Pourquoi la résurrection n’est pas une conspiration

Lorsqu'on est confronté au témoignage des premiers chrétiens au sujet de la Résurrection de Jésus, il est naturel de se demander s’il est crédible. Un scepticisme sain exige que l'on teste les affirmations d'un tel événement.
Une façon de le faire est d'offrir des explications alternatives et l’une de ces explications au sujet de la Résurrection est la théorie du complot. Cette théorie prétend expliquer le tombe vide du Christ et ses apparences post-mortem en prétendant que les premiers chrétiens ont volé le corps et ont inventé l'histoire de la Résurrection.
Je ne reproche à personne d'avoir soulevé la question, car il est naturel de demander: « Les premiers chrétiens ont-ils inventé ces choses? »
J’affirmerais qu'ils ne l'ont pas fait et qu’il y a deux bonnes raisons de penser cela.
Le dilemme apostolique
Tout d'abord, les premiers chrétiens n'avaient rien à gagner et tout à perdre en mentant au sujet de la Résurrection de Jésus. Comme j'ai appris de mon mentor et ami Père Robert J. Spitzer, ce genre de menace rend le témoignage le plus crédible et saint Paul l'a compris. Paul utilise cela pour plaider en faveur de la crédibilité du témoignage des premiers chrétiens et présente son argument sous la forme d'un dilemme à deux cornes dans 1 Corinthiens 15:
Et si le Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, vaine aussi est votre foi. Il se trouve même que nous sommes de faux témoins à l'égard de Dieu, puisque nous avons témoigné contre lui qu'il a ressuscité le Christ, tandis qu'il ne l'aurait pas ressuscité, s'il est vrai que les morts ne ressuscitent pas.
Saint Paul présente la deuxième corne au verset 19, puis l'expose aux versets 30 à 32:
Et nous-mêmes, pourquoi sommes-nous à toute heure en péril? Chaque jour je suis exposé à la mort, aussi vrai, mes frères, que vous êtes ma gloire en Jésus-Christ notre Seigneur. Si c'est avec des vues humaines que j'ai combattu contre les bêtes à Éphèse, quel avantage m'en revient-il? Si les morts ne ressuscitent pas, " mangeons et buvons, car demain nous mourrons ".
Notez que dans la première corne, saint Paul soutient que si lui et les témoins croyaient en Dieu, ils porteraient un faux témoignage par leur proclamation de la Résurrection de Jésus: « nous sommes de faux témoins à l'égard de Dieu ». Qu'est-ce que les premiers chrétiens auraient-ils eu à gagner à mentir tout en croyant toujours au Dieu d'Abraham, d’Isaac et de Jacob? La damnation! Est-il raisonnable de penser que les premiers chrétiens auraient risqué la perte de leur salut éternel pour professer un tel mensonge?
Dans la seconde corne, saint Paul semble considérer ce qu'ils pourraient avoir gagné avec ce mensonge, s'il était incrédule et qu’il ne croyait pas en Dieu ou à la Résurrection. Remarquez dans le verset 19, il écrit: « Si nous n'avons d'espérance dans le Christ que pour cette vie seulement », puis dans le verset 32 « Si c'est avec des vues humaines que j'ai combattu contre les bêtes à Éphèse, quel avantage m'en revient-il? » L'argument de Paul est que rien d'autre que la persécution et la mort ne peut être obtenu d’un tel mensonge. Pour Paul, si cela est la récompense, alors « mangeons et buvons, car demain nous mourrons ».
Il peut y avoir des explications alternatives pour la fausseté des témoignages de la Résurrection qui méritent d'être considérés, mais pour saint Paul, la théorie de la conspiration n'est pas l'une d'entre elles.
Le témoignage des femmes
La deuxième raison de penser que les premiers chrétiens n’ont pas inventé l'histoire de la Résurrection est qu’ils ont raconté que des femmes étaient les premières témoins.
L'un des nombreux critères que les historiens utilisent pour tester l'historicité d’un texte est le critère de l'embarras. Cela se réfère à toute action ou à des paroles que les premiers chrétiens auraient trouvé embarrassantes et désagréables d’un point de vue apologétique. Aucun écrivain des évangiles ne voudrait inclure de telles informations, car cela compromettrait le but de l'Évangile. Avoir des femmes comme premiers témoins de la Résurrection correspond très bien à un tel critère.
