L’Assomption de la Vierge Marie

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Demain, le 15 août, tous les chrétiens catholiques ou orthodoxes des quatre coins du monde fêteront l’Assomption. Que fêtons-nous au juste?

Que fêtons-nous pendant la fête de l’Assomption?

Le dogme de l'Assomption de la Vierge Marie a été proclamé par le pape Pie XII, le 1er novembre 1950, dans la Constitution Apostolique « Munificentissimus Deus ». En voici la définition :

« Nous affirmons, Nous déclarons et Nous définissons comme un dogme divinement révélé que l'immaculée mère de Dieu, Marie toujours vierge, une fois achevé le cours de sa vie terrestre, a été assumée (ou élevée) corps et âme à la gloire céleste ».

Cette proclamation du pape ne s’est pas faite sans avoir préalablement consulté l’ensemble des évêques. Devant la réponse très positive des évêques du monde entier, le pape a alors affirmé que l’Assomption de la Vierge Marie fait partie de « l’enseignement unanime du magistère ordinaire de l’Église et la croyance unanime du peuple chrétien ». L’Assomption de la Vierge Marie est aussi fêtée dans les Églises orthodoxes sous le nom de « Dormition de la Sainte Mère de Dieu ».

Depuis quand fêtons-nous l’Assomption?

La Dormition de la Sainte Mère de Dieu était déjà fêtée depuis le VIe siècle en orient. On pouvait d’ailleurs trouver une église de la Dormition à Jérusalem à cette époque. La Dormition se fêtait alors autour de la mi-janvier, jusqu’à ce que Maurice (empereur de Constantinople de 582 à 602) en fixe la date au 15 août.

Vers 594, Grégoire de Tours (l’évêque de Tours, une ville de France) fut le premier théologien à proposer une théologie de l’Assomption de la Vierge Marie. Cette théologie sera ensuite confirmée par les grands théologiens du XIIIe siècle comme saint Thomas d’Aquin et saint Bonaventure.

En occident, c’est le pape Théodore 1er (qui fut pape de 642 à 649), lui-même natif de Constantinople (en orient), qui apporta la fête à Rome (en occident) et c’est autour de l’an 770 que l’on nomma cette fête : Assomption de la Vierge Marie.

Peut-on trouver l’Assomption de la Vierge Marie dans la Bible?

L’Ancien Testament mentionne l’assomption de deux personnes dans l’Ancien Testament. Le premier est Énoch où on nous dit dans Genèse 5, 24 qu’« Hénoch marcha avec Dieu, et on ne le vit plus, car Dieu l'avait pris ». Son sort n’est donc pas très claire dans la Genèse, mais l’Épître aux Hébreux nous éclaire davantage : « C'est par la foi qu'Hénoch fut enlevé sans qu'il eût subi la mort : on ne le trouva plus, parce que Dieu l'avait enlevé; car avant cet enlèvement, il avait reçu ce témoignage qu'il avait plu à Dieu » (Hébreux 11, 5).

La deuxième personne est le prophète Élie. On dit dans 2 Rois 2, 11 : « Ils continuaient de marcher en s'entretenant, et voici qu'un char de feu et des chevaux de feu les séparèrent l'un de l'autre, et Elie monta au ciel dans un tourbillon ». L’assomption de la Vierge Marie n’est donc pas quelque chose d’unique dans l’histoire du salut.

