Les innovations liturgiques

Un sermon du bienheureux Cardinal Newman très prophétique pour notre temps est celui portant  sur les célébrations liturgiques de l'Église.  Il mentionne que les pratiques liturgiques qui ont été développées à travers les siècles sont très importantes à respecter et à garder même s'ils ne sont pas divinement instituées dans le sens de voulues et définies explicitement par Lui.  Il ne faudrait pas abolir ces célébrations cultuelles ou les modifier au risque de faire perdre la foi à un grand nombre de fidèles.
Cardinal Newman : "S'il est vrai que les formes (liturgiques) ne viennent pas directement de Dieu, il reste qu'un long usage les a rendues divines pour nous ; car l'esprit de la religion les a tellement pénétrées et animées que les détruire équivaut, à l'égard de la foule des hommes, à ébranler et chasser le principe religieux lui-même. Dans la plupart des esprits, l'usage a tellement identifié ces formes avec la notion même de religion qu'on ne peut extirper les unes sans l'autre. Leur foi ne supportera pas la transplantation." (Sermons paroissiaux tome 2, Éditions du Cerf)


Notre Seigneur lui-même a respecté les pratiques liturgiques et culturelles de la religion judaïque de son temps.  Il s'est soumis à plusieurs pratiques qui ont été développées postérieurement à Moïse (synagogue, baptême, etc.).  Il ordonnait même aux foules d'obéir aux scribes et aux pharisiens en tout ce qui était légal car ils "siégeaient dans la chaire de Moïse". Même lorsque des usages avaient été mis en place par des hommes, sans inspiration divine, notre Seigneur s'est soumis à ceux-ci pour la seule raison qu'ils venaient de l'autorité ecclésiastique.

Au début de l'Église, lorsque des juifs se convertissaient au christianisme, Saint Paul leur recommandait de garder leurs coutumes et leurs pratiques culturelles, même si elles n'avaient plus aucune valeur après la mort rédemptrice de Notre-Seigneur. Le fait qu'il était question de coutumes étaient une raison suffisante pour les garder.

Le cardinal Newman nous met en garde contre les réformateurs auto-proclamés de l'Église qui veulent tout changer dans la liturgie dans le but de l'améliorer ou de revenir à des pratiques qui pourraient ressembler à ce que vivaient les apôtres aux premiers temps de l'Église. 
De nos jours particulièrement, nous devrions être en garde contre ceux qui espèrent, en nous amenant à renoncer à nos pratiques, nous faire à la longue renoncer aussi à notre espérance chrétienne. Voilà pourquoi l'Église est attaquée, parce qu'elle est la forme visible, le corps visible de la religion ; et les hommes astucieux savent que s'il disparaît, la religion disparaîtra aussi. Voilà pourquoi ils raillent un si grand nombre de nos usages comme des superstitions, ou proposent des altérations ou des changements, ce procédé étant spécialement calculé pour ébranler la foi des foules. (Sermons paroissiaux tome 2, Éditions du Cerf)
Il n'y a pas que des gens mal intentionnés qui peuvent vouloir faire des changements dans la liturgie. Certains peuvent avoir de bonnes intentions en proposant ces changements.  Voici la mise en garde que le cardinal fait pour ceux-ci :
Dans le cas de toutes les pratiques religieuses, même les moins contraignantes, il arrive continuellement qu'une amélioration théorique est en pratique une folie, et que les sages sont pris au piège de leur propre industrie. (Sermons paroissiaux tome 2, Éditions du Cerf)
Le concile Vatican II va dans le même sens :
On ne fera des innovations que si l'utilité de l'Église les exige vraiment et certainement, et après s'être assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique. (Concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium, numéro 23)
Pour ma part, puisque je suis né après la réforme liturgique des années 1970, je n'ai pas souffert des changements qui ont eu lieu. Mais à la lumière de ce que le cardinal Newman nous dit, je comprends qu'une raison majeure de la baisse de la pratique religieuse au Québec et ailleurs est celle des changements nombreux qui ont eu lieu dans la liturgie. Je crois que si les réformes avaient respectées les balises que le concile Vatican II avait établies (ex : continuité dans la tradition), il n'y aurait pas eu une désaffectation des fidèles envers les pratiques liturgiques, plus précisément l'eucharistie.

