Qu'arrive-t-il après la mort?
Devant un cercueil, les théories se taisent et il ne reste qu’une question : et maintenant ? Toutes les cultures ont tenté d’y répondre, par le mythe, par la philosophie ou par le silence. Le chrétien, lui, ne s’appuie pas d’abord sur une intuition ni sur un raisonnement. Il s’appuie sur un témoin. Qui serait mieux placé pour parler de ce qui vient après la mort que Celui qui l’a traversée et qui en est revenu vivant ? « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra » (Jn 11, 25).
C’est à partir de cette parole, et de la Pâque qui l’a confirmée, que l’Église enseigne ce qui attend chaque personne au terme de sa vie. Cet enseignement, que la tradition appelle les fins dernières, se déploie en quelques étapes : la mort, le jugement particulier, puis le ciel, le purgatoire ou l’enfer, et enfin, au dernier jour, la résurrection des corps, le jugement dernier et le monde nouveau. Parcourons-les une à une, en restant au plus près de l’Écriture et du Catéchisme de l’Église catholique (CEC).
La mort, fin du pèlerinage terrestre
Ce qui se passe au moment de la mort
La foi définit la mort avec une grande sobriété : elle est la séparation de l’âme et du corps (CEC 1005). Le corps, privé du principe qui l’animait, retourne à la terre. L’âme, qui est spirituelle et immortelle, ne se dissout pas avec lui : elle va à la rencontre de Dieu, tout en demeurant en attente d’être réunie à son corps (CEC 997). Le livre de l’Ecclésiaste évoquait déjà ce jour où « la poussière retourne à la terre comme elle en vint, et le souffle de vie, à Dieu qui l’a donné » (Qo 12, 7).
Cette définition écarte une image très répandue. L’être humain n’est pas une âme enfermée dans un corps dont la mort viendrait enfin la libérer. Il est une unité d’âme et de corps, voulue telle par Dieu. Voilà pourquoi l’état de l’âme séparée, entre la mort et la fin des temps, n’est pas le dernier mot de l’espérance chrétienne. Les défunts ne deviennent pas des anges : ils restent des hommes et des femmes, appelés à retrouver un jour leur corps.
Une ennemie vaincue par le Christ
La mort n’entrait pas dans le projet du Créateur. « Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants » (Sg 1, 13). L’Église enseigne qu’elle est entrée dans le monde comme conséquence du péché (CEC 1008), ce que saint Paul résume d’un trait : « le salaire du péché, c’est la mort » (Rm 6, 23). Le chrétien n’a donc pas à trouver la mort belle ni à faire comme si elle ne faisait pas mal. Devant le tombeau de son ami Lazare, Jésus lui-même s’est mis à pleurer (Jn 11, 35), et saint Paul parle de la mort comme du « dernier ennemi qui sera anéanti » (1 Co 15, 26).
Pourtant, quelque chose a changé de manière décisive. Le Fils de Dieu a voulu connaître la mort, et il l’a assumée dans un acte d’obéissance et d’amour envers son Père. Par là, dit le Catéchisme, il a transformé la malédiction de la mort en bénédiction (CEC 1009). Pour celui qui meurt uni au Christ, la mort n’est plus une impasse : elle devient un passage. Saint Paul ose écrire : « pour moi, vivre c’est le Christ, et mourir est un avantage » (Ph 1, 21). Le baptême a déjà commencé ce passage, puisqu’il nous a unis à la mort du Christ pour que nous ayons part à sa résurrection (Rm 6, 4-5).
Une seule vie, une seule mort
La mort marque aussi la fin du temps où l’homme peut accueillir ou refuser la grâce de Dieu (CEC 1021). Elle clôt le pèlerinage terrestre, ce temps de miséricorde donné à chacun pour décider de son destin ultime (CEC 1013). La lettre aux Hébreux le dit sans détour : « le sort des hommes est de mourir une seule fois et puis d’être jugés » (He 9, 27).
Cette affirmation écarte trois idées qui circulent beaucoup aujourd’hui.
Le néant. Selon cette idée, la mort éteindrait tout. La foi tient au contraire que l’âme subsiste et que la personne demeure devant Dieu.
La réincarnation. Le Catéchisme est explicite : quand a pris fin l’unique cours de notre vie terrestre, nous ne revenons pas à d’autres vies terrestres (CEC 1013). Chaque personne est unique, et son histoire n’est pas un brouillon que l’on recommence.
