L'Évangile du dimanche avec les Pères - Lc 14, 25-33

La vraie sagesse, c'est de renoncer à tout pour le Christ (Lc 14, 25-33)


25Comme des foules nombreuses cheminaient avec lui, il se retourna et leur dit : 26" Si quelqu'un vient à moi et ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. 27Quiconque ne porte pas sa croix et ne me suis pas, ne peut pas être mon disciple. 28Qui de vous, en effet, s'il veut bâtir une tour, ne s'assied d'abord pour calculer la dépense, (pour voir) s'il a de quoi l'achever? 

Saint Ambroise
Ce ne sont pas seulement les anges et les prophètes, les bergers et les parents eux-mêmes de Jésus, mais les vieillards et les justes qui viennent rendre témoignage à sa naissance: « Or il y avait à Jérusalem un homme appelé Siméon, il était juste et craignant Dieu ».
Bède le Vénérable
L'Évangéliste nous dit qu'il était juste et craignant Dieu, parce qu'il est difficile de conserver la justice sans la crainte, non pas cette crainte qui redoute de se voir enlever les biens de la terre (et que la charité parfaite chasse dehors), mais cette chaste crainte de Dieu qui demeure éternellement, et qui porte le juste à fuir toute offense de Dieu, d'autant plus soigneusement qu'il a pour lui un amour plus ardent.
Saint Ambroise
Oui il était véritablement juste, lui qui cherchait, non pas sa consolation, mais celle de son peuple: « Et il attendait la consolation d'Israël ».
Saint Grégoire de Nysse
Ce n'est point la félicité de ce monde que le sage Siméon attendait pour la consolation d'Israël, mais le vrai passage pour son peuple aux splendeurs de la vérité qui devaient l'arracher aux ombres de la loi, car il lui avait été révélé qu'il verrait le Christ du Seigneur avant de quitter la terre: « Et l'Esprit saint était en lui , et il lui avait été révélé », etc.
Saint Ambroise
Il désirait sans doute voir se briser les liens qui l'attachaient à ce corps fragile et périssable, mais il attendait de voir celui qui était promis, car il savait qu'heureux seraient les yeux qui mériteraient de le voir.
Saint Grégoire le Grand
Nous pouvons juger de là combien vifs et ardents étaient les désirs des saints du peuple d'Israël, pour voir le mystère de l'incarnation du Sauveur.
Bède le Vénérable
Voir la mort, c'est en subir les atteintes, mais h eureux mille fois celui qui, avant de voir la dissolution de son corps par la mort, se sera efforcé de voir auparavant des yeux du coeur, le Christ du Seigneur, en transportant par avance sa vie dans la céleste Jérusalem, en fréquentant la maison de Dieu, c'est-à-dire, en suivant les exemples des saints, dans lesquels Dieu a fixé sa demeure. Or, c'est la même grâce de l'Esprit saint, qui lui avait annoncé par avance l'avènement du Sauveur, qui lui fait connaître le moment de sa venue: « Et il vint au temple conduit par l'Esprit ».
Origène
Et vous aussi, si vous voulez tenir Jésus et le serrer entre vos bras, faites tous vos efforts pour que l'Esprit saint lui-même vous serve de guide au temple de Dieu: « Et comme la parenté de l'enfant Jésus , l'y apportaient, afin d'accomplir pour lui ce qu'ordonnait la loi, il le prit dans ses bras ».
Saint Grégoire de Nysse
Quelle est heureuse l'entrée de ce saint vieillard dans le temple, puisqu'elle l'approche du terme désiré de sa vie ! Heureuses ses mains qui ont mérité de toucher le Verbe de vie; heureux ses bras qu'il ouvrit pour recevoir l'enfant divin.
Bède le Vénérable
Cet homme qui était juste selon la loi, prit l'enfant Jésus dans ses bras, pour signifier que la justice des oeuvres légales figurées par les mains et par les bras, devait faire place à la grâce humble mais efficace et salutaire de la foi évangélique. Ce saint vieillard prit dans ses bras Jésus enfant, pour annoncer que ce siècle accablé, décrépit de vieillesse, allait revenir à l'enfance et à l'innocence de la vie chrétienne.