Un dernier point du sermon que je pourrais mentionner est que la Bible ne contient que très peu d'usages, coutumes et prières.  Il est question de ce que nous devons croire.  La Bible nous donne l'esprit de la religion.  L'Église nous donne la forme ou le corps de la religion.  Le bienheureux Cardinal Newman développe magnifiquement ce point, mais je m'arrête ici pour mon résumé.  Je vous recommande vivement la lecture intégrale de tout ce bijou de sermon ! Pour le lire en français, il faudra vous procurer le livre ou l'emprunter.

Enfin, je termine en vous informant que Benoit XVI a rétabli la messe traditionnelle selon le missel de Jean XXIII (1962) pour ceux voulant redécouvrir les richesses du patrimoine liturgique traditionnel. Au Québec, nous avons la possibilité d'y participer à la paroisse St-Zéphirin (ville de Québec).

3 commentaires:

  1. Quand l'esprit de la liturgie est respecté, comme le souhaite le cardinal Newman, alors, la messe (en l'occurrence) est toujours la messe, et la piété n'est pas évacuée. Cet esprit est présent dans toute forme de la messe catholique, mais quand on se prête è des improvisations (et Dieu sait s'il y en a,), on commence dangereusement à glisser sur la pente de la facilité et de la vulgarité. L'innovation est au prochain coin de vue.
    En ce qui me concerne, je célèbre continuellement en français et en latin, selon de missel renouvelé deJean Paul II, et je ne manque pas l'ancien rite. Mais la clé est dans le sérieux des rubriques (car il en reste beaucoup) et dans dans la piété: l'eucharistie est une action principalement divine pour le bien de toute l'Église et du monde. Je n'en suis pas propriétaire.

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    1. Monsieur l'abbé, avez-vous déjà remarqué la rubrique suivante:

      29. Stans postea in medio altaris, versus ad populum, extendens et iungens manus, dicit:
      Oráte, fratres: ut meum ac vestrum sacrifícium acceptábile fiat apud Deum Patrem omnipoténtem.

      Je me demande comment on peut se tourner vers le peuple (versus ad populum) si on y fait déjà face.

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  2. Merci pour ce commentaire très à propos.

    Vous avez tout à fait raison en disant que c'est l'esprit de la liturgie qui est la plus importante. Comme l'on peut aussi dire que notre esprit est plus important que notre corps (quoique le corps est aussi important). Nemwan n'a pas cette idée platonique qui dirait que l'esprit humain peut naturellement vivre séparé de son corps. Dans ce sermon, Newman compare justement les rites et formes de la liturgie au corps humain. Il dit à peu près dans ces mots : "Que dirait-on d'un ami qui nous battrait et qui dirait ensuite qu'il ne fait pas de mal à notre esprit ?". Il explique qu'il est absurde de penser pouvoir changer le corps (les formes liturgiques) sans affecter l'esprit.

    Et comme vous le dites, en effet, il est parfaitement possible de célébrer la messe de Paul VI (Jean Paul II) pieusement. En voici un très bel exemple :

    http://www.youtube.com/watch?v=Ish5zre-SRA

    Plusieurs personnes ne verraient même pas la différence entre la célébration de cette "nouvelle" messe et la messe selon le rite traditionnel, ce qui est un bon signe de continuité dans la tradition. Et c'est parce que la célébration de cette messe (selon le nouvel ordo) respecte les balises que Vatican II a fixées. À mon avis (et selon les propos du cardinal Newman), il n'y aurait pas eu un exode des églises au Québec et ailleurs si les messes avaient été célébrées comme cela après le concile.

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