Les catholiques peuvent-ils croire au karma?

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Hans Memling, Le Jugement Dernier (1473)

Il n’est pas rare que quelqu'un se demande si un catholique peut croire au karma. Après tout, c'est un concept populaire surtout chez les jeunes, même s’il peut être souvent mal compris. Pour certaines personnes, le karma ne signifie rien de plus que « les bonnes choses arrivent aux bonnes personnes et les mauvaises arrivent aux mauvaises personnes ». Cependant, la véritable doctrine du karma est un peu plus nuancée que celle que l’on retrouve par exemple dans la série « My Name is Earl » (une série américaine sur le thème du karma). Voici comment Yuvraj Krishan décrit le karma dans son livre « La doctrine du karma: son origine et son développement dans les traditions brahmanes, bouddhistes et jaïnistes » :

Il y a trois caractéristiques essentielles de la doctrine du karma:
  1. C'est une loi éthique ou morale: les bons karmas (punya, sukrta) produisent le bonheur (sukha) et les mauvais karmas (pãpa, duṣkṛta) produisent la souffrance, duḥkha.
  1. C'est une loi de responsabilité morale dans laquelle l'âme (ãtmã) d'une personne est l'auteur d'un acte et est responsable de faire face aux conséquences de ces actes. Ainsi, c'est une loi de justice rétributive.
  1. La justice rétributive est dispensée à travers le punarjanma, une renaissance de l'âme (ãtmã) de celui qui agit. En fait, la renaissance dans des formes supérieures ou inférieures de l'existence : hommes, animaux, plantes, etc., ainsi que la souffrance et l'inégalité des êtres dans ces formes sont tous des éléments qui en reflètent le caractère rétributif.

Que peut-on trouver de vrai dans le karma?

Que peut-on trouver de vrai dans le karma? En fait, chacune des trois caractéristiques essentielles peut nous faire aboutir à une vérité réelle :

  1. À long terme, nous sommes davantage portés à être heureux quand nous vivons moralement et à être malheureux quand nous vivons immoralement.
  2. En justice, les bonnes actions méritent d'être récompensées et les actions mauvaises méritent d'être punies.
  3. Ces exigences de la justice ne peuvent pas se terminer avec nos vies terrestres, car il y a trop de contre-exemples de gens qui ont fait de mauvaises actions et qui « s'en sont tiré » sans en avoir subit les conséquences. D'un autre côté, qu'en est-il de toutes ces personnes innocentes qui ont souffert injustement et à qui justice ne semble jamais avoir été rendu?


Tout cela est clairement décrit dans la description du jugement dernier par saint Paul (Romains 2, 5-11) :

Par ton endurcissement et ton cœur impénitent, tu t'amasses un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu, qui rendra à chacun selon ses œuvres : la vie éternelle à ceux qui, par leur persévérance dans le bien, cherchent la gloire, l'honneur et l'immortalité; mais la colère et l'indignation aux enfants de contention, indociles à la vérité, dociles à l'iniquité. Oui, tribulation et angoisse sur tout homme qui fait le mal, sur le Juif premièrement, puis sur le Grec; gloire, honneur et paix pour quiconque fait le bien, pour le Juif premièrement, puis pour le Grec. Car Dieu ne fait pas acception des personnes.

Où est-ce que le karma se trompe?

Alors, où est-ce que le karma se trompe? Yuvraj Krishan décrit le karma comme étant « le défi le plus sérieux au concept d'un créateur et gouverneur tout-puissant, omniscient et omniprésent ». Pourquoi? Parce que le karma est compris comme une sorte de loi mécanique de l'univers opérant indépendamment de Dieu, comme celle de la gravité. C'est une force totalement impersonnelle.

En tant que chrétiens, nous réalisons que cette « justice cosmique » est en réalité la justice divine et que c'est Jésus-Christ qui viendra juger les vivants et les morts. Cela nous amène aussi à la différence la plus profonde et la plus incroyable. La justice karmique est une justice froide et impersonnelle. En sens contraire, parce que la justice divine est personnelle, elle est aussi animée par la miséricorde et la charité divine.

Parfois, cela est mal interprété en opposant la miséricorde de Dieu contre sa justice. Cela est une erreur et elle fait de Dieu une sorte d'être qui pourrait être de mauvaise humeur et imparfait, plutôt que le Dieu parfait et immuable de l'Univers. Alors, comment Dieu peut-il être à la fois juste et miséricordieux?

Saint Anselme de Cantorbéry (1033-1109) a exploré cette question dans son Proslogion et il en est venu à cette conclusion de base. La justice est, selon les mots de Cicéron, de donner à chacun leur dû, ou ce qui leur est dû par la nature. Donc, il est juste (je crois d'une manière assez évidente) de punir les méchants. Comment peut-il être juste alors que Dieu épargne les méchants? Parce que la miséricorde agit en accord avec la propre nature de Dieu. En d'autres termes, la miséricorde de Dieu est Sa justice à Lui-même. La miséricorde est ce qui est dû à sa nature toute-bonne, et ainsi c'est la justice de Dieu à lui-même d'être miséricordieux. Voici comment saint Anselme l'explique :

Mais il est juste aussi que vous les punissiez. Quoi de plus équitable, en effet, que d'accorder à la vertu les récompenses qui lui sont dues, et d'infliger au coupable le châtiment qu'il mérite ?
Comment donc est-il juste que vous punissiez les méchants, et juste que vous leur fassiez grâce ? Y a-t-il deux justices, celle qui punit et celle qui pardonne ? Oui, Seigneur, quand vous punissez les méchants, vous faites un acte de justice, parce que vous faites ce qui convient à leurs mérites. Quand vous leur pardonnez, vous faites encore un acte de justice, parce que vous faites ce qui convient à votre bonté.
Vous êtes juste alors par rapport à vous-même, et non par rapport à nous, ainsi que vous êtes miséricordieux par rapport à nous, et non par rapport à vous-même. En nous sauvant, lorsque vous auriez le droit de nous perdre à jamais, vous êtes miséricordieux, Seigneur, non pas que vous éprouviez cette sympathie douloureuse qu'on nomme pitié, mais parce que nous sentons les effets de votre miséricorde. Vous êtes juste aussi, Seigneur, non pas que vous nous traitiez suivant nos mérites, mais parce que vous faites ce qui convient à votre souveraine bonté. C'est ainsi, ô mon Dieu que vous pouvez, sans qu'il y ait de la contradiction en vous, punir avec équité et pardonner avec justice.

Donc, la révélation chrétienne est meilleure que le karma, parce qu’elle est personnelle, et donc, il y a de la place pour la miséricorde divine et pour la repentance humaine. Dans le visage de Jésus-Christ, le juge miséricordieux des vivants et des morts, nous voyons l'accomplissement de tout ce que le karma désire ... et plus encore.


Cet article est une traduction personnelle adaptée de l’article « Can Catholics Believe in Karma?» de Joe Heschmeyer.

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