big-bang-univers


Dans un précédent article « maisqui a causé Dieu? », un internaute m’a posé une question qui m’a fait penser à une objection que l’on rencontre couramment lorsque l’on présente des arguments pour l’existence de Dieu, comme celui de la cause première ou celui de la contingence : celle qui affirme que de parler du commencement de l’univers est un non-sens. Voici l’extrait de son commentaire qui m’a fait penser à cette objection :

Il n'y a pas de "avant l'univers" ou "après l'univers" puisque le temps n'existe pas en dehors de l'univers.

Au sujet du commencement de l’univers, la position de la majorité des scientifiques est que l’univers est issue du Big-bang il y a environ 13.7 milliards d’années et que c’est à ce moment qu’aurait débuté la matière, l’espace et le temps.

 Cependant, comme le fait d’avoir un commencement est un stigmate assez flagrant de contingence, certains athées ont proposé l’idée que de dire que l’univers a un commencement ne fait pas de sens, puisque que le temps a commencé à exister avec le début de l’univers et qu’il ne peut donc pas avoir un « temps » avant ce temps où l’univers n’existait pas. Qu'un commencement peut s'appliquer aux choses qui sont dans le temps, mais pas au temps lui-même. On ne pourrait donc pas alors proprement parler du « commencement » de l’univers. Ils acceptent donc sans trop de problème la théorie du Big-bang, mais ils cherchent en même temps à en nier les conséquences. Comme si l’univers pouvait avoir un passé fini, mais sans pourtant avoir de commencement.

Le but de la manœuvre est bien entendu de prétendre par là qu’il n’aurait alors pas besoin de cause. Nous savons que, même si elle réussissait, cette tentative serait vaine, puisqu’un univers même éternel serait toujours aussi contingent et aurait tout de même besoin d’une cause. Formalisons maintenant cet argument pour un peu plus de clarté :

  1. Toute chose qui a un commencement doit être précédé d’un temps où elle n’existait pas
  2. L’univers n’a pas été précédé d’un temps où il n’existait pas
  3. Donc, l’univers n’a pas de commencement

Du point de vue de la forme, c’est un argument valide, mais le problème réside ici dans la définition des choses qui ont un commencement dans la deuxième prémisse. En fait, c’est tout l’argument qui s’écroule si l’on donne une définition légèrement différente des choses qui ont un commencement. Il suffit seulement de définir les choses qui ont un commencement comme quelque chose qui n’est précédée d’aucun temps où elle existait. Reformuler de cette façon, on voit non seulement que l’objection s’effondre, mais que l’argument nous mène à la conclusion inévitable du commencement de l’univers… ce qui nous laisse entrevoir une cicatrice incontestable de sa contingence. Reformulons maintenant l’argument précédant avec cette nouvelle définition :

  1. Toutes les choses qui ne sont précédées d’aucun temps où elles existaient ont un commencement*
  2. L’univers n’a été précédé d’aucun temps où il existait
  3. Donc, l’univers a un commencement


Nous voyons alors que le fait de parler du commencement de l’univers n’est pas un sophisme et que ce commencement amène à nous poser la question de la cause de cet univers… une cause qui doit nécessaire être intemporel, immatériel et non spatiale, puisque le temps, la matière et l’espace sont apparus avec lui.


* Comme me le faisait remarquer un internaute dans son commentaire, cette définition des choses ayant un commencement est incomplète. Pour être rigoureuse, il faudrait y ajouter quelques précisions, qui sont formulées ainsi par le Dr W.L. Craig  : Pour une entité e et un temps t, e commence à exister à t seulement et seulement si (1) e existe à t, (2) t est le premier moment où e existe, (3) il n’y a aucun état des choses dans le monde actuel où e existe hors du temps, et (4) e existe à t est un fait temporel [en anglais : tense fact]. On voit donc que Dieu, étant par essence existant (donc éternellement existant hors du temps, ne correspond pas aux choses qui ont commencé à exister, car il enfreint les conditions 2 et 3 de cette définition.