Le sommeil de l’âme. Certains pensent que les morts resteraient inconscients jusqu’à la fin du monde. Or Jésus promet au malfaiteur crucifié à ses côtés : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis » (Lc 23, 43).
Loin d’écraser la vie présente, cette doctrine lui donne tout son poids. Si nous n’avons qu’une vie, chaque jour compte, et chaque acte d’amour aussi.
Le jugement particulier
Que se passe-t-il aussitôt après la mort ? Le Catéchisme répond : « Chaque homme reçoit dans son âme immortelle sa rétribution éternelle dès sa mort en un jugement particulier qui réfère sa vie au Christ » (CEC 1022). Ce jugement débouche sur l’une de trois situations : l’entrée immédiate dans la béatitude du ciel, une purification préalable, ou la damnation.
Le Nouveau Testament parle surtout du jugement en lien avec le retour du Christ à la fin des temps. Il affirme cependant à plusieurs reprises que le sort de chacun se décide dès sa mort. Dans la parabole du riche et de Lazare, le pauvre est emporté par les anges auprès d’Abraham tandis que le riche se retrouve au séjour des morts, en proie à la torture (Lc 16, 22-23). Le bon larron reçoit la promesse du Paradis pour le jour même. Saint Paul, de son côté, confie : « je désire partir pour être avec le Christ, car c’est bien préférable » (Ph 1, 23).
Un jugement de vérité
Il ne faut pas imaginer ce jugement comme la sentence d’un tribunal lointain et arbitraire. L’expression du Catéchisme est précise : ce jugement « réfère sa vie au Christ ». Devant lui, qui est la vérité, chacun voit enfin ce qu’il a fait de sa liberté et ce qu’il est devenu. Saint Paul écrit qu’« il nous faudra tous apparaître à découvert devant le tribunal du Christ, pour que chacun soit rétribué selon ce qu’il a fait, soit en bien soit en mal, pendant qu’il était dans son corps » (2 Co 5, 10).
Sur quoi serons-nous jugés ? Saint Jean de la Croix l’a dit dans une phrase que le Catéchisme a retenue : « Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour. » Il ne s’agit pas d’un amour vague et sentimental. Il s’agit de l’accueil réel de la grâce, qui se traduit dans la foi et dans les œuvres. Ce qui importe à l’heure de la mort, c’est de se trouver dans l’amitié de Dieu, ce que la tradition appelle l’état de grâce.
Ce jugement est définitif. Le purgatoire, comme nous allons le voir, n’est pas une troisième destination : il est le chemin de certains vers le ciel. Il n’existe donc, en fin de compte, que deux issues, la vie avec Dieu ou la séparation d’avec lui.
Le ciel, voir Dieu face à face
« Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, et qui sont parfaitement purifiés, vivent pour toujours avec le Christ » (CEC 1023). Voilà la destinée pour laquelle Dieu a créé chaque être humain. Saint Jean en parle avec émerveillement : « Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est » (1 Jn 3, 2).
La vision béatifique
Le cœur du ciel, c’est de voir Dieu. Ici-bas, écrit saint Paul, « nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face » (1 Co 13, 12). L’Église appelle cette contemplation la vision béatifique. En 1336, dans la constitution Benedictus Deus, le pape Benoît XII a défini que les âmes des saints, une fois purifiées s’il y a lieu, voient l’essence divine face à face, sans la médiation d’aucune créature, et cela avant même la résurrection des corps.
Cette vision dépasse les forces de la nature humaine. Dieu ne peut être vu tel qu’il est que s’il ouvre lui-même son mystère à l’homme et lui en donne la capacité (CEC 1028). Le ciel n’est donc pas un salaire que l’on aurait gagné. Il est un don, auquel une vie entière nous prépare.
Une communion qui n’efface personne
Le ciel n’est pas une dissolution dans le grand tout, et il n’a rien d’un repos monotone. Le Catéchisme le décrit comme une communion de vie et d’amour avec la Trinité, avec la Vierge Marie, les anges et tous les bienheureux, et comme « la fin ultime et la réalisation des aspirations les plus profondes de l’homme, l’état de bonheur suprême et définitif » (CEC 1024). Les élus n’y perdent pas leur identité : ils y trouvent au contraire leur vrai nom (CEC 1025).