Pour ce qui est de l’Assomption de la Vierge Marie, elle ne nous est pas rapportée explicitement dans la Bible, mais le livre de l’Apocalypse nous donne tout de même une représentation de la Femme et de l’Arche d’Alliance qui nous renvoie à l’Assomption de la Vierge Marie. Voici la lecture de la Liturgie de l’Assomption (Apocalypse 11, 19a; 12, 1-6a. 10a) :

Le Temple qui est dans le ciel s'ouvrit, et l'arche de l'Alliance du Seigneur apparut dans son Temple. 
Un signe grandiose apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle était enceinte et elle criait, torturée par les douleurs de l'enfantement. Un autre signe apparut dans le ciel : un énorme dragon, rouge feu, avec sept têtes et dix cornes, et sur chaque tête un diadème. Sa queue balayait le tiers des étoiles du ciel, et les précipita sur la terre. Le Dragon se tenait devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l'enfant dès sa naissance. Or, la Femme mit au monde un fils, un enfant mâle, celui qui sera le berger de toutes les nations, les menant avec un sceptre de fer. L'enfant fut enlevé auprès de Dieu et de son Trône, et la Femme s'enfuit au désert, où Dieu lui a préparé une place. 
Alors j'entendis dans le ciel une voix puissante, qui proclamait : « Voici maintenant le salut, la puissance et la royauté de notre Dieu, et le pouvoir de son Christ ! »

Les Pères de l’Église croyaient-ils à l’Assomption de la Vierge Marie?

Oui, plusieurs Pères de l’Église confirment l’authenticité de cette Tradition et c’est pourquoi l’Église la reconnaît comme faisant partie du dépôt de la foi. En voici quelques exemples :

« O Marie, Mère de mon Dieu, vous êtes la Reine du ciel et de la terre, l'espérance des affligés. Vous êtes entourée d'une auréole plus radieuse que le soleil ; vous êtes couronnée de plus d'honneur que les Chérubins, de plus de sainteté que les Séraphins ; vous êtes plus élevée que toutes les créatures célestes. Vous avez été l'unique espérance de nos pères, la joie des Prophètes, la consolation des Apôtres, la gloire des Martyrs, l'honneur de tous les saints. O Vierge, qui apportez aux hommes la lumière et la consolation ! O la plus accomplie, la plus sainte des créatures ! A qui pourrai-je vous comparer ? Vous êtes cet encensoir d'or d'où s'exhalaient des parfums si doux. Vous êtes la lampe qui nuit et jour éclairait le sanctuaire ; vous êtes l'urne qui renfermait la manne du ciel, la table sur laquelle était écrite la loi de Dieu. Vous êtes l'arche de la sainte alliance ; vous êtes le buisson ardent qui brûlait sans se consumer. Vous êtes la tige de Jessé qui porte la plus belle de toutes les fleurs, et cette fleur, c'est votre fils ! Ce fils est à la fois Dieu et homme, et vous êtes sa mère ! (…) C'est par vous, O Vierge mère, c'est par vous que nous avons été réconciliés avec notre Dieu. Vous êtes l'avocate des pécheurs et l'espoir des âmes découragées ; vous êtes le port assuré contre le naufrage ; vous êtes la consolation du monde, l'asile des orphelins, la rançon des captifs, le soulagement des malades, le baume des infirmes, le salut de tous. En vous le solitaire trouve son repos, et l'homme du monde son appui. Nous venons donc, O sainte Mère de Dieu !, nous réfugier sous vos ailes protectrices. Couvrez-nous de votre miséricorde ; ayez pitié de nous. Oui, les yeux baignés de larmes, nous vous supplions d'obtenir par votre intercession bénie que votre divin fils, notre clément Sauveur, ne nous rejette point à cause de nos péchés et ne nous condamne point comme des arbres stériles. Ainsi soit-il. » (Prière de saint Éphrem le Syrien, + 373) 
« Puisque la nature humaine est condamnée à la pourriture et aux vers, et que d'ailleurs J.-C. ne fut pas exposé à cet outrage, la nature de Marie en est donc exempte, car dans elle, J.-C. a pris la sienne. (...) C'est le trône de Dieu, le lit nuptial du Seigneur, le tabernacle de J.-C. doit être où il est lui-même. Il est plus digne de conserver ce trésor dans le ciel que sur la terre (...) Réjouissez-vous, ô Marie, d'une joie ineffable, dans votre corps et dans votre âme, en J.-C. votre propre fils, avec votre propre fils et par votre propre fils : la peine de la corruption n'est pas le partage de celle qui n'a pas éprouvé de corruption dans son intégrité quand elle a engendré son divin fils. Toujours elle sera à l'abri de la corruption, celle qui a été comblée de tant de grâces ; il faut qu'elle vive dans toute l'intégrité de sa nature, celle qui a mis au monde l'auteur de la perfection et de la plénitude dans la vie ; il faut qu'elle demeure auprès de celui qu'elle a porté dans ses entrailles ; il faut qu'elle soit à côté de celui qu'elle a engendré, qu'elle a réchauffé, qu'elle a nourri. C'est Marie, c'est la mère de Dieu, c'est la nourrice, c'est la servante de Dieu. » (Saint Augustin + 430) 
« Va donc à ton lieu de repos, va et souviens-toi de nous pour toujours auprès de ton Fils. Va selon le corps et reste selon l’esprit avec nous tes serfs et tes esclaves. Voici que toute notre espérance repose en toi et que nous avons confiance d’être sauvés par tes prières saintes. » [Germain de Constantinople (+ 733) pour la fête de la Dormition de la Vierge Marie] 
« L'Immaculée n'a pas été laissée à la terre. Fille d'Adam, elle doit subir la sentence commune de la mort. Son Fils lui-même, qui est la Vie, ne l'a pas refusée. La Mère du Dieu vivant mérite bien de lui être associée? Comment la mort l'aurait-elle gardée ? Comment la corruption aurait-elle envahie ce corps où la Vie de toute vie a été accueillie ? » [Jean Damascène, + vers 750] 
« A ta rencontre, au chant des hymnes, en une solennité pleine d’allégresse, les puissances s’avancent, et voici sans doute ce qu’elles disent: « Quelle est celle-ci qui monte dans tout son éclat ? Qui apparaît comme l’aurore, belle comme la lune, resplendissante comme le soleil ? Que tu es belle, que tu es douce! Tu es la fleur des champs, comme un lys au milieu des épines : c’est pourquoi les jeunes filles t’aiment. A l’arôme de tes parfums nous courrons. Le roi t’a introduite dans son appartement. » Alors les Puissances te font escorte, les Principautés te bénissent, les Trônes te chantent, les Chérubins frappés de stupeur se réjouissent, les Séraphins glorifient celle qui est la mère de leur propre maître par nature et en vérité, selon l’économie du salut. » [Jean Damascène, + vers 750]

