jésuites du Collège romain, Clavius en tête, vérifient ses observations en 1611 et les confirment. Galilée est reçu à Rome avec les honneurs. Mais il faut être précis sur ce que ses découvertes établissent : elles réfutent Ptolémée, elles ne prouvent pas Copernic. Le système de Tycho Brahe, où les planètes tournent autour du Soleil et le Soleil autour d'une Terre immobile, rend compte exactement des mêmes observations. Beaucoup de jésuites l'adoptent.
Galilée, lui, croit tenir une preuve décisive : les marées, qu'il explique par le ballottement des océans dû au double mouvement de la Terre. Cet argument, auquel il tiendra jusqu'au bout, est faux. Et il ignore délibérément le vrai progrès de son temps, les orbites elliptiques de Kepler, qui auraient pourtant renforcé sa cause. En 1616 comme en 1633, l'héliocentrisme est donc une hypothèse puissante, de plus en plus probable, mais non démontrée. Les preuves viendront bien plus tard : l'aberration de la lumière (Bradley, 1728-1729), la parallaxe stellaire (Bessel, 1838), le pendule de Foucault (1851).
Cela ne justifie pas la condamnation. Cela permet seulement de comprendre qu'en 1616, un théologien pouvait demander « où est la démonstration ? » sans être un imbécile.
Comment un débat scientifique est devenu une affaire de foi
Les versets en cause
Le vrai problème n'était pas l'astronomie, mais l'Écriture. Quelques passages semblaient affirmer clairement que le Soleil se meut et que la Terre est fixe. Le plus cité est le miracle de Josué :
Soleil, arrête-toi sur Gabaon, lune, sur la vallée d'Ayyalone ! Et le soleil s'arrêta, et la lune resta immobile, jusqu'à ce que le peuple fût vengé de ses ennemis. - Josué 10, 12-13
On ajoutait le psaume qui chante la stabilité du monde :
Le Seigneur est roi ; il s'est vêtu de magnificence, le Seigneur a revêtu sa force. Et la terre tient bon, inébranlable - Psaume 92, 1
Et l'Ecclésiaste :
Une génération s'en va, une génération s'en vient, et la terre subsiste toujours. Le soleil se lève, le soleil se couche ; il se hâte de retourner à sa place, et de nouveau il se lèvera. - Qohèleth 1, 4-5
Aujourd'hui, aucun lecteur catholique ne voit là un traité de mécanique céleste. Mais au lendemain du concile de Trente, dans un climat de controverse avec les protestants sur l'autorité de l'Écriture et de la Tradition, le sens littéral et l'interprétation unanime des Pères pesaient lourd. Et les Pères, qui parlaient le langage de leur temps, avaient tous lu ces versets dans un monde où le Soleil tournait.
La dénonciation de 1614 et les lettres de Galilée
L'affaire ne naît pas à Rome mais à Florence, et pas chez les savants mais en chaire. Le 21 décembre 1614, le dominicain Tommaso Caccini prêche à Santa Maria Novella sur le livre de Josué et attaque les « galiléens ». Quelques semaines plus tard, un autre dominicain, Niccolò Lorini, envoie au Saint-Office une copie d'une lettre de Galilée à son disciple Castelli, en en durcissant certaines formules.
Dans cette lettre, puis dans la longue lettre à la grande-duchesse Christine de Lorraine (1615), Galilée expose une règle d'interprétation qui est, à peu de chose près, celle que l'Église enseigne aujourd'hui : l'Écriture ne peut pas errer, mais ses interprètes le peuvent ; quand une vérité naturelle est démontrée, il faut relire les passages qui semblent la contredire ; et l'Écriture, selon un mot qu'il attribue au cardinal Baronius, veut nous enseigner comment on va au ciel, non comment va le ciel. Galilée s'appuie abondamment sur saint Augustin. Le malheur est qu'un laïc mathématicien qui fait de l'exégèse, à cette époque et dans ce climat, s'expose exactement au reproche qu'on faisait aux protestants.
La lettre de Bellarmin à Foscarini
Le document le plus éclairant du dossier est une courte lettre que le cardinal Robert Bellarmin, théologien le plus respecté de Rome, adresse le 12 avril 1615 au carme Paolo Antonio Foscarini, qui venait de publier une défense de Copernic. Bellarmin y dit trois choses. D'abord, que parler du système copernicien comme d'une hypothèse qui « sauve les apparences » est parfaitement légitime et suffit aux mathématiciens. Ensuite, que l'affirmer comme une vérité physique est dangereux, parce que cela heurte le sens commun des Pères et des théologiens. Enfin, et c'est le passage capital, que s'il existait une vraie démonstration du mouvement de la Terre, il faudrait alors procéder avec grande circonspection dans l'explication des passages de l'Écriture qui semblent le contraire, et dire plutôt que nous ne les comprenons pas que de déclarer faux ce qui est démontré. Mais, ajoute-t-il, il ne croira pas à une telle démonstration tant qu'on ne la lui aura pas montrée.