Pour évoquer ce bonheur, l’Écriture multiplie les images : la vie, la lumière, la paix, le festin de noces, la maison du Père, la Jérusalem céleste. Jésus promet : « Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures » (Jn 14, 2). Aucune de ces images ne suffit, et saint Paul le reconnaît en citant l’Écriture : « ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas venu à l’esprit de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé » (1 Co 2, 9).
Les saints du ciel ne sont pas pour autant coupés de nous. Ils continuent d’accomplir avec joie la volonté de Dieu envers les autres hommes (CEC 1029), et c’est pourquoi l’Église se confie à leur intercession.
Le purgatoire, une purification par amour
« Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu’assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir la sainteté nécessaire pour entrer dans la joie du ciel » (CEC 1030). L’Église appelle purgatoire cette purification finale des élus, qui est tout à fait distincte du châtiment des damnés (CEC 1031).
Ce que le purgatoire n’est pas
Le purgatoire est sans doute la plus mal comprise des fins dernières. Trois précisions aident à y voir clair.
Ce n’est pas une seconde chance. Le choix fondamental se fait pendant cette vie. Celui qui entre dans cette purification a déjà été jugé, et il est sauvé.
Ce n’est pas un enfer temporaire. L’âme qui se purifie est certaine de voir Dieu. Elle est déjà unie à lui par la charité, ce qui change tout.
Ce n’est pas un état sans issue. Il n’y a qu’une sortie du purgatoire, et elle donne sur le ciel.
Pourquoi une purification ?
L’Apocalypse dit de la cité céleste : « Rien de souillé n’y entrera jamais » (Ap 21, 27). La lettre aux Hébreux parle de « la sainteté sans laquelle personne ne verra le Seigneur » (He 12, 14), et Jésus proclame : « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (Mt 5, 8). Or, beaucoup meurent en amis de Dieu sans que leur amour soit encore entier. Le péché pardonné laisse des traces : des attachements désordonnés, des blessures, un cœur partagé. Dieu ne fait pas semblant de ne pas les voir. Il guérit.
Dans son encyclique Spe salvi, Benoît XVI a médité sur ce mystère à partir du feu dont parle saint Paul. Il rapporte l’avis de théologiens pour qui ce feu qui brûle et qui sauve est le Christ lui-même, Juge et Sauveur : « C’est la rencontre avec Lui qui, en nous brûlant, nous transforme et nous libère pour nous faire devenir vraiment nous-mêmes. » Il parle d’une transformation assurément douloureuse, mais aussi d’une « heureuse souffrance », et il précise que sa durée ne peut pas se calculer avec les mesures de ce monde.
Les appuis dans l’Écriture et la tradition
Le mot purgatoire ne figure pas dans la Bible, mais la réalité qu’il désigne y a des racines solides.
Dans l’Ancien Testament, Judas Maccabée fait offrir un sacrifice pour des soldats morts au combat, « afin que les morts soient délivrés de leurs péchés » (2 M 12, 46). L’auteur sacré approuve ce geste, inspiré par la pensée de la résurrection. Une telle prière n’aurait aucun sens si les défunts ne pouvaient plus être aidés.
Saint Paul, de son côté, décrit le jour où l’ouvrage de chacun sera éprouvé par le feu : « si l’ouvrage est entièrement brûlé, il en subira le préjudice. Lui-même sera sauvé, mais comme au travers du feu » (1 Co 3, 15).
Enfin, Jésus affirme que le péché contre l’Esprit Saint ne sera pardonné « ni en ce monde-ci, ni dans le monde à venir » (Mt 12, 32). Saint Grégoire le Grand en concluait que certaines fautes peuvent être remises dans le monde à venir.
Cette doctrine a été formulée surtout aux conciles de Florence, en 1439, et de Trente, en 1563 (CEC 1031). L’Église en parle avec retenue, loin des descriptions détaillées que l’imagination a parfois multipliées.
Prier pour les défunts
De cette foi découle l’une des plus belles pratiques chrétiennes : la prière pour les morts. Dès les premiers temps, l’Église a offert pour eux des suffrages, en particulier le sacrifice eucharistique, et elle recommande aussi les aumônes, les indulgences et les œuvres de pénitence en leur faveur (CEC 1032). Saint Jean Chrysostome y exhortait ses fidèles : « N’hésitons pas à porter secours à ceux qui sont partis et à offrir nos prières pour eux. »
L’amour ne s’arrête pas au cimetière. Faire célébrer une messe pour un défunt, prier pour lui le 2 novembre ou à n’importe quel autre moment, c’est continuer de l’aimer d’une manière qui l’aide réellement.