6 commentaires:

  1. Les étoiles sont des boules de gaz pour la plupart plus grosses que le soleil et au moins aussi chaudes. Le soleil est lui-même 100 fois plus gros que la Terre. L'étoile la plus proche se trouve à 15000 milliards de kilomètres de la Terre. Comment un dragon peut-il, avec sa queue, faire tomber le tier des étoiles sur la Terre?
    Comment quelqu'un peut-il avoir le soleil comme manteau ou une couronne d'étoiles?

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    1. Bonjour,

      Pour bien interpréter un texte biblique, il faut tout d’abord débuter par identifier son genre littéraire (histoire, poème, biographie, lettre, etc.). Le genre littéraire du livre de l’apocalypse est la littérature apocalyptique. Ce genre de littérature contient beaucoup de langage imagé et de jeu d’espace et de temps. Ce qui en fait un livre assez difficile à interpréter à comparer à d’autres. L’apocalypse et au moins une partie du livre de Daniel dans l’A.T. sont de ce genre littéraire.

      C’est pourquoi il serait une erreur d’interprétation en ce qui a trait à ce genre littéraire de croire qu’un véritable dragon aurait littéralement balayé des étoiles du ciel. Les chrétiens ont généralement interprété ce passage comme faisant référence à la chute des mauvais anges (environ le 1/3 qui sont devenu les démons) et à la colère de Satan contre le Christ.