Dans le judaïsme du premier siècle, le témoignage des femmes était irrecevable dans un tribunal: « Les femmes ne rendront pas de témoignage, à cause de la légèreté et de la témérité de leur sexe. » (Josèphe, Antiquités des Juifs, 4.8.15).
Si le témoignage d'une femme n'était pas considéré comme crédible dans un tribunal, il semblerait que les apôtres ne devraient pas utiliser le témoignage des femmes pour convaincre leurs auditeurs de la vérité du tombeau vide et des apparitions du Christ ressuscité. Il est plus raisonnable de conclure que si les écrivains des évangiles avaient fabriqué cette histoire, ils auraient alors choisi les hommes pour être les premiers témoins, peut-être quelqu’un comme Joseph d'Arimathie ou Nicodème.
Le militant athée et historien Richard Carrier, au chapitre 11 de son livre « Not the Impossible Faith », s'oppose à cet appel aux femmes. Il soutient que, parce que les Évangiles sont des documents historiques et non judiciaires, il est inapproprié que les apologètes chrétiens passent du « décorum du prétoire à la crédibilité quotidienne ».
Selon lui, bien que le témoignage des femmes ne fût pas accepté devant un tribunal, il était recevable comme source pour des affirmations historiques. Carrier fait appel au récit de Josèphe au sujet des massacres de Gamala et de Masada, qui ont le témoignage de deux femmes pour sources.
En réponse à la première objection de Carrier, je pense qu'il est légitime pour l’apologète chrétien d'utiliser l'irrecevabilité du témoignage des femmes devant le tribunal, parce que les écrivains évangéliques en faisaient un cas d’apologétique en tentant de convaincre leurs auditeurs de la vérité de la Résurrection. Ils ne se contentaient pas de rapporter un événement historique, mais ils présentaient une convergence de preuves en faveur de la vérité du tombeau vide de Jésus, de ses multiples apparitions post mortem, des conversions, etc.
De plus, remarquez la raison pour laquelle Josèphe donne pour ne pas admettre le témoignage des femmes: « à cause de la légèreté et de la témérité de leur sexe ». Le mot légère signifie traiter une question sérieuse avec humour ou d'une manière qui manque de respect. Bien que cette vision des femmes ne conduise pas à un rejet total du témoignage d'une femme, cela serait certainement moins souhaitable si l'on fabrique une histoire, surtout lorsqu'il est tout aussi facile d'utiliser des hommes comme premiers témoins.
L'appel de Carrier à Josèphe, qui utilise les femmes comme sources pour son récit des sièges de Masada et de Gamala, ne vient pas vraiment miner non plus l'argument de l'apologète chrétien.
En ce qui concerne le siège de Gamala, Josèphe déclare que les deux femmes qui ont servi de sources ont été les seules qui lui ont échappé (Guerre des juifs, 4.82). Également, bien que non explicite pour son récit du siège de Masada, Josèphe semble impliquer que les deux femmes qui étaient ses sources pour cet événement étaient aussi les seules survivantes (Guerre des juifs 7.399).
Il est donc évident que Josèphe utilisa le témoignage des femmes pour ces événements que parce que personne d'autre n'a survécu.
Avec ces considérations, il est facile de voir pourquoi l'appel de Carrier à la confiance de Josèphe envers le témoignage de ces femmes ne vient pas miner l'argument chrétien. Les évangélistes avaient le choix de décider des témoins de la Résurrection du Christ, mais Josèphe n'a pas eu le choix sur qui baser ses récits sur les sièges de Masada et de Gamala.
Le manque de fiabilité du témoignage des femmes dans le judaïsme du premier siècle reste un cas légitime du critère de l'embarras et peut donc être utilisé par les apologètes chrétiens pour faire valoir l'historicité de la Résurrection de Jésus.
Il y a beaucoup d'autres raisons que l'on peut donner pour montrer que la théorie du complot n’est pas raisonnable, mais je pense que les deux présentés ci-dessus sont suffisants. Les gens ne meurent pas pour ce qu'ils savent être un mensonge et les menteurs n'utilisent pas de témoignages peu fiables pour convaincre le public de leurs histoires fabriquées.
En cette saison de Pâques, le chrétien peut être assuré que sa foi dans Jésus le ressuscité n’est, au moins, pas basée sur un mensonge.
Cet article est une traduction personnelle de l’article « Why the Resurrection Was Not a Conspiracy » de Karlo Broussard.
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