Bède le Vénérable
Notre-Seigneur avait dit précédemment à ses disciples que leurs noms étaient écrits dans les cieux, et c'est de là, je pense, qu'un docteur de la loi prit occasion pour le tenter: «Alors un docteur de la loi se leva pour le tenter», etc.
Saint Cyrille
Il y avait parmi les Juifs de ces grands parleurs, qui parcouraient toute la Judée, accusant Jésus-Christ, et lui reprochant d'enseigner que la loi de Moïse était inutile, et de répandre lui-même de nouvelles doctrines. Ce docteur de la loi, voulant surprendre le Sauveur, et l'amener à parler contre Moïse, vient pour le tenter, et il l'appelle «Maître», lui qui repoussait tout enseignement. Et comme le Seigneur avait coutume de parler de la vie éternelle à ceux qui venaient le trouver, ce docteur de la loi tient le même langage. Mais comme il le tentait dans un dessein perfide, le Sauveur ne lui répond que ce qui est écrit dans la loi de Moïse: «Jésus lui dit: Qu'y a-t-il d'écrit dans la loi? Qu'y lisez-vous? (cf. Dt 6,5 Lv 19,18 ) »
Saint Ambroise
Cet homme était un de ceux qui s'imaginent être docteurs de la loi, parce qu'ils possèdent les paroles de la loi, mais qui n'en connaissent ni la force ni le sens, et Jésus leur apprend par ce texte même de la loi qu'ils sont dans une complète ignorance de la loi, en leur prouvant que dès le commencement, la loi enseignait l'existence du Père et du Fils, et annonçait le mystère de l'incarnation du Seigneur: «Il répondit: Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toutes tes forces, et de tout ton esprit».
Saint Basile
Ces paroles: «De tout ton esprit», ne souffrent aucun partage; car quelle que soit la partie de notre amour que vous détachiez pour la répandre sur les choses de la terre, elle l'empêche nécessairement d'être entier. De même que ce qui s'écoule d'un vase plein de liqueur en diminue nécessairement la quantité, de même tout ce qui se détache de votre amour, pour se répandre sur les choses défendues, diminue d'autant l'amour que vous devez avoir pour Dieu.
Saint Grégoire de Nysse
On distingue dans l'âme trois degrés ou trois parties différentes, l'une est simplement végétative, comme dans les plantes, l'autre est sujette aux sensations, comme dans les animaux dépourvus de raison; la troisième enfin qui est la plus parfaite est l'âme raisonnable qui fait le caractère propre de la nature humaine. Ces paroles: «De tout votre coeur», font allusion à la substance corporelle ou végétative; ces autres: «De toute votre âme», à celle qui tient le milieu et qui est purement sensible; ces autres enfin: «De tout votre esprit», expriment la nature la plus élevée, c'est-à-dire la partie intellectuelle qui pense et réfléchit.
Théophylactus
Notre-Seigneur nous enseigne donc par ces paroles qu'il faut appliquer toutes les forces de notre esprit à l'amour de Dieu, et le faire avec ardeur et empressement; et c'est pour cela qu'il ajoute: «Et de toutes vos forces».
Saint Maxime
La loi, en insistant sur cette triple direction de tout notre être vers Dieu, veut nous détacher de la triple inclination du monde vers la cupidité, vers la gloire et la volupté, trois tentations auxquelles Jésus-Christ a été lui-même soumis.
