Quelques réflexions sur Q

Et ce n'est pas le gars des gadgets de James Bond.
Dans les études bibliques, Q est une source hypothétique que les deux Évangiles de Matthieu et de Luc auraient prétendument utilisée.
Si des gens en parlent, c'est qu'il y a environ 235 versets de l’Évangile de Matthieu qui sont parallèles avec celui de Luc, mais qui ne figurent pas dans celui de Marc ou de Jean.
Il s'agit d'un nombre important. Mathieu a 1071 versets et Luc en a 1151. S’ils ont tous deux 235 versets en commun, c'est alors une partie très importante de ces deux Évangiles : plus d'un cinquième.
C'est une partie assez importante pour que plusieurs croient que ce n'est pas dû au hasard et qu’il doit y avoir une raison.
Une des raisons pourrait être que Luc a tiré ces versets de Matthieu. Ou alors, que Matthieu aurait pu tirer ces versets de Luc.
Aujourd'hui, la plupart des chercheurs ne pensent pas que l'un de ces deux scénarios soit le cas. Au lieu de cela, ils pensent que Matthieu et Luc ont écrit indépendamment l'un de l'autre, ce qui suggèrerait une source différente pour ces matériaux.
Dans les années 1800, cette source a été surnommée « Q », supposément du mot allemand « Quelle » (qui veut dire « source »), mais cela n'est pas certain.
Aujourd'hui la théorie la plus populaire parmi les spécialistes de la Bible est que Matthieu et Luc ont tous deux puisés de deux sources principales pour l'écriture de leurs Évangiles : Marc et Q. Ceci est connu sous le nom de « théorie des deux sources ».
Bien que le Magistère de l'Église ait d'abord interdit les spécialistes bibliques catholiques de défendre ce point de vue, cela a été changé plus tard et, comme le pape Benoît XVI l’a souligné quand il était encore le cardinal Ratzinger et le chef de la Commission biblique pontificale, la théorie des deux sources est « acceptée aujourd'hui par presque tout le monde » (source : en anglais).
Que devrions-nous faire de ce point de vue?
De la première perspective, la perspective de la foi, ce n'est pas vraiment important de savoir ce qu'étaient les sources particulières des Évangiles. Ils sont tous inspirés et ils nous donnent une connaissance précise de Jésus-Christ. C'est le plus important.
Comment en sont-ils venus à être ce qu’ils sont est une question intéressante, qui pourrait faire la lumière sur certains passages particuliers de l'Écriture, mais cela n'est pas essentiel à la foi chrétienne.
D'autre part, si vous ne partagez pas le point de vue de la foi, alors la question peut être beaucoup plus importante. Certains chercheurs, engagés dans la « quête du Jésus historique » pensent que le vrai Jésus, le Jésus original, a été obscurci par des couches de traditions qui l’on transformé pour devenir « le Christ de la foi ».
Pour les gens de ce point de vue, il importe beaucoup de savoir la façon dont les Évangiles en sont venus à être ce qu’ils sont, parce que toutes ces couches de traditions doivent être grattées afin que nous puissions en apprendre davantage sur le Jésus historique. Pour ces gens, l'identification des sources les plus primitives est une question de première importance.
Cependant, ce n’est pas tout le monde qui partage ce point de vue. Il y a de nombreux partisans de Q, qui sont orthodoxes dans leur foi et qui croient que les Évangiles que nous avons sont un guide fiable au sujet de la vie et des enseignements du Christ.
En tous les cas, une idée doit être jugée en pesant le pour et le contre des preuves apportées, et non pas par la façon dont certains de ses partisans en abusent.
Alors que dire de Q?
De quel type de source parlons-nous?
La première question que nous devons nous poser est de quel type de source est Q.