Ce texte est remarquable à double titre. Il pose le bon principe : une vérité démontrée oblige à relire l'Écriture. Et il pose la bonne question : la démonstration existe-t-elle ? En 1615, honnêtement, non. Le drame de l'affaire est que ce principe, écrit par le cardinal qui allait admonester Galilée, ne sera pas appliqué par l'institution qui le condamnera. Jean-Paul II le relèvera explicitement en 1992.
Le décret de 1616
Galilée vient à Rome défendre sa cause. Le 24 février 1616, les consulteurs théologiens du Saint-Office rendent leur avis sur deux propositions. Que le Soleil soit immobile au centre du monde est jugé « sot et absurde en philosophie, et formellement hérétique » parce que contraire à l'Écriture. Que la Terre se meuve reçoit le même jugement philosophique et est déclaré « au moins erroné dans la foi ». Cet avis de consulteurs est un document interne ; il n'a jamais été publié ni promulgué comme tel, et le mot « hérétique » n'apparaîtra pas dans le décret.
Le 26 février, sur ordre du pape Paul V, Bellarmin reçoit Galilée et l'avertit d'abandonner l'opinion copernicienne. Le dossier contient, à la suite, un procès-verbal non signé d'une injonction plus sévère, lui interdisant de « tenir, enseigner ou défendre d'aucune manière » cette opinion. L'authenticité et la portée de ce document divisent encore les historiens ; il jouera un rôle décisif en 1633. Le 5 mars, la Congrégation de l'Index publie son décret : le livre de Foscarini est interdit, le traité de Copernic est suspendu « jusqu'à correction » (on le rééditera, corrigé de quelques phrases, en 1620). Galilée n'est pas nommé. Comme la rumeur court à Florence qu'il a abjuré, il demande à Bellarmin une attestation : le cardinal certifie par écrit, le 26 mai, que Galilée n'a ni abjuré ni subi de pénitence, et qu'on lui a seulement notifié le décret. Cette pièce sera son principal argument de défense dix-sept ans plus tard.
Le procès de 1633
Un livre, un ami devenu pape
En 1623, le cardinal Maffeo Barberini devient pape sous le nom d'Urbain VIII. Homme cultivé, admirateur de Galilée, il l'avait défendu en 1616. Galilée obtient de lui l'autorisation d'écrire un livre comparant les deux systèmes, à condition de les traiter comme des hypothèses et d'inclure l'argument favori du pape : Dieu étant tout-puissant, il peut produire les mêmes apparences par d'autres voies, et l'homme ne peut prétendre enfermer la nature dans une seule explication.
Le Dialogue sur les deux grands systèmes du monde paraît à Florence en février 1632, avec les autorisations requises, obtenues non sans manœuvres. Le livre est un chef-d'œuvre de prose italienne et une démolition en règle du géocentrisme. L'équilibre « hypothétique » n'est qu'une façade : le copernicien Salviati triomphe de bout en bout, et l'aristotélicien s'appelle Simplicio, le simplet. C'est dans sa bouche, à la dernière page, que Galilée place l'argument du pape. Urbain VIII, dont le pontificat traverse alors une crise politique grave au cœur de la guerre de Trente Ans, y voit une trahison personnelle. C'est à ce moment que ressort du dossier de 1616 l'injonction non signée.
Ce qui s'est passé, ce qui ne s'est pas passé
Galilée, 69 ans et malade, est convoqué à Rome. Il y arrive en février 1633 et loge à l'ambassade de Toscane. Durant les interrogatoires, du 12 avril au 21 juin, il est hébergé dans l'appartement du procureur fiscal du Saint-Office, avec son domestique, non dans une cellule. Sa ligne de défense consiste à produire l'attestation de Bellarmin et à soutenir qu'il n'a fait que présenter des hypothèses. Personne n'y croit, lui non plus, et il finit par admettre avoir « trop affirmé ».
Sur la torture, les documents sont nets. Le dernier interrogatoire contient la formule rituelle de la menace de l'« examen rigoureux ». Aucune pièce n'en atteste l'application, et tout indique qu'elle n'était pas envisagée pour un homme de cet âge et de cette condition. La sentence du 22 juin 1633 le déclare « véhémentement suspect d'hérésie », une qualification canonique précise, en deçà de la condamnation pour hérésie formelle. Il est condamné à abjurer, ce qu'il fait à genoux, à la prison « formelle » au gré du Saint-Office, aussitôt commuée en résidence surveillée, et à réciter les psaumes pénitentiels chaque semaine durant trois ans. Le Dialogue est interdit. Sur les dix cardinaux du tribunal, trois n'ont pas signé la sentence, dont Francesco Barberini, le neveu du pape ; leurs raisons ne sont pas consignées.