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    2. Quand il y a une métaphore, dans les évangiles, c'est plutôt clair : par exemple "Le royaume des cieux est comparable à ..."
      Pourquoi n'y a-t-il aucune indication qu'il s'agit ici d'un langage imagé ?
      Ne dîtes-vous pas cela parce-que nous connaissons maintenant la véritable nature des étoiles ?
      Comment un paysans sans instruction vivant il y a 1000 ou 2000 ans et entendant ce passage, aurait pu l'interpréter autrement que littéralement ?
      Pourquoi l'auteur a-t-il décidé d'utiliser un langage imagé plutôt que de dire directement qu'un tiers des anges sont devenus des démons ?
      Est-il possible que les gens pensaient à l'époque que les étoiles étaient des anges et que du coup le passage devait être pris littéralement ?
      Comment êtes-vous venu à la conclusion que votre interprétation est la bonne ?

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    3. Le genre littéraire des évangiles est très différent de celui de l’apocalypse. On peut le constater seulement en comparant le commencement des deux textes.

      Par exemple, l’évangile de Luc commence par « Comme plusieurs ont entrepris de composer une relation des choses accomplies parmi nous, conformément à ce que nous ont transmis ceux qui ont été dès le commencement témoins oculaires et ministres de la parole, il m'a paru bon à moi aussi, qui de longue date ai tout suivi avec soin, d'en écrire pour toi le récit suivi, noble Théophile, afin que tu reconnaisses la certitude des enseignements que tu as reçus » Le début de livre de l’apocalypse parle d’une révélation : « Révélation de Jésus-Christ, que Dieu lui a confiée pour découvrir à ses serviteurs les événements qui doivent arriver bientôt ; et qu'il a fait connaître, en l'envoyant par son ange, à Jean, son serviteur ». Tout au long de l’apocalypse, Jean nous rapporte ses visions prophétiques.

      Nous sommes bien donc dans deux registres très différents de genre littéraire. Nul besoin recourir au contraste entre le savoir astronomique des anciens et nos connaissances astronomiques modernes pour justifier des règles d’herméneutique différentes. D’ailleurs l’histoire même le montre, déjà à la fin du 3e siècle, saint Victorin de Pettau dans ses commentaires sur l’apocalypse, interprétait déjà ce passage des étoiles et du dragon comme étant lié à l’histoire de la chute des anges.

      Pourquoi cette interprétation serait la bonne? Je crois qu’elle est bien, mais je ne prétends pas qu’elle soit la seule valide, bien que c’est une interprétation qui est très ancienne et qui partagée par beaucoup de Père de l’Église et d’exégètes. Chaque passage de la Bible n’a pas nécessairement une seule interprétation possible, je dirais même que plusieurs passages peuvent avoir une pluralité d’interprétations possible.

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    4. Si les évangiles ont un registre très différent, pourquoi décrivent-il une scène similaire ?
      Marc 13:24-25 [Jésus parle] En ces jours-là, après une pareille détresse, le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté ; les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées.
      Matthieu 24:29 Aussitôt après la détresse de ces jours-là, le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté ; les étoiles tomberont du ciel et les puissances célestes seront ébranlées.

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    5. Bonjour,

      Un livre a souvent un genre littéraire principal, mais cela n’empêche pas qu’on puisse trouver à l’intérieur d’un livre des extraits ou des citations qui sont d’un autre genre.

      Dans le cas que vous citez, comme en Matthieu 24, nous sommes effectivement en présence d’un passage qui est du genre de la littérature apocalyptique comme celui de l’Apocalypse citée plus haut dans l’article. En fait, cela est tout à fait approprié, car Matthieu fait référence à la venue du Fils de l’Homme, un texte qui provient de Daniel 7, qui est lui aussi d’un genre littéraire apocalyptique. En fait, on pourrait dire que Matthieu épouse ici le style du passage auquel il veut référer pour mieux faire passer son message.

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