L’enfer, le refus définitif de l’amour
Voici le point le plus grave, et celui que l’on préférerait passer sous silence. Le Catéchisme l’aborde à partir de la liberté : « Nous ne pouvons pas être unis à Dieu à moins de choisir librement de l’aimer » (CEC 1033). Mourir en état de péché mortel, sans s’en être repenti et sans accueillir l’amour miséricordieux de Dieu, c’est demeurer séparé de lui pour toujours par son propre choix. L’enfer est cet « état d’auto-exclusion définitive de la communion avec Dieu et avec les bienheureux ».
Une parole de Jésus lui-même
On voudrait parfois opposer le Jésus doux des Évangiles à une Église qui aurait inventé l’enfer pour faire peur. Les textes disent autre chose. C’est Jésus, celui-là même qui révèle la miséricorde du Père, qui parle le plus souvent de la géhenne et du feu qui ne s’éteint pas (CEC 1034). Dans la grande scène du jugement, il annonce cette parole adressée à ceux qui auront fermé leur cœur aux plus petits : « Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges » (Mt 25, 41). Et il conclut : « ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle » (Mt 25, 46).
Ce que l’Église enseigne
L’Église affirme l’existence de l’enfer et son éternité. La peine principale de l’enfer consiste dans la séparation éternelle d’avec Dieu, « en qui seul l’homme peut avoir la vie et le bonheur pour lesquels il a été créé et auxquels il aspire » (CEC 1035). Les images du feu traduisent la gravité de cette perte : être privé pour toujours de Celui pour qui l’on est fait.
Dieu ne damne personne malgré lui
Trois vérités doivent être tenues ensemble.
Dieu veut le salut de tous. Il « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité » (1 Tm 2, 4). Il prend patience, « car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre, mais il veut que tous parviennent à la conversion » (2 P 3, 9).
Dieu ne prédestine personne à l’enfer. Il faut pour cela se détourner volontairement de lui par un péché mortel et y persister jusqu’à la fin (CEC 1037). L’enfer n’est pas un piège tendu par Dieu. Il est la conséquence d’une liberté que Dieu prend au sérieux, car un amour imposé de force ne serait plus de l’amour.
L’avertissement est réel. Les paroles de l’Écriture sur l’enfer sont un appel à la responsabilité et un appel pressant à la conversion (CEC 1036). « Entrez par la porte étroite », dit Jésus (Mt 7, 13).
L’Église, qui proclame des saints, ne s’est jamais prononcée sur la damnation d’une personne en particulier. Elle prie pour que personne ne se perde (CEC 1058). Le chrétien évite ainsi deux écueils opposés : la présomption, qui tient le salut pour acquis quoi qu’on fasse, et le désespoir, qui doute de la miséricorde.
La résurrection des corps et le jugement dernier
« Je crois à la résurrection de la chair »
Ce qui précède concerne l’âme après la mort. Or, l’espérance chrétienne va plus loin, et c’est son trait le plus original. Elle n’attend pas seulement la survie de l’âme : elle attend la résurrection de la personne tout entière. Au retour du Christ, tous les morts ressusciteront. Jésus l’annonce : « l’heure vient où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix ; alors, ceux qui ont fait le bien sortiront pour ressusciter et vivre, ceux qui ont fait le mal, pour ressusciter et être jugés » (Jn 5, 28-29). Saint Paul parle de même d’« une résurrection des justes et des injustes » (Ac 24, 15).
Avec quel corps ? Le quatrième concile du Latran enseigne que tous ressusciteront avec leur propre corps, celui qu’ils ont maintenant (CEC 999). Ce corps sera pourtant transfiguré. Le Christ « transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux » (Ph 3, 21). Saint Paul prend l’image de la semence : « Ce qui est semé périssable ressuscite impérissable ; ce qui est semé sans honneur ressuscite dans la gloire ; ce qui est semé faible ressuscite dans la puissance » (1 Co 15, 42-43). Le comment dépasse notre imagination (CEC 1000), mais le fondement est solide : le Christ est « premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis » (1 Co 15, 20).
Pourquoi un second jugement ?
Si chacun est jugé à sa mort, à quoi sert le jugement dernier ? Il ne révise pas le jugement particulier. Il le manifeste devant tous, à l’échelle de l’histoire entière, et il concerne désormais l’homme complet, corps et âme.