Galilée passe quelques mois chez l'archevêque de Sienne, puis regagne sa villa d'Arcetri, près de Florence, en décembre 1633. Il y restera jusqu'à sa mort, le 8 janvier 1642, surveillé mais actif : c'est là qu'il écrit les Discours sur deux sciences nouvelles (1638), publiés à Leyde, qui fondent la mécanique moderne. Le « Et pourtant, elle tourne » ne figure dans aucun document du XVIIe siècle ; la première mention connue date de 1757.
Ce que l'Église n'a pas fait
Il faut ici être exact, parce que c'est là que se joue la question de l'infaillibilité. L'Église n'a jamais défini comme dogme que la Terre est immobile. Aucun concile, aucun pape parlant ex cathedra ne s'est prononcé. Les actes de 1616 et de 1633 sont des décrets de congrégations romaines, l'Index et le Saint-Office, approuvés par le pape mais non promulgués en son nom comme actes de son magistère suprême. Ce sont des mesures disciplinaires, fondées sur un jugement théologique, et les théologiens de l'époque savaient distinguer les deux.
Cette distinction n'est pas une échappatoire inventée après coup. Dès 1633, des catholiques cultivés, y compris des jésuites, continuaient de discuter le système copernicien comme hypothèse, et Descartes, qui avait pourtant renoncé par prudence à publier son Monde, savait que rien de dogmatique n'était en jeu. L'infaillibilité du magistère porte sur la foi et les mœurs proposées définitivement à toute l'Église. Un décret de censure, même gravement erroné, n'en relève pas.
Mais cette précision a une contrepartie : elle empêche de dire que « l'Église » n'a rien fait. Des organes officiels de l'Église, avec l'approbation du pape, ont condamné.
Ce qui reste, et qui est grave
Il faut le dire sans détour. Un vieil homme a été contraint de renier à genoux ce qu'il savait vrai. Une thèse scientifique exacte a été qualifiée de contraire à l'Écriture par des théologiens qui n'avaient pas compétence pour en juger et qui ont confondu le texte sacré avec la cosmologie de leur temps. Les livres coperniciens sont restés à l'Index, en principe, pendant près de deux siècles, ce qui a déplacé hors des pays catholiques une partie de la vie scientifique. Et la méthode même du procès, où une injonction non signée de 1616 devient la pièce maîtresse de 1633, ne satisfait à aucun critère d'équité.
Jean-Paul II l'a reconnu sans atténuation : la plupart des théologiens de l'époque, dit-il en 1992, « ne percevaient pas la distinction formelle entre l'Écriture sainte et son interprétation », et c'est cette erreur qui les a conduits à transposer indûment dans le domaine de la foi une question d'investigation scientifique. La question n'est pas de savoir si l'Église a eu tort ; elle l'a reconnu elle-même. La question est de comprendre comment, et d'en tirer la leçon.
La lente correction
Le chemin de retour a été long, et il vaut la peine d'en donner les étapes, car elles montrent que la correction a commencé bien avant 1992. En 1741, Benoît XIV accorde l'imprimatur à une édition des œuvres complètes de Galilée, Dialogue compris, avec un avertissement. En 1757, la Congrégation de l'Index retire la clause générale interdisant les livres qui enseignent le mouvement de la Terre. En 1820, le maître du Sacré Palais refuse l'imprimatur à un manuel d'astronomie du chanoine Settele qui présente l'héliocentrisme comme un fait ; il est désavoué, et un décret approuvé par Pie VII en 1822 autorise explicitement à Rome la publication d'ouvrages enseignant la mobilité de la Terre. En 1835, l'édition de l'Index ne contient plus ni Copernic, ni Foscarini, ni Kepler, ni le Dialogue de Galilée.
Reste le geste public. En 1979, devant l'Académie pontificale des sciences, Jean-Paul II demande que l'affaire soit réexaminée loyalement ; une commission est créée en 1981. Le 31 octobre 1992, le pape reçoit ses conclusions et prononce le discours où il parle d'une « tragique incompréhension réciproque » qui a été interprétée, à tort, comme le signe d'une opposition constitutive entre science et foi. On a beaucoup glosé sur ce discours, certains pour y voir une réhabilitation tardive et timide, d'autres pour juger qu'il distribue trop équitablement les torts. Ce qu'il dit de l'erreur des théologiens est en tout cas sans ambiguïté.