Saint Basile
Si on nous demande comment on peut obtenir l'amour de Dieu, nous répondrons que l'amour de Dieu ne peut s'apprendre. Nous n'avons appris ni à nous réjouir de la présence de la lumière, ni à aimer la vie, nos parents, ou ceux qui nous ont nourris; à plus forte raison l'amour de Dieu ne peut être l'objet d'un enseignement extérieur. Mais il y a en nous un sentiment intime déposé comme une semence au dedans de nous, et qui, par des motifs qui lui sont propres, nous porte à nous attacher à Dieu. Les enseignements des divins préceptes s'emparaient ensuite de ce sentiment, pour le cultiver, le développer et le conduire à la perfection. En effet, nous aimons naturellement tout ce qui est bon; nous aimons aussi nos parents, nos proches, et nous accordons spontanément toute notre affection à ceux qui nous font du bien. Si donc Dieu est bon, et si tous aiment naturellement ce qui est bon, nous pouvons donc dire que tous aiment Dieu. Le bien que nous faisons volontairement se trouve naturellement en nous, à moins que nos pensées n'aient été corrompues par le vice. Quand même nous ne connaîtrions pas Dieu par les effets de sa bonté, nous devrions l'aimer sans mesure par le sentiment qu'il nous a tirés du néant et qu'il est notre Créateur. D'ailleurs, qui nous a comblés de plus de bienfaits, parmi ceux qui ont un droit naturel à notre amour? Le premier et le plus grand commandement, c'est celui de l'amour de Dieu. Le second, qui complète le premier, lequel est aussi son complément, c'est le commandement de l'amour du prochain: «Et votre prochain comme vous-mêmes». C'est Dieu qui nous rend facile l'accomplissement de ce précepte. Qui ne sait que l'homme est un être doux et sociable, et qui n'est point né pour vivre dans la solitude au milieu des bois? En effet, la première inclination de notre nature, c'est d'entrer en relations avec nos semblables, d'avoir recours les uns aux autres, et d'aimer ceux qui ont avec nous une même nature. Le Seigneur ne fait donc ici que nous demander les fruits des semences qu'il a déposées lui-même au dedans de nous.
Saint Jean Chrysostome
Remarquez cependant que Dieu veut que ces deux préceptes soient accomplis dans la même étendue: «Vous aimerez Dieu de tout votre coeur, et votre prochain comme vous-mêmes». Si ce commandement était fidèlement observé, il n'y aurait plus ni esclave, ni homme libre, ni vainqueur ni vaincu, ni prince ni sujet, ni riche, ni pauvre, et le démon resterait à jamais inconnu; car la paille résisterait plus facilement à la violence du feu, que le démon aux saintes ardeurs de la charité, tant la force de l'amour est supérieure à toutes choses.
Saint Grégoire le Grand
Dieu nous dit: «Vous aimerez votre prochain comme vous-mêmes», mais comment celui qui est dur pour lui-même en persévérant dans l'injustice pourra-t-il être tendre et compatissant pour les autres ?
Saint Cyrille
Le docteur de la loi ayant répondu ce qui était contenu dans la loi, Jésus-Christ, pour qui rien n'est caché, déchire les filets artificieux dans lesquels il voulait l'envelopper: «Jésus lui dit: Vous avez bien répondu, faites cela et vous vivrez».
Origène
Une conclusion rigoureuse à tirer de ces paroles, c'est que la vie qui nous est annoncée et promise par Dieu, le Créateur du monde, et par les anciennes Écritures dont il est l'auteur, est la vie éternelle. Notre-Seigneur lui-même l'atteste, en citant ce texte du Deutéronome: «Vous aimerez le Seigneur votre Dieu» (Dt 6), et cet autre du Lévitique: «Vous aimerez votre prochain comme vous-mêmes». (Lv 19). Or, par ces paroles, le Sauveur réfute l'hérésie des partisans de Valentin, de Basilide, de Marcion. En effet, que veut-il que nous fassions pour obtenir la vie éternelle, sinon ce que contiennent la loi et les prophètes ?
Saint Grégoire le Grand
L'âme s'enflamme en entendant parler des récompenses célestes, et elle désirerait déjà être transportée dans ce séjour d'éternelle félicité; mais on ne peut parvenir à ces grandes récompenses sans de grands efforts. C'est ce que Notre-Seigneur va nous apprendre: «Or, comme une grande foule de peuple allait avec lui, il se retourna vers eux et leur dit».