Personne ne doute que les évangélistes aient utilisé des sources quand ils ont composé les Évangiles. Deux des évangélistes, Marc et Luc, n’étaient pas considérés, même dans l'Église primitive, comme des témoins du ministère de Jésus. Ils ont dû utiliser des sources et Luc le dit lui-même dans le prologue de son Évangile. Il écrit:
Comme plusieurs ont entrepris de composer une relation des choses accomplies parmi nous, conformément à ce que nous ont transmis ceux qui ont été dès le commencement témoins oculaires et ministres de la Parole, il m'a paru bon à moi aussi, qui de longues dates ai tout suivi avec soin, d'en écrire pour toi le récit suivi, noble Théophile, afin que tu reconnaisses la certitude des enseignements que tu as reçus. (Luc 1, 1-4).Ici, Luc indique que son Évangile est basé sur des choses qui «nous ont transmis ceux qui ont été dès le commencement témoins oculaires et ministres de la Parole ». C’est-à-dire ceux qui ont effectivement vu les événements de la vie et du ministère de Jésus et ceux qui étaient les titulaires autorisés des traditions sur Jésus. Ils ont été parmi ses sources.
Q aurait-il pu être une source orale, dérivée de l'un de ces témoins oculaires ou d’un de ses ministres de la Parole?
C’est possible, mais la plupart des chercheurs aujourd'hui ne le pensent pas. Le contenu de Q est assez vaste. Il contient au moins les 235 versets parallèles entre Matthieu et Luc, et peut-être plus que cela (en fonction de combien de Q chaque évangéliste a laissé de côté). De plus, le matériau a une structure narrative qui procède d'un événement à un autre. Aussi, si Matthieu et Luc ont écrit indépendamment l'un de l'autres, il devait leur être accessible à tous les deux.
C'est beaucoup demander à une source orale et c’est pourquoi la plupart des théoriciens de Q aujourd'hui pensent qu'il s'agissait d'un document.
Il est très probable qu'il y avait des documents parmi les sources de Luc. Bien qu'il ne dit pas qu'il a puisé ses informations d’eux, il note que « plusieurs ont entrepris de composer une relation des choses accomplies parmi nous » de ce que Jésus a fait, et il est donc fort probable qu'il ait utilisé un ou plusieurs de ces documents.
Historiquement, la plupart des chercheurs pensaient qu'il avait utilisé Matthieu. Aujourd'hui, la plupart des spécialistes pensent qu'il aurait utilisé Marc. Certains chercheurs pensent même qu'il aurait utilisé les deux à la fois.
Il est donc possible qu'il ait utilisé un document comme Q.
La question est: l’a-t-il fait ?
Hypothétique ou perdu ?
Il faut noter que Q est un document hypothétique. Ce n'est pas la même chose qu’un document qui est perdu.
Nous connaissons beaucoup de documents dans le monde antique qui ont été perdus. Dans certains cas, nous pouvons avoir quelques citations d'eux, conservés par d'autres auteurs, mais dans d'autres cas, le travail a disparu et tout ce que nous savons à leur sujet est le titre, ou même uniquement le sujet, et possiblement son auteur.
Nous connaissons ces choses parce que le livre est mentionné par un ou plusieurs auteurs anciens. Par exemple, plusieurs Pères de l'Église mentionnent un ouvrage intitulé « Une Exposition des Oracles du Seigneur » qui a été écrite par Papias, un évêque d'Hiérapolis, qui vivait dans au premier et au deuxième siècle.
Les chercheurs aimeraient avoir une copie complète de ce travail, mais tout ce que nous avons sont quelques citations de ce conservés par des auteurs plus tardifs.
Nous voyons aussi des livres perdus qui sont mentionnés dans la Bible. Par exemple, Saint Paul semble parler de plusieurs lettres qui n'ont pas survécu (voir 1 Corinthiens 5, 9; 2, 4; 7, 8-9, Colossiens 4, 16). Bien que la question est débattue, ces lettres semblent être perdues, du moins dans leurs formes originales.
Mais il y a une différence entre un document hypothétique et un document perdu.
Un document perdu est celui dont nous connaissions l’existence. Nous avons des références précises sur lui.
Un document hypothétique en est un dont nous ne connaissions pas l'existence. C'est un document qui a été proposé, même si nous n'avons pas de références à son sujet.
Q tombe dans cette dernière catégorie, et alors son existence est moins certaine que les différents documents perdus dont nous savons qu’ils ont existé.
Comme nous le verrons dans un prochain billet, il y a d'autres raisons d'être sceptique au sujet de savoir si Q était vraiment un document.
Cet article est une traduction personnelle de l’article «Some Thoughts on Q» de Jimmy Akin. Vous pouvez consulter l’article original en anglais ici.
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