La leçon de fond : l'Écriture et les sciences
Le paradoxe de l'affaire Galilée est que l'Église possédait depuis saint Augustin la règle qui l'aurait protégée. Dans son commentaire de la Genèse, Augustin avertit qu'un chrétien qui débite des sottises sur la nature devant des païens instruits couvre la foi de ridicule, et qu'il faut distinguer ce que l'Écriture enseigne en vue du salut de la manière dont elle parle des choses visibles. Galilée citait ces pages. Bellarmin en connaissait le principe. Il a manqué le courage de l'appliquer à un cas où la démonstration n'était pas encore complète, dans un climat où toute concession semblait une brèche.
Léon XIII reprend la règle augustinienne en 1893 dans l'encyclique Providentissimus Deus : l'Esprit de Dieu, qui parlait par les auteurs sacrés, n'a pas voulu leur enseigner la constitution intime des choses visibles, parce que cela ne servait en rien à leur salut ; les écrivains bibliques décrivent la nature selon les apparences et le langage commun de leur temps. C'est exactement la thèse de la lettre à Christine de Lorraine, devenue enseignement pontifical.
Le Catéchisme de l'Église catholique formule aujourd'hui le principe général, en citant Vatican I et Vatican II :
Bien que la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut jamais y avoir de vrai désaccord entre elles. Puisque le même Dieu qui révèle les mystères et communique la foi a fait descendre dans l'esprit humain la lumière de la raison, Dieu ne pourrait se nier lui-même ni le vrai contredire jamais le vrai. C'est pourquoi la recherche méthodique, dans tous les domaines du savoir, si elle est menée d'une manière vraiment scientifique et si elle suit les normes de la morale, ne sera jamais réellement opposée à la foi : les réalités profanes et celles de la foi trouvent leur origine dans le même Dieu.
Catéchisme de l'Église catholique, n° 159
Ce principe a une conséquence concrète pour le lecteur d'aujourd'hui : la Bible n'est pas un manuel de sciences, et tenter de lui faire dire l'âge de l'univers ou la forme du système solaire, dans un sens ou dans l'autre, c'est répéter l'erreur des consulteurs de 1616.
Tableau de synthèse
| Ce qui circule | Ce que montrent les documents |
| Galilée a été torturé. | Aucune torture n'a été appliquée. Le dossier mentionne la menace formelle de l'« examen rigoureux », jamais sa mise en œuvre. |
| Galilée a été jeté au cachot. | Il a logé à l'ambassade de Toscane puis dans un appartement du Saint-Office pendant le procès, et a fini ses jours en résidence surveillée à Arcetri, où il a écrit son chef-d'œuvre de physique. |
| Galilée a été brûlé, ou a failli l'être. | Confusion avec Giordano Bruno (1600), condamné pour des thèses théologiques, non pour l'astronomie. |
| Il a murmuré « Et pourtant, elle tourne » devant ses juges. | Aucune source contemporaine. La première attestation écrite date de 1757, plus d'un siècle après sa mort. |
| L'Église avait défini comme dogme l'immobilité de la Terre. | Il n'existe aucune définition dogmatique sur ce point. Les décrets de 1616 et 1633 émanent de congrégations romaines, non d'un concile ni d'un acte pontifical ex cathedra. |
| Galilée avait prouvé que la Terre tourne. | En 1633, il n'en avait pas la preuve : la parallaxe stellaire n'est mesurée qu'en 1838 et son argument des marées était faux. Il avait raison, mais il ne pouvait pas encore le démontrer. |
| Tout cela est une invention des ennemis de l'Église. | L'Église a bel et bien condamné un homme pour avoir soutenu une thèse vraie, lui a imposé une abjuration et a interdit les livres coperniciens pendant près de deux siècles. |
Conclusion
L'affaire Galilée n'est pas l'histoire d'une Église qui hait la science. Elle est l'histoire d'une institution qui a confondu, un temps, la Parole de Dieu avec la cosmologie d'Aristote, et qui a usé de sa puissance pour imposer cette confusion à un homme qui voyait plus clair qu'elle. Elle est aussi l'histoire d'un principe juste, énoncé par ses propres docteurs, et laissé en jachère pendant deux siècles avant d'être reconnu comme la règle. Aucune des deux légendes ne rend justice à cela.
Il y a quelque chose de plus intéressant que de relativiser la faute ou de l'agrandir : c'est de remarquer que l'Église a fini par dire d'elle-même ce que les documents disaient déjà. Cela ne rend pas la condamnation de 1633 moins injuste. Mais cela indique ce qu'une foi adulte peut faire de ses erreurs, quand elle accepte que le vrai ne contredit jamais le vrai, même quand le vrai est découvert par quelqu'un d'autre.
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