Théophylactus
Parmi ceux qui l'accompagnaient, il en était beaucoup qui ne le suivaient pas de tout coeur, mais avec une certaine tiédeur; il leur apprend donc les qualités que doit avoir son disciple.
Saint Grégoire le Grand
On peut demander comment Notre-Seigneur nous fait un devoir de haïr nos parents et ceux qui nous sont unis par les liens du sang, tandis qu'il nous est commandé d'ailleurs d'aimer jusqu'à nos ennemis? Mais si nous comprenons bien toute la force de ce précepte, nous pourrons pratiquer l'un et l'autre par un sage discernement; d'un côté, aimer ceux qui nous sont unis par les liens du sang et que nous reconnaissons pour nos proches; de l'autre, haïr et éviter ceux qui se déclarent contre nous dans la voie de Dieu, car en refusant d'écouter les mauvaises suggestions des hommes charnels, nous les aimons jusque dans notre haine.
Saint Ambroise
Le Seigneur, dans votre intérêt, a renoncé sa mère: «Quelle est ma mère, et quels sont mes frères ?» ( Mt 12,47 Mc 3,33 ). Et vous oseriez-vous préférer à votre Dieu? Le Seigneur ne veut, ni que nous méconnaissions les droits de la nature, ni que nous en soyons esclaves; nous devons leur accorder assez pour honorer l'auteur de la nature, mais ne jamais nous séparer de Dieu par amour pour nos parents.
Saint Grégoire le Grand
Pour démontrer plus clairement que cette haine pour nos parents prenait son principe, non d'un mauvais sentiment ou de la passion, mais de la charité, Notre-Seigneur ajoute: «Et même sa propre vie». Il est donc évident que celui qui hait son prochain comme soi-même, doit l'aimer tout en le haïssant, car nous avons pour notre âme une haine vraiment louable, lorsque nous ne consentons pas à ses désirs charnels, lorsque nous brisons ses inclinations, lorsque nous luttons contre ses penchants voluptueux. Puisque nous la rendons meilleure en la traitant avec mépris, nous l'aimons donc jusque dans la haine que nous avons pour elle.
Saint Cyrille
Nous ne devons pas chercher à quitter la vie que saint Paul lui-même a conservée dans son corps et dans son âme, pour l'employer tout entière à la prédication de Jésus-Christ, mais il nous déclare lui-même que lorsqu'il fallait exposer sa vie pour achever sa course, elle ne lui était plus alors d'aucun prix. ( Ac 20,24 ).
Saint Grégoire le Grand
Mais comment cette haine pour notre propre vie doit-elle se manifester? Le voici: «Et celui qui ne porte pas sa croix», etc. Il ne veut pas dire que nous devions porter sur nos épaules une croix de bois, mais que nous devons avoir la mort toujours présente à nos yeux, comme saint Paul qui mourait tous les jours ( 1Co 15,31 ), et qui méprisait la mort.
Saint Basile
En portant ainsi sa croix, il annonçait la mort du Seigneur et disait: «Le monde est crucifié pour moi, et je suis crucifié pour lui». ( Ga 6,14 ). Et c'est ce que nous commençons nous-mêmes à faire au baptême dans lequel «notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché soit détruit». ( Rm 6,6 ).
Saint Grégoire le Grand
Comme le mot croix vient de souffrance cruelle, nous portons la croix du Seigneur de deux manières; ou lorsque nous mortifions notre chair par la pénitence, ou lorsque la compassion pour le prochain nous identifie avec ses propres souffrances. Mais il en est quelques-uns qui pratiquent la mortification, non pour plaire à Dieu, mais par un motif de vaine gloire, et qui témoignent au prochain une compassion toute charnelle, Notre-Seigneur ajoute: «Et ne me suit pas». Car porter sa croix et suivre le Sauveur, c'est pratiquer la mortification de la chair, ou compâtir aux souffrances du prochain en vue de la récompense éternelle.
