La Genèse, livre historique

Les premiers chapitres du livre de la Genèse sont une source de débat qui semble inépuisable, plusieurs groupes proposent leur interprétation du texte et leur opinion sur son origine. De plus en plus, le débat se polarise entre "créationistes" et "évolutionistes", entre ceux qui prennent la Genèse mot pour mot et ceux qui la prennent pour un récit mythologique ancien parmi tant d'autres. Dans cet article, nous tenterons de voir où se situe l'Église Catholique sur la question de la Genèse. 


Les deux extrêmes

La version "mot pour mot"; Ce groupe de personnes lit le récit de la création d'un point de vue purement littéraire; le monde a été créé en six jours, il y a de cela environ 6000 ans, etc.

La version "mythologie"; Ce groupe de personnes voit le récit de la création comme une histoire fantaisiste tentant d'expliquer la création du monde alors que l'on avait pas les connaissances scientifiques actuelles.

Faisons une analogie avec la cartographie, pour le premier groupe, la Genèse est une carte très précise où chaque information est représentée comme elle l'est en réalité. Cela pourrait ressembler à une carte du monde moderne comme celle-ci:


Pour ce qui est du deuxième groupe, la Genèse est plutôt une carte fictive tâchant de décrire une histoire et de passer un message. Prenons par exemple le seigneur des anneaux où l'auteur a créé un monde afin de situer son histoire et de faire évoluer ses personnages:


Le point de vue de l'Église

L'Église fournit des balises précises concernant l'interprétation des écritures, voici ce que nous dit le catéchisme sur le sujet:

115 Selon une ancienne tradition, on peut distinguer deux sens de l’Écriture : le sens littéral et le sens spirituel, ce dernier étant subdivisé en sens allégorique, moral et anagogique. La concordance profonde des quatre sens assure toute sa richesse à la lecture vivante de l’Écriture dans l’Église : 
116 Le sens littéral. C’est le sens signifié par les paroles de l’Écriture et découvert par l’exégèse qui suit les règles de la juste interprétation " Tous les sens de la Sainte Ecriture trouvent leur appui dans le sens littéral " (S. Thomas d’A., s. th. 1, 1, 10, ad 1). 
117 Le sens spirituel. Grâce à l’unité du dessein de Dieu, non seulement le texte de l’Écriture, mais aussi les réalités et les événements dont il parle peuvent être des signes. 
  1. Le sens allégorique. Nous pouvons acquérir une compréhension plus profonde des événements en reconnaissant leur signification dans le Christ ; ainsi, la traversée de la Mer Rouge est un signe de la victoire du Christ, et ainsi du Baptême (cf. 1 Co 10, 2). 
  2. Le sens moral. Les événements rapportés dans l’Écriture peuvent nous conduire à un agir juste. Elles ont été écrites " pour notre instruction " (1 Co 10, 11 ; cf. He 3 – 4, 11).  
  3. Le sens anagogique. Nous pouvons voir des réalités et des événements dans leur signification éternelle, nous conduisant (en grec : anagoge) vers notre Patrie. Ainsi, l’Église sur terre est signe de la Jérusalem céleste (cf. Ap 21, 1 – 22, 5).
Suivant ces principes, l'Église définie les vérités contenue dans les écritures.  Cela est un processus continuel comme nous dit la suite du catéchisme:

119 " Il appartient aux exégètes de s’efforcer, suivant ces règles, de pénétrer et d’exposer plus profondément le sens de la Sainte Écriture, afin que, par leurs études en quelque sorte préparatoires, mûrisse le jugement de l’Église. Car tout ce qui concerne la manière d’interpréter l’Écriture est finalement soumis au jugement de l’Église, qui exerce le ministère et le mandat divinement reçus de garder la parole de Dieu et de l’interpréter " (DV 12, 3) :

Interpréter un texte comme celui de la Genèse est donc une tâche qui n'est pas si simple, St-Augustin a consacré plusieurs écrit sur la Genèse et au bout du compte, il lui restait plus de question qu'il avait trouvé de réponses. Ce que nous tirons du récit de la création peut se résumer ainsi: Dieu a créé l'univers à partir de rien, il a créé l'homme à son image, le premier homme a utilisé de sa liberté et a commis le péché originel qui a affecté l'humanité entière. En retournant à notre analogie, le récit de la création est donc comme une carte schématique, dans le style d'un plan de métro:


Une carte du genre contient toute l'information nécessaire à sa bonne utilisation, bien qu'elle ne suive pas les règles de cartographie. Une carte du genre n'est pas faite pour instruire la géographie, mais bien pour aider les gens à trouver leur chemin. Comme l'a dit St-Augustin, la Bible n'est pas un écrit ayant pour but de nous instruire sur les sciences physiques mais elle est un écrit qui amène les gens sur le chemin du salut. La genèse relate donc des événements historiques tel la création du monde et du premier homme, mais elle le fait dans l'optique de notre salut et non de notre connaissance scientifique.

6 commentaires:

  1. C’est très bien cette analogie de la carte. Je n’avais pas encore trouvé d’analogie aussi précise.
    Merci

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  2. Ça prend quand même un pas de foi pour accepter que la Genèse relate des événements historiques. Ce serait beaucoup plus facile d'y voir une allégorie. On peut dire la même chose pour tous les événements surnaturels relatés dans la Bible, surtout l'Incarnation et la Résurrection.

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  3. Pour répondre à Daniel, non, ce ne serait pas mieux de considérer que le surnaturel est forcément allégorique. Un christianisme amputé du surnaturel est un prêchi prêcha insupportable. Jésus ne s'est pas contenté d'enseigner une sagesse quelconque, il a vécu les choses dans sa chair et il a manifesté sa puissance.
    D'ailleurs, les miracles opérés par les saints au cours des siècles prouvent amplement que le surnaturel est une réalité. Mieux : certains textes de la Bible (comme les Évangiles) répondent très bien aux outils de la critique historique et n'ont rien du mythe.

    Il faut donc, comme le dit l'Église, distinguer le GENRE LITTERAIRE du livre biblique qu'on lit. Car dans la Bible, nous trouvons beaucoup de livres différents : des textes historiques, des contes, des livres de sagesses, des proverbes, des cantiques, etc. Il ne faut donc pas tout traiter sur le même plan mais bien se poser la question de savoir à quel genre de livre on a affaire. Les Évangiles, comme je l'ai dit, n'ont pas du tout la structure du mythe ou du conte, mais du témoignage et du récit biographique. La Résurrection, loin d'être une lubie invetée par des disciples en mal de sensationnel, est une hypothèse qui possède de très bons arguments historico-critiques, même si elle reste un acte de foi. Une de mes connaissances a même publié dans une revue à comité de lecture le fruit de ses recherches historiques concluant que l'hypothèse "Résurrection" était l'hypothèse la plus probable car la mieux explicative des faits.

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    1. Je pense que vous avez mal compris mon propos.

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    2. @ Xavier
      Accepteriez-vous de donner la référence du travail auquel vous faites allusion (sur la résurrection) ? Merci

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    3. Vladubon, si vous pouvez lire l'angais je vous conseille fortement le livre : "The Resurrection of Jesus: A New Historiographical Approach, de Micheal Licona".

      J'ai ce livre chez moi et il est excellent. C'est un ouvrage de plus de 700 pages qui va vraiment en profondeur sur chacune des hypothèses en compétition avec la résurrection de Jésus. Le livre débute par une présentation et des réflexions sur l'histoire et les miracles ainsi qu'un examen minutieux des sources. Ce le genre de livre qui demande pas mal d'énergie à lire, mais qui en vaut vraiment la peine.

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