Jésus le décrit ainsi : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs » (Mt 25, 31-32). Le critère est connu d’avance : « chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40).
Ce jour-là, la vérité sera faite sur toute chose. Le jugement dernier révélera jusque dans ses dernières conséquences ce que chacun aura fait de bien ou omis de faire (CEC 1039). Nous connaîtrons le sens ultime de la création et de l’histoire du salut, et nous comprendrons les chemins par lesquels la Providence aura tout conduit. Il sera manifeste que la justice de Dieu triomphe de toutes les injustices commises par ses créatures et que son amour est plus fort que la mort (CEC 1040). Pour les victimes oubliées de l’histoire, cette promesse est une bonne nouvelle.
Quant au moment, le Père seul en connaît l’heure. L’annonce du jugement n’a pas pour but de nourrir les spéculations. Elle appelle à la conversion pendant qu’il en est encore temps (CEC 1041).
Les cieux nouveaux et la terre nouvelle
Le dernier mot de la révélation n’est ni le jugement ni la séparation. C’est un monde renouvelé. À la fin des temps, le Royaume de Dieu arrivera à sa plénitude : les justes régneront pour toujours avec le Christ, glorifiés en corps et en âme, et l’univers lui-même sera renouvelé (CEC 1042). « Car ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice » (2 P 3, 13).
La création matérielle n’est donc pas un décor que Dieu jetterait une fois la pièce terminée. Saint Paul écrit qu’elle a gardé l’espérance « d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu » (Rm 8, 21). Ce sera l’accomplissement du dessein de Dieu, qui est de « récapituler toutes choses dans le Christ, celles du ciel et celles de la terre » (Ep 1, 10).
L’Apocalypse en donne la vision la plus saisissante : « Alors j’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre s’en étaient allés et, de mer, il n’y en a plus. Et la Ville sainte, la Jérusalem nouvelle, je l’ai vue qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu, prête pour les noces, comme une épouse parée pour son mari. Et j’entendis une voix forte qui venait du Trône. Elle disait : “Voici la demeure de Dieu avec les hommes ; il demeurera avec eux, et ils seront ses peuples, et lui-même, Dieu avec eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur : ce qui était en premier s’en est allé” » (Ap 21, 1-4).
Cette attente ne détourne pas du monde présent. Le concile Vatican II enseigne que l’espérance d’une terre nouvelle, loin d’affaiblir le souci de cultiver cette terre, doit plutôt le réveiller (CEC 1049). Tout ce qui aura été bâti dans l’amour sera retrouvé, purifié et transfiguré. Alors, selon le mot de saint Paul, « Dieu sera tout en tous » (1 Co 15, 28).
Ce que cette espérance change dès aujourd’hui
Cet enseignement n’a pas été donné pour satisfaire la curiosité sur l’au-delà. Il éclaire la manière de vivre maintenant.
Il donne d’abord du prix au temps. Le souvenir de notre mortalité nous rappelle que nous n’avons qu’un temps limité pour réaliser notre vie (CEC 1007). L’Imitation de Jésus-Christ pose la question sans ménagement : « Si aujourd’hui tu n’es pas prêt, comment le seras-tu demain ? »
Il invite ensuite à se préparer en paix. L’Église accompagne ses enfants jusqu’au bout par le sacrement de la réconciliation, l’onction des malades et le viatique, cette dernière communion donnée comme nourriture pour le voyage (CEC 1020). Chaque Je vous salue Marie demande à la Mère de Dieu de prier pour nous « maintenant et à l’heure de notre mort ».
Il transforme enfin le deuil. Saint Paul ne demande pas aux chrétiens de ne pas pleurer. Il leur demande de ne pas être « abattus comme les autres, qui n’ont pas d’espérance » (1 Th 4, 13). Le livre de la Sagesse le disait déjà : « les âmes des justes sont dans la main de Dieu ; aucun tourment n’a de prise sur eux » (Sg 3, 1).
Qu’arrive-t-il après la mort ? La réponse chrétienne tient en un nom plus qu’en une description. Après la mort, il y a Quelqu’un. Celui qui nous attend est celui qui a donné sa vie pour nous, et rien, « ni la mort ni la vie », ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur (Rm 8, 38-39). Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus l’avait compris, elle qui écrivait quelques mois avant sa mort : « Je ne meurs pas, j’entre dans la vie. »

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