Est-ce que l’existence du mal réfute l’existence de Dieu?


La semaine dernière, j’ai eu l’honneur d’être invité à l’émission de Patrick Madrid « Right Here Right Now » où nous avons discuté, avec le grand Peter Kreeft, du problème du mal. Cliquez sur ce lien (en anglais) pour écouter notre interview.

Comme je lis beaucoup de Thomas d'Aquin en ce moment, j’ai pensé, en plus de fournir le lien pour que vous puissiez entendre la discussion, répondre à l'argument de Jack (il ne l'a pas déclaré explicitement, mais c’est ce que je pense qu'il voulait dire) de la manière que Thomas avait répondu à ses opposants dans sa Somme Théologique. Je réponds à ce problème plus en détail dans mon nouveau livre : « 20 answers : Atheism ».


Article 1. Est-ce que le mal et la souffrance sont incompatibles avec un Dieu omnipotent, omnibénévolent, et omniscient?

Objection: 1. Dieu est considéré comme omnipotent, omniscient et omnibénévolent, mais si Dieu était omnipotent, il pourrait éliminer le mal et la souffrance.

Objection 2. En outre, si Dieu était omniscient, il serait au courant du mal et de la souffrance.

Objection 3. En outre, si Dieu était omnibénévolent, il désirerait éliminer le mal et la souffrance.
Cependant, le mal existe. Par conséquent, il s’ensuit que Dieu n’existe pas, ou, s’il existe, il est alors soit faible, ignorant ou méchant.

En sens contraire : Loin de réfuter l'existence de Dieu, le mal pointe vers l'existence de Dieu d'une manière indirecte. Si le véritable mal existe, il s’ensuit que la moralité objective existe. Si la morale objective existe, il s’ensuit que Dieu existe.

Réponse : Pour démontrer qu’un Dieu omnipotent, omnibénévolent et omniscient n’est pas logiquement incompatible avec le mal et la souffrance, on doit simplement y ajouter une prémisse supplémentaire : « Dieu pourrait avoir des raisons moralement suffisantes de permettre mal et la souffrance ». Tant que cette prémisse est possible, il s’avère que le mal et la souffrance et l’existence de Dieu ne sont pas logiquement incompatibles. En outre, puisque Dieu est en mesure de tirer le bien du mal, nous devons être prêts à reconnaître que c’est ce qu'il fait, comme le revendique la foi chrétienne. Comme le dit saint Paul: « Nous savons d'ailleurs que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu » (Romains 8, 28).

Solution 1. L’omnipotence ne signifie pas la capacité de faire ce qui est intrinsèquement impossible. Par exemple, il est possible pour Dieu de créer des êtres avec une volonté libre afin qu'ils puissent choisir entre le bien et le mal, mais il ne lui est pas possible de forcer ces créatures à choisir librement le bien, car cela est une autocontradiction. S’il force leur choix, ils ne sont pas libres.

Solution 2. Comme Dieu est omniscient, il sait beaucoup de choses que nous ignorons. Cela signifie qu'il peut, en effet, avoir de bonnes raisons pour permettre des choses, comme le mal et la souffrance, qui semblent inexplicables pour nous. En raison des limites de notre propre point de vue, nous devons reconnaître que nous pouvons être dans la même position qu’un petit enfant est amené chez le médecin pour ses vaccins. L'enfant peut avoir très peur d'avoir une injection, et il peut être trop petit pour comprendre pourquoi ses propres parents, qui prennent normalement bien soin de lui, sont soudainement en train de le maintenir pour permettre au médecin de faire ce qu'il perçoit comme étant horrible. Mais en fait, ce vaccin peut l'empêcher de contracter une maladie qui mènerait à bien plus de souffrance, et donc, il y a là un plus grand bien qu'il est incapable de reconnaître.

Les êtres humains ont un point de vue très limité et nous manquons souvent de connaissances sur les choses qui sont véritablement significatives. Ce qui nous apparaît comme étant une tragédie peut avoir des effets qui provoquent beaucoup de bien, et en revers, ce qui nous apparaît comme étant un grand bien peut, à long terme, s’avérer néfaste. De notre point de vue limité, nous sommes souvent tout simplement pas dans une bonne position pour en juger. Pour cette raison, nous devons reconnaître qu'un être avec plus de connaissances que nous, comme Dieu, peut avoir de bonnes raisons pour des choses que nous ignorons.

Solution 3. Quand nous pensons à l’omnibénévolence de Dieu, nous devons être prudents de ne pas lui imposer une compréhension insuffisante de la bonté.

Dans son livre, « Le problème de la souffrance », C.S. Lewis écrit: « Par la bonté de Dieu, nous entendons de nos jours presque exclusivement son affectuosité; et en cela nous pouvons avoir raison. Et par amour, dans ce contexte, cela signifie pour la plupart d'entre nous la gentillesse... Ce qui nous satisferait réellement serait un Dieu qui dirait de tout ce que nous adonnons à aimer faire : « Qu'importe, pourvu qu'ils soient contents? » Nous ne voulons, en fait, pas tant un Père céleste, mais un grand-père céleste : une bienveillance sénile qui, comme ils disent, « aimait voir les jeunes s’amuser ensemble » et dont le plan pour l'univers était tout simplement qu’on pourrait vraiment dire à la fin de chaque jour : « tout le monde a passé un bon moment »

Mais les chrétiens ne croient pas que Dieu nous a créés uniquement pour le bonheur dans cette vie. Au contraire, comme le dit le Catéchisme de Baltimore: « Dieu nous a faits pour montrer sa bonté et pour partager avec nous son bonheur éternel au ciel » (BAL 3).

Cet article est une traduction personnelle de l’article «Does Evil Disprove God?» de Matt Fradd. Vous pouvez consulter l’article original en anglais ici.

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