L'Agonie de Notre-Seigneur au Jardin des Oliviers (1)


 Puisque nous sommes dans le temps du Carême, il serait bon de méditer sur les souffrances de Notre-Seigneur. Nous avons justement l'un des meilleurs sermons du Cardinal Newman qui traite de ce sujet. Dans ce sermon, il est question de l'agonie de Notre-Seigneur au Jardin des Oliviers. Les réflexions du Cardinal Newman à ce sujet sont pour moi tellement impressionnantes que je me propose de vous en faire un résumé en trois parties. Voici la première.

Le Cardinal commence son sermon par un avertissement. Le sujet qu'il va traiter est tellement dense et profond qu'il ne peut être compris qu'en le méditant dans l'adoration. Il admet que la méditation qu'il nous propose est insuffisante (et combien davantage mon propre résumé !) mais qu'il est important tout de même de l'aborder parce que la saison liturgique du Carême le demande.


Comme nous le savons, Notre-Seigneur était, tout en étant Dieu, parfaitement homme. Pour prendre notre nature et la sanctifier, il créa lui-même son âme et tira son corps de la chair de la Sainte Vierge. Son corps de chair et de nerfs était sujet aux souffrances physiques tandis que son âme était susceptible de ressentir cette souffrance physique. De plus, son âme, comme la nôtre, pouvait souffrir spirituellement de la tristesse et de l'angoisse. Sa passion fut soufferte aussi bien dans son corps que dans son âme. Jusqu'ici, probablement rien de nouveau pour vous.

Pendant les jours de la Semaine Sainte, il nous est aisé de méditer sur les souffrances corporelles de Notre-Seigneur. Nous n'avons qu'à regarder un crucifix pour nous rappeler la flagellation, le couronnement d'épine, le chemin de croix, la crucifixion, etc. Par contre, il n'est pas aussi aisé de méditer sur les souffrances de son âme au moment de son agonie à Gethsémani, car rien ne s'offre à nos sens pour sonder ce mystère. Par ce sermon, le Cardinal Newman tente de nous faire pénétrer dans ce mystère que les prédicateurs abordent rarement.

L'agonie fut le début de son terrible sacrifice. Il a dit : Mon âme est triste jusqu'à la mort. Durant toute la passion jusqu'à la mort sur la croix, il souffrit réellement en son âme car le corps ne fait que transmettre la souffrance au véritable récipient et siège de l'angoisse qu'est l'âme. Ce n'est pas seulement le corps qui souffrait, mais aussi l'âme dans le corps. Il ne peut y avoir de douleur réelle quand il n'y a pas de sensibilité interne, aucun esprit pour en être le siège. Par exemple, un arbre est vivant : il croît et dépérit. Il peut être blessé et mourir. Mais il ne peut souffrir car il n'a pas d'esprit pour ressentir la douleur. Si nous n'avions pas d'esprit, nous ne souffririons pas et serions comme des arbres. Les êtres dotés d'une âme sont les seuls à pouvoir ressentir la douleur. Il y a des degrés de sensibilité à la douleur selon le type d'esprit en eux. Par exemple, puisqu'ils ne peuvent penser ce qu'ils ressentent, les animaux sont beaucoup moins sensibles à la douleur que les humains. Ce qui rend la douleur si amère pour les hommes,c'est d'abord la conscience qu'ils en ont et c'est aussi qu'ils ne peuvent arrêter d'y penser lorsqu'ils la ressentent. C'est pourquoi, dans la douleur, nos amis tenteront de nous divertir pour nous changer les idées, pour nous faire penser à autre chose qu'à notre douleur. Si notre souffrance n'est pas très grande, ils réussiront peut-être. Dans ce cas, nous serions en quelque sorte sans douleur alors que nous souffrons.