29De peur qu'ayant posé le fondement et ne pouvant pas terminer, tous ceux qui verront (cela) ne se mettent à le ridiculiser, 30disant : " Cet homme a commencé à bâtir, et il n'a pu terminer ! " 31Ou quel roi, s'il va faire la guerre à un autre roi, ne s'assied d'abord pour délibérer s'il est capable de se heurter, avec dix mille hommes, à celui qui vient contre lui avec vingt mille? 32S'il ne l'est pas, tandis qu'il est encore loin, il envoie une ambassade faire demande de paix. 33Ainsi donc, quiconque d'entre vous ne renonce pas à tout ce qu'il possède ne peut être mon disciple. 

Saint Grégoire le Grand
Notre-Seigneur vient de donner de sublimes préceptes, il les appuie par la comparaison d'un grand édifice qu'il s'agit de construire: «Quel est celui d'entre vous qui, voulant bâtir une tour, ne s'assied pas auparavant, pour supputer les dépenses», etc. Toutes nos actions, en effet, doivent être précédées d'une sérieuse réflexion. Voulons-nous donc construire la tour de l'humilité? préparons-nous tout d'abord aux contradictions du monde.
Saint Basile
Ou bien cette tour est un observatoire élevé, d'où l'on peut facilement veiller à la garde de la ville et découvrir les approches de l'ennemi; de même Dieu nous a donné l'intelligence pour veiller avec soin sur nos richesses spirituelles et prévoir tout ce qui pourrait nous en dépouiller. Avant de construire cette tour, Dieu nous commande de nous asseoir pour calculer si nous avons des ressources suffisantes pour l'achever.
Saint Grégoire de Nysse
Il faut, en effet, de grands efforts pour mener à bonne fin toute grande entreprise spirituelle qui s'élève sur la pratique successive de tous les commandements de Dieu, et accomplir l'oeuvre de Dieu, car une seule pierre ne suffit pas pour construire une tour, et la pratique d'un seul commandement ne peut nous conduire à la perfection; mais il faut d'abord poser le fondement, et selon la recommandation de l'Apôtre placer dessus des assises d'or, d'argent et de pierres précieuses, «de peur, ajoute Notre-Seigneur, qu'après avoir posé les fondements, et n'avoir pu l'achever», etc.
Théophylactus
Nous ne devons donc pas nous contenter de poser le fondement de cet édifice (c'est-à-dire, de pratiquer les premiers éléments de la doctrine de Jésus-Christ), et de le laisser inachevé, comme ceux dont parle l'évangéliste saint Jean: «Dès ce moment-là plusieurs de ses disciples s'éloignèrent et ne marchèrent plus avec lui» ( Jn 6 ).
Théophylactus
Ou bien, on peut entendre par ce fondement la doctrine que Notre-seigneur vient d'exposer sur la mortification. Or, il faut ajouter à ce fondement l'édifice des oeuvres, pour achever la tour forte qui doit nous défendre contre nos ennemis ( Ps 60 ). Autrement cet homme deviendra un objet de moquerie pour tous ceux qui le verront, aussi bien pour les hommes que pour les démons.
Saint Grégoire le Grand
Car lorsque nous nous livrons à la pratique des bonnes oeuvres, si nous ne nous mettons soigneusement en garde contre les esprits de malice, nous serons en butte aux railleries de ceux-là mêmes qui nous ont entraînés dans le mal. Notre-Seigneur ajoute à ce premier exemple une comparaison plus importante, pour montrer comment les plus petites choses élèvent notre esprit aux plus grandes. «Ou quel est le roi qui, se disposant à aller faire la guerre à un autre roi, ne s'assied d'abord pour se demander s'il peut, avec dix mille hommes, faire face à un ennemi qui vient contre lui avec vingt mille ?»
Saint Cyrille
«Nous avons, en effet, à combattre contre les esprits de malice répandus dans, l'air». ( Ep 6 ). Nous sommes assiégés d'ailleurs par mille autres ennemis: l'aiguillon de la chair, la loi de péché qui tyrannise nos membres, et toutes les passions réunies, telle est la multitude redoutable de nos ennemis.