Par ailleurs, il n'y a pas de douleur qui soit intolérable par elle-même. Elle n'est intolérable que lorsqu'elle dure. C'est ainsi qu'une femme qui accouche naturellement sera tentée de demander l'épidural si le travail d'accouchement dure trop longtemps, et ce même si la douleur n'est pas plus grande qu'au commencement. C'est la continuation de la douleur et non son intensité qui la rend insupportable. Si l'on pouvait souffrir le 20e moment de douleur en oubliant avoir souffert les 19 précédents, et ensuite souffrir le 21e moment en oubliant les 20 précédents, et ainsi de suite, la souffrance serait beaucoup plus supportable. Ce qui rend le 20e moment de douleur insupportable, c'est le souvenir des 19 moments précédents. Dans le 20e moment de douleur se concentre les 19 moments précédents. Ce qui nous distingue des animaux est justement que nous avons une conscience et pouvons réfléchir. Nous savons que nous existons et pouvons nous observer nous-mêmes et voir que nous souffrons, mais pas les animaux. C'est le fait d'avoir conscience de la douleur à travers des moments successifs qui donne à la douleur son acuité et sa force. C'est l'âme humaine seule qui est capable d'une telle compréhension.

Dans cet article, j'ai expliqué les raisons pour lesquelles la douleur est particulièrement intolérable pour les êtres humains. Dans la deuxième partie du résumé du sermon du Cardinal Newman, nous verrons comment cela s'applique à l'agonie de Notre-Seigneur au Jardin des Oliviers. Nous ne sommes pas encore entrés dans le coeur du sujet. Vous verrez que les méditations suivantes seront encore plus impressionnantes. Bien sûr, vous pourriez lire l'intégralité de son sermon pour profiter immédiatement, sans mon intermédiaire, de toute la richesse de sa pensée et ainsi entrer plus encore dans le mystère insondable des souffrances morales de notre Dieu.

2 commentaires:

  1. C'est l'espérance qui pallie à la souffrance. La douleur éprouvée par le Christ dans son âme est probablement supérieure à celle éprouvée dans sa chair, mais elle était tolérable parce qu'il connaissait d'avance le dénouement. Pareillement, les âmes du Purgatoire, bien qu'en état de souffrance extrême dans leurs âmes, conservent l'espérance et même la certitude d'accéder au bonheur éternel, ce qui rend leur souffrance tolérable et lui donne un sens. Les âmes damnées, au contraire, n'ont aucune espérance. Leur souffrance est limitée, non pas dans le temps mais dans son intensité, parce que Dieu aurait pu les faire souffrir infiniment pour l'éternité, mais il a choisi de les faire souffrir "finiment" pour l'éternité. Ce n'est donc pas l'intensité de la souffrance, mais l'espoir d'une issue qui détermine si elle est tolérable ou non. Aussi, la souffrance est méritoire, c'est à dire qu'il y a un mérite à souffrir si on unit sa souffrance à celle du Christ.

    Si on considère que le monde n'a pas d'espérance et ne voit aucun sens à la souffrance, on n'a pas à s'étonner de la glorification de l'euthanasie. On euthanasie des êtres humains comme on euthanasie des animaux dépourvus d'âme, d'espérance et de mérite.

    La photo, c'est de la Miche de pain? :)

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  2. Bonjour Daniel,

    Dans la seconde partie du résumé du sermon, il sera justement question de l'intensité de la souffrance de Notre-Seigneur qui pouvait être rendu supportable grâce à sa connaissance du futur Triomphe de sa résurrection. Nous verrons si oui ou non cela diminuait sa souffrance pour la rendre supportable car ce n'est pas nécessairement le cas. Nous verrons ce que le bienheureux cardinal Newman en dit (et non mon opinion car je ne suis pas une référence).

    Pour ce qui est de la photo, oui, c'est de la "Miche de Pain". Je l'ai indiqué dans le commentaire de la photo (pop-up si on laisse la souris sur la photo). :) J'espère que cela pourra mieux faire connaître cet excellent catéchisme pour enfant.

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