Saint Augustin
Ou bien les dix mille hommes de ce roi qui se prépare à combattre contre celui qui en a vingt mille, signifient la simplicité du chrétien qui doit combattre contre la duplicité du démon.
Théophylactus
Ces deux rois, c'est encore d'un côté le péché qui règne dans notre corps mortel ( Rm 6 ), de l'autre notre âme, à qui Dieu a donné en la créant, un pouvoir vraiment royal. Si donc elle veut résister victorieusement au péché, qu'elle réfléchisse sérieusement en elle-même, car les démons sont comme les soldats du péché qui paraissent être vingt mille contre les dix mille que nous avons, parce que leur nature incorporelle leur donne sur nous qui avons un corps une force beaucoup plus grande.
Saint Augustin
Notre-Seigneur combat l'idée de construire une tour qu'on ne pourrait achever par la crainte des railleries auxquelles on s'exposerait: «Cet homme a commencé à bâtir, et il n'a pu achever»; ainsi dans la parabole du roi, contre lequel il faut combattre, il désapprouve et condamne la paix qu'on est obligé de faire: «Autrement, tandis que celui-ci est encore loin, il envoie des ambassadeurs demander la paix». Il nous enseigne par là que ceux qui ne renoncent pas à tout ce qu'ils possèdent, sont incapables de soutenir les assauts des tentations du démon, et qu'ils sont obligés de faire la paix avec lui, en consentant au péché qu'il les engage à commettre.
Saint Grégoire le Grand
Ou bien encore, dans le jugement redoutable qui nous attend, nous ne pouvons nous présenter à forces égales devant notre juge; nous sommes dix mille contre vingt mille, un seul contre deux. Dieu marche donc avec deux armées contre une seule, parce que nous ne nous sommes préparés que sur les oeuvres, tandis qu'il s'apprête à discuter à la fois nos actions et nos pensées. Pendant qu'il est encore éloigné, et qu'il ne nous fait pas sentir sa présence comme juge, envoyons-lui des ambassadeurs, nos larmes, nos oeuvres de miséricorde, des victimes de propitiation, telle est l'ambassade qui peut apaiser ce roi qui s'avance contre nous.
Saint Augustin
Le Sauveur nous fait voir clairement le but qu'il s'est proposé dans ces paraboles en ajoutant: «Ainsi donc, quiconque d'entre vous ne renonce pas à ce qu'il possède, ne peut être mon disciple». Ainsi les ressources nécessaires pour construire cette tour, la force et le courage des dix mille qui marchent contre le roi qui en a vingt mille, ne signifient qu'une chose, c'est que chacun doit renoncer à tout ce qu'il possède. Le commencement de ce discours s'accorde parfaitement avec la conclusion; car le précepte de renoncer à tout ce qu'on possède, renferme celui de haïr son père, sa mère, son épouse, ses enfants, ses frères, ses soeurs, et même sa propre vie. Toutes ces choses, en effet, sont la propriété d'un chacun, et la plupart du temps, elles sont pour lui un obstacle qui l'empêche d'obtenir non les biens particuliers du temps, qui passent si vite, mais ces biens communs à tous qui doivent durer éternellement.
Saint Basile
L'intention de Notre-Seigneur dans les deux comparaisons précédentes, n'est pas de laisser croire à chacun qu'il a le droit ou la permission d'être ou de n'être pas son disciple, de même qu'on est libre de ne pas poser les fondements de la tour ou de ne pas faire la paix; mais de montrer l'impossibilité de plaire à Dieu au milieu de toutes ces affections qui divisent l'âme et la mettent en péril, parce qu'elle est ainsi plus exposée à tomber dans les embûches et dans les piéges que lui tend le démon.
Bède le Vénérable
Il y a une différence entre renoncer à tout, et abandonner tout ce qu'on possède. C'est le partage d'un petit nombre de quitter tout absolument, c'est-à-dire de sacrifier entièrement toutes les sollicitudes de ce monde; mais c'est une obligation pour tous les fidèles de renoncer à tout, c'est-à-dire d'user des choses du monde, sans en devenir jamais l'esclave dans le monde.

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